ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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temoignage collège Isle Adam

Le paradis

réponse aux élèves

mardi 20 novembre 2012, par FIROUZEH EPHREME

Le collège Pierre et Marie Curie à l’Isle-Adam.

Le collège Pierre et Marie Curie à l’Isle-Adam.

Bonjour,

Je tiens à remercier le collège Pierre et Marie Curie à l’Isle-Adam, en particulier la classe qui nous a reçus et son professeur, M. Hervé Bennezon. Je dédie cette nouvelle à tous.
Merci,

Firouzeh Ephrème

Le paradis

Le paradis est l’endroit le plus merveilleux du monde. Il a de grandes portes qui s’ouvrent par enchantement. Au paradis, les soucis n’existent pas. Tout est tranquille, et les gens sont heureux. Au paradis, la cuisine est immense, et un buffet à volonté est proposé mais pas comme vous l’imaginez ! C’est beaucoup mieux ! Le poisson n’a pas d’odeur de poisson, et il fond dans la bouche. Au paradis, la pomme au miel est accompagnée de viande, et il y a toutes les confiseries que l’on veut. Au paradis, le chocolat est en forme de cœur avec une pistache ou une amande par-dessus. Et tout le monde peut admirer une sirène confectionnée dans un gigantesque morceau de glace. Rien n’est impossible au paradis. Le paradis est magnifique. J’en sais quelque chose, puisque mon père en était le portier.

Tous les soirs, je ferme les yeux en pensant au paradis pour m’endormir. Je m’en rappelle bien…

Il était tard lorsque, avec mon père, nous sommes arrivés au paradis. J’étais heureuse. Le paradis était baigné de lumière, et je regardais la tour Eiffel derrière quelques immeubles, qui jouait à cache-cache avec moi. Maman m’avait habillée de jolis vêtements : un manteau tout neuf, une robe rouge, mon collant bien épais et mes chaussures noires vernies.

Dans la cuisine, papa a mis les repas préparés pour nous dans un sac. C’est le chef cuisinier qui nous a donné tant de bonnes choses. Papa m’a servi une tasse de chocolat chaud, et j’ai choisi une portion de millefeuille en accompagnement. Et pendant que papa discutait avec un collègue, je suis partie dans le hall. Un lustre accroché au milieu du plafond éclairait toute la pièce, sans laisser aucune zone d’ombre. Il était comme mon cœur qui n’avait peur de rien. Tout était rassurant. Il n’y avait personne à part moi et la réceptionniste. J’ai entendu papa, et je suis revenue pour le rassurer. Il était toujours dans la cuisine. À côté, il y avait une porte entrouverte qui m’intriguait : je l’ai poussée. Elle ouvrait sur le jardin du paradis. Un garçonnet se tenait près d’une fontaine, la main plongée dans le bassin. Il avait la même taille que moi.

« Touche, c’est froid. »

Je suis montée sur les pierres posées au pied de la fontaine, et j’ai tendu la main, mais j’ai glissé. Mon bras droit s’est alors retrouvé plongé jusqu’au coude dans l’eau de la fontaine.

« Les pierres sont mouillées », m’a-t-il dit en me retenant.

J’avais froid. L’eau était glaciale, et j’avais peur pour ma robe toute neuve. Tout en me retenant, il m’a aidée à sortir ma main hors de la fontaine. Mon bras était tendu vers l’avant. Avec le coin de sa chemise, il a essuyé ma manche mouillée, puis j’ai tourné ma main pour qu’il sèche mes doigts.

« Tu portes une étoile dans la main ! » dit-il en souriant.

Dans la paume de ma main, il y avait une fleur blanche avec cinq pétales, en forme d’étoile. Elle venait d’un arbre planté derrière la fontaine et qui montait le long du mur. Et près du sol, il y avait d’autres plantes et fleurs de couleurs rouge et orange.

