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Stephane Otto né en 1986

Je suis né en France, pourquoi dit-on qu’il faut s’intégrer ?

Réussir à Sarcelles quand on est jeune, c’est avant tout savo

lundi 28 juin 2010, par Frederic Praud

Vis-à-vis des études, j’ai toujours reçu une éducation stricte. Mes parents ont toujours été stricts, ils ont toujours voulu que je réussisse et que j’aie un meilleur parcours qu’eux. Mon père me disait : « Si j’avais eu la chance que tu as, je serais allé aussi loin ! ». Il a essayé de faire en sorte pour que j’aille le plus loin possible. Rien que le niveau où je suis arrivé maintenant, j’ai eu mon bac et je suis en train de passer un BTS, c’est vraiment bien ! Mais il veut encore que je continue ! Même si j’ai mon examen, ce sera bien, mais il voudra que j’aille toujours plus loin, pour que plus tard je puisse vivre au lieu de survivre.

STÉPHANE OTTO

J’ai toujours habité Sarcelles, depuis vingt ans, depuis que je suis venu au monde le 03 octobre 1986 ! En fait, les deux familles de mes parents habitaient dans la même commune Vieux-Habitant, à Basse-Terre. Les deux étaient des familles modestes. Mon père est issu d’une famille de onze enfants, et ma mère de cinq. Je connais toute ma famille là-bas, je connais tous mes oncles et toutes mes tantes !

L’arrivée en France

Mes parents sont d’origine guadeloupéenne. Ils sont venus en France à cause de l’éruption de la Soufrière en Guadeloupe. Comme pour les parents de Lamia, c’était pour trouver du travail, pas vraiment pour se réfugier. Mes parents sont arrivés dans les années 70. Ils ont toujours habité à Sarcelles. Il faut dire qu’ils sont venus très jeunes, à l’âge de dix-sept ans ! Là-bas, ils ne se connaissaient pas encore et c’est à Sarcelles qu’ils se sont rencontrés. Ils s’étaient déjà vus aux Antilles.

Le français et le créole

Mon père est venu avec un de ses frères et ma mère est venue avec une de ses sœurs. Ensuite, mes parents ont fait leur chemin, chacun de leur côté. Au début, ma mère s’est installée à Villiers-le-Bel et mon père à Sarcelles, du côté de la poste. Mes parents ne m’ont jamais dit qu’ils avaient eu des problèmes d’adaptation à la langue française. C’est vrai que des fois, des gens disent qu’on ne comprend pas trop à cause de l’accent ! Chez moi, je parle en français, mais mes parents me parlent créole. Ils parlent très bien français, ce n’est pas un souci ! Mon père a un très bon français et il m’étonne chaque jour, parce qu’il me sort des mots compliqués, parfois des mots que je ne comprends pas ! Parfois, je vais chercher dans le dictionnaire ! C’est pour dire qu’il se débrouille très bien avec la langue française. Le fait qu’il soit d’origine antillaise ne pose pas problème. Il faut dire qu’en arrivant, c’est à nous de nous intégrer. Ce n’est pas aux autres de s’intégrer à nous. C’est normal. Mes parents n’avaient pas besoin de s’intégrer, parce que les Antilles appartiennent à la France. C’est un département français.

L’intégration, l’adaptation

L’intégration, c’est un mot compliqué. Pour nous, ce n’était ni l’immigration, ni l’intégration, car nous étions déjà intégrés. Je l’utilise, mais on ne peut pas dire « intégrer ». Je ne trouve pas que c’est un mot scandaleux, mais on ne peut plus parler d’intégration. Je suis né en France, pourquoi dit-on qu’il faut s’intégrer ? C’est n’importe quoi ! On n’a pas le droit de dire ça ! Quand on dit : « Les gens des quartiers, il faut qu’ils s’intègrent ! », ce n’est pas possible ! On est né sur le sol français, on est déjà intégré ! On est déjà français ! On n’a pas le droit de dire ça. La Guadeloupe est à huit mille kilomètres de la France, cela veut dire qu’il y a une grande distance. Cela veut dire qu’on n’a pas les mêmes cultures ! On a notre culture.

C’est vrai que quand on est d’origine antillaise, lorsqu’on y a vécu pratiquement dix-sept ans et que l’on se retrouve en France, il faut s’adapter. Je pense que c’est plutôt ça, pas le mot « intégration », mais « adaptation ». Je pense que l’adaptation a été plutôt facile pour mes parents. Ils ont vite eu une situation, une fois qu’ils sont arrivés ici. Ils ont trouvé du travail, mon père à Paris et ma mère à Gonesse. Il est devenu électricien et ma mère faisait des petits boulots comme serveuse avant de devenir aide-soignante.

