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Assyros-Chaldéens - UNE HISTOIRE MOUVEMENTÉE

Entre Turquie et Irak, des siècles de massacres

lundi 23 novembre 2009, par Frederic Praud

Le destin des Assyro-Chaldéens


Les Assyro-Chaldéens au dix-neuvième siècle

Le cadre historique et politique

Au dix-neuvième siècle, les Assyro-Chaldéens, pauvres, modestes, vivaient au sein de l’Empire ottoman, soumis au sultan de Constantinople.

En 1839, le sultan Abdul-Medjid I, qui devait régner jusqu’en 1861, promulgua une charte impériale, le Hatt-i-Chérîf, qui ouvrait une ère de réformes administratives, financières, judiciaires, le Tanzimat. Tous les sujets de l’empire devenaient égaux, sans distinction de nationalité ou de religion. Les choses bougèrent peu dans les montagnes du Nord. Au sein de la masse kurde, les populations chrétiennes, « nestoriennes », étaient réparties en sept tribus indépendantes, les achiret. À côté des gens de ces tribus qui payaient peu ou pas d’impôts au sultan de Constantinople, vivaient les raya, populations soumises aux chefs turcs ou kurdes. Elles étaient parfois astreintes à des travaux pénibles, écrasées de redevances, réduites au servage.

Abdul-Medjid, 1836-1861

Sur le plan politique, les Assyro-Chaldéens n’eurent pas le droit d’avoir des partis politiques. Pas d’écoles publiques, d’universités, régnait l’ignorance.

Signalons le rôle ambigu joué par les États occidentaux, qui créèrent comme des fiefs pour protéger les chrétiens de l’Orient, mais ils ne protégèrent rien. Ils obtinrent des droits de capitation.

Les églises jacobites et nestoriennes divisées en deux

L’union de l’église jacobite avec Rome devint définitive en 1783, grâce à l’élection de Michel Garoué. Ainsi fut créée l’église syrienne catholique qui prit une forme définitive au XIXème siècle.

L’église jacobite orthodoxe persista, car un évêque refusa de s’unir à Rome.

Le patriarche chaldéen de Babylone, Jean Hormez se rallia à Rome en 1830, créant ainsi la branche de l’église chaldéenne d’aujourd’hui.

Les Syriaques convoités par divers missionnaires

Les dominicains oeuvrèrent en Mésopotamie et à Mossoul dès 1750, deux frères prêcheurs arrivèrent à Mossoul, en 1759, les dominicains créèrent la maison d’Amadia en 1840 ; la mission repartit, et à la fin du siècle, il y avait six maisons de missionnaires, à Mossoul, Mar Yacoub, Amadia, Van, Séert, Djézireh.

Les lazaristes travaillèrent en perse, dès 1840, et ouvrirent une maison dans le village de Khosrawa, district de Salamas, puis à Ourmiah en 1870. Le catholicisme rayonna dans une soixantaine de villages.

Les orthodoxes russes prirent contact avec les Assyriens d’’Azerbaidjan et d’Hakkâri en 1859. Une mission fut installée à Ourmiah et se développa, surtout à partir de 1898 et rencontra un vif succès. L’évêque nestorien se convertit à l’orthodoxie en 1898, suivi par des milliers d’adeptes.

Les anglicans : les premiers contacts furent pris en 1835. De 1842 le docteur Percy G. Badger arriva à Kotchanès pour aider le patriarche nestorien. En 1881, la mission s’établit au Hakkâri. Plus tard, ils créèrent des écoles, comme à Ourmiah.

Les protestants américains arrivèrent en 1834, ils fondèrent une mission à Ourmiah. En 1855, on vit les premiers Assyro-Chaldéens protestants. La mission se développa dés 1870 grâce aux presbytériens. Ils fondèrent une centaine d’écoles, imprimèrent des livres, formèrent des pasteurs. Ils publièrent un journal, Zahrira d’Bara (rayon de lumière)

Exactions et massacres

Les Assyro-Chaldéens subirent des exactions, des massacres, en 1826, en 1843, en 1895.