« Cette nuit, en cette étrange période de Noël,

J’ai cru voir un ange tomber du ciel,

Près d’une fontaine, entre le réel et le virtuel.

Tremblante, elle pêchait une étoile !

Cette nuit, la grâce est remontée au ciel. »

Je ne sais pas pourquoi, j’ai ri.

« Je suis poète. Les mots me viennent sans réfléchir. C’est comme la varicelle que l’on attrape sans le vouloir, dit-il.

– Louis ! »

Quelqu’un appelait, alors le garçonnet est parti. Une seconde plus tard, mon père venait me chercher avec son sac de provisions à la main. Nous rentrions chez nous. C’était presque le matin. Avec mon père, nous avons traversé Paris. C’était un moment magique. Quelques étoiles se dessinaient dans le ciel qui commençait à perdre sa sobriété, prenant une couleur bleu foncé. J’étais fatiguée, alors papa me prit dans ses bras.

« Maman et Nathan vont être contents, mais tu dois être bien fatiguée, ma petite chérie. Est-ce qu’au moins, ça t’a plu ? » me demanda-t-il.

J’avais plein de choses à raconter à Nathan. C’était mon grand frère, qui ne parlait pas, mais j’étais sûre qu’il comprenait tout. J’étais heureuse. J’ai fermé les yeux, la tête posée sur l’épaule de papa qui courait pour prendre le bus. J’étais ballottée de tous côtés, et cela me faisait rire.

***

Depuis, M. Martin n’est plus là. Ce jour-là, Mme Martin décida que Nathan l’accompagnerait au cimetière. Il faisait froid. C’était terminé, le chocolat et les bonnes nourritures. Un jour, en revenant de l’école, Elsa avait surpris sa mère en train de fouiller dans la poubelle du grand magasin qui se trouvait au coin de la rue. Elle avait alors pressé le pas pour ne pas croiser son regard. Elle ne savait pas laquelle des deux allait être le plus dans l’embarras. C’était bien, le repas gratuit, sauf que les bagarres pouvaient éclater à tout moment et que personne ne jetait du chocolat.

Les rares moments de plaisir naissaient lors de repas familiaux pris ensemble ou de déplacements en transports en commun. Elsa aimait bien prendre le tramway et le bus, et profiter du paysage pendant le trajet. C’était drôlement bien. Dans les bus neufs, les fauteuils étaient confortables mais un jour, un contrôleur leur avait barré le passage. À cette occasion, Elsa avait découvert le sens du mot « contravention ». Sa mère avait fondu en larmes… et Elsa aussi. Elle pensait qu’il n’y avait rien pire que de voir sa mère humiliée à cause d’un ticket.

Mme Martin avait trouvé un travail dans un endroit où l’on fabriquait des vis. Il y en avait de toute sortes : des petites, des moyennes et des grandes, pour les ordinateurs et pour le chemin de fer. Tout le monde avait besoin de vis, et au travail de Mme Martin, c’étaient des spécialistes en la matière. Mais la famille avait dû quitter son logement, et elle vivait désormais dans une petite pièce donnant sur la Seine. Un jour, par hasard, Mme Martin apporta une grosse boîte de vis, oubliée par quelqu’un sur le parking. Et Nathan posa les vis les unes à côté des autres sur un bout de carton, dessinant ainsi le paysage alentour.

« Maman, viens voir ! s’écria Elsa.

– Oui… » dit Mme Martin tout en toussant.

Cette dernière n’allait pas bien, et Elsa découvrait qu’incontestablement, son frère comprenait tout. Pendant cette période, la famille reçut la visite de quelques personnes qui portaient le signe « + » sur leurs blousons. Il y avait un monsieur plutôt gros qui était très gentil, et Elsa pensait qu’on pouvait lui attribuer deux plus. Ces gens les méritaient largement. C’était comme à l’école quand la maîtresse distribuait les bons points. Ce monsieur voulait les aider, mais maman avait peur qu’on la séparât de Nathan. Il existait de bons établissements mais inaccessibles pour leur budget. Nathan pouvait être pris pour un simplet. Il était comme une rivière profonde mais calme en surface, qu’il ne fallait ni brusquer ni détourner de son lit sous peine de conséquences imprévisibles.

