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Sarcelles : C... né en 1993

14 ans : Moi, je vais écouter de la musique, je reste chez moi, je vais sur MSN,

Ça pourrait être parfait Sarcelles !

mardi 29 juin 2010, par Frederic Praud

Moi, j’ai rencontré des adultes, ils m’ont dit : « Tu viens d’où ? De Sarcelles - lequel ? Le nouveau ou l’ancien ? » ; je n’ai jamais compris pourquoi ! Pourquoi ils nous demandaient. Un jour j’ai demandé à mes parents : « Pourquoi y-a-t-il un Sarcelles nouveau et un ancien ? » ; parce que l’ancien c’est là où j’habite et le nouveau c’est plus loin. Une fois j’étais avec une copine, je revois cet adulte et je lui réponds : « moi j’habite Sarcelles l’ancien
- Oh c’est bien…et tout ! », et ma copine dit : « je viens du nouveau
- Hé bien toi ! ce n’est pas bien ».
La personne est partie. Ça nous a vexé toutes les deux ! Nous on venait du même endroit ! Il y en a une qui se fait insultée et l’autre non ! Cela s’est passé au village en sortant de la boulangerie. Après elle en a parlé avec sa maîtresse ; elle lui a expliqué qu’il ne fallait pas écouter ces gens là, qu’ils étaient tous pareils. Parce qu’après ça avait commencé à faire des embrouilles dans l’école. Ça c’était en primaire.

Je m’appelle C.... Ma mère est d’origine bretonne et mon père est d’origine français-italienne. Mon père est parisien. Je connais juste mes grands-pères. Je n’aime pas du tout la Bretagne. C’était plus vers Rennes. J’y suis allée juste pour voir mes grands-pères ; je passais mes journées devant la télé…C’est trop la dèche ! Seul mon grand-père était en Bretagne. Tous les autres sont à Paris depuis longtemps.

Avoir quatorze ans à Sarcelles

Je ne sais pas ce que c’est qu’avoir quatorze ans à Sarcelles moi ! Je n’en sais rien. On rêve de plus avoir les professeurs ou les parents sur le dos, toujours en train de dire : « C... tu vas où ? T’as fait quoi ? », des trucs comme ça.

Moi, je vais écouter de la musique, je reste chez moi, je vais sur MSN, sur l’ordinateur, je fais n’importe quoi, mais ils me parlent…ils me parlent… « C... tu m’écoutes !
- Oui, je t’écoute bien sûr ! », mais en fait je continue ce que j’ai à faire, comme ça… ou je fais exprès d’aller faire mon sac, mes devoirs, n’importe quoi pour être seule.

Je reste chez moi. Vu que là où j’étais je ne sortais pas beaucoup. J’ai perdu l’habitude de sortir. Je ne regrette pas parce que chez moi je trouve toujours un truc à faire. Non, je n’irai pas vivre à la campagne…

Sortir de la maison

C’est peut-être la troisième fois que je viens dans ce quartier en un an. J’ai l’autorisation ce soir. Ils m’ont dit : « c’est bon tu peux y aller ! ». Je ne sors pas beaucoup et je suis très bien chez moi. Tant que j’ai la télé et l’ordinateur, c’est bon ; ou la PlayStation, c’est bon. Je n’ai pas vraiment une vie de jeune normale, parce ce que je ne sors pas. Tout le monde me le dit : « tu ne sors jamais ! ». Les autres vont au cinéma, font des kilomètres à pied, ils prennent le bus. Moi ce n’est pas mon truc. Je préfère rester chez moi en pyjama !

Discrimination

Moi, j’ai rencontré des adultes, ils m’ont dit : « Tu viens d’où ? De Sarcelles - lequel ? Le nouveau ou l’ancien ? » ; je n’ai jamais compris pourquoi ! Pourquoi ils nous demandaient. Un jour j’ai demandé à mes parents : « Pourquoi y-a-t-il un Sarcelles nouveau et un ancien ? » ; parce que l’ancien c’est là où j’habite et le nouveau c’est plus loin. Une fois j’étais avec une copine, je revois cet adulte et je lui réponds : « moi j’habite Sarcelles l’ancien
- Oh c’est bien…et tout ! », et ma copine dit : « je viens du nouveau
- Hé bien toi ! ce n’est pas bien ».
La personne est partie. Ça nous a vexé toutes les deux ! Nous on venait du même endroit ! Il y en a une qui se fait insultée et l’autre non ! Cela s’est passé au village en sortant de la boulangerie. Après elle en a parlé avec sa maîtresse ; elle lui a expliqué qu’il ne fallait pas écouter ces gens là, qu’ils étaient tous pareils. Parce qu’après ça avait commencé à faire des embrouilles dans l’école. Ça c’était en primaire.

L’âme de Sarcelles

Je ne sais pas ce que c’est l’âme de Sarcelles. Les gens sont trop : « toi tu ne parles pas de marques, tu ne seras pas mon amie ! ». C’est des trucs comme ça.

Le rejet des autres

Quand je suis arrivée ici, même si j’ai toujours vécu ici, tu es quand même rejetée dans le collège. Il n’y a qu’une personne qui est venue me voir, les autres ont mis des jours pour venir me parler. Quand je suis arrivée, ils étaient tous méchants avec moi. Les garçons surtout, ils me traitaient de tous les noms. Des trucs qu’on ne dit pas, qu’on n’a pas à dire. Ils m’ont jugé tout de suite parce qu’ils m’ont vu : « cette fille on l’aime pas, on lui parlera pas ! ». C’est un peu pour ça que je veux quitter cette ville.

Au niveau amis, ce n’est pas la même chose. J’ai trop été habituée à être entourée par mes amis, alors qu’ici, c’est tous : « allez, je vais voir un peu là-bas, je te laisse en plan ici et tu viens me suivre comme un toutou si tu veux ». Alors que moi, ça a toujours été : « Eh bien, on va aller là-bas », on y allait tous.

Je suis provinciale dans l’âme. Je ne sais pas, mais dès que j’ai passé mon année de collège, j’ai passé deux ans en Loire-Atlantique, j’étais habituée là-bas. La seule chose que j’aimais, c’était mon collège. Les profs étaient tous super cool. Sur une quarantaine de profs, il n’y en avait que dix d’horribles, les autres étaient tous super ! Il y avait de la tolérance.

Message aux aînés

A Sarcelles, il ne faut pas croire ce que les gens disent. À certains endroits c’est super, à d’autres ce n’est pas bien. Que ça devienne correct. Ça pourrait être deux, trois fois, des milliers de fois mieux ! Ça pourrait être parfait Sarcelles ! Mais tout le monde dit, dit, dit, mais personne ne fait ! En fait les choses se font dix ans après, vingt ans après, alors que c’est maintenant qu’il faut les faire !

Nos collèges pourraient être mieux niveau professeurs. Personne ne fait rien pour que ce soit bien. Sur dix personnes, cinq ne feront rien et ce que feront les cinq autres ne servira à rien. Il faudrait la détruire et la reconstruire. Il y a des endroits, je ne laisserais pas mes petites sœurs y aller toutes seules !

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