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Louis SUAREZ : de 1938 à 1940

1940 : LA DEROUTE DE L’INVINCIBLE ARMEE FRANCAISE

dimanche 14 février 2010, par Frederic Praud

Louis SUAREZ : de 1938 à 1940

LA DEROUTE DE L’INVINCIBLE ARMEE FRANCAISE

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Et cela, avec l’utopie des hommes politiques, clamant les Slogans :
« NOUS VAINCRONS PARCE QUE, NOUS SOMMES LES PLUS FORTS ! ... »
Au bout de cela, était la Honteuse Débâcle !...

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AVANT - PROPOS

Tel qu’il le décrit dans le premier chapitre : « Oui, il était espagnol ! »

Il aurait pu à ce titre, comme tant d’autres dans son cas, rester à l’écart de ce deuxième conflit du siècle et le suivre seulement de loin, sans y participer le moins du monde ! ..

C’est par gratitude à son pays d’accueil, qu’il abandonna à sa majorité, celui de sa naissance et qu’il entreprit de le servir, comme tout citoyen français, jusque dans la guerre à laquelle il contribua !

Par ses livres scolaires d’histoire, il avait eu quelques connaissances de la « Grande Guerre », appris les noms de ces généraux prestigieux : Joffre, Foch, Pétain, pour ne citer que ceux-là, parmi quelques autres, vainqueurs avant la victoire de grandes batailles telles que : la Marne, la Somme, Douaumont, Verdun, dans lesquelles, tant et tant d’hommes s’étaient sacrifiés parfois jusqu’à la mort, inculqués qu’ils étaient d’un esprit patriotique ; ils étaient les « Poilus », les « Anciens Combattants », ceux qui tous les ans, au jour commémoratif de la victoire ( 11 novembre 1918 ) se retrouvaient devant les monuments aux morts afin d’honorer, non seulement les morts dont les noms sont inscrits dans la pierre, mais aussi ce jour qui mit fin à cette « Grande Guerre », qui, dans l’esprit de tous, devait être : « la Der des Ders » ! ..

Il n’en fut rien ! Tels leurs Pères en 1914, les fils en 1939, reprirent le fusil et contre le même ennemi ; avec sa nouvelle nationalité, c’est avec eux, qu’il fut enrôlé et cela, sans les moindres regrets ; « Il avait fait le choix », avec dans la naïveté de sa jeunesse, fait aussi confiance en la France, en ses hommes politiques et en ses chefs militaires, ainsi que dans les hommes composant cette armée ! ..

Pour lui, chefs et soldats n’étaient-ils pas les fils de ceux qui dans la précédente avaient su vaincre ; ils ne pouvaient donc, que faire preuve du même enthousiasme, du même esprit patriotique et donc, consentir les mêmes sacrifices pour la même cause : « la victoire finale » !

Il perdit bientôt cette illusion, avec le constat de mensonges des politiques, l’incapacité des chefs, les trahisons internes et l’abandon des hommes, tout cela, pour finir dans la « Grande Débâcle » ; Il se retrancha alors, dans l’écœurement de la défaite, ne voulant plus se souvenir au titre de commémorations, que d’une date : celle du 6 juin 1940 ou, sur ordre de ses chefs, il fut contraint de déposer les armes devant l’ennemi !..

Afin, de bien se situer dans cette tragédie, il débute son récit, avec les origines de sa naissance en Espagne, les difficultés de son enfance et arrivé à sa majorité, le choix de sa nationalité, entraînant son incorporation dans l’armée, par obligation à accomplir son service militaire ! ..

Ayant donc vécu le désastre et la déroute de cette « invincible armée française », c’est souvent, « sans ménagements » qu’il en relate les causes, avec cependant la fierté d’avoir dans tous les cas, obéi aux ordres de ses chefs, dans une unité, qui contrainte de déposer les armes, devant un ennemi supérieur, l’a fait avec honneur et non dans la « fuite et l’abandon » ! ..

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1 - IL ETAIT ESPAGNOL

Né le 8 octobre 1917, amené en France dans les bras de ses Père et Mère à l’âge de 18 mois ( mai 1919 ), arrivé à l’âge scolaire, il fréquente les écoles françaises ; son Père, maçon tailleur de pierre est illettré ; sa Mère, avec un minimum de scolarité est excellente couturière.

Il se trouve bientôt, être l’aîné de trois enfants dans la famille ( deux garçons et une fille ) ; à la recherche du travail, là où il se trouve, l’immigré espagnol chef de famille, est contraint à de nombreuses « pérégrinations », dans diverses villes et régions, ce qui entraîne pour ses enfants, de nombreux changements scolaires, avec de ce fait un handicap dans les études pour ce fils aîné, études souvent interrompues en cours d’année scolaire !

De plus, affublé d’une infirmité d’élocution suite à une grande frayeur à l’âge de 5 ans, il était auprès des autres élèves, eux français pour la plupart, qualifié à la fois « d’espagnol et de bègue » ; dans un tel contexte, une scolarité sans cesse interrompue au grès des changements de lieux, soumis aux railleries permanentes, même par certains instituteurs manquant de pédagogie, sans la moindre aide intellectuelle auprès de ses parents, les études dans ces conditions, ne pouvaient s’avérer pour lui, que précaires !

C’est bien pourquoi, à l’âge de 14 ans, avec un simple « Certificat d’Etudes Primaires », il abandonna toute idée à poursuivre des études, pour affronter la vie active, suivant les traces du Père dans la profession de maçon ; il entrait ainsi au sein de cette main-d’œuvre « cosmopolite » composée à cette époque, surtout d’espagnols et d’italiens, tous immigrés pour les mêmes causes, les grandes difficultés de vie dans leur pays d’origine ; ils venaient de la sorte, suppléer au manque de main-d’œuvre dans ce pays d’accueil : la France durement éprouvée par la « Grande Guerre » ayant décimé une grande partie des hommes, qui manquaient au travail ! ..

Ainsi, de constructions d’ouvrages en constructions d’ouvrages, de chantiers en chantiers, apprenant le métier parmi les vétérans, il entrait dans cet âge de l’adolescence et bien imprégné de la « culture française » ; il ne se sentait plus aucun attrait pour cette Espagne qui lui était inconnue et qui avait été abandonnée par ses parents depuis déjà des années ; même eux à priori n’en gardaient aucune nostalgie ; il ne leur en restait apparemment, que le souvenir amer de grandes privations et rudesse de vie ; pour lui, plus qu’un pays d’accueil, la France était désormais « son pays » ! ..