Et puis, M. Georges, le chef de Mme Martin, s’était débrouillé pour que la famille puisse aménager dans un deux-pièces situé dans les combles d’un immeuble. Mais l’état de santé de Mme Martin s’aggravait. Elsa n’allait plus à l’école, et M. Georges avait accepté qu’elle travaille quelques heures à l’usine.

« Merci, dit Mme Martin dans un chuchotement.

– Ce n’est rien », murmura M. Georges.

Mme Martin disait que tant qu’il existerait des individus comme lui, les hommes seraient sauvés. Cela faisait deux ans que Mme Martin restait à la maison. Elsa était devenue officiellement la chef de la famille et travaillait. Malgré les encouragements de Mme Martin, Elsa refusait de sortir le soir, de la laisser seule et d’abandonner Nathan. Elle apportait autant de vis que cela était nécessaire pour Nathan. Dans leur petit appartement, les œuvres de Nathan recouvraient le sol. Et puis, un jour, le frère et la sœur allèrent au nouveau au cimetière. Il faisait chaud, mais Elsa ne pensait pas au temps, au soleil ou au froid. Tout lui était égal. Jusqu’à présent, elle n’avait pas voulu penser à la pauvreté, à ses misérables chaussures en toile crissant dans la neige et mouillées sous la pluie, ni à l’absence de ses parents, mais sans Nathan, elle mourrait. Ce qui comptait, c’était Nathan. Il était là, et elle allait veiller sur lui. C’était sa famille. Nathan la tenait en vie.

Sur le chemin du retour, ils mangèrent une glace. Leur vie reprit son cours, et Nathan continua à fabriquer ses cartes. De la fenêtre de leur appartement, il reproduisait Paris et dessinait leur logement. Bientôt, sur le conseil de leur jeune voisine, les cartes prirent place dans des cadres. Elsa les proposait aux particuliers, mais il était rare qu’une personne se montrât intéressée.

Au rez-de-chaussée de leur immeuble, habitait M. Max. Il n’était plus tout jeune et vivait seul. Monsieur Max aimait discuter avec Elsa. Il montrait un intérêt particulier pour les travaux de Nathan, et en avait acheté quelques-uns. Il bâtissait surtout de grands projets d’avenir pour lui et pour Elsa, et Nathan constituait une barrière à son bonheur. Monsieur Max dépensait son argent et acceptait d’emprunter ce maudit escalier de service pour se rendre au dernier étage. Et combien de fois, il avait failli tomber et se casser les os !
Sa dernière acquisition à la main, M. Max sortit de l’immeuble.

« Il faut que je me débarrasse de ce débile », se dit-il tout en jetant son achat à la poubelle.

Après une demi-heure de marche, il s’immobilisa pour reprendre ses esprits, puis il revint sur ses pas et regagna son appartement. Pendant ce temps, au dernier étage, Elsa était contente d’avoir vendu un tableau. L’argent gagné permettait d’investir dans l’achat des matériaux nécessaires à Nathan. Elle poussa un soupir tout en parlant avec son frère comme d’habitude.

« Ouf ! Je croyais qu’il n’allait jamais partir. Il est collant ! ... Je pense proposer tes travaux à quelques magasins. On a besoin d’un peu de chance ! Ça ferait du bien. »

Ce jour-là, il faisait beau à Paris, et les couples d’amoureux flânaient sur les quais de la Seine. Elsa et Nathan se promenaient parmi les passants, puis Elsa s’approcha d’un bouquiniste pour proposer les cartes de son frère.