Mon enfance à Sarcelles : une multiplicité de cultures

Mon plus vieux souvenir, c’est quand j’étais petit ; avec mes voisins nous allions jouer à Marée Blanche, place du collège Anatole France. A cette époque, il n’y avait pas le collège Anatole France, c’était un terrain de foot plein de bosses. Tous les week-ends, on allait jouer au foot. À ce moment-là, j’habitais déjà au même endroit, à côté du centre sportif, à Koenig. Mes parents, dès qu’ils se sont rencontrés et mariés, ont emménagé à cet endroit. Ils sont restés à Sarcelles aussi parce qu’il y a beaucoup d’Antillais : ils se sont sentis comme chez eux. Il faut dire qu’à Sarcelles, quinze pour cent de la population est antillaise ! Pour le reste, la plus forte population ce sont les Juifs, ensuite les Maghrébins. C’était important pour eux qu’il y ait une communauté antillaise. Les Antillais étaient plutôt vers le côté Sablons, plus tard vers Chardonnette.

Mes parents sont donc restés à Sarcelles. Ils ont eu le mal du pays, après et ils ont eu peur de changer : « On est bien là où on est ! Si on déménage, on risque de mal y vivre ». Tout le monde vient à Sarcelles parce que chacun s’y retrouve un peu, quelles que soient ses origines, son ethnie. J’emploie d’ailleurs rarement le mot « ethnie » !

J’ai aussi des souvenirs du CP. J’avais une prof assez stricte, Madame Meunier. Quand on veut se souvenir des choses, les plus anciennes, on se rappelle souvent de l’école ! Dans mes souvenirs du quartier, je me souviens d’une multiplicité de cultures ! Il n’y a que ça, de toute façon. Dans un bâtiment à côté de chez moi, il y a des Antillais, en bas des Portugais et des Maghrébins, un peu plus haut, des Indiens. Il y a des mélanges partout, de plusieurs origines ! C’est la France !

Le marché de Sarcelles

Je faisais le marché tous les dimanches après l’église avec mes parents. Je trouvais le marché super long à chaque fois ! C’était long, long, long ! Je me demandais quand ça allait s’arrêter ! J’étais tout-petit et les gens nous regardaient de haut. Le marché de Sarcelles, c’était vraiment très grand !

Mes rêves d’adolescent, le foot

Quand j’avais douze ou treize ans, je faisais sport études. Je faisais du foot. Tout gosse, je rêvais de Ronaldo, de Thuram. J’étais fan de football. Surtout quand on faisait des tournois à Clairefontaine, c’était super ! C’était surtout ça mon rêve, devenir un footballeur professionnel ! Maintenant, c’est devenu un loisir, pour me détendre, pour décompresser après mes études. Je sais que je ne peux plus devenir professionnel, j’ai passé l’âge. Je laisse ça pour mon frère, il est sur une meilleure voie que moi ! Je continue mes études.

Dans les années 2000, après la victoire de la coupe du monde 98, je m’intéressais vraiment au foot ! Au collège, ce n’était que le foot ! Je m’intéressais plus au foot qu’aux filles ! Pour moi, les filles, ça n’avait aucune importance ! Maintenant je suis dans une tranche d’âge où on fait plus attention aux filles. Mais à cet âge là, le foot était vraiment ma priorité. J’avais pris l’option sport-études pour évoluer. Comme je n’ai pas percé, je n’ai pas réussi, j’ai suivi une autre voie : celle des études, pour avoir une bonne situation plus tard. Mais à l’époque, mes temps libres, c’était le sport. Ce n’était que ça : le week-end, c’était le sport ! Le foot tient une grande place à Sarcelles, surtout pour les garçons.

Les sorties et les bandes à l’adolescence

Quand j’ai commencé à sortir seul, à aller seul à Saint-Denis, j’étais en quatrième. J’allais jusqu’à Saint-Denis, pas jusqu’à Paris. C’était mes premières sorties seul avec mes amis ; je devais avoir quatorze, quinze ans. Sarcelles était surtout réputée pour la musique. C’était plutôt une bonne image, on parlait des stars : Doc Gynéco, Passi, le Secteur A, c’était ça ! On disait : « Ah ouais, c’est Sarcelles tout ça ! ». Mais on ne m’a jamais trop fait la réflexion : « Sarcelles, c’est dangereux ! ».

