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Sarcelles : Wayni Lacombe né en 1993

Chez moi, mon monde c’est internet et la télé. Quand je serai plus grand, j’irai en boîte

En cours, on regarde tout le temps l’heure ! « Ah ! Il reste encore trente minutes ! ».

mercredi 30 juin 2010, par Frederic Praud

L’Entrée dans la classe… décontracté, normal, on attend que le prof nous dise de nous asseoir. On prend beaucoup de temps en fait pour aller d’une classe à l’autre. On arrive en retard. C’est trop ennuyant ! Après le prof nous demande d’aller chercher un billet de retard. Je ne le fais pas, mais je connais toutes les astuces. Le matin quand on arrive au collège : « Salut…ça va…Il est là ou il n’est pas là…le professeur ». S’il est là : « Ah, non ! Je n’ai pas envie de la voir… ». Maintenant ils veulent voir les carnets pour savoir si l’élève appartient bien au collège.

Wayni Lacombe

Je m’appelle Wayni. Je suis né en 1993 à St Denis. Mes parents sont nés dans mon pays en Guadeloupe. J’aime bien la Guadeloupe. Ça fait partie de la France. C’est un département français. J’y vais tous les ans. Mes parents sont venus pour travailler. Ma mère est arrivée d’abord en 1985, mon père je ne sais pas, parce que je ne vis pas avec lui. Ma mère a quarante ans.

Chaque personne a son opinion. Je n’ai pas d’échelle de valeurs. C’est pareil, Français, Sarcellois ou Guadeloupéen. Etre sarcellois, c’est être habitant de la ville.

Sortir

Sortir pour moi c’est filles…filles…filles ! Aller voir des amis, aller dans les magasins et aller voir la famille. Je ne sors pas la semaine, je fais mes devoirs. Sinon après je vais sur internet. Je cherche, des fois. Le mercredi je vais au basket avec Yann à l’école au gymnase. Il y a un entraîneur espoir, sinon je vais faire du théâtre avec Olivier. Chez moi, mon monde c’est internet et la télé. Quand je serai plus grand, j’irai en boîte. Quand je sors, je n’ai pas d’heure, j’appelle ma mère. Elle veut toujours savoir où je suis ! Elle me demande à quelle heure je vais rentrer, je ne sais pas ! Ça dépend du temps que je vais prendre pour rentrer, s’il y a un bus ou pas.

Le week-end

Le week-end, je regarde la télé, je me lève à 11 heures. Avant j’emmenais mes sœurs à l’école. Comme je n’ai que des sœurs, je dois les emmener. Le samedi soir je regarde Smallville. Le dimanche, je révise, je jette un coup d’œil. Je vais voir de la famille, après je rentre à la maison, je regarde un peu de télé, c’est tout. Pour l’instant je suis en quatrième. Après je ne sais pas… je veux être footballeur ou basketteur ! Si ça ne marche pas, médecin ou un truc comme ça… Après ça, j’irai dans le lycée qui peut me conduire à ce que je veux faire.

Réussir

La réussite c’est comme jouer à un jeu de Play Station, on y arrive pas, on n’y arrive pas, après on y arrive ! On a réussi, on est content ! Des fois on doit essayer plusieurs fois pour réussir, mais après on y arrive toujours, c’est bien ! On peut réussir n’importe quoi. On peut réussir ses rêves en les réalisant. Par exemple je fais du théâtre ; quand on va jouer la scène, si après les spectateurs sont contents, ils vont rire et tout ça ; pour moi ça veut dire que l’on aura réussi ce que l’on a voulu faire ! Il n’y a pas vraiment d’enjeu mais ça dépend.

Le quotidien

Je dîne avec mes parents tous les soirs. C’est important pour eux et pour moi. Quand je rentre, mes parents savent comment je suis s’ils ne mangent pas avec moi. Je suis le seul garçon, mais je ne dois pas donner un exemple particulier. Je dois obéir à mes parents jusqu’à la fin de ma vie. Si mes parents me disent de ne pas sortir, je ne sors pas. C’est tout.

La vie d’un élève de collège

Je suis au collège Voltaire. Le collège sert à étudier. Etudier sert à progresser dans la vie, pour savoir ce que l’on va faire. En cours, on regarde tout le temps l’heure ! « Ah ! Il reste encore trente minutes ! ». Après on écrit, on suit, on parle dans la classe, et on reparle dehors. Quand les gens se battent, on est content ! Quand on est dehors on s’amuse, on parle. C’est ça la vie d’un élève au collège !

Quand certains se battent, on ne se demande pas pourquoi ils se battent, au contraire ! « Battez-vous ! ». Non je rigole ! Parfois on dit : « ce n’est pas bien, il ne faut pas vous battre ». Moi, je ne filme pas avec les portables. Ce n’est pas bien. J’en ai un, mais je ne le sors pas, j’ai peur qu’on me le vole ! Il y a des vols de stylos, de trousses, au collège ! C’est ça la vie d’un élève au collège ! Un élève n’a pas de matériel, on va lui prêter un stylo, il va nous le prendre ; on va lui redemander : « Mais je te l’ai rendu ! ». C’est ça la vie d’un élève ! Tout le temps en train de voler des stylos, tout le temps en train de taquiner son copain malade !