« Il faut que je les voie, répondit le vieux monsieur. Vous les avez avec vous ?
– Non, mais je peux vous les apporter. Elles sont jolies et encadrées.

– Les cadres, je n’en veux pas. Je n’ai pas de place, à vrai dire. Mais amenez-les-moi, et on discutera ! Je suis là tous les jours, sinon il y a mon neveu. Je suis M. Pierre.

– Merci, monsieur Pierre. Je suis sûre qu’elles vous plairont.

– C’est aux gens qu’elles doivent plaire pour qu’ils les achètent.
– Pas de souci. »

Un an plus tard, Nathan continuait à fabriquer ses cartes, et quelques-unes étaient exposées dans le stand du bouquiniste.

***

En ce jour d’automne, à Paris, un jeune homme remonta le col de son manteau et accéléra le pas dans l’espoir de trouver un taxi. Mais peine perdue : il y a des jours où rien ne va. Le transport marchait au ralenti : les taxis se faisaient rares, les bus fonctionnaient mal, et personne ne se donnait la peine de s’arrêter pour venir en aide aux passants dépourvus. Le jeune homme traversa la rue, puis s’arrêta brusquement. Devant le stand d’un bouquiniste, une carte représentait une jeune fille à la main tendue tenant une étoile. La carte n’était ni particulièrement joyeuse ni triste, mais elle attirait le regard. Intrigué, le jeune homme demanda des renseignements sur l’artiste mais pour le jeune vendeur, la journée s’annonçait peu fructueuse. Il perdait patience avec les touristes qui s’intéressaient à tout sans jamais montrer la couleur d’un misérable petit billet.
« Voulez-vous l’acheter, ou juste savoir le nom de l’artiste ?

– Excusez-moi, répondit le client, qui s’empressa de sortir son portefeuille. Je vous achèterai le reste si vous me donnez le nom de l’artiste, ou si je peux le rencontrer ! Croyez-vous que cela serait possible pour demain ?

– Il faut que je parle avec le propriétaire. Si vous voulez, laissez-moi vos cordonnées, et je vous appellerai.

– D’accord », dit-il tout en sortant son calepin où il inscrivit, sur une feuille qu’il détacha, son numéro de téléphone et son prénom, « Louis », en le soulignant.

Deux jours plus tard, le vieux bouquiniste contacta Elsa. Il semblait heureux et évoqua le passage d’un client intéressé qui avait acheté les cartes de Nathan et à qui il avait communiqué le numéro de la jeune femme.
Le soir même, Elsa écoutait le message laissé par l’inconnu pour un rendez-vous. Pleine d’espoir et d’interrogations, Elsa se préparait. Et si les travaux de Nathan commençaient à porter leurs fruits ? Si tout fonctionnait normalement, elle et son frère pourraient alors envisager de déménager.

Pendant ce temps, M. Max perdait patience et avait décidé de prendre son avenir en main. Il attendit qu’Elsa sorte de l’immeuble pour se rendre au dernier étage. Il savait que la porte de l’appartement restait toujours ouverte pour que Nathan puisse sortir en cas de danger. Le garçon était assis à son bureau face à la fenêtre, et il travaillait. Devant lui, des vis étaient plongées dans des pots de différentes couleurs. Anxieux, M. Max poussa lentement la porte et se dirigea vers lui. Il se pencha sur le bureau et, d’un geste délibéré, renversa un pot. La couleur rouge sanguin se déversa alors sur la table.

« C’est débile ! s’exclama M. Max, avant de lui demander : Tu prendras un thé avec moi ? »

Il se dirigea alors vers la cuisine et alluma la plaque de cuisson mais au lieu de poser une casserole d’eau dessus, il y laissa un torchon et attendit que le tissu prenne feu pour appeler au secours. Debout à côté de la fenêtre, Nathan fixait du regard M. Max qui alimentait le feu, avant de se brûler la main tout en poussant un cri d’horreur. Son plan mis à exécution, tenaillé par la peur et la douleur, il bouscula Nathan et s’enfuit de l’appartement en poussant des hurlements.