Il en oubliait presque, que par ses statuts, il y était toujours considéré « étranger » et à ce titre, soumis à ses règles, avec obligation de « carte de séjour » périodiquement renouvelable et respect de toutes autres lois applicables aux étrangers ! ..

A l’âge de 20 ans, il est « français de cœur » et en même temps étranger de nationalité espagnole ; il n’a dans ce pays d’accueil, aucune obligation d’ordre civique et de ce fait, aucune obligation non plus, d’ordre militaire, alors que, tous ses camarades français de son âge, sont appelés au « Conseil de Révision » ; lui, sera considéré « Insoumis » dans son pays d’origine, n’ayant pas répondu à l’appel des hommes de sa « classe » afin d’y accomplir son service militaire ! ..

Etranger d’un coté, Insoumis de l’autre, donc sans possibilité de retour dans ce pays d’origine au risque de se voir arrêté dès le franchissement de la frontière, jugé et emprisonné pour non-accomplissement de ses devoirs militaires, la question lui était moralement posée !

« Quel devait être le choix » ? ...

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2 - ABANDON de NATIONALITE

En cette année 1937 et depuis un an déjà, une atroce guerre-civile déchirait l’Espagne ; deux idéologies s’y affrontaient dans des combats sanglants, soutenus de part et d’autre par les nations impérialistes, Allemagne et Italie d’un coté, l’une sous régime « Nazi », l’autre sous régime « Fasciste », apportant aide matérielle aux troupes « Franquistes » ; de l’autre coté, intervenait « l’union Soviétique », sous régime « Communiste », soutenant les troupes républicaines ! ..

Profitant de ces combats fratricides, chacun des intervenants dans le conflit y testait, non seulement l’instauration de son idéologie politique, mais aussi, l’efficacité des toutes nouvelles armes et stratégies de combats ; ainsi se préparait dans cette partie de l’Europe et dans ce pays déchiré, le deuxième grand conflit du siècle qui devait s’étendre sur le monde au cours des quelques années à venir !

De nombreux compatriotes espagnols, répondant à l’appel des leurs, quittèrent alors leur pays d’accueil pour s’enrôler auprès des combattants, dans les deux camps. La fibre patriotique pour cette Espagne déchirée, qu’il avait quittée vingt ans auparavant, ne vibra pas en lui et cela, malgré de nombreuses et fortes sollicitations de la part de ces autres espagnols, qui eux en avaient gardés, non seulement la nationalité, mais aussi, la nostalgie ; même son Père, qui avait fui la misère de ce pays, s’estimant enraciné dans la France qui l’avait accueilli et dans laquelle il avait fondé une famille par le travail et dans le respect de ses lois, ne crut pas devoir s’investir dans cette guerre ! ..

A la question posée par ce fils aîné, toujours considéré étranger comme lui, il lui laissa le libre choix : s’enrôler pour cette Espagne qu’il ne connaissait pas ou opter pour la nationalité française, celle dans laquelle il avait vécu toute son enfance et déjà partie de son adolescence !

Après demande faite dans ce but auprès des autorités, il en reçut le titre officiel, portant date : 28 Janvier 1938 ; désormais « français », non seulement de cœur mais aussi de nationalité, il lui restait à accomplir tous ses devoirs de « Citoyen » et en priorité : le Service Militaire, avec en premier lieu, répondre à la convocation de passage au « Conseil de Révision » ; entrant ainsi, dans sa vingt et unième année, il y fut déclaré « Bon pour le Service Armé » ; il était désormais « Conscrit » dans l’attente de son incorporation dans l’armée française
Etant au mois de mai, il occupait son temps dans l’entreprise que son Père avait mis en œuvre l’année d’avant, avec un effectif de cinq ouvriers, ( petite entreprise de bâtiment ) ; il en avait la charge administrative, suppléant ainsi à la carence du Père dans son état d’illettré !

La France à cette époque, est soumise à des turbulences sociales et politiques fréquentes, entraînant des instabilités gouvernementales, avec changements de ministères, dans un gouvernement mixte dit de « Front Populaire », qui en 1936, par des accords ( dits de Matignon ), avait attribué aux travailleurs, d’importants avantages sociaux, tels que : 40 heures de travail par semaine, grosses augmentations de salaires et plus important encore, les congés payés ( fixés à deux semaines ), pour tous les travailleurs et employés ! ..

Une telle victoire sociale, accueillie dans la joie sinon dans le délire, avait provoqué parmi les Français, une euphorie aveugle, leur occultant tous soucis immédiats ; moins d’heures de travail, un salaire correct et surtout : le plaisir de vacances payées, pour un grand nombre, prises en Eté sur les plages ; à tous ces avantages, nul ne voyait les préparatifs alarmants et dangereux qui se déroulaient par delà le Rhin ! ..

Un homme, par des harangues hystériques, entraînait lui, un autre peuple au travail et à l’effort, préparant une armée puissante et fort de cela, faisant valoir des exigences d’hégémonie, sur des territoires européens ( Dantzig et son couloir, les Sudètes en Tchécoslovaquie et en plus : l’Autriche ) !..

En dépit du « Traité de Versailles de 1919 », amputant l’Allemagne de certaines régions frontalières, il réoccupait la Sarre et faisait édifier des fortifications sur ses frontières ; dans l’ensemble de cette Allemagne, contrainte à la capitulation en novembre 1918, résonnaient à nouveau des « bruits de bottes » sous les regards d’un chef « le Führer », saluant les défilés de ses nouvelles troupes le bras tendu, voyant en elles les conquêtes à venir pour son pays ! ..

Il était dans cet esprit, suivi par l’Italien, « Mussolini », lui aussi, en mal d’hégémonie, haranguant ses troupes avec de grands mouvements de menton et bombant le torse devant une foule en liesse acclamant elle aussi, son chef avide de conquêtes pour son pays. La guerre en Espagne, marquait des signes d’essoufflement après des combats acharnés, donnant déjà l’avantage sinon la victoire aux armées nationalistes avec à leur tête le « général Franco » ! ..

Cette guerre sanglante, laissait un pays en ruines et un peuple divisé ; elle avait servi de « banc d’essai » aux deux intervenants en faveur des nationalistes, qu’avaient été l’Allemagne et l’Italie dans leur préparation à la guerre. Rien de tout cela, n’inquiétait les Français, qui jouissaient pleinement de leurs acquis sociaux ; les problèmes internationaux étaient pour eux, à régler et à résoudre par leurs hommes politiques et les diplomates, qui d’ailleurs ne manquaient pas de s’y employer par de fréquentes rencontres avec cet « Hitler », persuadés qu’ils étaient, de le « museler » dans ses exigences ; à ce jeux, ils seraient les plus forts ; ( c’est au plus, ce qu’ils prétendaient ) ! ..

