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Mme Derosiere née 1908

Maintenir les femmes dans l’ignorance

féministe dans l’âme

lundi 15 février 2010, par Frederic Praud

Les prêtres avaient des directives. Il fallait encourager la maternité. Et on vous posait des questions : « est ce que vous faites quelque chose pour ne pas avoir d’enfants ? » On vous disait qu’il ne fallait pas le faire. Quand on était croyante, on était sous la domination des prêtes.

Madame L, née en 1908

Je suis née à Saint Amand les Eaux dans le nord. Ma famille a émigré au moment de la guerre, dès que les allemands ont envahi le Nord. Les maisons que nous avions dans le Nord ont évidemment été occupées. Mon père faisait la guerre, ma mère était donc seule avec trois enfants. Aussitôt qu’on a pu rapatrier les gens du nord ma mère est partie avec nous trois et nous sommes venus nous installer dans la région parisienne. Nous y avons retrouvé pas mal de gens de la famille. Nous y sommes restés.

Mes rapports avec mes grands parents étaient bons. Ma grand-mère me donnait tous ses souvenirs sur la famille. Elle se les remémorait elle-même avec beaucoup de plaisir. Elle attachait beaucoup d’importance à son passé, aux gens qu’elle avait connus et elle en parlait très volontiers. Ma bonne-maman aimait raconter. Elle était d’une origine assez modeste et elle n’en était pas du tout, comment dirais-je, honteuse bien sûr. Elle en était même plutôt assez fière.

Elle racontait très volontiers l’époque où elle vivait, ne la regrettant pas, mais la trouvant dans le fond bien, parce que c’était sa jeunesse. Mais on ne veillait pas beaucoup le soir. On allait se coucher de bonne heure pour se lever tôt. On avait l’habitude de ça. On ne faisait pas la grasse matinée.

Je n’ai pas grand-chose comme diplômes, un brevet élémentaire tout simplement. Quand j’étais jeune, on ne demandait pas aux filles de faire de longues études. J’ai passé mon brevet élémentaire à 16 ans. Je n’étais pas en pension, j’étais dans ma famille. Nous étions quatre enfants : deux garçons et deux filles… et nous avons vécu longtemps à la maison bien sûr.

Je sais que j’aurais beaucoup aimé faire de la danse classique. J’aimais la gymnastique mais ma mère m’a dit une fois : « Tu ne reviendrais jamais plus à la maison si tu faisais un tel métier ». Je disais ça à 13/14 ans. Les danseurs, les vedettes, les acteurs avaient mauvaise presse. Mais tout de suite j’étais prévenue. Il n’était pas question d’envisager une chose pareille. C’était un milieu que les bourgeois redoutaient ! Bêtement du reste, mais enfin c’était comme ça.

On nous donnait peu de chose comme argent de poche. On nous habituait plutôt à gérer un petit budget. On nous donnait plus souvent de l’argent qu’un cadeau. Cet argent, on ne le dépensait jamais à tort et à travers. Tout le monde avait un livret de caisse d’épargne et quand nous avions un petit à cadeau à faire. Nous avions une réserve…

Nous allions en vacances tous les ans. On louait quelque chose au bord de la mer, un petit pavillon. Toujours sur les côtes du nord, vers Vimereux ou en Bretagne à Saint-Malo. Nous allions toujours au bord de la mer. Mes parents aimaient le bord de la mer et considéraient que c’était très bon pour les enfants. Mais jamais à l’hôtel, et jamais dans des conditions de luxe, on louait modestement un pavillon. Nous emportions les provisions pour les acheter moins cher.

Je me rappelle que nous emportions un énorme pot de confiture d’abricots. Ah ! un seau entier que maman achetait je ne sais où. Ca faisait les vacances. Nous allions en vacances comme ça très largement, quelquefois même plusieurs mois, trois mois. Et toujours dans de bonnes conditions, mais relativement modestement. On ne nous habituait pas du tout au luxe, tout en vivant dans le confort. Mon père travaillait, ma mère venait en vacances avec nous. Il venait nous rejoindre en week-end.