Mohammed Pacha, de Soran, dit Mîr Kôr, le prince borgne, régna en 1826, proclama son indépendance par rapport à l’Empire ottoman. Il voulut conquérir le Kurdistan, s’empara de la région, des plaines de Mossoul, des contrées d’Akra, d’Amadia.

Le 15 mars 1832, le dur sultan lança un raid, ravagea le village d’Alqoche où 367 personnes furent tuées, il alla jusqu’au monastère de Rabban Hormuz, brûla le couvent. Gabriel Dambo, et deux moines périrent. Les villages de Tell-Kaif, Tell-Esqof, furent aussi ravagés.

La peste sévit à Alqoche en 1828, il y eut 700 morts.

En 1833, Mohammed Pacha revint dans la région d’Akra et d’Amadia, il fit passer les villages chrétiens d’Erbil et Aînkawa par bien des vicissitudes.

Fin mai 1833, son armée avait établi son autorité sur l’ensemble du Kurdistan situé au nord de l’Irak jusqu’à Djézira ibn ‘Omar. Le pacha borgne conquit le Kurdistan iranien, ravagea encore le Tour ‘Abdin, mais il dut se rendre aux autorités turques. Il fut assassiné à Trébizonde par les hommes du sultan en 1837.

En 1843-1847, Béder Khan, l’émir kurde, fanatique du Bothan, envahit le territoire des Tiyari, massacra plus de 10 000 habitants, réduisit en esclavage un grand nombre de femmes et d’enfants, incendia leurs villages. L’émir franchit plus tard les monts Tiyari, marcha sur le district du Tkhoma, et y organisa un carnage général.

Le mouvement arménien, qui se développa à partir de 1890, provoqua l’hostilité des musulmans. La rébellion de Sassoun, mal préparée, se solda par d’affreux massacres. En 1895-96, dans le vilayet de Bitlis, au sud de Sassoun, à Diyarbakir, il y eut trois jours de tueries, le 1, 2 3 novembre 1895. Des Syriaques, en bon nombre, furent tués.

A Urfa, l’année suivante périrent 6000 personnes.

Des villages syriaques furent dévastés dans la région de Tour’Abdin.

Les Assyro-Chaldéens au début du vingtième siècle

Le premier novembre 1914, la Turquie s’engagea dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Elle était décidée à combattre l’Entente franco-anglaise et ses alliés.

Les Assyro-Chaldéens vivaient dans l’Empire ottoman, et plus particulièrement dans le vilayet de Diyarbakir, dans le vilayet de Mossoul, dans le Sandjak de Hakkâri qui dépendait du vilayet de Van.

Les Kurdes étaient établis dans les mêmes régions.

Les Assyro-Chaldéens (nestoriens) du Hakkâri se laissèrent séduire par les vagues promesses des Alliés, ils quittèrent leurs villages pour prendre part au conflit mondial en mai 1915.

Les Assyro-Chaldéens des vilayets orientaux :

de Diyarbakir, Bitlis, Van, Harpout

Les Ottomans occupèrent Ourmia en janvier 1915. Par la suite, mille Assyro-Chaldéens furent assassinés dans la plaine environnante, leurs villages pillés. La ville ne fut libérée que le 24 mai par les Russes.

Ces derniers avaient chassé les Turcs de Van cinq jours auparavant. Djeudet Bey, gouverneur militaire de Van, contraint par les Russes de quitter la ville, s’enfuit vers Séert, au sud, et pénétra dans la cité avec 8000 soldats. Il ordonna le massacre des nombreux chrétiens.

L’archevêque chaldéen Addai Scher, grand savant, orientaliste, avait pour ami Osman, l’agha de Tanzé, un village situé à quelques heures de Séert. C’était le chef de la tribu « Hadidé » et des « Atamissa ». Osman suggéra à l’archevêque de se déguiser en Kurde et de fuir, sous la conduite de quelques-uns de ses hommes. Addai Scher se cacha plusieurs jours chez le chef kurde. Les gendarmes turcs se lancèrent à sa poursuite, mirent le feu à la maison d’Osman, menaçant de le faire passer de vie à trépas, lui et les siens. Celui-ci s’enfuit avec sa famille. Les gendarmes découvrirent l’archevêque dans sa planque et le tuèrent, le 15 juin 1915.