À quelques rues de là, Elsa approchait du lieu de son rendez-vous lorsqu’elle reçut un appel. Brûlé à la main, M. Max avait exigé, avant de se rendre à l’hôpital, la présence d’une personne compétente pour veiller sur Nathan. Il dénonçait la gravité de la situation et le risque que Nathan représentait pour les autres.

Elsa se dépêcha de récupérer Nathan qui attendait dans la loge du gardien, immobile et entouré de pompiers. Nathan allait bien, mais la responsabilité de la sœur avait été sérieusement mise en cause. Ils rentrèrent chez eux le soir même. Les dégâts n’étaient pas importants, mais Elsa s’attendait à recevoir une convocation. Dans la soirée, profitant d’un calme relatif, elle composa le numéro de la personne qui lui avait fixé rendez-vous mais sans succès.

Déçu de son rendez-vous et fatigué d’attendre, Louis regagna sa chambre d’hôtel. Il devait se rendre à l’évidence : la carte était l’œuvre d’un homme qui n’avait sûrement rien à voir avec la femme qu’il espérait voir. Il quitta son hôtel.
Plus tard dans la soirée, M. Max frappa à la porte de la petite famille pour prendre des nouvelles de Nathan. Il avait tant de choses à raconter à Elsa, mais surtout et heureusement, il était là pour empêcher une nouvelle catastrophe.

« Désolée, on parlera demain. La journée a été éprouvante, et nous sommes fatigués, dit la jeune femme.

– Alors, je me permettrai de revenir demain. J’aimerais que nous discutions au sujet de notre…

– Si vous voulez. Bonsoir », répliqua-t-elle en fermant la porte.

Depuis leur retour chez eux, obstiné, Nathan avait commencé une nouvelle carte.

« Il faut dormir, Nathan. Je suis désolée », dit sa sœur.

Nathan faisait la sourde oreille et avait refusé de manger. Au milieu de la nuit, Elsa se réveilla en sursaut et bondit hors de son lit. Elle devait vérifier quelque chose, quelque chose qu’elle avait vu mais y sans prêter attention : la nouvelle carte de Nathan avec des vis noires dessinait un homme furieux et chauve. Monsieur Max ! Elsa attendit le lever du jour pour aller rendre visite à leur voisin. Elle devait lui interdire tout contact avec eux. Elle avait besoin d’y voir plus clair. Elle marchait de long et en large, et réfléchissait. Elle s’en voulait.

« Mais qu’est-ce que je peux être bête ! Pourtant, maman répétait toujours que lorsqu’on est pauvre, on doit garder les yeux ouverts, et elle racontait dans un demi-sourire que si les hommes vivaient comme des bêtes dans un milieu sauvage, rares seraient ceux qui auraient la chance de survivre, car la nature ne pardonne rien. Elle disait aussi qu’au même titre qu’on ne doit pas vouloir de mal à qui que ce soit, on ne doit laisser personne jouer avec nous. Je n’ai pas été assez prudente ! » se reprocha Elsa.

Nathan dormait. Le jour était presque levé quand elle mit la cafetière en route. Elle pensait au programme de la journée : aller voir M. Max, puis organiser une balade avec Nathan… lorsque la sonnerie du téléphone retentit. Le coup de fil parlait d’un homme victime d’un accident de voiture, et transporté la veille aux urgences. Il ne possédait aucun papier d’identité sur lui, et ses poches ne contenaient qu’une feuille où était inscrit ce numéro de téléphone. Sans pouvoir tout comprendre, Elsa se rendit à l’hôpital, mais aux urgences, on l’informa que le patient avait été transféré dans sa chambre. À l’étage, Elsa expliquait à une infirmière la raison de sa présence, qu’elle ne connaissait personne qui... quand toutes deux entendirent le hurlement d’un patient venant d’une chambre.

