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Sarcelles : I.F née en 1994

En ce moment elles se prennent toutes pour Shakira, la chanteuse.

Là-bas, je suis gabonaise parce que ce sont mes sources

lundi 5 juillet 2010, par Frederic Praud

En sixième je suis rentrée à Voltaire. On n’est pas conscient. On joue encore à la poupée ou aux voitures. Tu as tout ce que tu veux. J’étais la dernière, mais j’avais tout ce que je voulais. J’adorais être petite. Après la puberté, la crise d’adolescence, c’est chiant. Tu te tapes la tête sur les murs. T’écoutes la musique à fond. Moi, je suis tombée dans le rock.

Des origines gabonaises

Je suis née en 1994, mes parents sont originaires du Gabon. Ma mère est née en France. Elle est née à Sarcelles. Elle est sarcelloise. Ma grand-mère venait du Gabon. Ma mère et ma grand-mère sont à moitié gabonaises, à moitié portugaises. Ma grand-mère maternelle, elle, est née en France, je ne sais pas où, et mon grand-père est né au pays. Je connais trois générations derrière moi, parce que mon arrière grand-mère maternelle est toujours vivante. Mon arrière grand-père est mort. Mes arrières grands-parents paternels sont tous morts. Mon père est arrivée ici en 1991. Mon arrière grand-mère, qui a quatre vingt dix ans est au pays, au Gabon, mais on l’appelle souvent. On va la voir pendant les vacances. Ma grand-mère vit en France.

Mes parents

Ma mère est née ici. Ma grand-mère elle, est née en France, mais après elle partie au pays. Elle a vécu là-bas et comme elle a sept enfants (six filles et un garçon), ils vivent tous ici avec ma dernière tante. Ma dernière tante est trisomique. Elle vivait avec elle au Gabon. Comme ses enfants étaient tous ici, elle a décidé de revenir ici en France, mais pas tous sur Sarcelles.

C’est ma mère qui a amené mon père. Ils se sont connus là-bas. Ma mère est venue ici et mon père l’a suivi. Ils se sont mariés ici. Ils se sont mariés il n’y a pas longtemps. J’étais déjà née. Ma mère est née en 1972. Elle est jeune, elle a seulement sept ans d’écart avec mon père. Donc elle a connu toute l’évolution de Sarcelles. Avant elle m’a dit Sarcelles, c’était calme, il n’y avait pas trop de fraternité, maintenant il y a plus de bruit, plus d’action. Mais ce qu’elle a appris c’est que tout le monde est soudé.

Au début, avec mon père, ils étaient installés tous ensemble avec ses frères et ses sœurs à elle, à Bergson vers la gare, et puis après, on a déménagé à Chantepie. Ça fait longtemps qu’on est là. Mon père est arrivé en 1991. Ma mère avait dix-neuf ans. Ils se connaissent depuis que ma mère a dix-sept ans. Ma mère étudiait à l’école ; elle était dans la même école que la nièce de mon papa, puis un jour mon papa est venu chercher sa nièce, et un jour il a proposé de la raccompagner. Il l’a raccompagnée à la maison de ma grand-mère à la gare routière et après il l’a raccompagnée, il l’a raccompagnée, il l’a raccompagnée, il l’a raccompagnée…jusqu’à ce qu’ils soient ensemble.

Je suis née en 1994. Mon père n’avait pas de travail. Il a suivi ma mère par amour. Mon père est très politique, surtout politique gabonaise. Il fait souvent des voyages entre le Gabon et la France, parce qu’il connaît de grandes personnalités gabonaises. Il est très politique. Après affaires politiques …je ne sais pas. Il part. Normalement c’est prévu pour un mois et après il reste deux mois. Je ne sais pas ce qu’il fait réellement. On l’entend à la radio, on le voit à la télé serrant la main de grandes personnalités gabonaises. En tout cas ça paye le loyer ! Ma mère a travaillé pendant cinq ans à Tilmonux à Montreuil, mais elle ne voulait pas faire ça. Elle voulait travailler dans la finance. Elle a trimé pendant longtemps et maintenant elle a trouvé.

Voyages au Gabon

La première fois au Gabon, j’étais bébé, je n’étais pas en âge de comprendre. La deuxième fois je suis partie avec ma tante (la petite sœur de ma mère), ma petite cousine, et ma mère, j’avais huit ans. Ma grand–mère voulait qu’on vienne. Il faisait chaud ! J’ai vu des tantes que je ne connaissais pas, que j’ai d’ailleurs oubliées aujourd’hui, j’ai vu des oncles ; je suis allée chez mon grand-père tous les jours, et je suis revenue avec un paludisme carabiné ! J’y suis repartie à onze ans et à treize ans.