En juillet, plus de mille femmes et enfants furent déportés. Les villages alentour connurent un sort dramatique.

Du printemps à l’automne 1915, les troupes ottomanes, soutenues par les soldats du gouverneur de Mossoul, pourchassèrent les tribus assyriennes du Hakkâri, qui fuirent à travers vallées et montagnes.

La soeur du patriarche Mar Shimoun assassiné par le chef kurde Simko en 1918, écrivit un livre sur les Assyriens de Hakkarî. (source : aina.org).

Les Assyro-Chaldéens et les Syriaques occidentaux du vilayet de Diyarbakir connurent les déportations ou l’horreur des massacres.

À Diyarbakir, dès août 1914, 1687 boutiques de chrétiens furent pillées, brûlées. Le 6 septembre, la ville entière fut assaillie par des soldats ottomans et des régiments hamidiés. Des chrétiens furent arrêtés, affectés à la construction des routes puis massacrés par les gendarmes turcs.

Dès le 16 avril 1915, l’on arrêta les notables arméniens, puis les Syriaques orthodoxes, les Syriens catholiques et les Chaldéens. Certains furent brûlés vifs. Il y eut des tentatives de conversions forcées à l’islam. Couvents, églises, biens des chrétiens furent confisqués.

Dans le vilayet de Diyarbakir, il y eut d’après le père Rhétoré, un dominicain français, témoin des événements, 144 185 tués, disparus, et parmi eux, 10 010 Chaldéens. Selon un autre témoin dominicain, le père Simon, 157 200 chrétiens perdirent la vie.

La répression s’étendit sur les chrétiens de Mardin. Au début mai, des notables furent mis à mort à la sortie de la ville. Quelques jours plus tard, des chrétiens de toutes confessions furent arrêtés. Les villages chrétiens des environs de Mardin furent aussi attaqués, pillés par des troupes de soldats et de Kurdes.

Dans le sandjak de Mardin, l’on compta 74 675 tués et disparus, et 6800 Chaldéens catholiques.

Le Tour’Abdin eut sa part de massacres. Il fut mis à mal au début de l’été 1915 puis dans le cours de l’année 1917.

Dans la ville de Djézireh, en mai 1915, on arrêta aussi les notables. L’évêque syrien catholique, celui des chaldéens, Mar Yacoub avec ses prêtres, furent mis en prison, puis supprimés, hors de la ville. Les femmes furent déshonorées et vendues comme esclaves. Deux cent cinquante Chaldéens et cent Syriaques périrent. Dans les environs, des villages jacobites et 15 villages chaldéens furent anéantis.

À Nisibe, dés le 14 juin 1915, le quartier chrétien fut attaqué par les troupes, les hommes massacrés. Le 28, les femmes périrent dans l’église Saint-Jacques. Plus de mille chrétiens furent abattus et des villages détruits.

Au printemps 1915, des convois de déportés composés de femmes, d’enfants, de vieillards, arrivèrent à Urfa, les hommes ayant été massacrés. Selon le même scénario, des notables de la ville furent arrêtés, jetés en prison, roués de coups, leurs maisons perquisitionnées. Lors de la révolte arménienne d’un quartier, vingt-mille personnes périrent.

Il est vrai aussi que dans le Bohtan, des Kurdes, musulmans, tentèrent avec courage de sauver leurs voisins chrétiens, menacés par des soldats turcs.

Les Assyro-Chaldéens et les Syriaques occidentaux du vilayet de Mossoul

Heureusement, le vilayet de Mossoul fut relativement épargné, grâce à l’intervention du patriarche chaldéen Joseph Emmanuel II Thomas (1900-1947) auprès du vali Heyder Pacha qui ne soutenait pas vraiment le mouvement anti-chrétien. La plupart des aghas kurdes de cette province refusèrent de supprimer les hommes et de piller les maisons.

La fin de la guerre

Les Assyriens constituèrent en 1916 une armée de vingt-cinq mille soldats qui s’illustrèrent aux côtés des Russes, sur le front du Caucase.