« Un instant, s’il vous plaît ! » dit l’infirmière.

À l’autre bout du couloir, Louis, encore assommé, sortit de sa chambre et demanda à rentrer chez lui.

« Regagnez votre lit, et attendez le médecin, s’il vous plaît ! » ordonna une autre infirmière.

Puis les infirmières se précipitèrent vers la chambre d’un certain M. Henri.

« Allons ! Monsieur Henri, qu’est-ce qui se passe encore ? demanda une infirmière.

– Elle veut m’empoisonner, s’écria le patient. Je l’ai vue !

– Ici, personne n’empoisonne personne. Vous étiez tombé dans la nuit. Vous vous rappelez ?

– C’est un vieux fou ! Je vous avais signalé son cas, pourtant, dit une vieille femme.

– Ne vous inquiétez pas, on s’en charge, la rassura une autre infirmière.

– Je vois ! Vous êtes avec elle ! hurla M. Henri, qui croyait découvrir un complot.

– On n’est avec personne… commença l’infirmière.

– Alors, qu’est-ce que vous fichez là ? » répliqua M. Henri.

Louis s’approcha de la chambre, et Elsa s’avança de l’autre côté. Quelques secondes plus tôt, chacun fixait l’autre des yeux sans pouvoir détourner son regard. Soudain, un vase fut jeté hors de la chambre et heurta Louis qui s’étala dans le couloir.

« Ce n’est pas vrai ! Je me fâche maintenant, monsieur Henri ! » s’écria l’infirmière.

Elsa, penchée sur le jeune homme, s’empara des fleurs, tandis que celui-ci ouvrait lentement ses yeux.

« Bonjour.

– Bonjour », dit Elsa.

Quelques minutes plus tard, l’infirmière et Louis discutèrent avec Elsa. C’était par hasard que Louis se trouvait à Paris. Au dernier moment, son chef avait été retenu, et Louis avait dû le remplacer. Lorsqu’ils furent sortis de l’hôpital, Louis et Elsa marchèrent durant des heures dans les rues de Paris. Elsa promit qu’elle le contacterait avant son départ. Il était tard lorsqu’elle s’apprêta à le quitter.

« Je voudrais vous proposer d’aller dîner ensemble.

– Désolée, mon frère m’attend.

– Alors, laissez-moi vous accompagner chez vous, et on pourra dîner ensemble, proposa-t-il.

– C’est que… D’accord. L’appartement est petit, mais vous pouvez rencontrer Nathan », accepta-t-elle.

Louis découvrit un modeste appartement, mais il était heureux de retrouver Elsa et de rencontrer Nathan. Il observa son hôte qui dressait généreusement la table.

« Vous avez laissé tomber un papier, dit Louis en ramassant une feuille.

– Merci », répondit-elle, avant de déposer la convocation sur le réfrigérateur.
Elsa semblait moins préoccupée par la convocation, mais elle savait qu’elle devait la prendre au sérieux. Après le dîner, Elsa et Louis contemplèrent Paris par la petite fenêtre du modeste logement, tandis que Nathan dormait paisiblement.

Elsa n’était pas vraiment en colère contre M. Max, mais elle avait pitié de lui. Elle savait qu’on ne pouvait pas discuter avec une personne ignoble, et lui faire comprendre de s’écarter de son chemin. Elle était décidée à ne pas lui accorder d’importance. C’était un pauvre individu, qui était devenu la première victime de ses méchancetés. La vraie pauvreté, c’est celle qui ravage l’âme d’un individu.
Elsa ne savait pas pourquoi, mais elle avait envie de changer de vie et de reprendre ses études… Ces moments de bonheur lui manquaient. Il y avait tant de projets qui envahissaient l’esprit de la jeune femme. Depuis toujours, elle voulait que Nathan ait une pièce rien que pour lui. Elle voulait aussi tomber amoureuse et connaître le bonheur. Elle voulait se battre et s’accorder du temps, peu importaient les difficultés. Pour elle, ces moments de bonheur, qui ne duraient jamais éternellement, devenaient des instants de grâce et la source du changement pour aller de l’avant.

