ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Sarcelles : Crem né en 1985

on fait la différence entre cocon familial et le cocon, en termes de groupe

Lochères est découpé en parcelles. Chacun a son identité, chacun défend sa peau,

lundi 5 juillet 2010, par Frederic Praud

L’esprit de groupe vient du mouvement. J’ai quatre, cinq copains. On joue on foot ensemble. On va faire du rap ensemble, on est quatre, cinq. Il faut être en groupe pour développer quelque chose. On ne peut pas développer quelque chose tout seul. Tout se fait en groupe.

Crem

Moi, mon nom de scène c’est Crem, comme la crème. Parfois elle est chaude… la crème brûle… Je m’appelle Nait djoudi Jugurtha. C’est d’origine algérienne. C’était un roi berbère. Je suis né à Sarcelles. Mes parents sont arrivés à Paris en 1982-83 et à Sarcelles en 1988-89. Je suis né en 1985. Nous sommes arrivés d’abord à Malesherbes, ensuite aux Rosiers depuis dix ans.

Mode de vie et valeurs

Fraternité et solidarité, ce n’est pas uniquement par rapport aux Chardos. Partout, ici, dans la France, ils s’associent ; c’est un pote, un frère, c’est un peu les mêmes mots que l’on retrouve partout. On s’identifie aux mêmes images, aux mêmes personnages. Quand on est de la même génération, on a les mêmes délires, les mêmes idées, on défend les mêmes projets, pas dans tel ou tel quartier, mais un peu partout. Après chaque quartier a sa spécificité par rapport au mouvement qu’il défend. Le mouvement c’est tout : faire du rap, du sport, ça dépend des délires entre certains jeunes.

Identité par rapport au groupe

On s’identifie très tôt par rapport à un quartier. A force d’y grandir, on l’a en soi. On voit la même chose tous les jours. L’ambiance, c’est la même tout le temps. Comme on est allé à l’école à Pierre et Marie Curie, maternelle, primaire, collège, on a gardé à peu près la même image. L’identité n’a pas changé…c’est juste la cadence !

L’esprit de groupe vient du mouvement. J’ai quatre, cinq copains. On joue on foot ensemble. On va faire du rap ensemble, on est quatre, cinq. Il faut être en groupe pour développer quelque chose. On ne peut pas développer quelque chose tout seul. Tout se fait en groupe. Je suis allé tout seul en bas dès que j’étais au collège, même au primaire. Aux Rosiers, il y a une osmose, c’est familial. Les parents savent avec qui on est tout le temps, on dit bonjour ici, il y a une sorte de complicité familiale partout. Solidarité, fraternité. Les gens se font confiance. On vit dans une grande famille.

Le respect

Quand on est petit, on est un peu conscient, donc on fait attention à différentes choses comme le respect ; on est conscient quand on grandit. Je respecte les parents de mes amis comme si c’était mes parents. Je respecte les parents que je ne connais pas qui habitent ici comme mes parents, car ils pourraient être mes parents. Ce que je vis avec ma famille, ici on agrandit juste la chose ! On vit avec tout le monde, ça se passe comme ça. Après on tourne autour des mêmes thèmes. Les mêmes mots reviennent.

Génération et évolution

Chaque génération a son mode de vie. Quelqu’un né en 1980 ou 1985 ne va pas vivre pareil, parce que les gens ont eu du recul. Dans ma génération on a eu un peu plus de recul. Les gens de deux ou trois ans de plus que moi ont donné un meilleur exemple. Plein de choses peuvent changer. Ma génération a voulu que ça se calme. Elle ne voulait pas suivre le même itinéraire. A douze, treize ans, on sait faire la différence entre le bien et le mal…bien que l’on fasse encore des bêtises.

Les jeunes de maintenant sont mûrs très tôt. Ils veulent faire des choses que je n’aurais pas faites à leur âge, à l’époque. Ça avance, ça avance, c’est un moule et les gens rentrent à l’intérieur. Il faut se fondre dans la masse…pour rester polis.

Flamber

D’abord CM1 CM2, après le collège ça suit. On voyait les premières personnes avec des vêtements de marque. Nous aussi on voulait flamber par rapport à ça. Flamber à cet âge là, c’était avoir une paire de Nike, Adidas, attirer le regard des gens pour dire « nous aussi on est là…on existe ! ».

On était quatre et on a deux, trois ans, entre chaque frère et ma sœur. Chacun voulait flamber à sa manière, donc les parents ne pouvaient pas chaque fois faire flamber tout le monde ! Ça allait petit à petit. D’abord c’était le grand frère, ensuite je mettais les affaires du grand frère, ça suivait. J’attendais que mon grand frère achète autre chose pour mettre ce qu’il avait mis avant. Les vêtements se succédaient de génération en génération. Chacun frimait à sa manière avec le même vêtement, on va dire.

Flamber au collège, ça veut dire avoir sa copine. Il y a d’autres trucs au collège. Flamber ça change au cours des années, c’est une autre définition. En primaire, flamber c’était avoir un peu de la marque, au collège être mûr au niveau « sape », avoir une petite copine, avoir une image au niveau de son groupe. Plus les années passent, plus le terme s’accentue on va dire, plus le terme prend de la place.

