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Paroles de Femmes

Un statut de femme au foyer accepté

jeudi 1er avril 2010, par Frederic Praud

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet :http://www.lettresetmemoires.net/ainees-parisiennes-content-leur-vie-et-leurs-combats-femmes-au-cours-20eme-siecle.htm

Ma Grand mère est arrivée à Paris après que la famille ait quitté la Lorraine en 1870 pour ne pas être allemands. On ne sait pas où était le grand père. La grand-mère a élevé seule ses 3 enfants. Les deux fils se sont mariés, la fille est restée avec sa mère. Couturière dans sa jeunesse, ma mère se marie à 32 ans, en 1919. Nos parents auront trois filles dont nous jumelles (Maud et Denise nées en 1925 à Paris). Le milieu est majoritairement féminin (grand-mère, mère, 2 sœurs). Comme la sœur aînée est malade, les jumelles « se sont élevées toutes seules, ensemble ». Les trois filles sont allées à l’école du quartier.

Puis c’est l’école, le certificat d’étude, le cours complémentaire, le Brevet Elémentaire. On hésitait à envoyer les filles à l’école plus loin s’il n y avait pas de lycée dans le quartier. Mes études sont terminées à 16 ans. Je suis alors une formation de secrétaire comme ma sœur aînée, malade, car il n’est pas question de faire des différences entre les enfants. Nos parents tenaient à ce que toutes les filles fassent le même type d’études pour qu’il n’y ait pas de jalousie. J’ai travaillé jusqu’à mon mariage. On ne parlait pas de vie professionnelle mais de mariage, le mari devant alors travailler.

L’ambition de notre mère était de nous voir faire un beau mariage, que l’on se marie bien avec quelqu’un d’honnête… Un garçon sérieux qui nous respectait avant le mariage, sinon ce n’était pas de l’amour. Notre mère pensait que les filles ne devaient pas faire d’études au-dessus de 16 ans. Elle voulait la sécurité pour ses filles, sécurité pécuniaire.
Dans la majorité des familles, les garçons allaient au lycée, et les filles, comme moi, voulaient un beau mariage. Les garçons étaient censés avoir une situation pour faire vivre une famille. Je voulais avoir des enfants, pas faire d’études. La question ne se posait même pas.
Nous avions peur des hommes. C’étaient des êtres dangereux avec un risque d’enfant… On sentait que l’arrivée d’un enfant représentait un danger, il fallait se faire respecter. Un homme n’aurait pas voulu nous épouser si on avait déjà eu un enfant. C’était très mal vu de l’entourage. Donc les histoires sexuelles étaient limitées, même plus tard avec le mari.

L’apprentissage

Sur le conseil autoritaire de ma tante qui ne travaillait pas, mais qui était curieuse de tout, je pars à Berlin en 1946, comme secrétaire civile au Secrétariat Allié, pendant le mois de présidence de l’Allemagne par la France. Je n’avais pas tout à fait 21 ans, mais j’ai fait pression sur mes parents pour partir. Je suis partie pour 5 semaines, et j’y resterai 1 an. Je loge chez l’habitant où je serai très bien traitée.
J’ai manqué de me faire violer 3 fois. J’étais naïve et totalement non informée des hommes mais j’ai su me faire respecter en faisant valoir le risque d’un viol pour la réputation de l’homme, d’un officier américain. Il suffisait de leur faire un peu peur…
Même après la guerre, pour les femmes françaises, il ne fallait pas « fréquenter » les allemands ; ne pas copiner avec les allemands en général, car nous avions un véritable statut d’occupant. Apparemment, il n’y avait pas de femmes dans les hiérarchies civiles et militaires.
On voyait peu d’hommes à Berlin. Je me souviens du courage des femmes allemandes qui déblayaient les rues ravagées à mains nues, avec le sourire. Les ouvriers, hommes âgés, travaillaient sans être payés pour reconstruire
Les russes étaient un peu primaire et on nous avaient recommandé de ne pas prendre de risque. On pouvait s’égarer entre les zones. Par deux ou trois fois des hommes allemands m’ont rendu service en m’indiquant le bon chemin.

