ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Mme Idier née aux Sables d’Olonne en 1923

Une vie de yonnaise au 20ème siècle

la Roche sur Yon : de la Croix Rouge pendant la guerre au service de Mme Pitard

lundi 15 février 2010, par Frederic Praud

Madame Idier

Je suis née aux Sables d’Olonne en 1923. Mes grands parents paternels étaient "Gauthier" et mes grands parents maternels "Rebouleau".

Ce n’était pas la station balnéaire actuelle. Les gens portaient encore le costume sablais mais je ne l’ai pas porté, uniquement les sabots. Mes grands parents travaillaient dans les bureaux des tramways. Nous habitions près de l’Eglise Saint Michel, entre la gare et la route d’Olonne. C’était une petite maison que mes parents louaient. Il n’y avait ni eau ni électricité, seulement un puits.

Je me souviens peu de ma maternelle. J’avais une tante couturière. Elle m’avait confectionné un costume de Pierrettte mais, au lieu d’avoir la petite calotte, elle m’avait confectionné un chapeau pointu. Je me vois encore donnant la main à la maîtresse car j’étais la seule à ne pas être habillée comme les autres. J’ai quitté la petite école publique pour aller à l’école près de la Poste.

Il y avait peu de tourisme. Les sablaises vendaient leurs sardines fraîches dans leurs paniers avec de la fougère. Elles criaient « la graude, la graude ». Petit à petit les coiffes que les femmes portaient ont grandi en hauteur pour devenir comme celles portées par les groupes folkloriques actuels. J’avais sept ans quand nous avons quitté les Sables pour Sainte Hermine et Mareuil sur Laye.

Mon père a fait la guerre de 14. J’avais vu des photos mais il n’en a jamais parlé plus que ça. Il était mécanicien en bicyclette et faisait de la photo. Il a photographié les mariages de campagne dans le coin de Mareuil sur Lay et de Sainte Hermine. Il venait alors avec son appareil et son voile noir.

Je suis l’aînée de 9 enfants. J’ai perdu une petite sœur très jeune. J’ai fait ma communion à Sainte Hermine. Tout en étant à l’école publique mes parents m’envoyaient au catéchisme. J’ai donc fait ma communion, ma deuxième communion (communion solennelle), ma confirmation et le renouvellement. Comme j’avais enterré ma grand-mère maternelle trois jours avant, le jour de ma communion fut plutôt triste. Je n’avais pas bénéficié de l’instruction religieuse de l’école privée, je devais alors suivre trois jours de retraite pour pouvoir faire ma communion. Nous allions à la retraite et nous manquions l’école.

Dans l’église, ceux qui venaient de l’école publique n’étaient pas installés sur le même côté que les élèves de l’école privée. Il y avait une différence de traitement à Mareuil sur Laye.

J’ai fait des études primaires et obtenu mon certificat d’Etudes. A l’école, nous obéissions au maître ! C’était alors normal d’obéir à l’école et à nos parents. Nous commencions les cours par une phrase de morale et l’instruction civique. Nous apprenions à lire et à compter. Il n’y avait pas d’uniforme. La petite école, la maternelle était mixte mais en grandissant, il y avait l’école des filles et l’école des garçons.

Après ce diplôme, étant l’aînée de neuf enfants, j’ai dû partir très tôt. Il y avait trop de bouches à nourrir. Je suis alors allée travailler à Nantes pour m’occuper d’enfants. J’avais trouvé cette place par l’intermédiaire d’amis. Je travaillais chez la famille Ferré Daviaud, chez un architecte. J’y suis restée deux ans. Ces personnes avaient une maison à la Tranche sur Mer. Elle s’appelait « la Martha ». Elle a été bombardée par les allemands à la guerre de 40. Je n’aurais jamais pensé à ce moment-là, venir à la Tranche.

J’ai vite voulu revenir en Vendée. En 1938, j’ai trouvé une place chez un professeur de piano et chant Pitard Varennes, artiste bien connu à la Roche. A cette date je me souviens très bien du retour du 93ème régiment d’infanterie qui avait été mobilisé au moment de la déclaration de Munich. Sur les boulevards, tout le monde applaudissait le retour de ce régiment.