En 1917, après la révolution bolchevique, comme les Assyriens se sentaient abandonnés, ils rejoignirent les lignes britanniques. Quelques-uns s’engagèrent comme auxiliaires dans les bataillons sous, pour aider les Anglais sur le front, en Perse.

De février à juillet 1918, à Ourmia et à Salmas, il y eut des émeutes, des massacres. Les Assyriens connurent un exode tragique. Ils furent poursuivis, harcelés par les soldats turcs et les irréguliers kurdes, décimés par les maladies, typhus, choléra, variole. Cinquante mille d’entre eux trouvèrent la mort sur les routes brûlées de soleil. Cinquante mille parvinrent à Hamadan, à 480 kilomètres. Les Anglais les dirigèrent vers le camp de Bakouba, au nord de Bagdad.

Les Assyro-Chaldéens sous le Mandat britannique

Les Anglais avaient ôté aux Ottomans les vilayets de Bassora et de Bagdad.

Le 11 mars 1917, le général Stanley Maud s’empara de Bagdad et le 10 octobre 1918, le général Marshall entra dans Mossoul, et prit le contrôle de la ville.

Le 25 avril 1920, la conférence de San Remo donna à la Grande-Bretagne les mandats sur la Palestine, la Transjordanie et l’Irak. Le vilayet de Mossoul était sous influence française depuis les accords conclus en mai 1916 par Sykes, ministre britannique des Affaires étrangères et Picot, diplomate français. Il devait rester dans les frontières de l’Irak, placé sous domination britannique. La France, en contrepartie, comptait recevoir 25% des droits pétroliers de la région de Mossoul, qui contenait de riches gisements.

Le 10 août 1920, le traité de Sèvres consacra le démembrement de l’Empire ottoman. Il prévoyait la création d’un État kurde indépendant, placé sous le mandat de la Société des Nations. Il accordait aux Assyro-Chaldéens une protection, dans le cadre d’un Kurdistan autonome, sans parler de création d’État.

L’Irak, constitué de deux provinces, Bagdad et Bassora, devint en 1921 un royaume que l’on confia à l ‘émir Fayçal, fils de Hussein le Hachémite, le chérif de la Mecque.

Les événements se précipitèrent. En Turquie, Mustafa Kemal supprima le califat, créa une République laïque, remit en question le Traité de Sèvres.

Le 24 juillet 1923, un nouveau traité, le Traité de Lausanne, reconnut à la Turquie les droits d’une nation libre, des frontières stables. Il était injuste pour les Kurdes, les Arméniens, les Assyro-Chaldéens, simples minorités à protéger, qui n’obtinrent aucune autonomie et s’interrogèrent sur leur avenir.

La question des frontières avec l’Irak n’était pas résolue.

Le 16 décembre 1925, la Société des Nations décida que le vilayet de Mossoul serait relié à l’Irak, et les monts du Hakkâri, rattachés à la Turquie. Les Assyriens, qui s’étaient engagés dans la guerre du côté des Alliés, ne pouvaient plus rentrer dans leurs villages. Ils avaient demandé un territoire national. Alliés avaient oublié leur promesse à leur égard.

Festival ASHARIDU

Conférence : 5 -8 -2004 Suède

Ephrem –Isa YOUSIF
Ephrem-Isa YOUSIF est né en 1944 à Sanate, un village assyro-chaldéen situé au nord de l’Irak. Il a commencé ses études à Mossoul et les a poursuivies à l’université de Nice. Il obtint en France deux doctorats, le premier en Civilisations et le second en Philosophie, en 1980 Il a enseigné, dès 1981, la philosophie, la langue et la littérature arabe à l’université de Toulouse. Ephrem-Isa YOUSIF est l’auteur de plusieurs livres sur la Mésopotamie et sur la culture des Syriaques.

Plusieurs articles lui ont été consacrés dans des journaux de langue arabe. Actuellement, il donne cours et conférences dans la région parisienne. Il est directeur de la collection arabe aux éditions l’Harmattan, et aussi membre sociétaire de l’Association des Ecrivains de Langue Française (A.D.E.L.F) , conseiller scientifique aux publications du Haut Conseil de la Francophonie.

http://sanate.free.fr/

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