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Sarcelles : Kamel né en 1988

Je n’allais pas dans le hall voir les grands.

Je viens juste d’avoir mon Bac. Et je ne sais pas ce que je veux faire…

lundi 28 juin 2010, par Frederic Praud

Kamel

Je suis né en 1988. J’habite Boulevard Montaigne. Je ne sais pas la date d’arrivée de mes parents en France. Mes frères et sœurs sont nés en France, l’aîné a vingt-sept ans. Nous sommes cinq dans la famille.

Mes parents ont habité Paris avant de venir à sarcelles, je ne sais pas dans quel quartier. Ils ne m’ont pas raconté leur histoire mais je n’ai jamais posé de question. Je suis ici c’est bon… Je ne connais pas l’âge de mon père, ni de ma mère. Ma mère a dans la quarantaine et mon père vers soixante quatre, soixante cinq ans. Ils viennent d’Algérie, de Zémoura. J’y suis allé plusieurs fois.

Identité algérienne et française

J’allais au pays tous les deux ans, une seule fois en bateau, avec la voiture, ou la plupart du temps en avion. Nous y allons pour un mois, un mois et demi. Je ne reste pas tout le temps à Sarcelles. Quand j’y vais, on me voit plus comme un immigré que comme l’un des leurs. Ils ne me le disent pas mais me le font comprendre… par le regard et cela veut tout dire : « tu n’as rien à faire ici, retournes d’où t’es ! ». Ce n’est pas général mais c’est la plupart. Mon père vivait dans un village mais habite maintenant Alger, même si on va voir de la famille dans les petits villages. Cela se passe très bien dans la famille avec les cousins, c’est avec les autres, à l’extérieur. C’est plutôt le village de mon père que mon village d’origine. Je vais là-bas pour la famille sinon je ne me verrais pas vivre là bas. Je suis mieux dans le centre ville, à Alger, que là-bas. La campagne ce n’est pas du tout mon truc. J’y suis allé plusieurs jours mais il n’y a rien à faire. J’ai ramené de l’eau, et ce que fait un villageois là-bas.

Je sors à Alger avec mon cousin. Il n’y a pas de problème pour sortir. Je ne parle pas arabe couramment. Je comprends et parle un peu. Je n’ai pas appris avec mes parents ; même si eux me parlent plutôt en arabe, je leur réponds en français. Je n’ai pas appris. Je le parle mais pas comme eux. Mes parents ont acheté une villa. Ils retourneront sûrement, même s’ils sont mieux ici. Ils peuvent rester ici, mais s’ils veulent aller là bas… c’est à eux de voir.

Je suis algérien. On est tous fiers de notre pays, mais on est plus français puisqu’on est né ici. Je suis né là. On se dit algérien parce qu’on a la fierté.

Association « Ensemble »

Mes plus anciens souvenirs de sarcelles se passent au centre, à l’association « Ensemble ». C’est là où on était, où on faisait des jeux de société, où l’on s’amusait bien. Il y avait tous les jeunes de notre âge. On a bien rigolé. On a fait des séjours où l’on s’est bien marrés.

Les sorties, ce n’était pas trop ça, elles étaient vraiment nulles, mais quand on s’en rappelle, les souvenirs, c’était marrant. Vers treize, quatorze ans, on allait en vacances une semaine ou deux maxi, à la campagne. C’était marrant. On était entre nous. On était beaucoup... On était bien. Il n’y avait pas de préjugés là où on allait… Les jeunes d’aujourd’hui ont plus de choix qu’à notre époque.

Sortir, c’est rester dans la cité

On faisait du foot à l’école primaire Dunant. Jouer au foot… jouer au foot ! Chacun reste dans son quartier. On se sent mieux ici… même avec les problèmes d’avant, même si ça a changé, on ne va toujours pas dans les autres quartiers, c’est chacun chez soi. C’est calmé, mais cela ne donne pas envie d’aller là bas, vers la Secte, vers Coop. Maintenant on va sur le grand terrain de foot mais avant on ne pouvait pas, vers douze, treize, quatorze ans. Sortir, c’est rester dans la cité et jouer au foot comme d’habitude.