À l’époque, je n’étais pas aussi sociable que je le suis aujourd’hui ! J’étais jeune et inconscient. On aimait bien se battre pour un rien, pour un oui ou pour un non. L’époque des bandes de quartiers s’est terminée vers 1998, après la mort d’un voisin. On lui a tiré dessus. C’était mon voisin. Ça a déclenché une remise en question chez les jeunes. On s’est dit que toutes ces conneries ne menaient à rien. Ça a calmé tout le monde ! Le phénomène de bandes a commencé à disparaître à ce moment là. La guerre entre les quartiers, c’était fini ! Les jeunes se sont remis en question clairement. À partir de la mort de mon voisin tout s’est arrêté, toutes ces histoires : tel quartier contre tel quartier. J’avais douze ans, mais il y a des choses que l’on n’oublie pas ; c’était mon voisin et je le voyais pratiquement tous les jours.

Le retour aux Antilles

Là-bas, on nous considère comme des vacanciers. On est dépaysé en fait. C’est vrai que moi je suis un peu un vacancier quand je vais là-bas, mais pas mes parents. Ils y sont nés ! Quand ils y reviennent, ils sont quand même considérés comme des vacanciers ! Quand on nous voit, on nous dit : « Hé, les vacanciers ! Est-ce que vous allez bien ? ». Ça tient à l’allure, à la façon de marcher, de parler... Pour moi, il n’y a pas du tout de frustration. Je ne vis pas cette jalousie. Nous n’avons pas de jalousie dans la famille. Il faut dire que j’habite à la campagne. Il y a toujours eu une ambiance conviviale. Pas loin, il y a la mer. Il y a tout ce qu’il faut ! Ce n’est pas comme si j’allais dans le nord où on me dirait : « Ah, mais c’est qui ? ». Quand je vais aux Antilles, on est toujours les bienvenus, on est toujours bien accueilli, à chaque fois que je suis allé là-bas.

La mixité

Je n’ai jamais eu de problème de ce côté là, mes parents sont plutôt ouverts. La seule chose, c’est qu’ils ont des préférences. Si je fais ma vie avec quelqu’un, ils préféreront que ce soit avec une Antillaise ou avec une Française, plus par rapport à la religion chrétienne. C’est une question de religion. Mais après, ils sont plutôt ouverts : si je me marie avec une Juive ou une Musulmane, ça ne posera pas de problème ! Ils ont juste une préférence.

Mon éducation, mes études

Vis-à-vis des études, j’ai toujours reçu une éducation stricte. Mes parents ont toujours été stricts, ils ont toujours voulu que je réussisse et que j’aie un meilleur parcours qu’eux. Mon père me disait : « Si j’avais eu la chance que tu as, je serais allé aussi loin ! ». Il a essayé de faire en sorte pour que j’aille le plus loin possible. Rien que le niveau où je suis arrivé maintenant, j’ai eu mon bac et je suis en train de passer un BTS, c’est vraiment bien ! Mais il veut encore que je continue ! Même si j’ai mon examen, ce sera bien, mais il voudra que j’aille toujours plus loin, pour que plus tard je puisse vivre au lieu de survivre.

Je pense qu’il a tout à fait raison, je n’ai pas envie de dépendre des autres. Je veux être indépendant. J’ai toujours vécu comme ça, c’est une éducation que j’ai eu depuis tout petit. J’ai été élevé comme ça, et je suis pour, même aujourd’hui. Je peux raisonner et je me rends compte que tout ce qu’il disait, tout ce qu’il dit, il a raison !

Être jeune à Sarcelles aujourd’hui

Il y a plusieurs définitions. Être jeune, c’est profiter surtout de la jeunesse, profiter, s’amuser, apprendre, connaître les règles du savoir-vivre ! Parce que la jeunesse, c’est surtout la base pour l’avenir, pour plus tard. En tout cas, pour moi, être jeune, c’est apprendre.
Réussir à Sarcelles quand on est jeune, c’est avant tout savoir se débrouiller ; c’est comme un trophée, comme une victoire. Je trouve que les jeunes qui habitent à Sarcelles, sont des jeunes qui se débrouillent avec leurs moyens. Tous ceux qui habitent à Sarcelles sont issus des petites classes et des classes moyennes. Vivre à Sarcelles, c’est mal vu par les gens. Je n’ai encore jamais été confronté à un problème lors d’une recherche d’emploi à cause du fait que j’habite là-bas. Peut-être que ça m’arrivera quand je chercherai un métier. Le fait d’avoir un nom à consonance allemande m’aide peut-être aussi. J’aurais peut-être un problème lors de l’entretien ! Mais ça ne m’est jamais arrivé. Je suis fier d’être sarcellois ! Si je pouvais être le premier à représenter Sarcelles, je le ferais ! Je n’ai jamais eu à défendre Sarcelles, ni à représenter Sarcelles.

Un message à faire passer

Mon souhait, c’est que l’on puisse tous être dans la mixité sans être dans l’exclusion. La France a grandi avec les couleurs, elle continuera à grandir avec les couleurs. Sarcelles, ça sera pareil ! Sarcelles le vit au quotidien et c’est comme ça que l’on avancera.

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