Un bon travail dans le bon milieu

Mon mari a été malade, il a dû cesser son travail. Je n’ai eu qu’un fils. Je l’ai élevé jusqu’à l’âge de douze ou treize ans puis j’ai pensé que si je pouvais avoir une situation moi-même, ça améliorerait notre vie. J’ai travaillé dans un laboratoire de produits pharmaceutiques : Imperial Chimical Industries, une maison anglaise dont le siège en France, était à Enghien-les-Bains. J’y suis entrée par relation. Je connaissais le docteur Lacomme depuis longtemps. En parlant il m’avait informé qu’il y avait une possibilité de faire quelque chose là, et je me suis proposée. J’ai été acceptée. Tout simplement. Pendant la guerre, le docteur Lacomme avait fait de la résistance en Angleterre et pour le remercier les anglais ont installé cette industrie à Enghien sur un terrain lui appartenant. Imperial Chimical Industries fabriquait des produits chimiques et pharmaceutiques de très grande qualité.

Dans mon entreprise, les relations se passaient très bien à partir du moment que le travail était fait. Je tenais des stocks physiques. Je connaissais évidemment tous les produits qui entraient dans la fabrication d’un médicament. Je tenais les stocks pour savoir, quand un médicament utile manquait. Il fallait alors que les anglais nous en envoient. J’établissais le prix de revient industriel de chaque produit. C’était un poste de confiance qui me convenait. Il y avait une part de responsabilité et j’étais contrôlée. Il y avait un spécialiste qui venait tous les ans contrôler le travail de chacun pour s’assurer que tout était fait selon les normes. J’avais une entrevue qui était assez longue avec lui. Il me posait des questions, me faisait sortir des dossiers. Il fallait que je fasse mes preuves. Je n’ai jamais eu d’ennuis parce que mon travail était fait correctement.

Je n’avais pas grand monde sous mes ordres. J’étais surtout indépendante. J’étais seule dans mon bureau, faisant mon travail tranquillement. Il m’est arrivé d’avoir été convoquée par des gens de l’extérieur, me posant des questions sur des secrets de fabrication, je savais alors ce que je devais répondre.

Santé

Mon fils a eu une ostéomyélite à 12 ans et, bien entendu, j’étais près de lui à ce moment-là . Il est née en 38. Il a donc été gravement malade, atteint par le staphylocoque doré. La pénicilline qui était toute récente lui a sauvé la vie. Ce médicament lui a sauvé d’abord la vie et ensuite son aspect physique. Il aurait pu être boiteux, puisque qu’il avait cet abcès au tibia. Un abcès de la moelle épinière, il a beaucoup souffert. Il a été très, très gravement malade. A ce moment-là, j’étais chez moi et je le soignais. Je n’avais pas d’activité professionnelle.

Notre médecin généraliste qui a mon fils a demandé la consultation d’un spécialiste, lequel est donc venu à la maison. Celui-ci l’a félicité pour sa clairvoyance. Et je me rappelle qu’il m’a confié à ce moment-là, « Il faut d’abord sauver sa vie et son avenir » en parlant de mon fils. J’ai dit : « Mon dieu, sa vie ! Mon fils est en danger ? » « Mais madame, il est en pleine septicémie ! » Il a alors été transporté aux enfants malades. Ce qui était dramatique parce qu’à ce moment-là, nous n’avions pas l’habitude de l’hôpital comme maintenant. Quand on allait à l’hôpital, c’était affreusement grave. Il a été fort bien soigné. On l’a opéré. On lui a raclé l’os ! Et il a été sauvé grâce à l’opération et surtout à la pénicilline qu’on lui injectait dans la moelle épinière. On avait gratté l’os et on avait laissé une aiguille creuse par où l’on infiltrait de temps en temps un peu de pénicilline. Le résultat fut parfait, absolument parfait. Il a profité d’une découverte merveilleuse, la pénicilline, et de soins parfaits.

La méningite était affreusement redoutée comme maladie. J’ai vécu dans un milieu médical, il y a toujours eu des médecins autour de nous, et je vous dirais que bien souvent, on vous soignait bien sûr, mais on comptait aussi sur la bonne nature pour faire le nécessaire.

Il fallait de la bonté pour être médecin, c’était un apostolat. Ce n’était pas considéré comme un métier qui rapporte, non. C’était un apostolat avec une belle ambition, le désir de rendre service aux autres. On réconfortait son malade, on lui donnait du courage. Je me rappelle que mon oncle, quand il venait soigner ma mère, demandait : « Qu’est ce que vous avez mangé à midi Suzanne ? Qu’est ce que vous penseriez d’une petite côtelette de mouton avec du beurre ? » Il essayait de lui donner de l’appétit en lui parlant aussi simplement que ça. Il faisait son métier avec bonté.