La famille et le groupe

Même au niveau du collège ou du lycée, on appartient à notre famille, on n’est pas séparé ; on fait la différence entre cocon familial et le cocon, en termes de groupe. Mais la famille est toujours là.

La rue

Appartenir à la rue, c’est un terme péjoratif. On est dans la rue, mais on n’est pas des SDF, on a un chez soi…on vit bien en banlieue ! Je préfère vivre en banlieue que dans une grosse ville comme Paris. En banlieue je suis bien. Franchement, je ne serais pas cette personne si j’avais grandi dans Paris même, j’aurais été quelqu’un d’autre ; je pense qu’en banlieue on développe plus les termes de solidarité et de fraternité que dans des grosses villes comme Paris.
Quand on dit appartenir à la rue devant des personnes un peu plus âgées, ils voient ça d’un œil négatif. Si c’est entre nous, on est dans la rue, on s’est compris ! On a nos codes. Avec des gens de l’âge de mes parents, si je dis, « j’appartiens à la rue, je suis dans la rue », ils le voient d’un œil péjoratif. La rue c’est là où on se croise, où on apprend à se connaître, où on joue au foot, où on fait des bêtises. La rue, vous connaissez ? Elle n’a pas changé…c’est juste le bitume qui a été regoudronné !

Dans la rue on apprend à faire plein de choses. C’est un lieu de vie autre que chez soi, sauf que l’on n’y dort pas, c’est tout ; on y est avec des amis. On n’est pas vraiment tiré du cocon familial. Quand c’est l’heure de rentrer, on rentre, et le lendemain on se recroise au même endroit. Quand je dis : « quand c’est l’heure de rentrer » ça ne veut pas dire quand papa et maman nous disent de rentrer ; à l’heure où l’on veut rentrer nous mêmes aussi. Des fois, on a fait des bêtises, on n’a pas écouté. Ce n’est pas forcément à l’heure de rentrée de nos parents.

L’éducation

C’est l’éducation, après un certain âge, les parents ne peuvent plus vraiment rien faire. Ça dépend franchement, après ils voient qu’on écoute ou qu’on n’écoute pas. C’est selon l’éducation de chaque cocon familial. Jusqu’à quinze, seize ans, ils pouvaient encore me frapper, après un certain âge ils savent que cela ne sert plus à rien de frapper son enfant. Il comprend tout en gardant la même éducation pour les petits frères, les petites sœurs. Ils ont essayé de faire le maximum pour que l’on soit bien éduqué sachant que tout le monde a reçu une éducation et tout le monde a su faire la différence entre les mauvaises et les bonnes choses.

Le petit pont massacreur

C’est du foot, mais il ne faut pas que la balle passe entre nos jambes. Dès qu’elle passe entre nos jambes, c’est le petit pont massacreur, on massacre celui qui a pris la balle entre les jambes. C’est un jeu… c’est amical, ce n’est pas méchant. Mais maintenant de 1985 aux Rosiers, on peut se retrouver avec des gens de 1987, 1988, 1989. Aujourd’hui le terme de groupe générationnel s’est perdu un peu. En fait ça se mélange.

Le collège, Le groupe

J’étais au collège Chantereine. On est à la recherche de repères. On veut s’identifier par rapport à nos grands frères. C’est vrai, ce n’est pas la même ambiance Voltaire et Chantereine. A Chantereine il y avait des gens de tous les quartiers. C’est à peu près les mêmes groupes, les mêmes époques, on vit à peu près la même chose, c’est du pareil au même. Voltaire, c’est les quartiers Rosiers, Chardo, Chantepie, Village. Chantereine c’était plutôt Lochères. C’était les mêmes embrouilles entre quartiers. Les mêmes délires. On côtoyait d’autres personnes. C’est la même définition du mot groupe mais avec d’autres personnes, d’autres quartiers. On s’identifie aux grands. On se sent grands sans l’être, mais en le pensant très fort. Il y a un gros décalage. On croit tout faire, tout surmonter, on l’exprime par une fierté mal placée. L’orgueil, la fierté de groupe et fierté individuelle ; dans un groupe, chacun a sa personnalité et chaque personnalité additionnée forme le groupe.

On n’avait pas de nom de groupe, c’était le nom du quartier. Les mecs de Malesherbes, les mecs des Rosiers, les mecs du Village. Maintenant les mecs des C4, c’est les mecs des C4, les mecs des Cantiti, c’est les mecs des Cantiti, les mecs de la MJC, c’est la MJC, les mecs d’Afro, c’est Afro. Moi j’étais un mec de Malesherbes, je suis toujours un mec de Malesherbes, c’est Malesherbes…chacun à son identité.

Vous pensez que de Cantiti à la secte c’est les Lochères, c’est les Lochères dans l’ensemble, mais chacun a l’identité du quartier. Au collège, des potes de même quartier vont traîner ensemble à la récréation. Lochères est découpé en parcelles. Chacun a son identité, chacun défend sa peau, chacun défend son quartier.


Texte réalisé par Frederic Praud


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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