ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Soul né en 1988 à Sarcelles

je connais plus la France que chez moi en Afrique

mon rêve, avoir une situation et dire à mes parents : « allez vous reposer !

vendredi 2 juillet 2010, par Frederic Praud

L’âme de la ville : c’est social, multiculturel…il y a toutes les nationalités. Il y a une des plus grandes populations juives, un grand nombre d’Africains, une grande communauté turque. Ici tu es sûr de ne pas rencontrer le racisme, mais il y en a quand même. J’ai vu des sondages sur Sarcelles, ils font mal au cœur ; sur certains quartiers, ça fait peur…

Mais on est bien ici ! Tu trouveras tout ici. J’y suis bien. Quelle que soit ta nationalité, tu es bien. Il n’y a pas une population supérieure en nombre à une autre, c’est équilibré. Il y a un peu plus de « renois » sur Sablons, mais pas sur la ville en général. J’aime ce quartier parce que c’est le mien !

Je suis né en 1988, à Sarcelles. Je vis actuellement allée Paul Cézanne.

Une identité triple

Je suis d’origine sénégalaise et malienne. Ma mère est née en 1951, mon père en 1939. Mon père est arrivé en 1964 et a travaillé comme ouvrier à Alsthom, où il a fait une grande partie de sa carrière. Il a du charbonner un peu à droite et à gauche avant d’avoir cet emploi. Il m’a dit qu’il est venu par bateau et train. Il s’est débrouillé, a un peu gambadé pour arriver. Il venait d’un village au Mali, Souena. Mon père est soninké.

Ma mère vient de Dakar. Elle est d’origine bambara. Elle est née et a grandi au Sénégal avec sa famille, ce qui fait qu’elle parle wolof même si elle est d’origine bambara. Je suis entre trois cultures. Je maîtrise le wolof, et quelques petits mots en soninké et bambara ; plus la langue de ma mère que de mon père. Mes parents se parlent plus en wolof qu’avec les autres langues.

Il y a à Sarcelles des associations africaines de femmes, mais pas dirigées vers une ethnie particulière ; et encore, association est un grand mot. Il y a une « tontine » des femmes, une caisse commune. Ma mère en fait partie, mais je n’en sais pas plus. Je ne sais pas si des associations de villages existent.

Identité et contradictions

Je suis allé, étant petit, au Mali, à Souena, à trois ans. Je ne m’en souviens pas. Je vais plus au Sénégal, la dernière fois c’était il y a deux ans. J’ai plus mes repères vers Dakar que vers le Mali. Je suis vu comme un Français, comme un toubab. Ils ne me considèrent pas comme l’un d’entre eux. Ça se sent, ça se voit, dans la façon de se comporter, de regarder, de parler. Certains croient que tu ne connais pas la langue. Ils parlent et tu entends ce qu’ils disent !

Je les comprends un peu d’un côté. J’arrive dans mon pays ; sans dire que je ne connais rien, je connais peu de choses. Je suis chez moi mais je connais peu de choses. Je connais plus la France que chez moi en Afrique, c’est normal qu’ils me considèrent plus comme un Français qu’autre chose. Je ne maîtrise même pas correctement leur langue. Je les comprends d’un côté. C’est comme ça. Je serais à leur place, je serais un peu pareil. Je comprends qu’ils soient comme ça. Je ne leur en veux pas. C’est comme ça partout en Afrique. Je ne vois pas un Français aller en Afrique et dire que ce n’est pas comme ça chez lui. L’hospitalité oui, mais c’est souvent pour les intérêts. On le voit. Je n’aime pas employer ce terme mais c’est de la « jalousie » entre guillemets. Je les comprends. On fait avec. Cela se passe bien dans la famille, avec les cousins ; c’est les autres, des jeunes et des plus vieux, mais même dans la famille cela se sent parfois. On se sent bien dans la famille, sinon on n’irait pas les voir. Si on va là-bas c’est pour eux, c’est notre famille.

Je n’ai pas de chez moi, c’est Sarcelles chez moi, le vrai chez moi c’est Sarcelles. C’est le seul endroit où tu sais que tu es bien. Personne ne te regarde comme … on est tous dans la même merde ! On a tous les mêmes problèmes. On a tous les mêmes galères. On est tous dans le même ghetto. On est tous pareils, on a tous les mêmes difficultés. On rencontre tous les mêmes problèmes, pas un n’est pas passé par tel ou tel problème. On est tous sur la même ligne de départ. Il n’y a pas de distinction.