Dans une insouciance générale, les Français aveuglément confiants dans leurs hommes politiques et leurs diplomates œuvrant pour la paix au coté des anglais, ne pouvaient croire à la guerre. Tout était à la joie et chacun y allait de sa chansonnette en vogue ; partout s’égrenaient les refrains tels que : « J’attendrai, Le plus beau tango du monde, Le chaland qui passe, Ramona » et surtout, parmi nombre d’autres, les mieux adaptés aux mentalités du moment, étaient les refrains de : « Tout va très bien Madame la Marquise », portant l’optimisme à son paroxysme, faisant fi ! des embûches et des désastres s’abattant sur cette marquise dans les différents couplets ; ces refrains repris en chœurs, incarnaient parfaitement la France de l’époque, ne voyant pas venir le danger ! .

Dans cette ambiance « sereine », notre auteur, « nouveau conscrit », attendant l’appel à son incorporation, se présentait à l’examen du « permis de conduire » ; l’entreprise ayant décidé de l’acquisition d’un véhicule camionnette, il obtenait son « carton rose » au 2me. Passage en août 1938 ; pour l’époque, il avait déjà gravi un échelon de plus dans la société ! ..

Tout à ses occupations quotidiennes et aux plaisirs du moment, pas plus que les autres, il ne voyait venir cette « tourmente » dans laquelle il allait se trouver ; il poussait lui aussi, ses chansonnettes, fréquentait les bals de quartiers et même les « femmes de petite vertu », pensionnaires des « maisons closes » ( encore tolérées ), portant enseigne : « l’As de Pique, Le Chat Noir, ou le Moulin Rouge », pour ne citer que celles-là, dans cette ville de garnison qui était la sienne, ( avec un régiment d’artillerie ). Au cours d’une fête foraine se déroulant comme tous les ans au mois de Juin, il consulta par jeux, une « voyante », qui lui dévoila « un long voyage à effectuer », rien de tel n’étant envisagé, pas plus qu’à prévoir, il laissa cette prédiction dans l’oubli !

Se trouvant quelques années après, à l’autre extrémité de l’Europe, la dite prédiction lui revint en mémoire ; effectivement, dès ce mois de Juin 1938 , le long voyage était bien programmé et dans des conditions particulières !...

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3 - INCORPORE : CHASSEUR - ALPIN

Passée la saison estivale et arrivé à l’anniversaire de ses 21 ans ( octobre 1938 ) voilà notre auteur ( conscrit ), en possession de son « Ordre d’Incorporation » ; unité d’affectation : 22me. B.C.A. ( bataillon de chasseurs alpins ) ; ville de garnison : Nice ; date fixée à s’y présenter : 12 Novembre 1938 !

Ainsi informé de son unité d’affectation et date d’incorporation, il s’empressa d’en informer toutes ses relations ; « l’étranger naturalisé », allait servir dans l’armée française, en tant que « citoyen » de cette France et pas dans n’importe quelle arme ; on l’avait affecté à l’un de ces « bataillons d’élites qu’étaient, les Chasseurs-Alpins », dont il avait déjà admiré l’uniforme, en drap bleu sombre, pèlerine bleu ciel et grand béret noir porté penché du coté gauche, avec aux revers du col de la vareuse et de couleur jaune, le « cor de chasse » ! ..

Avant même d’y être, il se voyait déjà revêtu de cet uniforme ; aussi, avec quelle lenteur pour lui, s’écoulaient les jours le séparant encore de son départ et avec quel enthousiasme préparait-il sa valise, avec tout de même, l’aide de sa Mère, toujours attentive aux moindres détails et cependant triste et anxieuse, comme peuvent l’être toutes les Mères, à voir l’enfant quitter la maison ; d’autant, que celui-là, n’était encore jamais sorti du sein de la famille ! ..

Arrivé au jour du départ, prenant congé des siens, nanti des nombreuses recommandations faites par sa Mère en pareilles circonstances, par car d’abord, par train ensuite, il découvrait après Marseille et Toulon, ces splendides paysages de cette « Côte d’Azur », à peine connue de lui dans ses livres scolaires de géographie. Au terme de ce premier voyage, débarquant en gare de Nice, « comment pouvait-il se douter, qu’il venait d’entreprendre le tout début du grand voyage à travers l’Europe, qui devait le conduire jusqu’aux rivages de la mer Noire avant retour aux rivages de France ! ..

Pour l’heure, attendu là par un détachement d’accueil des nouvelles recrues, se joignant à d’autres arrivants comme lui, c’est en camion militaire qu’il fit son entrée dans la caserne des « Diables Bleus », y découvrant en premier lieu, la vaste cour agrémentée par deux rangs de palmiers ; il était déjà loin, des grands platanes, et des forêts de hêtres, chênes et châtaigniers de sa région ; tout cela était remplacé ici par les palmiers, les grands eucalyptus, les mimosas en fleur et autres bougainvillées, ce qui représentait pour lui, non seulement un changement de région, mais aussi d’univers ; la mer, le soleil, les fleurs, il était dans un autre monde ! ..

Dirigé par un caporal-chef, vers la chambrée qui lui était désignée, en compagnie des nouveaux arrivants comme lui, sous la désignation « les Bleus », il y prenait possession de sa place, délimitée par un lit qui était à faire « au carré », tous les matins au réveil ; au-dessus se trouvait une planche étagère sur laquelle il devait installer l’ensemble de son « paquetage », lui aussi, parfaitement aligné en hauteur ; tout cela présentait déjà pour lui, un grand changement ! .. Maman n’était plus là pour faire le lit tous les matins, laver son linge et le tenir bien rangé dans l’armoire ! ..

Peu lui importait, persuadé qu’il était de s’adapter facilement à cette vie de caserne, rythmée par les sonneries du clairon, les ordres de l’adjudant, les classes et exercices de formation, les revues et autres défilés ; tout cela, devait lui paraître d’autant plus acceptable, qu’il le voyait déjà sous le soleil et dans le décors de la côte d’Azur ! .. De toute manière, ne l’avait-il pas accepté à dater du jour où il avait opté pour la « citoyenneté française » ? ...