Quand je vais là-bas, j’arrive facilement à me fondre dans le paysage, parce que lorsque j’arrive, je parle la langue, j’ai demandé à ma mère qu’elle me l’apprenne. Chaque ethnie a sa langue. Mon père a sa langue et ma mère a la sienne. Mon père parle toutes les langues. Mon père et ma mère se sont rencontrés en français.

Comme j’ai mon demi-frère et mes petits cousins là-bas, j’aime bien leur raconter ce que je fais ici. Voir des tantes à ma mère et des cousins que je ne connaissais pas. Ils me considèrent comme une Gabonaise. Mon arrière grand-mère est là pour me protéger. Ils savent que je viens de France, à cause de mes vêtements, à cause de ma façon de parler, surtout. Quand je vais là-bas je parle la langue, mais avec l’accent. Je ne suis pas ancrée par ma façon de m’habiller, parce que je ne m’emmène pas les habits que je porte ici. Je vais avec les boubous, les tissus africains. Je ne vais pas avec mes jeans et ma paire de Converse, j’y vais avec mes claquettes. Je ne sais pas si je donne envie aux autres. Je n’aime pas être enviée par les autres. Je fais tout pour ne pas être envié. Par exemple, je ne viens pas avec ma nouvelle paire de Nike. Ce n’est pas un pays totalement défavorisé, il y a le cadre, il y a les choses d’ici, mais je vais venir avec ma dernière paire de basket pour montrer que je viens de France. Je viens avec des habits pour leur donner, j’envoie des vêtements. Mon demi-frère exprime parfois son envie, c’est pour rigoler, si c’était pour me toucher au cœur, ça pourrait mal tourner

Identité

Là-bas, je suis gabonaise parce que ce sont mes sources. J’aime bien quand il y a beaucoup de gens autour de moi. J’aime bien me sentir entourée. Dès que j’arrive là-bas, je vais directement chez ma grand-mère paternelle ; je sais qu’elle a une grande maison, qu’elle aime bien faire à manger. Je suis sûre que si je vais là-bas, je vais être chouchoutée.

Mon père a la double nationalité. Ma mère est française. Je suis française. Là-bas, si on me demande si je suis française, je ne vais pas mentir, je vais dire oui. Mais je ne vais pas le crier sur les toits.

Tension avec le père

Je ne connais pas tellement bien mon père. Ils se sont séparés ; tout ce que je sais, c’est qu’il est cadre chez Artémis. Il se croit supérieur aux autres. Il n’aime que l’argent. Je n’aime pas vraiment mon père. Dès fois le week-end, il me dit : « Passe à la maison », et moi je n’ai pas envie de passer. Il croit que ma mère m’empêche d’aller le voir. En fait je n’ai pas envie d’y aller. Je suis partie en vacances avec lui au Portugal. Il m’a assez pris la tête alors je ne vois pas pourquoi j’irais le voir !

Scolarité

Au début, j’habitais à Sannois. Ma grande sœur habite encore là-bas. J’allais dans une école en face de ma cité, Le moulin. J’ai fait l’année de maternelle là-bas mais je suis arrivée à Sarcelle à cinq, six ans. J’étais dans un grand pavillon à côté de la maison des fous ! (En fait la maison de retraite). Je suis entrée à l’école primaire Chantepie.

En CM1 je suis partie à Marcel Lelong, je suis restée une année. Pour moi à Lelong on apprenait mal parce qu’il n’y avait que les maths, les maths, les maths…moins de français. En CM1 je n’avais que des seize et demi. Quand je suis arrivée en CM2, ma moyenne a baissé. Ce n’était plus quinze, c’était huit voire quatre. C’était le programme des fractions. On faisait des choses compliquées et je m’en foutais complètement.

Le collège

En sixième je suis rentrée à Voltaire. On n’est pas conscient. On joue encore à la poupée ou aux voitures. Tu as tout ce que tu veux. J’étais la dernière, mais j’avais tout ce que je voulais. J’adorais être petite. Après la puberté, la crise d’adolescence, c’est chiant. Tu te tapes la tête sur les murs. T’écoutes la musique à fond. Moi, je suis tombée dans le rock.

Sifflée

Certaines font exprès de bien s’habiller. En ce moment elles se prennent toutes pour Shakira, la chanteuse. En ce moment, même si tu n’es pas belle, tu peux devenir belle ! Avec toutes les conneries qu’ils vendent du style fond de teint, Kohl. Elles font exprès. Elles sortent comme des filles à siffler, les jeans taille basse, les hauts qui arrivent à peine à ton nombril ! Comment elles arrivent à ce stade là ? Le matin, elles se réveillent : « Elle était habillée comme ça, comme ça, comme ça, elle s’est fait sifflée à partir de ça, ça, ça donc moi, je vais acheter plus beau et je vais être sifflée ».

Le métier

Moi je veux devenir avocate au pénal.


Texte réalisé par Frederic Praud

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