Les grands frères

Les grands étaient les plus vieux, les plus anciens. Ils avaient vingt-deux, vingt-quatre, la vingtaine jusqu’à vingt-cinq. Maintenant par rapport aux petits, on est grands, mais il y a encore plus grands. Nos grands à nous sont encore là… il n’en reste pas tant que ça. Ils font leurs affaires.

Ce n’étaient pas des exemples pour nous… Je n’allais pas dans le hall voir les grands. J’avais le droit mais je n’y allais pas beaucoup. Je restais des fois rigoler un peu avec eux, mais je repartais. J’y restais une heure, c’est tout. Ils étaient là… ils parlaient… ça rigolait. Ils faisaient ce qu’ils avaient à faire ! Quand on dit ghetto, c’est parce qu’il y a des endroits vraiment moches dans le quartier Sablons, mais on ne vit pas dans un ghetto.

Parcours scolaire

J’étais à l’école à Henri Dunant. Depuis que l’on est petit, on joue au foot, avec une autre classe les CM1. On faisait nos devoirs à l’étude. Je n’allais pas au soutien scolaire ; on avait assez de cours pour ne pas en rajouter. On finissait à quatre heures et demie.

Nous sommes allés ensuite au collège Jean Lurçat. C’était bien. Nous avions des emplois du temps. On allait à l’école pour faire nos années scolaires, c’est tout. On ne pensait pas à l’avenir. On vivait au jour le jour. On donnait trois vœux en quatrième mais on les changeait en troisième. Ma sœur m’aidait. J’ai toujours montré mes bulletins, mais c’est moi qui signais. Ce n’était pas beau à voir. En sortant de l’école, je laissais mon sac, je mangeais et sortais tout de suite… mais on rentrait largement plus tôt que les jeunes d’aujourd’hui.

Le Lycée à Eragny

Le lycée ça changeait. J’ai fait un BEP pâtisserie à Eragny (à côté de Cergy) avec des stages. J’ai continué trois ans mais je n’en peux plus. Je n’ai plus l’envie comme avant. C’était bien avant. Il y a beaucoup de contraintes, les jours fériés, les horaires, ce n’est plus une vie. Si tu ne trouves pas la bonne entreprise, cela change ta vie. Si tu n’as pas la passion, c’est foutu. Je trouverai dans un autre truc.

J’ai fait des stages différents, pour voir comment ça fonctionne dans chaque entreprise. Le prof en cours t’apprend les techniques. Après le BEP, j’ai continué un Bac pro pâtisserie. Je ne me vois pas faire ma vie dedans. Entre quelqu’un qui travaille douze heures et un autre sept, huit heures pour le même salaire, cela ne vaut pas la peine.

Je mettais une heure et demie pour aller à Eragny. Les autres me voyaient normalement mais faisaient des petites blagues « qu’est ce que t’as volé ! » ça allait tant qu’ils rigolaient. Je viens juste d’avoir mon Bac. Et je ne sais pas ce que je veux faire… Je suis prêt à partir de Sarcelles, pas tout de suite, mais si j’ai une situation…

Chercher du boulot

Je n’ai jamais cherché du travail l’été … je cherche actuellement et j’ai envoyé des CV pour septembre, dans tout ce qui bouge. On n’a plus le choix... c’est très dur. Le travail n’est pas forcément sur Sarcelles. Je cherche moi-même, pas par agence d’intérim. Je vois mon avenir d’une manière positive. Je serai bien, j’aurai une bonne situation. J’aime Sarcelles car j’y ai toujours vécu. On y a de bons souvenirs

Message aux aînés

Je n’ai rien à dire aux aînés, c’est le contraire c’est à eux de nous dire ce qu’il faut faire…

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