Il ne pouvait plus être question pour lui, de regrets ; dans son choix volontaire, il devait servir l’armée française et cela, dans les règles inscrites dans le code militaire ; « avec obéissance aux ordres, sans hésitations ni murmures » !
Inculquée par son Père au sein de la famille, l’obéissance et la discipline, il connaissait déjà ; de ce coté là donc, aucune inquiétude ; il s’adapterait facilement aux rigueurs imposées et aux ordres à exécuter, durant le temps de service à effectuer avant « la quille », qui était fixé à deux années ! ..

En attendant, après la première nuit passée en chambrée de caserne, dès 6 heures du matin, c’était le réveil au son du clairon ; rangement du lit suivant les règles, toilette, ration de café et rassemblement des « bleus » avec ordre de se présenter au magasin d’habillement, afin d’y recevoir : uniforme complet, treille de corvée, paquetage et sac à dos ; tous vêtements civils à ranger dans la valise, à laisser en consigne après étiquetage portant : ( nom et adresse du domicile ) ; passage ensuite par le magasin d’armurerie, afin d’y recevoir les armes ( un mousqueton et sa baïonnette ainsi que deux sacoches cartouchières ) ; avec cela, une canne courbée à pointe ferrée, pour les marches en montagne ! ..

Ainsi, le nouveau « citoyen français », fut en quelques instants transformé en « soldat de l’armée française » ; il ne lui restait plus, que l’initiation au maniement des armes et soumission aux ordres de ses chefs, allant dans la hiérarchie du simple caporal au colonel, en passant par les intermédiaires dont l’inévitable adjudant de quartier et répondant à tout cela, par l’interprétation des sonneries du clairon, rythmant la vie quotidienne du militaire, depuis le réveil jusqu’à l’extinction des feux ! ..

Dès le deuxième jour, nouvel appel à rassemblement dans la cour, face au sergent-chef, pour son recrutement parmi les nouvelles recrues devant constituer son groupe affecté à la section des transmissions ; dans le nombre se trouva affecté notre auteur, versé à la « C.H.R. » ( compagnie hors rang ), section transmissions, groupe « téléphoniste ! .. Devant une telle situation, il s’empressa de déclarer au sous-officier responsable, son incapacité à devoir assurer une communication téléphonique, s’efforçant même, d’amplifier devant lui, cette difficulté d’élocution qui l’affligeait depuis l’âge de cinq ans ! ..

Cela ne changea en rien la décision du recruteur à maintenir l’affectation ; il devait savoir, que son rôle se limiterait toujours aux enroulements et déroulements des bobines de câbles dans les installations des lignes téléphoniques en campagne et qu’en cela, son handicap ne présenterait pas la moindre difficulté ; ce qui s’avéra être exact par la suite ! ...

Affecté donc à la section des transmissions au sein de la C.H.R., non seulement, il servait la France dans un corps classé « unité d’élite », mais en plus, au sein même de ce corps, il avait été choisi parmi tous les autres nouveaux incorporés, pour servir dans cette « compagnie hors rang », considérée « élite du bataillon » ! ..

L’étranger d’hier, désormais « citoyen français », n’était pas peu fier de son affectation ; sans en avoir fait le choix, il accomplissait le temps de son service militaire, dans la plus belle région de France et dans une de ces unités de prestige ; son affectation à cette section des transmissions, ne l’excluait nullement de l’accomplissement de ses « classes », autrement dit : exercices de formation au combat, marches d’endurance, maniement des armes, exercices de défilés, dont la cadence était rythmée par la clique sur les notes de la « Sidi-Brahim, La Protestation des Chasseurs, Le Passage du Grand Cerf » et autres sonneries, donnant la cadence de 160 pas à la minute, ce qui nécessitait de nombreux exercices, transmettant les premiers jours, de très fortes douleurs dans les tibias ! ..

Tout cela, exécuté au cours d’un hiver particulièrement clément dans cette ville de Nice, n’avait pour lui, rien de très contraignant ; d’autant que les fréquentes sorties en ville étaient toujours très agréables, avec les rencontres de certaines vedettes de l’écran ou de la chanson, sur la magnifique promenade des anglais, telles que « Tino Rossi », en compagnie à l’époque de la « très belle Mireille Balin », dans leur splendide voiture cabriolet rouge ; autre vedette, la chanteuse en vogue « Rina Kéti », que l’on pouvait voir sur la scène du casino municipal, dans son répertoire des chansons très en vogue, telles que : « Sombreros et Mantilles et J’Attendrai » ; autant de chansons qui étaient sur toutes les lèvres et qu’il entendait là, interprétées par leurs auteurs ; a coté de tout cela, la mer, la plage, le soleil et le marché aux fleurs ! .. « Que pouvait-il rêver de plus » ? ..

Outre déjà tout cela, le « Chasseur-Alpin » jouissait d’un grand succès auprès des filles, qui dans les bals les préféraient aux « Artilleurs » du régiment également en garnison dans la ville ; elles craignaient en eux, leurs grosses guêtres de cuir avec boucles sur le coté, préférant chez le Chasseur, ses bandes molletières, plus douces aux contacts des jambes dans les pas de danses ; ces préférences étaient souvent des motifs de bagarres, entre Chasseurs et Artilleurs, contre lesquels il fallait la force par le nombre pour en sortir vainqueurs et gagner ainsi, le cœur des filles, toujours cause de ces discordes ! ...

Ainsi, s’écoulait le temps et avec lui ce premier hiver en caserne, avec de temps à autre, la participation à une « Prise d’Armes », suivie d’un défilé en l’honneur d’une personnalité en visite dans la ville ; le défilé alors, musique en tête, partait de la place « Masséna », jusqu’au « Monument aux Morts » dominant le port, soit un gros kilomètre environ ; l’effort à accomplir et la fatigue à supporter étaient largement atténués par les chaleureux applaudissements de la foule en liesse massée sur le parcours et fière de ses « Diables Bleus » défilant au pas rapide des Chasseurs ! ...

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4 - LES MENACES de GUERRE

Avec le Printemps, arrivèrent les fêtes de Pâques ; six mois s’étaient écoulés, marqués par les temps d’instructions, d’exercices, de marches ( avec augmentations progressives des distances ), avec aussi, les prise d’armes et les défilés, ( nombreux en cette saison ) ! ..

Vint aussi le moment d’attribution des premières permissions pour les recrues de ce nouveau contingent ; il en déposa la demande, qu’il obtint pour dix jours et retrouvait ainsi, l’ambiance de la vie civile, au sein de sa famille, dans sa ville, avec les contacts renoués auprès de ses amis ; fier de son état à servir la France dans une unité d’élite, il ne quitta pas l’uniforme durant ces dix jours ; on devait dans sa ville, voir le « fils de l’Espagnol » enrôlé dans l’armée française ! ..