On craignait énormément le dentiste. Les dents étaient beaucoup moins surveillées que maintenant. Et on les arrachait plus facilement. L’hygiène et l’usage de la brosse à dents n’étaient pas connus par tout le monde. J’avais une bonne santé. Je n’ai même pas été opérée de l’appendicite quand j’étais jeune. Mon accouchement a été pénible, ça a été long et douloureux. J’étais dans une clinique et une sage-femme m’a accouchée.

Ce qui doit être su

Il y a beaucoup de choses dont on ne parlait pas avec les messieurs, ça ne les regarde pas disait-on. Toutes les histoires de femmes, les histoires de ventre, les histoires de règles etc., on ne parlait jamais de ça. J’avais des règles très douloureuses. On me disait : "quand tu seras mère, ton premier enfant te guérira du mal de ventre". C’était ce qu’on me disait, il fallait patienter, attendre. Jamais on ne me donnait quoi que ce soit pour me soulager, et pour me réconforter on me disait : ton premier enfant te guérira.

Bien souvent on n’avertissait pas les filles de ce qui les attendait au mariage .Ça faisait partie des choses dont on ne parlait pas. J’ai perdu ma mère à l’âge de 18 ans et je me suis mariée à 25 ans. Quand je posais une question à ma grand-mère, puisque maman était morte, elle me disait : « C’est ton mari qui te renseignera ».

Je me rappelle, c’est les livres qu’on nous donnait à lire quand nous étions jeunes. Le livre "Esclaves ou Reines". Des bêtises à dormir debout. Tout le reste était expurgé à un point ! Il fallait que les filles soient dans l’ignorance de tout ce qui était nécessaire à savoir. La religion avait une énorme importance. Les prêtres avaient des directives. Il fallait encourager la maternité. Et on vous posait des questions : « est ce que vous faites quelque chose pour ne pas avoir d’enfants ? » On vous disait qu’il ne fallait pas le faire. Quand on était croyante, on était sous la domination des prêtes.

C’était quelquefois une domination tout à fait parfaite mais il pouvait y avoir des excès. Et je sais que les prêtres, surtout à une certaine période, avaient pour mission d’empêcher les gens de ne pas procréer ! Le mariage était fait pour avoir des enfants.

Nous étions élevés dans cet esprit, je m’en rappelle fort bien. Nous étions quatre. Les deux garçons devaient avoir un métiers qui leur rapportait de l’argent, qui leur permettait de fonder un foyer. Les deux filles se marieraient et auraient des enfants… Donc pas besoin d’étude, on leur donnait une dote si on pouvait mais les études étaient superflues. On leur apprenait à tenir la maison, à faire le marché, à faire de la cuisine, parce que c’était leur avenir, et uniquement ça. Tenir la maison, rendre le mari heureux et élever les enfants, c’était le rôle de la femme.

On vous apprenait à être femme d’intérieur ! On élevait les filles dans cet esprit, en tout cas dans un certain milieu et c’est celui dans lequel j’ai été élevée. Il n’y avait pas de rébellion du tout. Non, on trouvait ça très normal. Du reste tenir sa maison c’est plutôt agréable. Faire de la cuisine n’était pas ce que je préférais, mais tenir la maison, être ce qu’on appelle une maîtresse de maison, et bien c’était tout à fait mon rôle. Je l’avais accepté et je le faisais avec plaisir.

Relations hommes/femmes

J’ai toujours été féministe, pour l’élévation des femmes, pour qu’elles ne soient plus dépendantes de l’homme comme elles l’étaient si longtemps restées. J’ai toujours eu ce désir-là. Dans les années 30, être féministe voulait dire prouver un peu sa valeur, ne pas tout accepter, comme beaucoup de femmes le faisaient. Bien entendu elles étaient liées économiquement. C’était le gros inconvénient de la femme. Elle n’était pas libre à cause de ça. Elle dépendait de l’argent que son mari lui donnait. Il y avait peu de divorce car la femme ne demandait pas à divorcer, sinon elle était sans ressources.

Elle était absolument dépendante de son mari et j’en voyais l’injustice. Je l’exprimais autant que je le pouvais, en paroles bien souvent parce que je ne pouvais pas faire autrement et c’est en ça que je me considérais comme féministe. Je désirais que la femme évolue et ne soit plus dominée comme elle l’était. Oui, mais bien souvent on plaisantait, j’étais un peu moquée.

