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Sarcelles : Pierre Leeroye née en 1993

A part notre équipe, on n’a jamais vu d’équipe de rugby avec des noirs ou des Arabes

Pendant les coupes du monde de football, en 1998 et en 2006, tout le monde se mélangeait

mercredi 30 juin 2010, par Frederic Praud

Leeroye PIERRE

Je m’appelle Leeroye. Je suis né à Paris en 1993. Mon père est né en Guadeloupe, il a quarante deux ans. Ma mère est née France. Elle a trente sept ans. Ils se sont rencontrés ici. Ma mère habitait à Loches, un petit village d’Indre et Loire. Je ne sais pas quand mon père est arrivé en métropole, mais il travaillait à la Poste et devait travailler ici. Il a eu directement un emploi à la Poste quand il est arrivé. Je ne connais pas leur parcours avant leur arrivée à Sarcelles. Je ne sais pas en quelle année ils sont arrivés. Je suis le dernier enfant de ma famille et nous sommes trois.

La vie des quartiers

J’ai vécu le conflit entre quartiers. Il y a un an, je voulais aller voir mon cousin aux Chardo, et avant d’arriver, on m’a couru après avec des couteaux, des extincteurs et des chiens. Je descendais la rue du cimetière. C’était des plus petits, de mon âge, et des plus grands. Les petits qui ont des grands frères, se croient grands. Ils sont pires encore ! Je devais rejoindre un copain aux Chardo, mais avant je devais passer dans le village à la sortie du lycée.

J’habite au centre 4 (C 4) à côté de Renault, à côté de la MJC, là où il y a la CAF, en face de la tour. Tout le 14 juillet vers deux heures du matin, il va y avoir les pétards. La police va commencer à contrôler. Mon père m’a dit : « plus Sarcelles évolue, plus ça se dégrade ». Maintenant les gens jettent des trucs par terre. Avant ce n’était pas ça. Parfois, quand on passe devant des bâtiments, il me dit « ça c’était un champ et tout ». Il y a aujourd’hui beaucoup plus de bâtiments par rapport à avant. Les jeunes du même âge de mon quartier C4 et du quartier de la secte traînent ensemble.

Objectifs

Je veux rester dans le sport. Être prof de sport, ou continuer dans le rugby. Mon temps libre, je le passe au sport. Je sais que pour continuer dans le sport il faut le bac, et après deux ou trois années d’études ; mais les profs nous découragent. Les profs arrivent en cours sur les nerfs ! Si une classe a fait n’importe quoi à l’heure d’avant, ça retombe sur nous ! St Rosaire c’est plus calme. C’est un collège privé. Il n’y a pas que du négatif à Sarcelles, parce qu’à Sarcelles, il y a de l’ambiance. Pendant l’été les animateurs organisent beaucoup de choses pour nous.

Vie Quotidienne

Je mange avec mes parents, plutôt le week-end. Ils travaillent tous les deux. Ils tiennent un restaurant, donc ils travaillent le soir. Il manque tout le temps quelqu’un. On est cinq dans la famille. On mange à quatre ou à trois. Le dimanche on est tous les cinq.

Quand je finis tôt les cours, par exemple à trois heures le lundi, on s’achète des chips et de la boisson, on va se poser au parc. On reste là pendant une heure, une heure et demie avec des potes. Le soir, quand j’ai cours le lendemain, je ne dépasse pas dix-huit, dix-neuf heures maximum ; mais quand il n’y a pas de cours, vingt heures l’hiver, vingt et une heures, vingt-deux heures maximum l’été.

Je vais à la maison de quartier à Koenig. Il y a un local. La maison de quartier organise les sorties au Parc Astérix, à la Mer de Sables, au Futuroscope. Comme pour Baccari, il y a soutien scolaire et jeux. C’est gratuit pour un grand nombre d’activités, les sorties c’est cinq ou dix euros. On manque de rien. Il y a tout. On n’est jamais tout seul. Je vais au local à Koenig le week-end avec Makain, Saiidi… Je vais soit à Koenig ou à Watteau. Je vais plus souvent à Watteau pendant les vacances. Ils font beaucoup de sorties.