En 1938, je suis rentrée au service de Mademoiselle Pitard Varennes Je m’occupais de la maison, de tout sauf du lavage car elle employait quelqu’un qui emportait le linge à laver chez elle. J’ai eu la chance de côtoyer beaucoup de monde, des musiciens, ce qui a enrichi mon vocabulaire et ma façon de voir les choses. J’ai assisté cette personne pendant 38 ans. Même mariée, j’ai continué à m’occuper d’elle. Au service de particuliers, j’ai toujours été assez libre et rémunérée normalement.

Tout en ayant une instruction de l’école publique, j’ai toujours pensé qu’il y avait un Dieu. Je me suis fait inscrire à la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). J’ai continué dans cette foi. La JOC était un organisme religieux avec une grande ouverture vers les autres. Il y avait les recollections. Nous allions de temps à autre faire un genre de méditation « à la Louisiane ».

Nous avons assisté à l’arrivée des réfugiés des Ardennes puis des allemands. Nous avions des tickets d’alimentation et c’était la débrouille pour avoir des suppléments. Nous n’avons jamais manqué de pain. Nous échangions nos cartes de tabac contre de la nourriture. Je bénéficiais de la carte J3. J’ai surtout souffert du froid.

J’ai eu la plus grande peur de ma vie un jour de marché, pas loin du jour de la libération. Les allemands étaient revenus en ville pour prendre de l’argent à la banque de France et du blé à la CAVAC. Ils avaient mis des mitraillettes partout dans les rues autour de la place Napoléon. Je sors… « Oh lala, je ne suis pas rendue rue Pasteur… ». J’ai eu très peur. Nous avons passé quelques jours mal à l’aise, jusqu’au 11 septembre 44 où j’ai installé de nombreux drapeaux français, anglais et américains aux fenêtres.

Je me suis inscrite à la Croix rouge et j’ai fait partie de la défense passive. Je suivais des cours pour passer mon diplôme de tourisme. La défense passive consistait à se réunir en un point de ralliement en cas de bombardement. Chaque personne de tel ou tel quartier devait se réunir à tel endroit, dont la Croix Rouge qui était elle même située à côté de la Kommandantur. C’était parfait pour les allemands car si on visait la Kommandantur, nous étions à côté… Heureusement nous n’avons pas eu de bombardement trop importants comme à Nantes. J’ai eu mon diplôme de secouriste et j’ai fait beaucoup de bénévolat, des piqûres chez les petites grands-mères. On me donnait une pomme et j’étais contente. Cela faisait un petit supplément.

La Roche a été bombardée six ou sept fois, surtout la gare. Des bombes sont tombées sur l’Ecole Normale de garçon. Nous avons eu très peur ce jour-là. Nous allions coucher au Bourg sous la Roche tous les soirs après ces bombardements car nous ne pouvions plus dormir. Cela devenait infernal.

Mon futur mari était militaire en 40. Il a ensuite subi la débâcle du côté de Dunkerque. Il est revenu travailler comme serrurier à l’entreprise Poiraud à la Roche Sur Yon. Il a reçu un ordre pour partir en Allemagne au STO (service travail obligatoire). Ne voulant pas partir en Allemagne, il quitte le domicile familial pour la zone libre mais il lui fallait bien gagner sa vie pour payer sa pension ! Il va alors travailler dans une fonderie et il est encore réquisitionné pour le STO. Il est de nouveau réfractaire. Il a cherché un maquis dans le Vercors. C’était à peine organisé. Il a pensé, « On va se faire prendre comme des mouches. Qu’est ce que je fais ? Je retourne à la Roche sur Yon », mais pas chez lui.