Dans les conversations et les rencontres, on lui posait la question : « quelle était l’ambiance et l’état d’esprit, parmi les militaires » ? .. on lui parlait de cet Hitler, de ses discours et de ses harangues belliqueuses ; il était aussi question de cet autre « Duce italien », proférant lui aussi ses menaces à grands mouvements de menton, bombant le torse avec des airs de supériorité ! ..

Dans ce semblant d’inquiétude et à bien y voir de près, vociférations hystériques de l’un et prétentions démesurées de l’autre, rien de tout cela n’était encore en mesure de troubler la vie des français : d’ailleurs, pour le plus grand nombre, que savaient-ils sur « Dantzig et son couloir » tant convoité par ce « maître du Reich » ? à peine, un petit espace situé sur la carte de l’Europe et une ville portuaire sur la Baltique ; rien de très préoccupant pour les Français ; tout au plus, une occupation pour les diplomates, qui se chargeraient bien de régler entre eux ces problèmes ! ...

Un tel climat de confiance aveugle, occultait totalement les « gros nuages » qui s’accumulaient à l’horizon, annonçant déjà la « tempête » qui devait s’abattre sur l’Europe entière ; en attendant, arrivé au terme de sa permission, notre homme, guère plus inquiet que les autres ( il n’en voyait pas le motif non plus ), retourna à sa vie de caserne, comptant les jours à s’écouler pour la « Quille » et cela, dans la quiétude et la douceur de ce climat idéal de cette côte d’Azur ! ..

Comme tous les autres parmi ses camarades de régiment, ainsi que la majorité des français, il vivait lui aussi, dans la confiance et la quiétude ; contraintes et obligations militaires, lui étaient d’autant plus facilitées, qu’elles se déroulaient dans cette belle région et cette ville magnifique, que grâce à cela, il avait découverts ! ..

Il y était bien question, de ces « bruits de bottes » par delà le Rhin, mais, chacun savait aussi, que nos politiques et diplomates ( français et anglais ), s’efforçaient d’éviter tout conflit, lâchant à cet Hitler, quelques « miettes », qui calmeraient son « appétit ; d’ailleurs, comment oserait-il s’attaquer à notre « puissante armée et à nos fortifications inviolables » ; pouvait-il oublier la sévère défaite de 1918 ? ..

Bien sûr que non ! .. Ce « petit caporal », malgré toutes ses revendications, ses vociférations, ses harangues hystériques et ses menaces, n’oserait en définitive, s’attaquer à cette « forteresse qu’était la France » ! ..

Ce fut d’ailleurs, dans ce climat de « confiance », que dès les premiers jours de juillet et comme tous les ans à pareille époque, le bataillon au complet, son colonel en tête, quitta la ville de Nice, afin d’effectuer les manœuvres annuelles en haute montagne, tel que cela s’imposait pour des chasseurs alpins ; lieu de cantonnement durant cette période de trois mois, ( juillet, août et septembre ) :
« Cabanes Vieilles », au pied de la « cime du Diable » ; altitude respectivement :
2 000 et 2 600 mètres ! ..

Distance de marche, par routes, chemins et sentiers de montagne, à couvrir en deux étapes ; première halte en fin de journée : « Peira-Cava » ; deuxième journée, passage au « col de Turini », arrivée à destination en fin d’après midi ; rassemblement du bataillon, montée des couleurs et salut au drapeau, avec au préalable, sonnerie du refrain du bataillon, dont les paroles sont : « Encore un Biffin tombé dans la Merde ! Encore un Biffin d’Emmerdé ! .. suivi de la « Sidi Brahim ! ...

Après cela, installation dans les locaux du cantonnement, bâtiments construits en dur et étagés sur différents terre-pleins ; casernement de haute montagne, prévu pour trois mois, avec marches et incursions dans les parages, ainsi qu’ascension à la « cime du Diable », point de limite frontalière « Franco-Italienne » ! ..

Tous programmes normalement prévus, toujours sans préjuger avant la fin du séjour, de la précipitation des événements internationaux, sonnant le « Tocsin », qui devait annoncer l’embrasement de l’Europe et autres parties du globe durant cinq années ! ..

En attendant, profitant de ce répit éphémère encore consenti, notre auteur, s’adaptait fort bien aux paysages de ces montagnes, d’autant qu’il avait déjà fait ses premiers pas et vécu ses premières années d’enfance au sein même de ces autres montagnes que sont les Pyrénées ; ces nouveaux lieux, ne constituaient donc pour lui, aucun dépaysement ; leur faune et leur flore, ne lui étaient pas inconnus et il gouttait tout à la joie, de parcourir vallons et cimes, escaladant les pitons au sommet desquels il apercevait la touffe « d’Edelweiss » ! ..

Les sons du clairon et du cor, sonnant aux différents appels dans le cantonnement, se répercutant en échos de sommets en sommets, donnaient pour lui à ces lieux, un aspect encore plus grandiose ; exercices et corvées ne présentaient pour lui, rien de très contraignant, lui donnant même, une impression de « vacances » ; aussi, dans sa naïveté de jeunesse et dans l’insouciance contagieuse du moment, passionné qu’il était de haute montagne, il demanda son affectation dans la section des « Eclaireurs-Skieurs, toujours groupe transmissions, qui en période d’hiver, était cantonnée à « Peira-Cava » ; il se voyait déjà, au sein de cette prestigieuse section, gouttant au plaisir de dévaler ces pentes enneigées, avec bivouacs de nuit dans les refuges, dans une franche camaraderie à vocation sportive et tous passionnés de montagne ! ...

Hélas ! .. tout cela ne furent que « rêves et châteaux en Espagne », ignorant, ou ne voulant pas voir la suite des événements qui n’allaient pas manquer de surgir à l’horizon et qui devaient lui réserver d’autres sortes de « vacances et de bivouacs » au cours des années à venir !.. En effet, ces belles manoeuvres qui devaient se dérouler pendant une période de trois mois, s’avérèrent être de courte durée ; ainsi après quelques marches et une ascension au sommet de la « cime du Diable », arriva la mi-Août et avec elle, l’ordre pour le bataillon à devoir réintégrer d’urgence ses quartiers de Nice !...