Tu vois que tu es différent quand tu montes à Paris ; tu vois que tu ne viens pas d’ici. Quand tu es dans le RER et que tu vois ton quartier, tu commences de nouveau à être content. Il n’y a qu’à Sarcelles où tu es chez toi. Tu es bien quand tu marches dans les rues. A part ici…

Le Sénégal et le Mali sont mes pays. C’est chez moi. Je suis africain pur, bien que je sois né ici. Mon sang est africain, mes parents sont africains. Je suis africain dans le cœur, mais ici c’est chez moi ! C’est ici que je suis né. C’est ici que j’ai grandi. C’est ici que je vis. C’est ici que je connais tout le monde et que tout le monde me connaît, de haut en bas. Ici c’est un ghetto, mais ce n’est pas comparable à un village. Tu fais trois jours là-bas et c’est la crise d’épilepsie, tellement tu t’ennuies ! Nous étions parfois belle lurette sans aller au pays ; à sept cents euros le billet d’avion aller /retour, on n’y va pas tout le temps… et le coût d’un voyage n’est pas qu’un billet d’avion.

Communiquer

Je comprends un peu le soninké et le bambara mais je réponds en français. On sent que l’on n’est pas à l’aise. J’ai beaucoup de cousins qui parlent soninké et bambara correctement mais pas moi. Leurs parents ne parlent pas français et quand ils parlent avec toi en africain, on répond en africain.

Ma mère parle correctement et couramment français. Elle m’a toujours parlé français et je réponds en français. Mon père ne parle pas très, très bien français, mais me parle en français. Etant petit il m’a toujours parlé français, ce qui est une petite erreur de sa part car ce n’était pas un des meilleurs français. Ce n’est pas grave. Je répondais naturellement en français, mais je n’ai pas appris, compris ma langue. Je le regrette parce que mes potes comprennent tous leur langue, le soninké ; ils comprennent tous le bambara. Ils les parlent des fois entre nous, on se chambre mais je ne comprends pas. Quand ma famille d’Afrique ou mes cousins ou mes oncles d’ici me parlent dans cette langue, je ne peux pas leur répondre…. Voilà…

À notre âge, dix-huit ans, c’est difficile d’apprendre, mais c’est fait… je peux l’apprendre encore. Ça parle cette langue autour de moi. Je comprends le wolof car mes parents parlent ça entre eux et je suis souvent allé au Sénégal. Mon frère et moi sommes nés ici, mais j’ai trois aînés nés au Sénégal.

Rêver du retour

Personne n’est retourné travailler là bas, quand tu as habité ici, c’est difficile de repartir. Mes parents attendent de repartir prendre leur retraite là-bas. C’est le souhait de tout parent d’ailleurs ! Ils y ont acheté une maison. Ils louent ici pour construire là bas. C’est notre rêve : gagner de l’argent le plus vite possible pour envoyer nos parent se reposer.

C’est mon rêve, avoir une situation et dire à mes parents : « allez vous reposer ! Vous avez bataillé, vous avez galéré, allez vous reposer ! ». Quand on vient amasser de l’argent ici, c’est pour construire une villa au pays.

Nationalité

Je suis malien. Je me sens aussi sénégalais. Je me sens français, enfin… je me contredis souvent, mais quand on se dit sarcellois, Sarcelles n’est pas une nation ! Ce n’est pas une appartenance, c’est l’endroit où l’on se sent le mieux. Mais si on devait dire ce que je suis, je répondrais malien, pas sarcellois. Je suis français dans les papiers, mais quand tu regardes autour de toi, quand tu vois la réalité, les gens ne te considèrent pas comme un français, comment peux-tu te considérer comme tel ? Personnellement, à part quand l’équipe de France joue, je ne me sens pas trop français. C’est la réalité. A part Zizou et les autres qui me font vibrer, je ne me sens pas français. On ne va pas se cacher, c’est triste à dire. S’il y a France/Mali, ou France/Sénégal, je n’aurais pas d’hésitation et quelle que soit la discipline sportive.

Le ghetto

Nous étions cinq enfants, mais ne sommes plus que deux actuellement dans un trois pièces. Nous avons toujours été à l’aise au niveau logement.

