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Sarcelles : Arnaud Regnier né en 1986

La venue des animateurs nous a donné une motivation en plus pour aller voter

jeudi 1er juillet 2010, par Frederic Praud

La dernière fois, on se rendait à un mariage. On portait des costars cravates, et ils nous ont mis à plat ventre dans un carrefour. La situation a dégénéré. On était en costars, ils ont mis la copine de mon pote par terre ! Un pote qui se trouvait en face, que j’ai rencontré sur place, et qui n’avait rien à avoir avec cette histoire, a été lui aussi plaqué contre le sol avec un pistolet sur la tempe ! C’était du n’importe quoi ! Je pense qu’avec la police ça n’évoluera pas. Je n’ai jamais vu de police de proximité.

Arnaud REGNIER

Je suis né en 1986 à Paris 15ème. Ma mère vient d’Espagne, ma grand-mère a le sang espagnol ; mon père vient de France. Ma grand-mère est originaire de l’Espagne Rosa, sur la Costa Brava. Ils sont arrivés après la guerre civile. Ils ont migré, et se sont installés en France. Mon père doit venir du Nord. On habitait à Sarcelles. Ma mère vit ici depuis trente-cinq ans. J’ai passé toute me jeunesse ici. Je ne connais que cette ville. J’habite aussi place Saint-Saëns comme mon pote.

Mon enfance à Sarcelles

Je me rappelle une fois quand je fumais, tout jeune, un grand est venu me voir sous le porche, il m’a dit que cela ne servait à rien de fumer. Nous, on était dans notre délire. Il y a un an, j’ai compris ce qu’il avait voulu dire. Il avait raison. A l’époque, on avait à peine treize ans.

Le foot, un salut

Je n’ai pas de souvenir de bagarre. Tout petit, j’étais beaucoup plus dans ma bulle avec mes potes. On faisait du foot. J’étais moins présent dans le quartier. Je sortais plus. J’ai connu moins de galères que certaines personnes. Je ne restais pas tout seul dans la rue, j’étais plus encadré. Ce qui m’a poussé vers le foot, c’est mon envie de jouer, tout simplement. J’ai fait cela en minime, puis en benjamin. J’ai souvent changé de club. Je suis allé un peu partout. Il n’y a rien d’autre que le foot. Ici, on ne pratique pas le rugby. C’est plutôt dans le Sud, dans des villes comme Perpignan, etc. Là-bas, ils ne sont pas trop ballon, ils sont plus branchés musculation !

L’école, aux abonnés absents

On allait au collège Evariste Gallois. On est tombé avec Malik, dans la même classe. Au début c’était bien, après c’est devenu la jungle. On faisait exactement ce que l’on voulait. On séchait les cours, on avait d’autres occupations. On suivait un peu le mauvais chemin !

Les profs nous faisaient marcher au chantage. Tu étais viré une semaine, après ça se passait mal à la maison ! On payait les pots cassés. Ce n’était pas eux ! Ils étaient là, juste pour te mettre des bâtons dans les roues. Les profs n’étaient pas à fond dedans. Je connaissais un prof de maths qui m’avait fait kiffer les maths ! Alors pourquoi les autres ne m’ont pas fait kiffer ? Au cours de soutien scolaire, tu retrouvais tous tes potes. On se croyait en cour de récréation. On venait là-bas pour rigoler, pour se marrer. Quand on n’a décidé de ne pas travailler, c’est comme une planque ! Tu rejoins tes potes, t’es là, tu discutes. Toi, tu as été viré, et tu es énervé de ne pas être en cours.

Ce qui pousse à quitter l’école c’est le vol, l’argent. Tu commences à avoir besoin d’argent. Tu ne travailles pas, on voit que le vol, c’est facile. On commence à prendre l’habitude, on va tout le temps voler, se faire de l’argent. Cela est valable pour la sape, et pour tout le reste. On croit qu’à Sarcelles, il n’y a que des fumeurs et des alcoolos mais, il y a des gens qui ne fument pas, ne boivent pas, mais qui volent la société !

L’école de la rue

J’ai commencé à travailler à seize ans. La cité aide à se forger. Ça nous montre tous les côtés de la vie. On a habité là, on sait que l’on va partir dans une autre ville. On va vouloir nous entuber ! On peut se retrouver dans des soirées avec des bourgeois, parler clairement et leur apprendre des choses aussi. Ils seront tout-cons au final ! Ils vont se dire : « Ah, tu connais ça ! ». Eux, vont payer des trucs super cher, tandis que nous on connaît le vice. On a quelque chose à leur apprendre à ce niveau ! D’un côté, je pense que cela peut être un atout.

Dans le quartier maintenant, on trouve une boulangerie, une épicerie générale où l’on ne trouve jamais rien dedans, une laverie, et une pizzeria. Et quelle pizzeria ! Donc il n’y a plus rien ! Ce qui me fait mal pour les petits. Moi, je m’en fous, je peux me démerder.

