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Mr Gruber né en 1929

Génération guerre d’indochine et Algérie

30 ans à travailler à l’étranger

lundi 15 février 2010, par Frederic Praud

Monsieur Gruber, née en 1929 à Paris.

Je n’ai pas connu mes parents. Ma mère est décédée alors que j’avais un an et mon père quand j’avais 14 ans. Il est mort à 64 ans. J’ai vécu pendant la guerre avec mes frères et sœurs. Il n’y avait plus rien, ni ravitaillement, plus de voitures, plus d’essence, pas de médecins. Tout était un gros problème, notamment pour quelqu’un qui avait des ennuis de santé. J’étais au lycée pendant la guerre.

Jeune, je n’ai jamais eu une idée précise de ce que je voulais faire. Enfant, j’aimais beaucoup la campagne. J’avais envie d’être fermier. Je ne l’ai pas fait. J’avais de la famille à la campagne, c’était simplement une idée d’enfant. Arrivé à l’âge de faire des études, j’ai fait du droit ce qui ne mène pas à grand chose sauf si on veut faire de l’enseignement. Si on veut faire une carrière juridique, il faut être très spécialisé et atteindre un niveau d’études conséquent.

Dans l’après-guerre, j’allais tous les jours à la Fac. Les cours à l’université étaient libres. On y va ou pas. Il y avait très peu de cours. Celui qui voulait travailler travaillait et faisait des exercices avec les professeurs. Il y avait beaucoup de politique à l’Université, beaucoup de manifestations. Le parti communiste était très important. Il faisait alors 30% des voix aux élections nationales et exerçait une forte influence sur le milieu universitaire. Il proposait sans arrêt des meetings, des manifestations. Il y avait énormément de grèves dans une France pauvre juste sortie de la guerre. La guerre d’Indochine provoquait également des manifestations continuelles au quartier latin, pour ou contre. Il y avait également des mouvements d’extrême droite dont le petit mouvement très actif de Monsieur Le Pen. C’était également l’époque de Michel Rocard. La fac de droit était extrêmement politisée et elle a toujours été un peu à droite.

Je ne participais pas à ces activités politiques. On en parlait, bien entendu, car il y avait pratiquement toutes les semaines des batailles rangées dans la fac entre les communistes et les autres, pour l’Indochine, contre l’Indochine. C’était une époque très agitée. Le plan Marshall débutait et les communistes étaient contre. Ils faisaient des manifs tous les jours contre. La plupart de mes camarades étaient plus souvent dehors que dans les cours. Il y a eu des tués, des blessés. La guerre froide était aussi l’objet l’objet de continuelles bagarres au quartier latin, notamment lors de la visite du Général Ridgway à Paris. Les américains avaient été nos libérateurs et quelques années après ils avaient été reçus comme des étrangers. Pendant les campagnes anti-américaines du parti communiste, on voyait sur les murs "US Go Home". Nous avions alors des bases américaines en France.

Nous avons vu venir la guerre d’Algérie. La guerre d’Indochine a eu une forte influence sur les jeunes gens de notre époque puisque nous avions été appelés sous les drapeaux. Cela nous embêtait un peu car cette guerre tournait mal. Il y avait eu plusieurs défaites successives et l’arrivée des américains. Parallèlement il y eut au Maroc, à Madagascar des événements du même genre et un peu d’agitation en Tunisie. L’Afrique noire est restée calme. Les journaux parlaient de ces événements. De par mon activité, étudiant d’histoire et de droit, j’étais bien informé. Sans compter que nous vivions au milieu de gens politisés qui nous demandaient chaque jour d’aller manifester.

La guerre d’Algérie s’est enchaînée après l’Indochine et les manifestations ont continué. Je n’étais plus étudiant mais enseignant. Le monde enseignant était entièrement politisé. Je n’ai fait que trois ans dans cette profession, de 49 à 52. J’étais au Lycée Lacanal comme adjoint d’enseignement. J’avais une fonction d’assistant. Je faisais ça pour gagner ma vie. J’enseignais l’histoire. L’époque était hyper-politisée beaucoup plus qu’aujourd’hui. Les grèves du métro duraient trois mois. On mettait l’armée avec des camions pour pouvoir circuler. Les grèves des charbonnages duraient des mois.

Service militaire

J’ai fait mon service militaire. On m’a appelé sous les drapeaux pour l’Indochine sans y aller d’ailleurs. Il n’y a pas eu d’appelés en Indochine. Nous étions quand même maintenus sous les drapeaux. Il s’agissait de conserver une force militaire armée assez importante en France, qui coûtait fort cher. Ne partaient en Indochine que les volontaires et les militaires de carrières.

Nous avions auparavant vécu une période où la France était une grande puissance mondiale. Elle avait gagné la guerre. Nos parents avaient fait la guerre de 14 et on parlait de ça quand on était enfant. Lorsque les désastres ont commencé en Indochine, on les vivait comme ils venaient. On y participait. On en parlait. C’était vécu comme une guerre que la patrie, la France devait faire. On se faisait une idée très importante de la patrie, de la France, de l’Honneur, surtout que l’on sortait de la guerre où il y avait eu quelques problèmes. Je l’ai vécu comme une épreuve pour la France.