Les bruits de bottes et le cliquetis des armes retentissaient de plus en plus chez ce voisin d’outre Rhin ; nos politiques et diplomates français et anglais réunis, malgré toutes leurs tentatives de conciliations auprès de Hitler, n’étaient pas arrivés à modérer le « Dictateur » dans ses exigences et encore moins à l’intimider par leurs menaces ! .. Devant une situation internationale qui se dégradait de jour en jour davantage, nos hommes politiques, continuaient cependant à tenir des propos rassurants, plaidant encore, que rien n’était perdu pour la sauvegarde de la paix et que dans le pire des cas, toute attaque contre la France était vouée à l’échec pour l’attaquant ; notre « ligne Maginot était inviolable et notre armée, bien commandée et bien préparée, était prête à toute éventualité » !.. « La France n’avait donc rien à craindre » ! ...

C’est dans un climat de situation déjà délétère, que le bataillon réintégra sa caserne, écourtant d’autant sa période normale de manœuvres en montagne ; dans la confiance fictive ou réelle de nos dirigeants, le maître du Reich et son allié italien, ne cessaient d’avancer leurs « pions » en revendications territoriales et cela, en dépit de toutes les protestations et entrevues, en recherches de conciliations diplomatiques tentées par la France et l’Angleterre ! ..

Aux difficultés rencontrées auprès des deux dictateurs dans leurs exigences, entra aussi dans cet épineux contexte, le maître de l’U.R.S.S. et dictateur Staline, signant avec l’Allemagne, un « Pacte d’Alliance » ! .. Tout cela, de plus en plus « sentait la Poudre » ! .. Dans un tel climat de « tourmente et d’orage », profitant encore d’un calme relatif, malgré déjà une certaine effervescence dans les rangs, notre homme s’empressa de déposer demande de permission ; elle lui fut accordée pour dix jours ;

De retour dans sa famille et dans sa ville, il y constatait avec étonnement, qu’aucune inquiétude particulière n’apparaissait vraiment, portant sur tous ces bruits de guerre dans la majorité de la population en cet Eté 1939 ; on faisait confiance aux rencontres, entretiens et pourparlers internationaux, qui devaient sauver la paix ! .. « Anschluss décrété sur l’Autriche, dépeçage de la Tchécoslovaquie, menaces sur la Pologne, Dantzig et son couloir et en plus, le pacte Germano-Soviétique » ! .. Tout cela, ne pouvait en rien troubler la quiétude des français ; la saison estivale était magnifique et les « congés payés » entraînaient les estivants vers les plages, chantant en chœurs, les refrains populaires ! ...

« Qui s’inquiétait de la Guerre ? .. Personne ! ...

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5 - LA France MOBILISE

Dans une telle confiance générale, il n’y avait aucune raison pour le permissionnaire à être plus inquiet que les autres ; aussi, profitait-il pleinement de sa permission, fréquentant les bals des fêtes de quartiers qui battaient leur plein et qui se terminaient le plus souvent dans les couplets de : « Tout va très bien Madame la Marquise » ! Il passait aussi les journées, en visite des chantiers dans l’entreprise de son Père, qu’il avait quittée les mois d’avant et qu’il trouvait en nets progrès, avec d’importantes commandes de travaux à exécuter ; elle avait pour cela, augmenté son effectif ! ..

Au sein même de sa famille, tout allait aussi pour le mieux ; son frère assurait le relais dans la gestion de l’entreprise et sa sœur cadette entamait des études secondaires, visant à la carrière d’enseignante et pour cela, son entrée à l’école Normale ; ses deux, frère et sœur n’avaient aucune démarche particulière à entreprendre pour leur nationalité française ; nés dans le pays d’accueil, même de parents étrangers, ils étaient d’office de nationalité française ; telle était la loi de l’époque ! ..

Arrivé au terme de sa deuxième permission, dix jours hélas trop vite passés dans une insouciance communicative, il quitta sa famille, laissant tout de même sa Mère en larmes ; elle ne pouvait malgré cette confiance marquée par l’opinion, ne pas être anxieuse pour ce fils militaire ; elle n’éprouvait en cela, que ce qu’éprouvent toutes les Mères pour leur fils en pareils cas ! .. Pour elle, ces menaces de guerre, même si l’on n’y croyait pas, mettaient déjà son fils en danger et cela, elle ne pouvait le cacher ! ...

Le voyage à destination de Nice, il l’effectuait d’abord en car depuis sa ville de Castres jusqu’à Castelnaudary, soit 40 kilomètres ; il prenait là, le train rapide, Bordeaux-Vintimille aux environs de 12 h.30, pour être rendu en gare de Nice aux environs de 16 h., d’où il devait être rentré au quartier avant minuit, sous peine de sanctions ! ..

De retour dans les rangs, après dix jours d’absence, en cette dernière semaine du mois d’août, il y constatait déjà, une très grande agitation à tous les échelons ; non seulement aucune permission n’était plus accordée, mais on y battait le rappel anticipé de ceux qui encore n’avaient pas terminé la leur ! .. Dans son cas, il était passé de justesse et il ne pouvait que s’en réjouir, car d’une part il avait profité pleinement de la sienne et d’autre part, un rappel anticipé, aurait encore augmenté l’angoisse de sa Mère, ce qui d’ailleurs pour elle, ne pouvait rien changer dans la brusque précipitation des événements ! ..

En effet, la situation était telle, que non seulement on battait le rassemblement général de toutes les recrues à réintégrer leurs unités, mais on sonnait aussi, le « rappel » des classes « réservistes », dans les premières tranches d’âge ; pour autant, on n’en était pas encore au stade de la « mobilisation générale » ! .. Pas de panique donc, faisaient publier nos politiques ; on n’en était qu’à de simples mesures de précaution et à montrer notre détermination face aux menaces provocatrices de ces « turbulents voisins » ! ...

A toutes ces mesures déjà hâtives, s’ajouta la distribution des nouveaux équipements dits de « Campagne » et comprenant : un double sac à dos, un masque à gaz dans son étui, une gamelle à couvercle devant servir de plat, un quart et un bidon à boisson, le tout en aluminium et remplaçant les ustensiles jusque-là utilisés en fer étamé ! ..

L’uniforme aussi, changeait d’aspect ; taillé dans un drap « kaki », il remplaçait les tenues de drap bleu ; la longue capote de drap également « kaki », prenait la place de la traditionnelle pèlerine de drap bleu ciel ; tout cela, n’avait plus rien de commun avec cette tenue particulière qui différenciait dans l’armée, les unités des « Chasseurs-Alpins » et qui était pour tout dire : dans son ensemble, particulièrement encombrant et pénible à porter pour des troupes en campagne ! ...

Le tout, était encore complété par un nouvel équipement en matériel de transmission, notamment dans les postes-radio émetteurs récepteurs, dont fut dotée la section ; de telles nouvelles mesures prises en tout hâte, quoi que l’on put dire, ne préparaient pas le bataillon à des « vacances », pas plus qu’à des manœuvres d’exercices !

