ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Dossier de travail sur un résistant

Lettre de GUY MOQUET

vendredi 12 mars 2010, par Frederic Praud

Qui était Guy Môquet ?

Guy MÔQUET, né le 26 avril 1924, était le fils aîné de Prosper MÔQUET, un cheminot, responsable syndical à la CGTU et député communiste, élu en 1936 dans le XVIIe arrondissement de Paris ( quartier des Épinettes )
Il est dès son jeune âge membre des Pionniers, organisation de jeunesse du Parti communiste français.

Le 26 septembre 1939, après la signature du pacte de non-agression germano-soviétique d’août 1939, le PCF est dissous. Prosper MÔQUET est arrêté en octobre 1939, déchu de son mandat de député, et condamné en avril 1940 à 5 ans de prison. En mars 1941, il est déporté au bagne de Maison-Carrée en Algérie.

Élève au lycée Carnot, Guy MÔQUET quitte cet établissement parisien après l’arrestation de son père et se réfugie avec sa mère Juliette et son petit frère Serge chez ses grands-parents paternels à Bréhal, commune du département de la Manche située au Nord de Granville, puis il rentre seul à Paris et milite activement au sein des Jeunesses communistes réorganisées clandestinement. Il colle des papillons et distribue des tracts qui, conformément à la ligne du PCF des débuts de l’Occupation, fustigent davantage le régime de Vichy que l’occupant nazi.

Le 13 octobre 1940, Guy MÔQUET, alors âgé de 16 ans, est arrêté sur dénonciation à la station de métro Gare de l’Est par des policiers français et incarcéré à la prison de Fresnes.

Bien qu’acquitté le 23 janvier 1941 par la 15e chambre correctionnelle de Paris qui décide de le placer en liberté surveillée, il tombe sous le coup d’un arrêté d’internement administratif qui le maintient en détention, et il est transféré successivement à la prison de la Santé à Paris, puis à la centrale de Clairvaux dans l’Aube, et enfin à partir du 16 mai 1941, au camp de Choisel à Châteaubriant en Loire-Inférieure ( Loire-Atlantique actuelle ), où il est détenu dans la baraque 10, la baraque des jeunes.
Après l’invasion de l’Union soviétique par la Wehrmacht en juin 1941, le PCF engage toutes ses forces dans la résistance à l’occupant nazi et appelle à la lutte armée.

À la suite de l’exécution par un jeune communiste le 20 octobre 1941 du lieutenant-colonel Fritz HOTZ, Feldkommandant de Nantes, Guy MÔQUET, malgré son jeune âge – il n’a que 17 ans – fait partie des 27 otages, choisis à Nantes et à Châteaubriant avec le concours de l’administration française de Vichy, placée sous l’autorité du ministre français de l’Intérieur, Pierre PUCHEU.

Dans un ouvrage publié en 1997, Bernard LECORNU, à l’époque sous-préfet de Châteaubriant, et qui servit sur place – non sans une certaine ambiguité souligne l’historien Jean-Pierre AZÉMA – d’intermédiaire entre les autorités allemandes d’occupation et le ministère de l’Intérieur, souligne en particulier le rôle joué avec beaucoup de zèle par CHASSAGNE, un membre du cabinet du ministre PUCHEU, dans l’établissement de la liste des otages de Châteaubriant.
Ces 27 otages, tous communistes, sont fusillés le 22 octobre 1941 par les Allemands dans la carrière de la Sablière à Soudan, commune située à un kilomètre de Châteaubriant.

Durant tout le trajet dans les camions, les otages n’ont pas cessé de chanter L’Internationale, La Marseillaise et Le Chant du départ.

Ils ont refusé qu’on leur bande les yeux, se sont placés d’eux-mêmes devant les poteaux d’exécution et ont crié avant chaque salve « Vive la France ».

Dès 1944, Guy MÔQUET a été cité à l’ordre de la nation par le général DE GAULLE.