Quand on dit ghetto, ce n’est pas chez nous, c’est la manière dont on parle. Ce n’est pas un ghetto comparable à d’autres lieux, mais franchement si on fait le tour des pâtés de maison aux Sablons, on voit des rats courir ! Mon bâtiment est assez clean, mais on fait cinquante mètres et on se retrouve dans le Bronx ! Ce n’est pas beau du tout. Les petits sont dans la merde, heureusement qu’il y a une politique de rénovation urbaine et que notre quartier est promis à être rénové ! Quand on voit les Chardos, la Secte, là bas c’est pas mal, mais là ! Ce n’est pas beau à voir.

Pas d’équipements pour les petits

En regardant bien, il n’y a rien ! Rien pour les petits ! Nous y avons tous grandis. Nous sommes en période de vacances, mais 70%, 80% des petits ne vont aller nulle part. Ils vont rester là deux mois sous la pluie ; tu fais quoi à la maison toute la journée, tu fais quoi, tous tes frères et sœurs sont là, tu fais quoi, tu joues à la Play, tu as perdu et tu dois attendre deux heures ton tour avant de rejouer ! Tu attends de t’oxygéner l’esprit ! Tu regardes dehors. Dehors, ce n’est pas beau. Il n’y a rien à faire. Tout est cassé. Il n’y a rien, même pas un terrain de foot correct pour jouer. On joue au foot dans les écoles.

Vision du quartier

Si tu fais le tour des quartiers de Sarcelles, tu vois que le notre est une merde à côté des autres ! Une réunion avait été faite avec le maire il y a deux ans. On avait demandé un terrain de foot. Il vient six mois après ! Il y avait un espace plein de cailloux, plein de sable, ils ont mis du ciment ! Six mois après, ils sont venus mettre deux cages de foot et plus rien ! C’est derrière chez moi. À quoi peuvent jouer les petits ici, là ou les bâtiments ont été abattus ! Le terrain fait dix mètres en longueur, c’est du « foutage » de gueule ! On ne peut pas jouer au foot ! Le maire a fait des bonnes choses mais il y a encore du boulot. Rien qu’un petit terrain de foot où les petits pourraient jouer au foot, c’est leur activité principale. Le sport que tout le monde aime, un espace dans lequel ils pourraient jouer correctement.

On est mis à l’écart. On ne nous aime pas, même si c’est un grand mot. Mais comparé à d’autres quartiers on est lésé ! On monte jusqu’à Vignes Blanche pour jouer au foot. Ils ont un terrain synthétique et une salle de sport.

Nous ne sortions pas de notre quartier. Nous restions ici. Maintenant que l’on est plus grand et que l’on veut se faire du kif, on part ; mais plus jeunes, on est toujours resté dans notre cité, dans notre quartier. Il y a eu une période de tension, il ne fallait pas aller à la secte ou à Coop. Aujourd’hui on y va, on est plus grands et les mentalités ont changé. Les histoires étaient dans la génération juste avant nous, et un peu nous. Nous n’avions pas à l’idée d’aller jouer au foot là-bas, on serait revenu !!!!

Violences

On a assisté aux bagarres des autres quartiers venant ici. On était dehors, on ne pouvait pas éviter ça. Tu fais comme tout le monde, tu cours ! Je courais vers la baraque, tu entendais des Pan ! Pan ! Cela a changé. Nos mamans et papas ne savaient pas que l’on allait dans un autre quartier, ils nous faisaient confiance. Si on le faisait, c’était en cachette et on se faisait gifler en revenant. On ne pouvait pas aller sur le grand terrain de foot municipal, vers douze, treize, quatorze ans. On restait dans notre cité et on jouait au foot dans les parcs pour enfants.

Ils se plaignent qu’en six mois le parc est bousillé, mais file nous un terrain correct ! C’est tout ce que l’on demande. Ça fait clochard, mais un terrain de foot ce n’est pas grand-chose ! Il y avait une ancienne antenne jeune qui a brûlé. Il y a toujours eu de l’espace autour et il n’y a jamais rien eu pour nous. Des promesses, mais rien n’est venu. Le centre d’animation jeunesse présent dans le quartier n’ouvrait jamais, c’est bien pour ça qu’il a brûlé. Il n’ouvrait pas souvent, jamais. On est reconnaissant quand on sait que quelqu’un fait quelque chose pour nous, on ne fait pas ce genre de choses. Si on fait un truc, c’est qu’il y a un problème, heureusement qu’il y avait « Ensemble ».