J’ai arrêté la troisième au deuxième trimestre. Je n’ai fait qu’un trimestre, et ensuite j’ai eu des problèmes avec ma prof principale. Elle m’a fait faire des stages scolarisés toute la fin de l’année ! J’allais dans des entreprises, j’effectuais des semaines de stage dans les domaines qui m’intéressaient. Je ne m’y rendais pas. J’y allais deux ou trois jours, puis je n’y retournais plus. Je filais dans le mauvais chemin. La rentrée suivante j’ai réussi à trouver un CFA (centre de formation). J’étais chez un patron dans la restauration où j’ai travaillé durant tout le mois de mai. C’était sur Saint-Brice, juste à côté. Je gagnais un peu de sous. Je me sentais bien. Ensuite on m’a viré. Et, je n’ai pas travaillé depuis.

Maintenant je ne fais plus rien. Je fais de l’intérim quelquefois, quand ils veulent bien m’appeler, puisque leur système est un peu bizarre. Sinon je ne fais plus rien. Tu cherches un CDI, ils ne t’appellent pas. Tu fais des démarches, ça revient à la même chose. Je peux trouver quelque chose dans la restauration, mais ça ne m’intéresse plus à cause des horaires. J’ai travaillé dans ce secteur un an et demi. Mais ce n’est plus possible. Je préfère la manutention.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Ils ont voulu m’envoyer dans une voix de garage ! On allait se renseigner au CIO. Il n’y a pas de solution, chacun s’assume. De toute façon, il est trop tard pour nous. Qu’est-ce que tu veux foutre de moi ! Je n’ai tellement rien à dire, tellement rien dans la tête alors qu’est-ce que je peux bien demander ?! Je n’ai pas besoin d’aide pour m’en sortir. Je veux trouver un taf tout seul, m’assumer, avoir ma copine, un appartement, des enfants, « Inch’Allah ! », et tout ce qui va avec !

Le bâtiment à la place Saint-Saëns est tout détruit. Autour c’est tout propre, tout nickel, les volets sont peints, et, le bâtiment, lui, est délabré. Je ne vis pas dedans, personnellement, mais ça me révolte de voir ça. Ils ne peuvent pas faire quelque chose, refaire les façades, repeindre, réparer le toit, comme ils ont fait un peu partout ! Ils ne peuvent pas ? Et non ! Au lieu de cela, ils le boycottent un peu plus de jour en jour. Ils ont rénové les portes au rez-de-chaussée, et posé du carrelage. C’est tout ce qu’ils ont fait, il y a un an de cela. Alors que c’était la seule chose encore à peu près potable !

Pour moi, la solution vient de moi-même ! C’est moi qui fais mon avenir. Sur qui je peux compter ? Sur moi, bien sûr. Sur qui d’autre ? Je cherche du boulot partout, pas seulement sur Sarcelles. Je peux me déplacer même à Paris. On a touché un peu à tout.

Les forces de l’ordre

Parfois, avec les flics, il y a du « savatage ». Une fois, un petit s’est fait casser le bras, et il a atterri à l’hôpital ! Pour les contrôles musclés, ils t’attrapent et te foutent par terre en te donnant des coups de matraque. Partout ça c’est vu ! S’ils étaient carrés au niveau de leurs contrôles, je les respecterais.

La dernière fois, on se rendait à un mariage. On portait des costars cravates, et ils nous ont mis à plat ventre dans un carrefour. La situation a dégénéré. On était en costars, ils ont mis la copine de mon pote par terre ! Un pote qui se trouvait en face, que j’ai rencontré sur place, et qui n’avait rien à avoir avec cette histoire, a été lui aussi plaqué contre le sol avec un pistolet sur la tempe ! C’était du n’importe quoi ! Je pense qu’avec la police ça n’évoluera pas. Je n’ai jamais vu de police de proximité.

J’étais en vacances pendant la Coupe du Monde de 1998. On avait treize ans, on ne peut pas trop savoir comment cela se passe. Les bons moments, ce sont pendant les fêtes, quand on va en boîte, et les sorties entre potes. Mais bon, je n’en connais pas trop d’autres. L’aspect positif de ma ville, c’est sa culture. On trouve beaucoup de mélanges dans sa population. Sarcelles est la ville où l’on trouve le plus de mélanges. En fait, tout le monde arrive à cohabiter. Certains sont anti-juifs, anti-noirs, mais ils sont quand même obligés de vivre ensemble. On trouve des cons partout ! On allait à la salle André Malraux quand il y avait des fêtes. On s’y rendait souvent.

Quand j’étais petit, je sortais. Je connaissais un ami à la mairie, M. Angel Rodrigo. Je traînais souvent avec son fils Eduardo, on allait en colonies et on ne payait pas cher. On s’amusait bien. Quand je me rendais à l’extérieur, le fait d’habiter Sarcelles ne m’a jamais causé de problèmes particuliers. La venue des animateurs nous a donné une motivation en plus pour aller voter. On ne voulait pas que Sarkozy passe. Pour moi ça peut changer quelque chose. Je voulais aussi lancer un groupe de rap, mais ça ne s‘est pas fait. On a déjà produit un son, mais après cela demande beaucoup de travail.

Message aux jeunes

Travailler bien ! Ne faites pas les cons ! Profitez de l’école. Il faut faire quelque chose que l’on aime. A sept ou huit ans, on n’était pas comme eux aujourd’hui. On jouait au foot. On ne grattait pas.

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