De son côté, le PCF qui se présentait comme « le parti des 75 000 fusillés » n’a pas manqué de glorifier le sacrifice des « martyrs de Châteaubriant », dont un certain nombre, comme Guy MÔQUET, avaient été arrêtés dès le début de l’Occupation, afin d’effacer le trouble que pouvait provoquer la ligne pour le moins ambigüe adoptée par ses dirigeants au cours de l’été 1940.
Inauguré en 1950, le mémorial de Châteaubriant a été érigé à l’initiative de l’Amicale de Châteaubriant Voves-Rouillé à l’emplacement de l’exécution, au lieudit « Le champ de la Sablière ».

Le mémorial de Châteaubriant La statuaire réalisée par le sculpteur Rohal surmonte 185 alvéoles
contenant de la terre de tous les hauts-lieux de la Résistance
Ce site a été classé en 1993


Lettre de Guy Môquet

Châteaubriant le 22 octobre 1941

Ma petite maman chérie
Mon tout petit frère adoré
Mon petit papa aimé
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean (1), j’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino (1). Quant à mon véritable (2) je ne peux le faire, hélas ! J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge qui je l’escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman bien des peines, je te salue pour la dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie, qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demie ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin (3), Michels (4). Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage, je vous quitte tous, toutes, toi maman, Séserge, Papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.

Guy
(1) : Jean Mercier, Roger Semat et Rino Scolari étaient des jeunes communistes détenus dans la même baraque que Guy Môquet, et avec lesquels il s’était lié d’amitié
(2) : Serge était le frère cadet de Guy Môquet
(3) : Jean-Pierre Timbaud, militant communiste, secrétaire du syndicat CGTU des métallurgistes parisiens, est allé au poteau d’exécution en criant : « Vive le parti communiste allemand ».
(4) : Charles Michels, secrétaire du syndicat CGTU parisien des cuirs et peaux et député communiste de Paris a déclaré aux SS qui l’emmenaient à la clairière pour y être fusillé : « Vous allez voir comment meurt un député français ».


Guy Môcquet au Camp de Choisel

LES CIRCONSTANCES DE L’ARRESTATION DE GUY MÔQUET
Cette série de documents permet de décrire l’arrestation et d’en éclairer les motifs. Ils paraissent indispensables pour compléter la lecture de la lettre et restituer l’action sur le terrain du jeune résistant.
Avec les élèves :
le professeur retient le rôle de la police parisienne dans le cadre de l’occupation et d’une collaboration d’Etat qui n’est pas encore en œuvre le 16 octobre 1940.
l’arrestation entre dans le cadre d’une vaste « chasse aux communistes » menée par l’Etat français et les nazis depuis septembre 1940. Les négociations du PCF (devenu clandestin) avec O.Abetz pour la reparution de « L’Humanité » durant l’été 1940 ne doit pas masquer l’engagement, avant l’attaque de l’URSS, de nombreux militants qui sortent alors des lignes fixées par Staline et Thorez, à Moscou depuis novembre 1939,
la pratique des « otages » et des représailles instaurée depuis juin 1940 par Hitler doit être expliquée aux élèves pour prendre conscience de la dimension terroriste de l’occupation et de la collaboration. Le secrétaire d’Etat à l’Intérieur en 1941, Pucheu, en fut le serviteur zélé.
la dénonciation de G.Môquet met en lumière le comportement d’une partie des Français et la pratique de la délation. Une discussion argumentée peut soulever la question de la dimension « résistante » de G.Môquet, qui ne fait selon certains « que diffuser des tracts » ; cela ne doit pas oblitérer le fait que la « Résistance » n’a pas de définition officielle et que la liste de ceux qui s’en prévalent suscite depuis la seconde guerre des conflits mémoriels, greffés sur des oppositions idéologiques et qui dépassent largement l’action concrète d’un adolescent révolté contre l’occupant et le régime vichyste. Les tracts diffusés par le PCF, s’ils appellent d’abord à la « révolution », s’opposent dans tous les cas au régime en place et aux Allemands.
F.Bédarida définit la Résistance comme « l’action clandestine menée, au nom de la liberté de la nation et de la dignité de la personne humaine, par des volontaires s’organisant pour lutter contre la domination de leur pays par un régime nazi ou fasciste, ou satellite ou allié ».