« Il fallut bien l’admettre ! .. La guerre menaçait le pays et on y préparait son invincible armée » ! ..

Telle était la situation de la France en ces derniers jours du mois d’août, mais à en croire les dirigeants politiques, il n’y avait encore pas lieu de se laisser aller à la « panique » ; ce n’était pas encore la guerre ; tout était encore possible pour la sauvegarde de la paix laissait-on entendre dans les communiqués et dans la presse ; ce fut dans cette « confiance faussement étalée », que le 1er. Septembre, sans même « déclaration de guerre », les troupes allemandes franchissant sa frontière, pénétraient en territoire polonais ! ..

« Il n’en fallait pas plus ! .. Le gong avait sonné et l’incendie était allumé ! .. Il devait hélas s’étendre à toute l’Europe et même déborder sur le reste du globe ! ..

Aux termes de l’alliance « franco-anglaise » portant assistance à la Pologne, la guerre ne pouvait plus être évitée ; aussi, fut immédiatement décrétée par les voies d’affiches et les publications de tous ordres, « la mobilisation générale » ; avant même que le pays entier ait pris les armes, « le 3 septembre, la France et l’Angleterre d’un commun accord déclaraient la guerre à l’Allemagne » ! ..

Ainsi, sonnait la fin du rêve et des vacances ; on abandonnait précipitamment les plages et les résidences de campagnes, pour rejoindre les casernes dans lesquelles affluaient les hommes répondant au fur et à mesure, à l’appel de leur classe ! ..

Non seulement lui, « l’Espagnol », qui avait opté pour la nationalité française, était tenu à ce titre de remplir ses devoirs militaires, mais le voilà systématiquement enrôlé dans la guerre ! .. « Le regrettait-il ? .. Pas pour l’instant ! .. » Il ne pouvait ignorer, qu’avec les avantages de son choix volontaire, il devait aussi en prendre les risques, même les plus inattendus ; d’ailleurs n’était-il pas fier de servir cette « glorieuse armée française », qui succédait à celle des vétérans, fiers eux aussi de leur victoire sur cette même Allemagne en 1918 ? ...

« Sans aucun doute, il ne pouvait qu’en être de même pour leurs fils, dans cette nouvelle guerre contre ce même agresseur » ! ..

Mis devant la gravité de la situation, les états-majors militaires au constat des échecs obtenus par les politiques et autres diplomates dans leurs tentatives avortées, les contraignant à la déclaration de guerre, firent procéder aux formations des différentes nouvelles unités, groupant les appelés des classes de réserve avec les hommes du contingent en service actif ! ..

Dans ce dispositif, fut formé le 65me. B.C.A. en bataillon de réserve, groupant en partie des réservistes rappelés et des chasseurs du contingent pris au sein du 22me. et du 24me. bataillons, ce dernier, dit : « Bataillon de la Garde », se trouvait en garnison à « Villefranche sur Mer » ! ..

Une partie de la section transmissions du 22me., fut ainsi transférée dans la C.H.R. de la nouvelle unité, ( le 65me.) ), formant partie de la 6me. demi-brigade, sous commandement, d’un capitaine (officier de réserve) et la section transmissions, sous commandement d’un lieutenant, lui aussi, ( officier de réserve,) ; cette nouvelle unité ainsi constituée, fut rattachée à la 29me. Division, constituée elle, d’unités « Alpines » et classée pour l’heure : « Division de réserve, affectée à la protection et à la défense éventuelle de cette frontière des Alpes, contre toute agression jugée possible par les troupes italiennes, alliées de l’Allemagne et donc comme elle-même en guerre contre la France ; cette unité fut placée sous commandement du « Général Girodias » ! ..

Après cette nouvelle formation, la C.H.R. avec sa section transmission, quitta les casernes de Nice, pour s’installer en cantonnement à quelques kilomètres, dans le village de « Laghet », qui est encore certainement, un lieu de pèlerinage à la « Vierge du même nom » et où avait été dressé, un campement de toiles à proximité, afin d’y abriter la troupe ; les officiers, logeant chez l’habitant ou dans des locaux municipaux ; cuisine roulante et autres différentes installations faisaient déjà partie du campement des troupes en « campagne », avec déjà aussi, les installations des réseaux téléphoniques reliant les différentes unités de la division installées un peu partout dans les environs ! ..

Dans cet Eté finissant, où, tout encore était d’un « calme plat », avec seulement pour fait : « la déclaration de guerre à l’Allemagne », chacun dans cette unité, n’avait encore ressenti, que les préparatifs appliqués d’urgence, s’adaptant aux nouveaux équipements et aux nouvelles installations de cantonnement ; à part cela, les journées s’écoulaient pour les hommes de cette section transmissions, en exercices d’adaptation sur le terrain, installations des lignes téléphoniques pour les uns et exercices de liaisons radios pour les autres, avec utilisation des nouveaux appareils ; toutes ces instructions, se déroulaient sous la surveillance et les ordres du nouvel officier..

C’était un homme, d’une trentaine d’années, au physique sportif, d’assez grande taille, qualification d’ingénieur dans le civil, cordial envers ses hommes et même, marquant une certaine sympathie pour notre auteur, avec qui, il s’entretenait souvent, sur des problèmes techniques du bâtiment, avec calculs sur des élément de béton-armé ! Ces rapports de confiance réciproque, devaient être quelques mois plus tard et pour notre auteur, entachés de suspicion en connivence avec l’ennemi, avec même la certitude de trahison envers son pays ; de cela, il en relate les faits dans les pages suivantes ! ...

Pour l’heure, avec une magnifique saison automnale, dans la tranquillité de ce splendide arrière pays au pied des Alpes dont cette unité avait la garde, les journées s’écoulaient en exercices peu contraignants sur le terrain, mais surtout en festivités le soir, où chacun s’activait à courtiser les filles du lieu et des environs, qui trouvaient parmi tous ces hommes venus là des diverses régions du pays, de quoi changer leurs habitudes et profiter des animations données, avec pour certaines, se liant même dans des instants d’intimité, souvent accompagnées de promesses, en partie éphémères dans ces cas là ! ...

Aucune menace ne venait encore, troubler cette quiétude dans ce secteur ; aucun bruit de canon, aucune annonce d’attaque, aucune menace d’au-delà du Rhin ; « R.A.S. » ( rien à signaler mentionnaient les rapports quotidiens ) ; dans cette sérénité malgré l’état de guerre, civils et militaires étaient à l’écoute des postes de radio ou bien commentaient les articles de la presse, diffusant ou mentionnant les communiqués faits par les hommes politiques, auxquels se joignaient les hauts membres de l’état-major des armées en charge de la situation du pays ! ..