Un statut de femme au foyer assumé

J’ai effectué des travaux de secrétariat à mon retour en France. J’ai trouvé mon futur mari à un bal de la Cité Universitaire. Je me marie à 24 ans. Mon mari est d’origine Suisse, étudiant en architecture aux Beaux Arts.
Il n’y avait pas de contraception mais aucune de mes amies n’a 15 enfants. On avait 2 enfants. On se débrouillait… Un fils naît un an après le mariage. J’arrête donc de travailler, puis c’est une fille 2 ans et demi après. Mon mari poursuit ses études pendant 7 ans et faute d’aide parentale, travaille en étudiant. Je ne travaille plus dès le premier enfant. Les grands-parents ne s’occupaient pas des petits-enfants, ce n’était pas la mode, et il n’y avait pas de baby-sitter.

Nous traversons une période de vaches maigres, mais nous sommes heureux. Nous habitons au début à 4 dans studio de 15,80 m2. La cuisine n’avait ni frigidaire ni eau chaude. Le lit des parents est dans le salon, un lit bébé trop petit pour le fils, et un sac de toile servant de lit pour la fille. Nous étions très heureux. Nous sortions de la guerre et tout était merveilleux, la liberté, la jeunesse.

Nous achetons un appartement de 38 m2 près du Luxembourg, puis plus tard, un appartement dans un hôtel particulier dans le 7ème dont ils étaient locataires. Nous rachetons le cabinet d’un architecte qui part à la retraite. J’éprouve un grand respect pour mon mari, ses horaires. Je pensais qu’on ne se marie pas pour s’embêter . J’ai essayé de travailler avec son mari au cabinet, mais la secrétaire ne l’a pas supporté. J’ai donc renoncé et j’ai compris qu’il fallait que je partes.

En ce qui concerne l’éducation de mes enfants, je n’ai pas fait de différence entre le garçon et la fille. Ma fille a dû être féministe dès 1 an . Mes enfants étaient très indépendants. Ce n’est pas eux qui me suivaient, c’est moi qui courais derrière. On ne faisait pas carrière comme femme, mais mes enfants sont très heureux dans leur vie. C’est ma réussite. J’ai élevé mes enfants pour qu’ils soient indépendants. Je leur donnais tout mon temps. J’ai élevé ma fille pour qu’elle se dise : « je n’ai besoin de personne ». J’ai suivi leurs études et ne leur ai pas montré trop de tendresse. Ils ont réussi…

Comme mon mari travaillait beaucoup, je me suis dit qu’il fallait que je m’occupe pour que nous ayons des choses à faire ensemble et à nous dire, quand il serait à la retraite. Je m’inscris donc à des clubs de bridge, natation et gymnastique. Mais mon mari décède à 66 ans d’un cancer, 17 jours après le début de sa retraite. Je n’ai jamais compté sur mon mari pour me distraire, et je ne peux pas dire qu’il m’ait manqué sur le plan de la compagnie, mais j’étais très malheureuse pour lui qui aimait beaucoup voyager, et n’a pas pu en profiter.

Je trouve très bien la libération de la femme par le travail. A mon époque, jamais un homme n’aurait quitté sa femme, même s’il avait une maîtresse. Ils avaient la responsabilité de la famille. Une femme pouvait être tranquille mais les règles morales ont changé. Il faut que les femmes se disent, « je ne dépends plus financièrement de mon mari » Il est obligatoire qu’une femme ait une situation car elle risque de se retrouver seule si son mari part.

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet :http://www.lettresetmemoires.net/ainees-parisiennes-content-leur-vie-et-leurs-combats-femmes-au-cours-20eme-siecle.htm


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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