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LES CIRCONSTANCES DE L’ARRESTATION DE GUY MÔQUET

Doc 1. Rapport parvenu aux Archives centrales de la Préfecture de Police de Paris, le 16 octobre 1940
« Les services de la Préfecture de Police viennent de mettre la main sur l’organisation chargée de distribuer clandestinement dans le 17ème arrondissement les papillons et tracts de propagande communiste. Il s’agit cette fois d’éléments ayant milité dans les rangs de la Fédération des Jeunesses communistes et plus particulièrement dans les groupes locaux du 17ème arrondissement. L’animateur de cette organisation clandestine, un nommé Guy Moquet était le fils de Prosper Moquet, ex député communiste du 17ème arrondissement qui avait été recruté parmi les anciens militants locaux des Jeunesses communistes des distributeurs de tracts et colleurs de papillons. Après une série d’enquêtes et de surveillances relatives à l’activité déployée par des éléments il a été procédé à l’arrestation des trois militants ci-après
Moquet Guy, Prosper, Eustache, né le 26 avril 1924 à Paris, 18ème, étudiant demeurant 34 rue Baron à Paris (17ème)
G. René, ouvrier spécialisé demeurant chez sa mère, concierge, 4 rue de la Félicité à Paris (17ème)
P. René, manœuvre spécialisé, actuellement au chômage, demeurant 7 rue Ernest Roche à Paris (17ème) Ces trois militants ont été incarcérés à la Prison de la Santé »


Doc 2. Rapport des Renseignements généraux sur P. et Moquet, 30 octobre 1940
« Une information émanant du concierge de l’immeuble Ernest Roche ayant signalé que le nommé P. René, chômeur locataire à cette adresse, avait été vu distribuant des tracts à proximité de son domicile, une enquête a été effectuée qui donne les résultats suivants Les premiers renseignements recueillis ayant révélé que P. René était membre du groupement clandestin des « Jeunesses communistes », plusieurs surveillances ont été exécutées à son égard , notamment les 29 septembre, 6 et 13 octobre au cours desquelles il a été remarqué en compagnie du jeune Moquet Guy, demeurant 34 rue Baron dont le père , Moquet Pr*, ex député communiste, est actuellement incarcéré Par la suite, P. et Moquet se sont livrés dans leur arrondissement à la distribution des tracts subversifs intitulés « L’avant-garde », « Nous avions raison » (…) et ont également recueilli, par souscription une certaine somme d’argent destinée aux militants communistes emprisonnés. P. et Moquet recevaient lesdists tracts d’un nommé G. René, domicilié 4 rue de la Félicité, lequel les détenait lui-même d’un nommé G. Georges, domicilié 8 Chemin l’Alma ( ?) »
* Le père avait été condamné le 3 avril 1940 par un tribunal militaire à 5 ans de prison, 4000 francs d’amende, 5 ans de privation de droits civiques pour « propagande communiste ».
Après interrogatoire par les Brigades Spéciales des Renseignements généraux de l’Etat français, un procès verbal a été dressé contre les quatre susnommés, qui ont été dirigés vers le dépôt de la préfecture de police, l’inculpation d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui interdit le PCF leur est imputée. Plus loin, le rapport indique que P. écrivait depuis 1939 des slogans sur les murs et demandant « abolition du travail » tandis qu’il était chargé de « répartir les tracts subversifs » Pas encore « otage », le jeune Môquet est incarcéré à la prison de la Santé puis à la prison de Clairvaux, de laquelle il demanda de sortir en juin 1941, en vain.
Le 22 octobre 1941. Guy Môquet est exécuté comme otage, avec d’autres prisonniers (27 à Chateaubriand le 21 octobre, puis 16 à Carquefou, et 5 au Mont Valérien) après la mort du lieutenant-colonel Hotz tué à Nantes deux jours avant par trois militants communistes. 300 arrestations eurent lieu après cet attentat. Depuis Paris, le général Von Stülpnagel (Militärbefehlshaber in Frankreich) mène la répression. Après l’exécution du jeune militant, la Préfecture de Police de Paris indique encore le 27 août 1942 aux Renseignements généraux que la mère se livre toujours à « de la propagande en faveur de l’ex-parti communiste ».