Son oncle habitait rue Richelieu. Les jardins donnaient sur le cimetière. Il est alors resté sans carte d’alimentation, sans rien, chez son oncle et sa tante. La maison était composée d’un couloir, d’une chambre, d’une cuisine et d’un grand débarras. On lui avait installé un petit endroit pour vivre dans ce débarras. Il passait certaines fois des heures entières à écouter les voisines qui recevaient d’autres personnes. Il sortait la nuit dans le petit couloir qui menait au cimetière. Une voisine l’a vu une fois et elle ne l’a jamais dit à son mari. Sa mère est morte en 43. Il est sorti pour assister sa mère et est retourné dans sa cachette. Il a été très marqué par cette période où il s’est caché pendant près de deux ans. Il est sorti à la libération. Il était alors porté disparu.

La guerre est passée, les bals ont repris. Je travaillais toujours chez Mademoiselle Pitard. J’ai assisté à la prise d’armes sur la place Napoléon avec les FFI de Dompierre sur Yon et le colonel Bafer. Ils ont nommé un nouveau préfet : le préfet Léon Martin et le maire le docteur Choyeau.

Des bals, des fêtes ont été organisées. Travaillant dans un milieu de musiciens, j’ai eu la chance d’écouter du piano, du chant. Hoex et Melet organisaient des revues à La Roche sur Yon. J’y allais gratuitement par l’intermédiaire du professeur de piano. Lors de mon mariage, j’ai eu la surprise que ma patronne chante l’Avé Maria de Schubert. Cela m’avait beaucoup touché.

Je me suis mariée en 49. J’ai connu mon mari au bal, dans une salle en descendant le boulevard d’Angleterre, avant l’hôpital. Je n’étais déjà plus toute jeune car il y avait eu la guerre. Mon mari était fils unique. Il habitait alors seul dans une maison au Sacré Cœur dans deux pièces. Cela ne rimait à rien. Nous n’étions plus des enfants. Nous avons décidé de nous fiancer et nous nous sommes mariés assez rapidement. Le mariage s’est passé à l’église du Sacré Cœur avec des cousins, cousines frères et soeurs. C’était un petit mariage car le père de mon mari était décédé quatre mois avant. Ma tante couturière m’a confectionné ma robe de mariée.

J’ai eu mon premier enfant aussitôt mariée, dix mois après. Mon fils aîné a fait l’école primaire et comme il se débrouillait pas trop mal, son professeur nous a conseillé : « il faudrait lui faire faire des études secondaires ». Il est allé en sixième, cinquième et quatrième. A la quatrième, il m’a dit « maman ça ne m’intéresse pas de continuer mes études. Je veux être électricien. » « Bon oui. » C’était facile de trouver du travail à ce moment-là. Nous aurions tant voulu qu’il soit mieux que nous et il avait la facilité pour étudier. Il a dit non. Nous lui avons trouvé un patron Monsieur Legoff. Il a fait ses trois ans d’apprentissage. Il a eu facilement son CAP. Je lui avais proposé, « on se sait jamais ce qui peut se passer dans la vie. Je te fais passer le certificat d’Etudes » tout en étant dans le secondaire. Un de ses professeurs lui avait alors demandé, « que fais-tu là, Idier ? » « C’est ma mère qui le veut ! ». Il a donc passé son certificat.

Un voisin qui travaillait à la Poste nous dit « Jean-Paul n’est pas bête. Il faudrait lui faire passer un concours pour entrer dans les PTT ». Il passe donc un concours dans les PTT mais ce n’était pas si facile que ça car le patron était à cheval sur les horaires. Le jour de l’examen, on lui a dit qu’il s’absentait pour affaires de familles. Peu de temps après le voisin vient à la maison, « j’ai une bonne nouvelle. J’ai vu passé une circulaire. Jean-Paul est admis mais il faut qu’il rejoigne Paris le 31 juillet. » Nous étions la veille du 14 juillet. « Mais il doit encore des jours à son patron ! » Il était en déplacement à Talmont pour son travail d’électricien. J’ai alors pris mon solex et suis allée voir le patron. « Voilà, Jean-Paul a passé un concours dans une administration. Considérez-le, à partir de ce soir, comme ne faisant plus partie de votre personnel mais je crois qu’il vous doit du temps . » « Oui, il me doit 15 jours ». Cela faisait juste et c’est comme ça qu’il est parti à Paris. Il venait de temps en temps en Vendée au Bal où il a fait connaissance de sa femme.

