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Mme Domange née le 19 octobre 1909 à Marennes en Charente-Maritimes

Une carrière d’infirmière

lundi 15 février 2010, par Frederic Praud

Même si la femme reste au foyer, le travail de la maison a été revalorisé et facilité par l’évolution technique. De plus, le droit de vote a amené une certaine égalité.

.Madame A née en 1909

Je suis née le 19 octobre 1909 à Marennes en Charente-Maritime. J’ai habité jusqu’en 1926 dans cette petite ville. Marennes comptait alors 2500 habitants. C’était une sous-préfecture. Physiquement, la ville était répartie autour d’une grande rue. Mon père était avoué au palais de justice de la ville. Il rassemblait les papiers quand il y avait des procès. Le palais de justice a été supprimé en 1926. La suppression de ce fameux tribunal de Marennes a tellement troublé mon père qu’il a tenté de se suicider. On a été mis à l’écart dans le village. Ça ne se faisait pas.

Tous les enfants qui voulaient faire leurs études secondaires étaient obligés de partir à 12 ans de Marennes, pour La Rochelle. Mes frères sont ainsi partis. On ne les revoyait qu’à Noël, Pâques et pendant les vacances d’été. Ils étaient en internat. J’avais deux frères et une sœur. A l’internat mes frères sont tombés malades de la fameuse grippe espagnole en 1917. Ils ont été soignés et ma mère les a mis chez un particulier, pour qu’ils puissent bénéficier d’une meilleure condition de vie et d’une vie de famille.

On prétendait que c’était plus important de donner un métier aux garçons qu’aux filles. Les filles étaient presque sacrifiées.

Même si le mot est sans doute trop fort, on faisait plus d’efforts pour l’éducation des garçons. Les filles le vivaient comme une chose normale. Nous n’étions pas jalouses. Nous étions quatre. Les garçons sont partis à 11 ans. Je ne sais pas si mes parents auraient pu payer 4 pensions. On ne pensait pas encore à l’égalité des femmes et hommes. On tenait à avoir un garçon pour l’héritage et continuer la situation du père.

Petite fille au moment de la guerre 14, mon grand-père était veuf depuis un an. Comme mon père a été mobilisé, nous sommes allés aménager chez lui à Saint Romain de Benêt. Un petit village de 800 habitants où se situe le fameux cimetière. En octobre 1919 mon grand-père meurt après une intervention chirurgicale. J’avais beaucoup d’affection pour lui. Ma mère, qui était sa seule enfant, était auprès de lui. Je ne l’avais pas auprès de moi, de ce fait j’ai ressenti encore plus fortement cette séparation. Naturellement, il y a eu les obsèques.

Quel ne fut pas mon ahurissement lorsque je me suis rendu compte que nous ne nous dirigions pas vers le cimetière communal, mais vers un autre petit cimetière ! Par la suite, j’ai demandé à ma mère des explications. « Mais nous ne sommes pas catholiques. Nous sommes protestants. Seuls les catholiques avaient droit au grand cimetière » me répond-elle.

Elle me raconte aussi que mon grand-père qui avait été Maire de la commune avait obtenu pour tous les habitants, le droit de se servir du corbillard et du drap mortuaire. J’en étais très fière. Naturellement ces coutumes ont disparu. Actuellement encore, certains membres de la famille se font enterrer « dans le petit cimetière » par hommage et respect à nos ancêtres.

Je suis restée toute la guerre 1914 dans la propriété familiale et quand mon père a été démobilisé nous sommes retournés à Marennes.

Il n’y avait pas de différence notable entre catholiques et protestants. Nous étions assez larges d’idées et les relations avec le prêtre étaient bonnes, mais certains catholiques critiquaient. J’ai revécu cette histoire entre catholique et protestant en 1943, dans mon travail. Quand je suis arrivé en région parisienne comme assistante sociale, une collègue de travail est passée dans certaines familles de mon secteur en disant « Madame xxx est protestante ».

En 1950, lors du rapprochement entre les institutions catholiques et protestantes, une personne m’a reproché : « si j’avais su que vous étiez protestante, je ne vous aurais pas prise". Elle a précisé que « même quand elle marchait dans la rue, elle empêchait ses enfants de monter sur les marches qui menaient au temple ». C’était une personne un peu simplette et bien entendu, ces cas sont marginaux.