Document 3 Messages gravés sur les planches de la baraque n°6 par les 26 otages le 22 octobre 1941.

« NOUS VAINCRONS QUAND MÊME. » Jean Grandel

« VIVE LE PARTI COMMUNISTE. QUELQUES MOMENTS AVANT DE MOURIR. FUSILLE PAR LES ALLEMANDS. BAISERS A MA FEMME ET A MON CHER MICHEL. » Jules Vercruysse

« CAMARADES QUI RESTEZ SOYEZ COURAGEUX ET CONFIANTS DANS L’AVENIR. » Les 27

« JE MEURS COURAGEUX ET PLEIN DE FOI REVOLUTIONNAIRE. » Maurice Gardette

« ADIEU ! ADIEU ! CAMARADES PRENEZ COURAGE. NOUS SERONS VAINQUEURS. VIVE L’UNION SOVIETIQUE. » Jules Auffret

« VIVE LE PARTI COMMUNISTE QUI FERA UNE FRANCE LIBRE FORTE ET HEUREUSE. » Titus Bartoli

« MORT POUR SON PARTI ET LA FRANCE. » Edmond Lefevre

« LES CAMARADES QUI RESTEZ SOYEZ DIGNES DE NOUS QUI ALLONS MOURIR. » Guy Moquet

« VIVE LA FRANCE. » Charles Michels

« LES 27 QUI VONT MOURIR GARDENT LEUR COURAGE ET LEUR ESPOIR EN LA LUTTE FINALE, LA VICTOIRE DE L’URSS ET LA LIBERATION DES PEUPLES OPRIMES. » Emile David

« SOUVENIR D’UN FUSILLE. » Houynck Kuong

« VIVE LE PC QUI FERA UNE FRANCE LIBRE, FORTE ET HEUREUSE. » Thimbaud, Barthélémy, Pourchasse

« ADIEU ADIEU CAMARADES PRENEZ COURAGE NOUS SERONS VAINQUEURS. VIVE L’UNION SOVIETIQUE ! JULIEN FUSILLE PAR LES ALLEMANDS. » Julien Lepanse

« AVANT DE MOURIR LES 27 SE SONT MONTRES D’UN COURAGE ADMIRABLE. ILS SAVAIENT QUE LEUR SACRIFICE NE SERAIT PAS VAIN ET QUE LA CAUSE POUR LAQUELLE ILS ONT LUTTEE TRIOMPHERA BIENTOT. VIVE LE PARTI COMMUNISTE. VIVE LA FRANCE LIBEREE. » Timbaud. Poulmarch. Pourchasse.


à titre d’information, voici un des poèmes trouvés sur Guy Mocquet :

/« // //Parmi ceux qui sont en prison

Se trouvent nos 3 camarades

Berselli, Planquette et Simon

Qui vont passer des jours maussades /

/Vous êtes tous trois enfermés

Mais patience, prenez courage

Vous serez bientôt libérés

Par tous vos frères d’esclavage/

/Les traîtres de notre pays

Ces agents du capitalisme

Nous les chasserons hors d’ici

Pour instaurer le socialisme/

/Main dans la main Révolution

Pour que vainque le communisme

Pour vous sortir de la prison

Pour tuer le capitalisme/

/Ils se sont sacrifiés pour nous

Par leur action libératrice//. »//

(Poème saisi sur Guy Môquet le jour de son arrestation)*


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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