Le mari apportait son salaire. On répartissait dans des enveloppes les sommes qu’on fixait pour tel ou tel budget. Les femmes ont été élevées à ne pas vouloir dépasser leur mari. Il n’y a pas de doute, l’homme était considéré comme supérieur. Mais à ce moment-là, c’était l’homme qui entretenait le ménage. Alors il était normal n’est ce pas qu’il gagne de l’argent. L’habitude était prise. L’homme était le chef du foyer, c’est lui qui apportait l’argent.

Jamais un père n’aurait changé un enfant, ne l’aurait nettoyé, jamais, et puis ce n’était pas leur rôle. Il n’était même pas question qu’il le fasse. On n’aurait même pas pensé à leur proposer de le faire, à part si on était malade peut-être. Je n’ai jamais vu un homme de la famille s’occuper d’un bébé et il y a eu pas mal d’enfants et de petits-enfants…

J’ai toujours trouvé que l’homme était très favorisé dans la vie, à tout point de vue. Et je vous dirais que les femmes, elles-mêmes, les mères de famille étaient plus fières de leurs garçons que de leurs filles. On était fier d’avoir un homme, d’avoir un fils, d’en faire un homme. On les considérait comme supérieurs aux filles, au point de vue cérébral. On les croyait plus intelligents que les filles ! C’est pour ça qu’on les faisait évoluer en développant leur intelligence.

Pour les filles, l’évolution était autre, parce qu’elles étaient inférieures aux hommes. C’était l’opinion générale : la femme n’était pas l’égale de l’homme au point de vue cérébral. Ou alors c’était tout à fait l’exception. Mais on empiétait un petit peu. On marchait dans leurs plates-bandes, légèrement. Ce n’est pas drôle de déchoir pour un homme.

Et dans un ménage, il ne fallait pas parler politique, parce que alors là c’était une catastrophe. Dans le milieu où je vivais ça n’intéressait absolument pas les femmes. Même pour les choses essentielles comme par exemple l’affaire Dreyfus, qui eut une importance tellement énorme dans le monde ! Les femmes n’avaient pas voix au chapitre. Les hommes discutaient de sa possible culpabilité. Les femmes écoutaient. Elles étaient habituées à ne pas discuter de ces choses-là.

Dans ma jeunesse, on trouvait que le service militaire c’était du temps perdu pour les hommes ! C’était long, leur service militaire, trois années de perdues pour leur jeunesse ou pour leurs affaires. J’ai toujours compris que l’on considérait que c’était un devoir qu’il fallait faire, que c’était très normal, qu’il fallait avoir des hommes qui soient capables de défendre leur pays. Trois ans, c’était quand même fort long, alors pour leur travail, leur mariage futur, c’était plutôt du temps perdu. Mais c’était honorable de la faire.

Une jeunesse au quotidien

Je me suis mariée à 25 ans. C’était alors considéré comme tardif. Autrefois, la fille craignait une chose, c’est de coiffer Sainte Catherine, à 25 ans. Elle pleurait si cela lui arrivait. C’était une tare pour elle. C’était vexant et froissant de ne pas être marié à 25 ans. Ça prouvait qu’on n’avait pas su plaire aux autres. L’idée générale des filles était « pourvu que je plaise, pourvu que je me trouve un mari ». On disait « si j’ai le bonheur de me marier ».

La vieille fille française était moins que rien. Elle n’avait pas de métier. Elle n’avait pas d’argent. Elle n’avait pas de foyer. Elle n’avait pas d’enfant. On ne la voulait pas sur les bras. Toutes les filles que j’ai connues n’avaient qu’un désir, se marier.

Nous étions quatre, les deux filles faisaient des quantités de choses dans la maison, et les deux garçons ne faisaient rien ! Nous mettions la table à tour de rôle ma sœur et moi. Nous faisions les lits, les lits des frères. À table, on se levait pour chercher les plats à la cuisine au fur et à mesure que c’était nécessaire et les garçons ne faisaient rien ! La seule chose, on les envoyait à la cave chercher une bouteille de vin, une fois de temps en temps. On trouvait normal d’élever les garçons de cette façon-là. C’était la fille qui faisait tout le travail de la maison et l’homme attendait.