Quelques jours plus tard, elle souhaita un bon voyage à Louis, avant de se rendre à la convocation. Pendant qu’elle attendait dans le couloir, l’assistante sociale vint la chercher.

« Je vois que vous travaillez, mais votre frère a besoin d’une surveillance constante, et il est de mon devoir d’en avertir les responsables.

– S’il vous plaît, dites-moi ce que je dois faire, demanda Elsa. Mon frère a besoin de moi…

– Écoutez, madame, jusque-là, vous avez eu le temps nécessaire pour réfléchir, vous ne croyez pas !

– Oui, mais…

– Désolée d’être en retard ! » dit Louis en entrant avant de se présenter.

De nouveau, l’assistante sociale évoqua le manque de moyens de la jeune femme et le danger que Nathan pouvait représenter pour lui et pour les autres. Elsa se défendait et ne voulait pas être séparée de son frère sous prétexte de son bien-être à elle ou de celui de Nathan. Elle refusait aussi de partir habiter loin au risque de perdre son travail.

« Certes, les conditions ne sont pas idéales, mais regardez, dit Louis qui sortit une carte réalisée par Nathan et qui la déposa sur le bureau de l’assistante sociale avant de continuer : Regardez cette rose. Touchez, elle est à peine en relief. Pourtant, il a fallu 1 257 vis de couleurs différentes pour la réaliser. Dites-moi qui serait capable d’accomplir un tel exploit ! Je vous assure que moi, j’en suis incapable, sourit Louis. Si vous voulez nous aider, aidez Nathan. Commencez par frapper aux portes des bureaux, et parlez avec les responsables. Au lieu de le chasser, donnez-lui sa chance. Exposez ses œuvres, et défendez-le ; sinon, laissez-nous, et je ferai votre travail !

– Et quels sont vos moyens ? rétorqua l’employée.

– Je suis un simple journaliste, mais la question n’est pas là !

– N’empêche que pour l’instant, il n’y a rien de concret que madame puisse me proposer ! répondit précipitamment l’employée.

– Laissez-nous le temps, à mademoiselle et à moi… Rien que quelques mois. Je sais que vous êtes débordée, mais il s’agit d’une vie et d’une famille !

– Trois mois ! Pas plus ! Et mettez-moi au courant ! dit l’employée.

– Je compte aussi sur vous pour nous donner de bonnes nouvelles ! » rétorqua Louis.

En sortant du bureau, Elsa ne savait trop quoi penser.

« Je ne sais pas si c’est une bonne idée ! Et si je n’arrive pas…

– Et pourquoi veux-tu qu’on n’y arrive pas ? Je ne pars plus. Tous les deux, nous pouvons nous occuper de Nathan, mais seulement si tu veux de moi ? demanda Louis d’une voix étouffée avant de poursuivre : Je crois au potentiel de Nathan. Il faut juste tomber sur la bonne personne qui lui donne sa chance. »

Elsa pensa à sa mère qui disait qu’il ne fallait pas chercher les anges dans le ciel ou les démons en enfer, car c’était bien sur terre qu’ils vivaient. Et Elsa écoutait Louis qui se tenait devant elle.

« Et pour nous, la décision t’appartient !

– Je voudrais que tu saches que je n’abandonnerai jamais Nathan, et que j’ai envie de reprendre mes études. Je ne sais pas si je réussirai, mais j’y tiens, s’exclama Elsa.

– C’est d’accord », sourit Louis, qui lui tendit la main.

En ce début d’hiver, Elsa sentait la douceur du soleil sur son visage. Comme il était facile d’être heureux…

Fin


Le collège Pierre et Marie Curie à l’Isle-Adam.