Après mon mariage, j’ai donc continué à travailler un peu avec Mademoiselle Pitard jusqu’à son décès en 1976. Je lui faisais son ménage, ses courses. Elle faisait partie de la famille. Elle participait avec nous aux baptêmes, aux mariages. Mon voisin me dit alors, « pourquoi ne rentreriez-vous pas au tri postal, à la gare, en temps partiel le soir. » « Oh oui, c’est épatant. » J’ai donc travaillé dix ans au tri postal, à trier des lettres. J’ai ainsi pu faire partie de "tourisme et culture PTT", ce qui m’a permis de faire de beaux voyages.

Mes enfants sont toujours allés en colonies de vacances. Jean-Paul adorait ça par contre j’ai eu une fille, en 1953, qui a détesté ça. Je l’ai envoyée une fois et il y a eu une épidémie. Elle était bien contente de revenir mais il fallait 40 jours d’incubation et il lui était alors impossible d’aller à la piscine. « Ha, tu n’es pas prête de m’envoyer en colonie ! » me sermonnait-elle.

Elle est allée à l’école primaire du boulevard d’Angleterre puis a continué au collège rue Chanzy jusqu’à la troisième. Elle m’annonce un jour qu’elle voulait être infirmière. Je l’envoie donc comme pensionnaire à Nantes.

Pour préparer son entrée à l’école d’infirmière, il lui fallait suivre une formation qu’elle a passée au Lycée Jean Perrin à Rezé. Elle a passé un BEP Sanitaire et Social. Elle a suivi des cours supplémentaires pour passer le concours d’infirmière où elle a été reçue. Elle est toujours infirmière aujourd’hui à Cholet.

Après mon mariage, quand je suis venue habiter la maison de mes beaux-parents, il n’y avait pas l’électricité. J’ai réagi, « jamais de la vie, je ne rentrerai comme ça ! » Le propriétaire ne voulait pas faire installer l’électricité. Nous l’avons fait mettre à nos propres frais. Nous allions chercher l’eau au puits. Les WC étaient dans le jardin. Nous avons alors mis de l’argent de côté pour acheter un terrain route de Mouilleron (actuellement rue Pierre Brossolette). Nous y avons fait construire une maison. Il n’y avait pas encore l’eau de la ville mais nous pouvions la prendre au puits chez les voisins. Nous avions un droit de puisage.

Mon mari serrurier avait bricolé beaucoup de choses à la maison. Nous étions passés d’une petite maison au Sacré Cœur à une maison avec un étage et un jardin, une salle d’eau mais il fallait toujours le broc. Le gaz et le service d’eau ne passaient pas encore dans la rue. Nous avons eu une pompe. C’était déjà mieux que le puits car le seau était les trois quarts du temps tombé dedans. Il fallait alors le récupérer avec un crochet. Dès que l’eau courante est passée dans la rue en 1961, nous l’avons fait mettre. Nous avions la cuisinière. Nous ouvrions les portes pour chauffe les étages. Quand le gaz fut mis dans la rue, avant 70, nous avons fait installer le chauffage central.

J’ai eu la machine à laver en 62. Dès que nous avions un peu d’argent de côté, j’équipais la maison. Vers 70, mon fils voulait la télé. Nous lui répondions, « on a d’autre argent à mettre ailleurs ». Il nous propose alors, « écoute ! Moi je vais l’acheter. » « D’accord toi tu l’achètes et nous, on met l’antenne », mais quand il est parti à Paris en 71, il a amené sa télé… ce qui nous a obligés à en acheter une.

Sur cette route de Mouilleron, il y avait trois fermes. Il y avait des champs à la place de HLM de Jean Yole. Nous avons fait de mémorables 14 juillet où toute la route se retrouvait à vélo pour pique niquer et faire la fête. Ca chantait… Il n’y avait pas d’autres pêcheurs à côté de nous tellement nous faisions de bruit.

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