Adolescent

Adolescent on jouait au foot, il n’y avait rien d’autre à faire. On ne prenait pas le RER à côté, on n’avait pas de ticket. C’est vrai que l’on fraude, mais quand on reçoit l’amende, on voit la vérité en face. Cela ne m’est pas arrivé mais j’en ai connu. On ne cherchait pas à partir. On est bien chez nous, pourquoi aller ailleurs ?

Vacances

On allait en vacances une semaine ou deux maxi, à la campagne, en Bourgogne, Mailly la ville. On a dû faire trois ou quatre fois le même endroit. C’était marrant. Même si tu pars dans un sale endroit, tu pars avec tes potes, c’est marrant ! On faisait nos bêtises, plein d’activités, on découvrait plein de choses. Heureusement qu’il y a des gens comme ça, heureusement qu’il y a des associations comme « Ensemble » pour nous, sinon on serait vraiment dans la merde ! On serait des singes ! On ne connaîtrait rien. Nous n’avions pas d’autres occasions d’aller en vacances, d’aller en sortie, on n’allait nulle part. Il faut payer partout, pour prendre le train il faut payer. Tu prends le train, tu te manges une amende ! Tu es jeune, tu n’as pas de papier sur toi ; tu as douze ans, tu montes à Paris, tu prends le train sans ticket, tu te fais choper par un contrôleur et tu n’as pas de papiers, ils appellent papa, maman pour qu’ils viennent te chercher à Paris !

Heureusement qu’il y avait l’association « Ensemble » pour les jeunes, sinon on ne serait jamais sorti de tout cela, jamais ! On est allé voir la mer avec eux. Ils nous ont emmenés partout ; heureusement qu’ils étaient là ! Les séjours étaient donnés avec des prix accessibles, logés, nourris. On faisait des conneries, on s’en foutait. Il n’y avait rien derrière. Les seules sanctions, c’était le ménage ! Tu fais une bêtise ici, le prix n’est pas le même !

Seize euros la sortie

A Mailly on était entre nous, seuls dans un camping. On ne côtoyait pas d’autres personnes. C’était la campagne. On s’est bien marré. Nous passions le mois de juillet avec « Ensemble » et au mois d’août, comme les petits aujourd’hui, on poirotait. Aujourd’hui il y a une antenne jeune et des sorties organisées pour eux, mais il n’y a que vingt places et pas que vingt mômes dans le quartier ! Walliby est une superbe sortie, tu vas en Belgique, mais où trouver seize euros, et encore c’est donné, mais énorme pour beaucoup !

J’ai eu le droit de descendre devant chez moi tout jeune. Nos grands à nous sont encore là, dans les halls, même si on a grandi ; mais on n’a plus le même regard vis à vis d’eux. Ce n’était pas des exemples pour nous, cela ne nous passait pas par la tête. Si j’en avais fait des exemples, je ne serais pas là aujourd’hui !

Le parcours scolaire

Notre petite école Henri Dunant, c’était foot ; on attendait la récréation pour jouer au foot, le goûter. On allait au soutien scolaire pour rigoler, pour se tailler des barres. On ouvrait les cahiers pour rigoler. On allait là-bas pour sortir de la baraque, pour se retrouver dans une salle, ensemble.

Le collège, c’était Jean Lurçat. Tu sors du collège quand tu veux. Tu rentres quand tu veux. Tu es petit en sixième et tu sais que nos grands sont en troisième. Tu te sens en sécurité ; en plein boum des embrouilles avec Coop, la Secte ! Tu vois des bouteilles qui volent à droite à gauche, devant le collège.

Le collège était le lieu de rendez vous. Tu ne sortais pas s’il n’y avait pas tes potes avec toi. C’était chaud. Nous avions douze ans. Tu demandais à ton pote à quelle heure il finissait. On ne se serait peut être pas fait taper, mais tu ne sais pas ce qui peut se passer. Si tu vis dans un quartier, tu es automatiquement dedans. Tu n’as pas le choix. Tu n’es pas obligé d’être au front, surtout quand tu es tout petit, mais c’est ton quartier, ta cité, ton terrain, tes potes. Si un se fait agresser devant toi, tu es obligé de réagir et vice-versa. On a grandi ensemble… On n’allait pas au collège avec la peur car on partait en nombre. Ce n’était pas de la peur, on était tranquille. On se tapait des barres, c’était marrant.