Identité et discrimination

Être français ça veut dire que je suis né en France. J’ai des droits français, des devoirs français. Je vais à l’école française jusqu’à seize ans ou plus.

Pendant les coupes du monde de football, en 1998 et en 2006, tout le monde se mélangeait, Juifs, Arabes, noirs, Sénégalais, Irlandais, Français ou même pas Français. Ils sortaient dans la rue, criaient, même en 2006. Certains disent : « Moi je ne suis pas français, moi je baise la France ! » mais quand la France elle gagne, ils sont bien contents d’être là ! C’est vrai, ils parlent peut-être plus fort que les autres, mais ils ne sont pas majoritaires. Pascal Sevran a dit à la télé : « C’est la bite des noirs qui est responsable de la famine en Afrique ». C’est des phrases qui choquent ! Il n’y a qu’en Guadeloupe qu’il n’y a pas de discrimination ! Là-bas tout le monde s’en fout.

Une fois avec le rugby on s’est déplacé à Domont. Des mères de famille disaient : « bande de voyous, vous n’avez rien à faire ici ! ». Même un père de famille est venu sur le terrain et a frappé un de mes copains parce qu’il y avait eu une embrouille avec son fils, un accrochage comme il y a dans tous les matchs. Il est rentré, il s’en est mêlé ! Parfois ça arrive qu’ils traitent de sale arabe. Quand on va là-bas, tout le monde voit Sarcelles comme une ville où il n’y a que des voyous. Je ressens ça comme ça… Mais s’ils viennent un an, deux ans, ils se disent : « Sarcelles ce n’est pas du tout des voyous… ».

Les racines

Quand je vais en Guadeloupe tout le monde se dit bonjour, même si on ne se connaît pas. En Guadeloupe, ils trouvent que la vie ici est extrêmement chère. Pour acheter des bananes, c’est trois euros le kilo, alors que là-bas, ils les ramassent ! Il y a beaucoup de bidonvilles. Les vêtements, c’est la tradition. Les femmes font les vêtements à la main.

L’image de Sarcelles

J’ai fait un stage dans une entreprise de transport, où ils livrent des colis. Ils ont des zones rouges et Sarcelles est en zone rouge, en zone critique où ils ne peuvent aller qu’à des horaires spéciaux. Il y a Pierrefitte, St Denis, Stains. A l’extérieur les gens pensent qu’à Sarcelles il n’y a que des voyous, mais les apparences sont trompeuses. Parce qu’on a un jean une caquette, on est de la racaille !

Le rugby

Le club de Rugby, c’est familial ! Tout le monde se connaît. Quand je suis venu la première fois, j’avais peur. Je connaissais ce sport, mais je ne connaissais pas les personnes. Dans les équipes, quand on va un peu plus loin, on ne voit que des blancs. A part notre équipe, on n’a jamais vu d’équipe avec des noirs ou des Arabes. Moi je suis dans un collège privé chrétien. Dans ma classe il y a deux Arabes et quatre noirs. Mehdi, il est du Maroc, il peut nous apporter des choses, comment ils vivent là-bas, la culture. Dans ma classe, il y a un blanc, il est de province. Il est basque !

Au bout d’un moment j’ai voulu changer le rugby pour le foot. Le foot, il n’y a que des vols, c’est cent soixante quinze euros la licence ! On paye encore les habits et les parents doivent venir nous déposer. Au foot, on arrive, ils nous mettent en rang, on va se changer dans les vestiaires, on fait l’entrainement, on se change et on rentre chez nous ! Ici on rentre et on peut s’asseoir. Ici, si on a un problème, ils vont toujours bien nous accueillir. On a été deux fois au Stade de France, gratuit ! (Match Stade Français-Stade Toulousain). En Bretagne, on a fait un voyage trois jours, vingt euros !

Message aux adultes

On est la succession. Il faudrait que l’on puisse continuer à évoluer normalement, que l’on fasse des études, que l’on avance. Laissez nous une chance !


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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