En tant qu’appelé, nous vivions les événements au jour le jour car nous ne savions pas ce qui arriverait le lendemain. Les jeunes appelés n’étaient pas politisés comme tous les agités de la fac de droit. Ils faisaient leur service et tout était normal. Ils vivaient les événements calmement. C’était une période à passer où l’on pouvait en profiter pour faire des écoles d’officiers ou de sous officiers. J’ai fait un an et demi ce qui était plus que le temps légal. J’ai été rappelé après pour l’Algérie et j’ai refait un an.

Les événements de la Toussaint sanglante de 54 ont marqué le réel début de la guerre d’Algérie. Cette guerre a pris de plus en plus d’ampleur surtout en 56 quand le Président du Conseil a rappelé 500 000 hommes. J’ai été rappelé en 56 et j’ai effectué mon service en France pour une raison d’affectation propre à l’armée. On m’a maintenu sous les drapeaux sur le territoire national en tant qu’officier. Ce conflit a été mal vécu par les jeunes gens qui y sont allés. L’Algérie représentait pour nous l’empire. La France avait un empire colonial et nous avons été élevés dans l’idée que l’Afrique du Nord c’était la France et que la France avait une mission civilisatrice et culturelle à remplir. Nos grands-parents et arrières grands parents avaient créé cet empire et il fallait le préserver, le maintenir. On a vécu ces événements comme un désastre, plus fortement pour l’Algérie que l’Indochine. Il y avait deux peuples, les français d’Algérie et les arabes. Il y avait des élections avec deux collèges, un pour les français et un pour les arabes. En 1954, nous ne nous imaginions pas que la guerre se terminerait pas un retour massif des français d’Algérie.

L’entreprise

J’ai vécu toute la guerre d’Algérie en France mais sans être dans le milieu universitaire. En 1954 quand je suis passé dans le milieu industriel l’ambiance a complètement changée. On ne m’a jamais demandé mes opinions politiques. On travaille beaucoup plus que dans les milieux universitaires. Il faut être au travail à 7 heures du matin et on rentrait chez soi le soir à 8 heures du soir. Nous avions 15 jours de vacances par an. Quand le jour de noël tombait le dimanche, nous avions le dimanche comme jour de vacance et c’est tout.

Dans les années 60, les événements touchaient tout le monde. Nous avons vu arriver des policiers dans nos bureaux chez Citroën. Ils ont arrêté cinq ou six collègues proches, des gens avec qui je travaillais tous les jours. Ils étaient membres de l’OAS ou de mouvements qui en France soutenaient l’OAS.

Dans l’industrie automobile, j’e travaillais dans la partie commerciale étranger. Peu à peu, j’ai pris des responsabilités commerciales qui m’ont amené à voyager, d’abord en Europe. Je considérais au départ qu’un voyage à Moscou, c’était l’étranger. Mais par la suite quand je suis allé en Asie, j’ai réalisé la différence. Il y a plusieurs étrangers. L’Europe vit à peu près ensemble et au même rythme que nous, même si l’Europe de l’Est vit un peu différemment. Moscou n’est pas tout à fait l’étranger. Nous avons vécu peu à près tous les mêmes événements ce qui n’est pas le cas des autres continents. Il y a également le problème de la distance. J’ai connu les premiers avions. J’allais à Madagascar avec un avion à hélices. Nous mettions trois jours et trois nuits. Un avion faisait Paris/Le Caire, Le Caire/Nairobi et Nairobi/Tanarive. Les français à qui j’avais à faire à Madagascar me disaient "vous avez bien de la chance parce que nous partions pour 5 ans sans jamais revenir. Nous prenions le bateau qui mettait deux mois pour arriver".

Par la suite j’ai continué une activité d’exportation des produits français. Dans les années 60/70 une marque automobile française comme Citroën, vendait peu à l’étranger. J’ai commencé pendant ces années-là à essayer d’implanter un réseau de vente au Moyen-Orient. Il n’y avait aucun français au Koweit, en Irak, Arabie Saoudite. Il fallait pénétrer ce marché. J’ai par la suite vécu au moyen orient pendant plusieurs années.

Les anciens combattants de 14 n’en parlaient pas à leurs enfants mais ils en parlaient à leurs amis. On ne raconte pas les horreurs de la guerre aux enfants. On ne peut pas transmettre ça. On peut raconter l’histoire de manière générale mais les événements effrayants comme avoir fait la guerre dans les tranchées, c’est indicible.

J’ai passé 30 ans à l’étranger. J’ai vécu mon enfance et ma jeunesse à Paris. Professionnellement je suis allé un peu partout dans le monde. J’ai eu plusieurs activités. J’ai commencé dans l’enseignement que j’ai quitté pour entrer dans l’industrie automobile en 1954. J’ai quitté l’automobile pour une société dans le golfe Persico-arabique, pour finalement créer une société à Paris.
À partir de 47 jusqu’à 54,

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