Le certificat d’étude obtenu, je suis restée à Marennes. Un de mes frères est monté à Paris pour continuer ses études. Je l’ai rejoint et je suis restée une année avec lui pour m’occuper de ses enfants en tant que gouvernante. Il avait eu 4 enfants en trois ans et demi. Nous sommes ensuite partis à Beyrouth en 1932. C’était une merveille de ville. Je me suis occupée des 4 loupiots et j’ai travaillé bénévolement le matin dans un dispensaire anti-chromateux. Comme nous sommes arrivés au Liban avec 4 enfants dont 4 garçons, nous étions considérés par les Libanais comme une famille bénie.

Après m’être occupée des enfants de mon frère j’ai commencé des études d’infirmière. J’ai fait mes études d’infirmière en travaillant dans une clinique privée, à Courbevoie. C’était douze heures par jour. Dans la clinique, il n’y avait que deux services. Si on n’avait pas tout à fait fini notre travail, on ajoutait au bout.

Les 8 heures, on ne connaissait pas ça. On était content de ce qui se passait en 1936, c’était normal. Quand on faisait ce type d’études, on n’avait pas le temps d’aller sur les barricades. On ne faisait pas grève.

Nous commencions de 8 heures du matin jusqu’à 20 heures le soir et il fallait préparer ses cours alors on n’avait pas le temps de s’occuper de ce qui se passait dans la rue. À l’école d’infirmière, nous bénéficions d’un mois de vacances et d’une demi-journée supplémentaire pour pâques. Maintenant les écoles d’infirmières bénéficient des mêmes vacances que les autres écoles.

J’ai beaucoup aimé ce métier d’infirmière, mais je l’ai peu fait car je travaillais à Lille à la déclaration de guerre en 40 et la maternité où je travaillais a fermé. Je me suis trouvée sur la route.

J’y ai travaillé six semaines. Je suis arrivée le premier avril 1940 et les allemands ont commencé l’invasion le 15 mai.

Les infirmières à l’époque faisaient tous les soins de A à Z, contrairement à maintenant où leur travail est limité. Il y avait une grande mortalité car il n’y avait pas la pénicilline. Les deux grandes maladies de la fin des années 30 étaient la syphilis et la tuberculose. De la syphilis. On pouvait parfois en garder des séquelles jusqu’à en mourir.

J’ai continué à travailler comme infirmière pour devenir petit à petit assistante sociale pour la protection maternelle et infantile (PMI) en 1940. Le travail a évolué et je suis devenue polyvalente de secteur dans le Val d’Oise, jusqu’en 1965. En 1940, on faisait de la PMI et du médical : consultation de nourrissons, des femmes enceinte et des scolaires. On faisait les visites médicales scolaires et le travail de surveillance des nourrices. Notre suivi s’arrêtait à six ans.

Le travail de la femme a encore évolué après 45. Mais la grande évolution a commencé après la guerre de 14 du fait que la femme est devenue maîtresse de maison par obligation.

Cela été difficile pour reprendre la place que les hommes avaient au préalable. La femme a pu se débrouiller tout seul. Il fallait donner à manger aux gosses. Avec la guerre, la femme s’est mise à travailler.

La femme ne pouvait pas divorcer autrefois, elle n’avait pas d’argent, elle était entièrement dépendante de son mari. Elle n’avait aucun revenu. L’homme était beaucoup plus puissant. Il avait plus de droit. Le travail de la femme au foyer a pris une valeur qu’il n’avait pas autrefois. Avant elle était parfois considérée comme une bonniche. Même si la femme reste au foyer, le travail de la maison a été revalorisé et facilité par l’évolution technique. De plus, le droit de vote a amené une certaine égalité.

Au moment des événements de 1968 j’avais encore plus de travail. On a oublié que certaines personnes avaient une petite pension et comme tout était en grève, ils ne pouvaient rien toucher. Il fallait travailler davantage, il fallait être auprès des gens. Je me souviens d’un vieux couple qui n’avait plus un sous pour rien, plus rien pour manger. Ils n’en voulaient même pas aux grévistes. Certaines communes ont aidé ces gens-là. J’ai toujours eu de bons contacts avec les gens dans mon travail, notamment en fin de carrière avec les étrangers.

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