Bonjour,

Je tiens à remercier le collège Pierre et Marie Curie à l’Isle-Adam, en particulier la classe qui nous a reçus et son professeur, M. Hervé Bennezon. Je dédie cette nouvelle à tous.
Merci,

Firouzeh Ephrème


Bonjour Alexandre Chevallier,

Je vous remercie pour votre lettre. Effectivement, il n’est pas facile de raconter son parcours en public. Ceci étant dit, nous sommes en contact permanent avec les autres puisque par définition, les hommes mènent une vie sociale. Dans chaque pays comme dans chaque maison, il règne une ambiance particulière. Loin de la guerre, de l’hostilité, de l’ignorance ou de toute mauvaise intention envers l’autre, on découvre, on apprend et on s’enrichit.

Bonne chance.


Bonjour Hugo,

Je suis heureuse si, à travers mon récit, vous avez pu voyager et découvrir l’Iran. Les rencontres dépendent également de l’enseignant et des élèves. L’année dernière, au collège Georges Brassens à Persan, j’ai vu le proviseur qui interpellait par son prénom chaque élève se trouvant dans le couloir pendant les heures de cours. On a tendance à oublier que dans beaucoup d’établissements, ça marche très bien. C’est pareil dans votre collège. Le contact était agréable puisqu’il y avait du calme, de l’ordre, de l’attention, et par conséquent un dialogue.
Lorsque j’écris un texte, il m’arrive de penser à la classe qui nous a reçus, d’où peut-être l’ambiance paisible du « Paradis ».

Je vous souhaite la réussite.


Bonjour Diégo Faura,

La vie est un combat, et chaque décision détermine la suite de notre parcours. Pour ma part, j’essaie de faire connaître mes contes, nouvelles et romans. Au début de mon mariage, j’ai demandé à mon époux s’il avait entendu parler des jardins suspendus de Babylone. Ce lieu a pu voir le jour grâce à une princesse iranienne qui avait la nostalgie de son pays. Il y a également le Taj Mahal, en Inde, dont l’empereur avait ordonné la construction pour y enterrer la dépouille de sa bien-aimée qui était iranienne (le mot « Taj » veut dire « couronne », et « Mahal » signifie « lieu » – les deux mots sont persans). Alors, j’ai dit à mon époux que j’attendais de voir ce qu’il ferait pour moi ! Ceci étant dit, je préfère voir de belles choses de mon vivant !

Merci pour votre lettre.


Bonjour Quentin Tomasino,
Pour connaître un pays, il faut en connaître la population. Au départ, en France et pendant mes études, j’ai pu rencontrer d’autres étudiants. Une population ressemble à un verre de boisson gazeuse : une fois la mousse enlevée (les médias, et surtout la télévision), on peut en sauver le contenu. Sur les principes, les hommes se rejoignent partout dans le monde.

Merci pour votre lettre.


Bonjour Kévin Ferreira,
Le contenu de chaque lettre reflète son auteur, et j’ai été ravie de lire la vôtre.

Merci,


Bonjour Gyra Pappel,
C’est à mon tour de vous remercier, vous et votre classe. En réalité, dans le récit que j’ai inventé, il y a quelques vers, maladroits peut-être, mais je savais que vous aimiez les poésies !

Merci


Kanddo Terence,
Effectivement, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ! La vie est pleine de surprises, et pour ceux qui ont des rêves à réaliser, elle s’imprègne de tout son sens.

Je vous souhaite plein de bonnes choses


Bonjour Léa Séjourmé,
Merci pour votre lettre. Le but de chaque rencontre, c’est de partager son vécu mais aussi de présenter son pays d’origine. C’est ainsi qu’au-delà du contact humain, nous enrichissons nos connaissances.

Merci.


Antoine Lahmi,
Le plaisir de vous rencontrer était réciproque.

Merci à tous.

Firouzeh Ephrème


Voir en ligne : Trois mômes editions

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