Un élève va regarder l’heure, parce que le cours n’est vraiment pas passionnant. Le professeur est tout le temps en train de crier ! Avec d’autres professeurs, on a presque envie de passer toute la journée. Mais je suis déçu, en cours d’allemand le professeur crie tout le temps ! On a inventé des langues différentes pour bien parler. Maintenant si les jeunes veulent acheter quelque chose, ils doivent tous parler anglais.

Au collège, il n’y a pas de racket. C’est moi le boss ! Le seul racket, c’est les trousses ! Moi je ne vole pas ! Je vais à l’école sans trousse parce que si on vole, on se fait revoler. On ne me rackette pas sinon, j’ai mes jambes pour courir ! Je ne cherche pas les embrouilles. Je ne me suis jamais battu à l’école, c’est bizarre. Je me suis déjà battu à l’extérieur…On se taquine !

L’Entrée dans la classe… décontracté, normal, on attend que le prof nous dise de nous asseoir. On prend beaucoup de temps en fait pour aller d’une classe à l’autre. On arrive en retard. C’est trop ennuyant ! Après le prof nous demande d’aller chercher un billet de retard. Je ne le fais pas, mais je connais toutes les astuces. Le matin quand on arrive au collège : « Salut…ça va…Il est là ou il n’est pas là…le professeur ». S’il est là : « Ah, non ! Je n’ai pas envie de la voir… ». Maintenant ils veulent voir les carnets pour savoir si l’élève appartient bien au collège.

Avant, toutes les filles à l’école primaire avaient un sac à dos. Maintenant les collégiennes vont avec un sac à main à l’école ! Pas un petit, de quoi mettre quelques livres. Dans leur sac, il y a toujours une brosse à cheveux et un « gloss » ! Quand elles arrivent, direct aux toilettes ! « Ma coiffure ! » ! En cours, elles ne suivent pas. Elles sont assises comme ça, elles font des petits papiers, elles les font passer à travers la classe. C’est ça la vie d’une collégienne ! Ce n’est pas obligé d’aller regarder dans le sac des filles. Certaines se maquillent en classe, « tu vas t’habiller comment ? On met ça ? ». Les garçons sont posés, normaux.

Centres d’intérêt

Quand on est en dehors du collège, on l’a déjà oublié. Les filles, ce n’est pas mon souci. J’en ai beaucoup. On parle de M. Sarkozy le président. C’est un bon sujet. Au marker ça le fait. Sur le bâtiment c’est écrit fuck, c’est le pluriel de phoque. Sarkozy est un gros souci pour les élèves. Pour certains, pas pour tous. Les Chaldéens sont contents que Sarkozy soit passé. Moi je voulais que ce soit Le Pen, le président !

Sarcelles

Les quartiers Rosiers, Chantepie, etc, on va à St Denis, on connaît du monde partout, et dans les autres quartiers de Sarcelles. Il n’y a plus de bagarres inter quartiers. C’était avant. Ce problème où d’autres collégiens d’autres établissements viennent devant notre collège, n’existe plus. Ça date.

Continuer les études

J’ai envie de continuer l’école. Ça va nous servir pour le bac, pour tout ça ! Quand j’apprends une leçon bien comprise, je suis sûr d’avoir une bonne note. Le professeur m’a bien expliqué. Mais certains professeurs ne portent pas d’importance à ce que l’on dit.

L’Insécurité

L’Insécurité à Sarcelles, c’est un souci. Dehors il peut nous arriver n’importe quoi, à n’importe quel moment, on ne sait jamais… En sortant d’ici, en rentrant chez moi, quelqu’un peut me kidnapper, on ne sait jamais. Parfois je pense à ça au quotidien. Il peut m’arriver n’importe quoi. Ce n’est pas spécial à Sarcelles.

Sans-papiers

Natacha va partir. Elle est sans-papiers, elle le dit. Elle vient de recevoir une lettre, c’est sérieux ! Je me dis que j’aurais aimé être à sa place. Des fois je me dis c’est dommage ! Il n’y en a pas eu d’autres. Partir, on doit tout recommencer à zéro… Parce qu’ici on a la grande vie ! On avait plein d’amis, on connaissait plein de gens. Après on va devoir partir loin de ces gens là, on va voir de nouvelles personnes. Peut-être que ce sera bien, qu’on ne sera pas rejeté ! Je ne sais pas quand elle doit partir, et si toute la famille doit partir. Ma mère m’a expliqué que ça avait été dur par rapport à ça.

Message aux aînés

Pour ceux qui ne peuvent pas avoir ce qu’on a, faites des pétitions, des trucs comme ça ! Parfois les media montrent des gens vivant dans des habitations insalubres, les murs sont dégradés. Il faut porter plainte, aider les autres ! Même s’ils n’ont pas d’argent, il faut leur donner un logement ! Après s’ils peuvent trouver quelque chose qui puisse les rémunérer, ils pourront rembourser, mais il ne faut pas les laisser comme ça !

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