Ne pas sortir du quartier

Le fait que l’on ne sorte pas du quartier n’était pas une histoire d’embrouilles, mais on était bien ici. Je fais du foot en club depuis six ans, à la Secte, derrière ; j’ai des potes là-bas, je n’ai pas de soucis. Jamais je n’y suis pas allé à cause des embrouilles. J’arrivais, parfois c’était chaud…

Préparer l’avenir

On ne pensait pas à l’avenir de onze ans à quinze ans. L’insouciance… aujourd’hui je vois ce qu’on vécut mes parents, mais à treize ans... Aujourd’hui mes parents me demandent un retour, alors qu’avant, j’avais mes grands frères chez moi. Je suis maintenant le dernier à la maison et ils attendent que j’aie une situation pour pouvoir partir. Si j’avais un petit frère, j’aurais le temps de cogiter. Ils ne me l’ont pas dit directement mais je le sens. Mes parents souffrent ici, ils souffrent ! Mon père ne travaille plus. Il est retraité.

Mais je ne pensais à rien à treize ans. On ne partait pas à l’école avec l’optique de travailler, d’apprendre, mais plutôt de voir ses potes. On prenait notre sac à dos, on allait à l’école, mais on ne savait pas que l’on y allait pour préparer notre avenir. On n’y allait même pas pour nous, mais pour nos parents.

Le bulletin

Sur six bulletins, j’ai dû en contrer quatre. Mais il y a des mamans super malignes, et le jour du bulletin, il faut trouver une excuse. On arrive toujours à trouver. Le dernier trimestre, on peut contrer le bulletin mais les deux premiers…. La remise des bulletins était les pires épreuves, le jugement dernier ! Ma mère ne suivait pas mes devoirs mais mes notes. J’imitais à la perfection la signature de ma mère pour le carnet.

Paris

Je suis allé la première fois à Paris tout seul au collège, mais aujourd’hui les petits y vont en groupe à partir de neuf, dix, onze ans, sans grands, sans personne majeure. Nous y sommes allés plus tard onze, douze ans. Après l’école, je sortais jusqu’à huit heures, huit heures trente. Ma mère s’inquiétait, me prenait la tête, pour que je ne devienne pas ceci ou cela. Les jeunes d’aujourd’hui ont plus de liberté que nous

Etudes au lycée

J’ai fait un BEP compta à J.J. Rousseau à Sarcelles. Ma mère a choisi cette option et j’ai fait ça pour lui faire plaisir. J’ai toujours fait des trucs pour ma mère. Je n’en voyais pas l’intérêt.

Rousseau est un lycée calme, propre, qui a bonne réputation. Il n’y a pas d’embrouilles. C’est un lycée général, ce qui fait qu’il y a des têtes, des mecs qui taffent, mais dans un autre lycée professionnel, ce sera une autre philosophie. Ça m’a aidé. Je suis allé là bas car ma mère savait tout ça : « il a une bonne réputation ! Ta sœur était là bas ! ». J’y suis allé pour ma mère, sinon je serais allé dans un lycée professionnel comme les autres, avec mes potes ; et tous les jours ils appelleraient chez toi… déjà que Rousseau appelait chez moi, si j’étais allé là bas, ils auraient appelé tous les jours !

J’ai obtenu mon BEP et j’ai voulu être éducateur sportif. J’ai arrêté la compta : « Maman c’est bon je t’aime, mais je veux être éducateur sportif » ; tu expliques que c’est niveau bac, que c’est un bon métier. Je me suis réorienté vers ce que je voulais depuis le début. Mon BEP m’a permis de le faire. Il me fallait au moins un diplôme de niveau V. C’est une formation en alternance sur un an, un CCF, je fais mon alternance dans l’antenne jeune de la ville. Je passe deux jours de formation en cours sur le métier. Je travaille ici l’été en tant que salarié. Je suis ici au même titre que les animateurs ville, même si je suis en alternance et que mon salaire est moindre. J’espère à court terme travailler à Sarcelles, mais à long terme je ne sais pas. C’est à côté de chez moi. J’ai plus de chances de travailler ici qu’ailleurs. Pourquoi prendre le risque d’aller autre part, je n’ai pas envie de quitter Sarcelles.

