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Paroles de Femmes

Il allait au café le dimanche matin avec ses copains

une mise au point a été nécessaire

dimanche 28 février 2010, par Frederic Praud

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet :http://www.lettresetmemoires.net/ainees-parisiennes-content-leur-vie-et-leurs-combats-femmes-au-cours-20eme-siecle.htm

Je suis née en 1921 à Paris dans une famille modeste … Nous habitions rue du roi d’Alger dans le 18ème où mes parents étaient petits commerçants. Ils tenaient une mercerie, papeterie, journaux. Mes parents s’entendaient bien, partageant le travail. Ma mère s’occupait des clients et mon père de l’intendance. Ils ont eu une autre fille 20 ans avant moi. Je serai donc élevée comme une fille unique.

La rue d’Alger était commerçante. De nombreuses femmes tenaient de petits hôtels avec leur mari. Elles faisaient le ménage. D’autres tenaient des cafés également en couple. Ces familles de commerçant avaient généralement peu d’enfants, un ou deux… Les familles nombreuses vivaient pauvrement dans certains immeubles, avec les femmes à la maison.

Je voulais être modéliste mais ma mère s’est opposé, "non, tu ne feras pas ça. Il faut que tu apprennes un métier. Cela te servira plus tard". J’ai appris la couture mais ce n’est pas ce que je voulais faire… Ma mère n’avait pas d’ambition particulière pour moi. Mon père m’aurait laissé faire ce que je voulais…

Les fins de mois étaient difficiles, aussi ma mère m’a fait arrêter l’école professionnelle trois mois avant de passer le Brevet. Elle m’a placée chez une couturière de quartier comme petite main à 15 ans… puis vient le temps des maisons de couture, seconde main, première main…. Le travail dans la couture est mal payé, dans des conditions très dures avec des clientes exigeantes mais on était gaies… Il n’y avait pas de solidarité entre ouvrières et hiérarchie technique… les premières d’atelier étaient très dures.

J’ai été déléguée syndicale CGT dans la couture. Nous avons fait une grève pour demander une augmentation des salaires que nous n’avons pas obtenue…. Je suis allée demander de l’aide à la bourse du travail. On m’a dit qu’on ne pouvait pas m’en donner que le patron ne voulait pas collaborer. Tout ce qu’on pouvait faire pour moi était de m’offrir un autre poste ailleurs ce que j’ai refusé. Ce n’était pas ce que je voulais. Je voulais défendre mes camarades et pas recevoir de privilège. J’ai déchiré ma carte

La plupart des jeunes femmes vivaient chez leurs parents car il n’y avait pas de possibilité de logement. On attendait à se marier. Nous vivions chez nos parents… J’ai donné mon salaire à mes parents jusqu’à mon mariage. Je faisais de la couture le soir et le dimanche pour acheter du tissu et me fabriquer des vêtements.

Je me suis mariée avec un espagnol très droit, un ouvrier OP3. Il travaillait et moi aussi… Je n’aurais pas accepté de ne plus travailler. Une mise au point a été nécessaire au début du mariage. Mon mari avait l’habitude de rejoindre ses copains le dimanche matin. C’est ce qu’il a fait la première semaine, la deuxième semaine. La troisième semaine, je lui ai souligné que l’on travaillait tous les deux et qu’il fallait qu’il m’aide à la maison. Il m’a dit que j’avais tout à fait raison et nous n’avons plus eu de différents sur ce point. Nous faisions tout en commun, les courses, le ménage….

La sexualité était un sujet tabou, notamment avec mes parents. On se débrouillait comme on pouvait. Ma sœur aînée m’a donné quelques notions. Il n’y avait pas de contraception, à part la douche vaginale. Je vivais l’arrivée d’enfants comme une misère. Nous avions déjà une vie modeste et avoir des enfants c’était l’aggraver ! Nous avons eu la première fille deux ans après le mariage et la seconde dix ans après. J’ai alors vécu ça comme une catastrophe. Je suis allée voir mon médecin et il m’a conseillé de garder l’enfant, ce que j’ai bien fait…

Mon mari est tombé malade, mais j’avais de la chance car il m’aidait dans les travaux domestiques. Je n’ai pas eu de problèmes d’argent ou d’autre sorte avec lui.

J’ai travaillé tout le temps en étant mariée. J’ai embauché comme aide acheteuse dans une centrale d’achat en fruits et légumes, alors que j’étais enceinte sans le savoir. Je ne m’en suis aperçue trois mois après.

Les acheteurs étaient des fils de bourgeois sortis de grandes écoles. Ils ne vivaient pas dans le même monde que les ouvriers aussi bien dans leur vie privée que dans leur vie professionnelle. Ils ne se rendaient pas compte de la misère des autres. Ils nous considéraient un peu comme leur bonne. Les aides acheteurs hommes étaient davantage payés que nous pour le même travail. On nous disait que nous ne pouvions pas assumer les déplacements. J’ai demandé à être payée comme eux… Réponse : "Je suis très content de vous. Vous êtes certainement capable mais vous êtes une femme. C’est incompatible avec votre vie de famille."

Les femmes ne revendiquaient pas, elles jalousaient… Je ne pouvais m’empêcher de revendiquer. J’ai élevé mes filles dans le même esprit que moi. Elles ne se sont jamais laissé faire.

Dès que la pilule est arrivée, je leur ai conseillé de la prendre pour avoir des enfants quand elles le voudraient. Je leur ai dit, mais aborder directement le sujet de la sexualité m’aurait gênée. Je voulais qu’elles aient une instruction. Elles sont allées à l’université. Elles ont acquis un autre statut que le mien.

Dans les années 75, je trouvais que les femmes ne se défendaient pas assez… dans le domaine privé… dans le travail… Je les poussais à se défendre mais beaucoup ont été assujettis dans le cercle familial ce qui n’était pas mon cas aussi je leur disais que c’était possible.

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet :http://www.lettresetmemoires.net/ainees-parisiennes-content-leur-vie-et-leurs-combats-femmes-au-cours-20eme-siecle.htm


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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