Papa ne se levait jamais de table, le fromage était sur le buffet derrière lui. Au moment du fromage, je me levais et je le mettais sur la table. Il n’aurait pas eu l’idée de le mettre lui-même sur la table. Et c’était normal ! On servait son père ! On le servait étant enfant, comme on nous apprenait à servir son mari plus tard. C’était sous entendu. On se tutoyait à la maison mais dans ma belle famille on vouvoyait. Vouvoyer c’était un petit peu du snobisme, pour ne pas faire comme tout le monde. Mais d’un autre côté ça remettait quelquefois les choses en place parce que ça obligeait les enfants à un certain respect.

On apprenait les gens à être respectueux. Manquer de respect à ses parents était grave. Quand nous voulions discuter voilà c’est ce qu’on vous répondait : « pas d’observation » au moment où la discussion prenait une autre tournure. Nous pouvions parler bien sûr mais il y avait un moment où il valait mieux s’arrêter, il fallait freiner. On ne vous laissait pas vous épanouir comme maintenant, ça il n’y a pas l’ombre d’un doute.

Les filles entre elles ne parlaient pas de leur petit ami parce qu’on en n’avait pas ! Elles ignoraient tout absolument de la vie, tout ce qui était nécessaire… C’est même curieux, parce que c’était fait dans une bonne intention certainement. Mais c’était tellement maladroit de fermer les yeux des filles comme ça devant toute l’évidence de la vie ! Et pourquoi ? Je trouve bizarre que cette façon de comprendre l’existence et de l’accepter ait duré si longtemps.

Mariage d’amour

Souvent, les jeunes femmes trouvaient leur mari par relation. On préparait les mariages. Les parents faisaient ce qu’on appelle des présentations. Il y avait du reste des marieuses. Des femmes à qui on faisait un cadeau quand elle avait trouvé le mari. On ne lui donnait pas d’argent. Je connaissais des marieuses. « Oh, je trouve qu’avec cette fille-là, untel ferait joliment bien ». Alors on s’arrangeait pour faire des rencontres. Remarquez que les deux complices savaient très bien que c’était une rencontre en vue de mariage. Mais on l’acceptait parce que c’était comme ça.

On se regardait du coin de l’œil et puis c’étaient les parents qui pensaient que ça pouvait aller. Il fallait rester dans le même milieu souvent pour une question d’argent aussi. Il est certain que c’est très important ça. Ne pas faire de mésalliance avait beaucoup d’importance.

Les femmes, entre elles, se donnaient des tuyaux sur un tel ou sur une telle, en vue du mariage de leurs enfants. Ça se faisait énormément. Et les curés s’en occupaient beaucoup. Les parents allaient chez monsieur le curé : « pour ma fille, vous devriez trouver un mari » Il connaissait les gens, parce qu’ils allaient beaucoup dans les familles. J’ai assisté à beaucoup d’événements familiaux et toutes les cérémonies étaient présidées par un prêtre. Il parlait des gens qu’il connaissait, et dans une paroisse, il connaissait beaucoup de monde monsieur le curé. Et certainement qu’il pouvait penser que tel garçon irait bien avec telle fille pour telles considérations… sans se tromper !

Dans mon milieu, je ne sais pas si les mariages d’amour se faisaient beaucoup autrefois. Je crois que c’était ce qu’on appelait un mariage de raison qui souvent du reste tournait à l’amour. J’ai une cousine germaine qui s’est mariée de la façon suivante. C’était la fille d’un médecin, mon oncle, qui avait six enfants. Un jour un confrère, médecin également, téléphone à mon oncle en lui disant : « Je connais un garçon qui vit en Australie… Il vient en France pour se marier et il était venu dans ma famille pour rencontrer une de mes filles… Ma fille ne veut pas partir en Australie, est-ce que chez toi il y en a une qui partirait bien ? » Le docteur Breton, mon oncle, avait trois filles, et la fille aînée a dit : « pourquoi pas ? ». Le garçon est alors venu la voir. Le mariage s’est fait et ils sont tombés très amoureux l’un de l’autre ! Or c’était uniquement une question de présentation. Elle est partie en Australie, elle a fondé un foyer. Elle était très heureuse avec ce garçon, qui venait se marier en France parce que en Australie il n’y avait que des anglaises. Il ne voulait pas épouser une anglaise. Il était acheteur de laine.

On favorisait toujours le mariage de l’aînée, parce qu’elle risquait de rester pour compte. L’autre avait encore du temps pour se marier. On avait très peur des filles qui restaient pour compte dans les familles. La noblesse se mariait avec la noblesse. Elle se mariait rarement avec le milieu bourgeois, où alors il fallait qu’il y ait beaucoup d’argent pour contrebalancer.

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