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Forum Forces vives les Femmes - 19 novembre 2009

Lettre ouverte à Blaise Compaore

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU BURKINA FASO ET MEDIATEUR DE LA CRISE GUINEENNE

mardi 24 novembre 2009

LETTRE OUVERTE A MONSIEUR BLAISE COMPAORE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU BURKINA FASO ET MEDIATEUR DE LA CRISE GUINEENNE

Monsieur Blaise Compaore, Président de la République et Médiateur

Monsieur le Médiateur,

C’est à juste titre que nous nous adressons à vous.

Les Guinéens se sont réveillés d’un jour nouveau, plongés dans l’horreur sans précédent auxquels ils ne s’attendaient pas. Le tout fut préparé, organisé et orchestré sous les ordres du capitaine Dadis Camara en personne.
La répression était de nature préméditée.

Nous avons effectué les comptes macabres, il en résulte plus de 200 morts, plus de 1200 blessés et des personnes disparues dont le chiffre n’est toujours pas défini à ce jour.

Avez-vous pensé aux morts sans identités, enterré dans des fosses communes tout près de leurs domiciles, des tombes sans sépultures, des Guinéens inconnus dans leur propre pays ?
Toutes ces victimes avaient des vies, des familles, des projets et des ambitions.
L’orgueil d’un soldat a mis fin brutalement à leurs rêves.

Au moment ou vous avez pris votre décision, au moment ou vous avez formulé vos propositions pour la sortie de crise en Guinée, aviez vous pris en compte le désarroi des victimes de dadis et du cndd ?

Aviez-vous eu la moindre considération pour les femmes victimes des viols aussi atroces qu’inhumains, aviez-vous revu les images des femmes enfourchées par les canons des fusils au grand plaisir des bérets rouges de dadis ?
Pensiez-vous aux séquelles physiques et morales, pensiez-vous aux suites de ce lundi noir : ces femmes qui développeront des grossesses non désirées, ces femmes qui ont été exposées au risque des maladies tel que le VIH ?

Ces victimes dans leur malheur, terrées et cachées derrière le rideau de la honte, traumatisées à vie, craignant le regard des autres, de nouveau victimes de l’indulgence de la société qui les entoure.

Marginalisées, le temps d’une consultation médicale, elles deviendront à leur tour des bourreaux contre elles mêmes, contre leur mal-être, pour révéler une innocence déjà entachée ou pour mieux cacher la vérité sur leur douleur ?

Le supplice des fœtus à l’heure du curetage, des bébés du crime, qui mourront avant même de voir le jour, la continuité des actes profanes de dadis Camara le « petit capitaine assassin ».

Avez-vous pensé à ces femmes prises par la contrainte, la foi à un Dieu absent du ciel obscur de Conakry ce lundi noir, le 28/09/2009 ?

Avez-vous pensé aux enfants qui naîtront, la désillusion de ces mères victimes ne sachant pas les noms, ni les origines de leur progéniture ?
La suite des conséquences désastreuses du grand désordre qui règne dans le camp Alpha Yaya. Le fief de dadis et le cndd.
Avez-vous pensé aux enfants issus d’un viol collectif, portant dans leur inconscient le secret de leurs origines, les stigmates de la folie humaine, croisant le regard amer d’une mère, le matérialisant en chair et en os comme étant le pire de son cauchemar ?

Ces enfants connaîtront-ils l’amour maternel ?
Quel sera leur place dans la société guinéenne ou rien ne se dit, mais tout se sait ?
Que leur réserve l’avenir ?

Avez-vous pensé à la conséquence psychologique d’une population meurtrie, croisant sans cesse ces maudits bérets rouges en totale impunité véhiculés par contingents, laissant derrière eux l’ombre de la mort ?
Ils nous inspirent la haine et la vengeance.

Monsieur Blaise Compaore, Monsieur le Médiateur,

Le capitaine dadis, a menti à son peuple, il a menti au monde entier si l’on retient son discours du 23/12/2008.
Il a failli à sa parole d’homme, il a déshonoré le soldat, il a bafoue la dignité des Guinéens et a porté gravement atteinte aux valeurs humaines en touchant au sacré du sacré : la femme.
La femme c’est la mère qui nous a porté, celle qui nous a nourris, celle qui a guide nos pas vers un avenir meilleur.

Le capitaine dadis Camara et le cndd de leurs esprits maléfiques, de leurs âmes damnées ne reflètent que la honte, le malheur et la terreur.

De nos jours comme dans le futur, nous ne leur reconnaitrons plus aucune autorité ni morale ni politique.

La Guinée d’aujourd’hui ne sera plus la Guinée d’autrefois, nous les femmes, nous prenons notre destin en main, car l’histoire de notre pays nous a souvent renvoyées aux desseins d’une tragédie.
Désormais, personne ne décidera plus à notre insu, nous exigeons des places de choix au sein de la société guinéenne, nous participerons à la prise de décision dès lors qu’il s’agira de notre pays, de notre avenir.
Pour ce faire, la Guinée à besoin d’un changement et pas le moindre, celui qui nous mènera vers un futur meilleur ou la démocratie ne sera pas tout simplement dite mais écrite sur une pierre blanche. Et bien entendu, un avenir meilleur c’est un avenir sans dadis sans le cndd.

La femme guinéenne a été outragée, humiliée publiquement, elle a subi des violences bestiales, sans l’avoir mérité.

Mais ce que l’on retiendra de la femme guinéenne, c’est quelle a su se relever, affronter le diable pour sauver son peuple, son avenir et l’humanité.

Forum Forces vives les Femmes
Fait à Paris le 19 novembre 2009

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