Animateur

Je travaille ce mois de juillet comme animateur à l’antenne jeune. Je passe un BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport), c’est bien au-dessus du BAFA ! Je sors d’un BEP qui m’a suffi pour accéder à cette formation.

Sarcelles, une réputation

Sarcelles c’est un grand nom quand tu vas en vacances ! C’est racaille, tricard ! Tu loues un emplacement dans un camping, un mobil home : « vous venez d’où ? - Sarcelles… », on ne te le donne pas comme ça ! Sarcelles à l’Aquaboulevard, même pour prendre des billets de sorties pour les jeunes, cela ne se passe pas comme ça ! Même maintenant, en tant qu’animateur. C’est normal, on se salit nous-mêmes ! Quand tu envoies des jeunes et qu’ils foutent le bordel, je constate le résultat. C’est un grand nom Sarcelles.

Les policiers

Les policiers du commissariat de Sarcelles ne sont pas professionnels du tout. Il y a un problème… même quand tu ne cherches pas la merde ici, la merde vient vers toi ! Tu as beau être réfléchi, calme, ils vont arriver ! De la provocation verbale, physique. Que des fachos ! Je pensais avant que ce n’étaient pas tous les mêmes, qu’il ne fallait pas cataloguer mais là, tu peux !

L’argent pour être bien

Je vois mon avenir d’une manière positive si j’ai mes diplômes, inch Allah ! Si j’ai de l’argent. Aujourd’hui il faut de l’argent, il ne faut pas se mentir, se leurrer ; sans argent, tu n’es pas heureux. Si j’ai de l’argent, une bonne situation, mes parents seront bien au pays et je serai très, très, très heureux ! C’est mon premier objectif, le reste viendra après. Mes autres frères et sœurs sont ailleurs, ils ne vivent pas ici. C’est différent, ils ne sont pas nés ici. Mon frère né ici, travaille et vit à la maison, à Sarcelles. On est toujours bien à la maison.

L’âme de Sarcelles

L’âme de la ville : c’est social, multiculturel…il y a toutes les nationalités. Il y a une des plus grandes populations juives, un grand nombre d’Africains, une grande communauté turque. Ici tu es sûr de ne pas rencontrer le racisme, mais il y en a quand même. J’ai vu des sondages sur Sarcelles, ils font mal au cœur ; sur certains quartiers, ça fait peur…

Mais on est bien ici ! Tu trouveras tout ici. J’y suis bien. Quelle que soit ta nationalité, tu es bien. Il n’y a pas une population supérieure en nombre à une autre, c’est équilibré. Il y a un peu plus de « renois » sur Sablons, mais pas sur la ville en général. J’aime ce quartier parce que c’est le mien !

Souhait

Je ne veux rien pour moi, mais pour nos petits. Il faut leur permettre de connaître et de voir encore plus de choses extérieures à la ville de Sarcelles et au ghetto de banlieue, en fournissant plus de moyens pour les sorties, pour qu’il y ait un maximum de jeunes qui puissent en profiter ; qu’il y ait un maximum d’activités sur le quartier pour que les jeunes puissent vivre, se décloisonner. Les petits font parfois pitié.

Que les jeunes majeurs, jeunes adultes en devenir, puissent avoir un maximum de portes ouvertes pour avoir une situation. Que l’on arrête de nous berner avec leurs formations, leurs missions locales, leur bla bla qui ne va nulle part ! On y va, on s’inscrit, on n’a pas de réponse, il n’y a rien derrière ! Nous pensons pouvoir nous en sortir, mais il faut tendre la main à certains autres.

Message aux aînés

On ne sait pas ce que pensent les aînés. Les Français sarcellois, j’ai une mauvaise image d’eux. Quand je vois un sondage où 62% des Sarcellois trouvent qu’il y a beaucoup trop d’immigrés en France, ce n’est pas possible ! J’ai peut être mal lu, mais cela montre quand même qu’il y a beaucoup d’hypocrisie à Sarcelles. Je ne vais jamais au village, sauf au terrain de foot, car j’entraîne des jeunes et il y a quelques compétitions là-bas. Sinon, je n’y mets pas les pieds. Je connais des jeunes des Chardo parce que je joue au foot avec eux, sinon, le village, ce n’est pas le même Sarcelles.


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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