Ainsi, étaient transmis les « slogans » : « rien n’est à craindre pour la France ! Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ! La route du fer est coupée pour l’Allemagne, ce qui compromet la fabrication de ses armes » ; suivaient encore : « Notre ligne Maginot, est une forteresse inviolable ! .. Notre puissante armée, placée sous haut commandement, équipée des armes les plus modernes et parfaitement entraînée, veille sur toutes nos frontières » !.. suivait encore : « Toute tentative de l’ennemi à les violer, serait pour lui, vouée au plus cuisant échec » ! ...

Peuple de France, tout était donc rassurant ! Il n’avait rien à craindre ! Ne vivait-on pas cependant un véritable paradoxe ? .. en ce sens que : on avait déclaré la guerre afin de porter secours à cette Pologne, ignominieusement attaquée par les troupes de Hitler, mais on attendait, « l’arme au pied », que ce même ennemi veuille bien prendre l’initiative de l’attaque contre la France !..

« De cela hélas ! l’attente ne devait être que de quelques mois » ! ...

En attendant, quelques semaines suffirent aux troupes du Reich, pour envahir la Pologne martyre, écraser ses villes et sa capitale sous les bombes de son aviation et partager déjà son territoire avec une part à cet autre « rapace Staline », en compensation des accords préalables fixés dans les conditions du pacte d’alliance et d’aide économique assurée à Hitler pour son effort de guerre ; de tout cela, la France et l’Angleterre n’étaient que les spectateurs de la disparition de ce pays, cette Pologne qu’ils s’étaient engagés à défendre et pour laquelle, l’un et l’autre s’étaient mis sur le « pied de guerre », sans oser encore porter la moindre attaque à cet « usurpateur » ! ..

Aussi, venait souvent la question : « Qu’attendait-on ? .. » Mais la réponse était aux politiques et à leurs états-majors, qui pour l’heure se contentaient de rassurer les Français, eux aussi confiants dans leurs dirigeants et n’en demandant pas d’avantage ; de cette « guerre sans guerre », pouvait encore surgir la paix ; ainsi se maintenait l’espoir ! ..

« R.A.S. » du coté du Rhin ! .. Que se passait-il de l’autre coté des Alpes ? ..
Rien pour l’instant ; ce voisin italien, ne manifestait aucune menace d’agression ; tout était calme sur cette frontière ! .. Placée en permanence sous la surveillance des troupes alpines de forteresse, cette ligne de frontière ne présentant dans l’immédiat, aucun risque d’attaque par les troupes italiennes, le haut état-major, décida de disposer de cette 29me. division, formée et maintenue dans ce secteur afin d’y parer à une éventuelle attaque par ce proche voisin allié de l’Allemagne des bruits coururent donc sur des préparatifs de départ ! ...

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6 - LA GUERRE EN CHANSONS

La réalité, prenant la place des rumeurs, avec l’arrivée des premiers jours de décembre, arriva aussi pour cette unité, l’ordre de départ ; hommes et matériel la composant, furent embarqués dans plusieurs trains en gare de « Cagnes sur Mer »
transport des hommes de troupe, dans les wagons de marchandises, pour ne pas dire : « wagons à bestiaux », ces derniers portant les inscriptions : « chevaux en long 8 ; Hommes 40 » ; les wagons de voyageurs, étaient réservés aux officiers !

Matériel, sur des wagons à plate-forme, hommes et barda à 40 par wagon, l’embarquement terminé, par une fin d’après midi, sous un soleil blafard disparaissant bientôt derrière les collines à l’ouest, les différents convois emportant la division au complet, quittaient la Côte d’Azur et son climat de rêve, encore très agréable, même en cette saison du début d’hiver ! ..

Destination inconnue pour le simple troupier, mais nul ne pouvait douter, que cette unité se déplaçait direction les frontières franco-allemandes et sans aucun doute, en vue d’une très prochaine attaque ! C’était dans tous les cas, le raisonnement logique que chacun pouvait imaginer ! .. « La France n’avait-elle pas déclarée la Guerre à cette Allemagne ? .. »

En attendant, allongé sur le plancher du wagon, y cherchant une position, sinon « confortable », du moins favorable au repos du corps, le train roulant déjà dans le crépuscule du soir, notre auteur se laissait aller dans ses pensées ; il s’imaginait déjà la guerre, telle qu’elle lui avait été décrite par ses instituteurs, à savoir : les interminables marches forcées, les attentes dans les boyaux ou les tranchées boueuses, les corps sans hygiène et couverts de vermine, les bombardements, les attaques sous la mitraille, les corps à corps à la baïonnette, les râles des blessés et les hécatombes des morts ! ...

Retournant ces pensées dans sa tête, lui venait aussi la question : « était-ce bien pour cela, que volontairement, il avait choisi de servir la France ? .. Pourrait-il un jour, en avoir des regrets ? ..

Mais, il était là, parmi tous ses camarades de section, groupés dans le même wagon et qui eux n’avaient pas eu à choisir ; il n’était donc plus question de regrets, pas plus que de morosité ; on y entonna donc les marches du bataillon, tandis que le train roulant dans la nuit, passa au ralenti sans s’y arrêter, la gare de Lyon pour s’engager : « Cap au nord-est » ; le calme revenu, dans la monotonie des claquements des roues aux jointures des rails, sa tête appuyée sur son sac à dos, il plongea dans le sommeil, trouvant avec lui, le rêve, mais non encore le « cauchemar » ! ..

Après plusieurs heures de voyage dans la nuit, avant même qu’apparaissent les premières lueurs de l’aube, il était réveillé par l’arrêt du train ; ce fut en rase campagne, sans aucun nom de lieu, que le bataillon débarqua avant le lever du jour en ce tout début du mois de décembre ; première constatation et non des moindres : la très nette différence de température, nettement en baisse en dessous de zéro ; plus rien à voir avec la température laissée sur la côte, encore largement établie en dessus du zéro ! ..

Dans un « bric-à-brac » général à rassembler chacun son barda dans la pénombre des wagons, tous les hommes ayant mis pied à terre, vint l’ordre de rassemblement avec les premières lueurs du jour et marche à travers la campagne direction les lieux de cantonnement ; traversant une plaine de vignobles, chacun se posait la question : « où avait-on débarqué ? » Et la réponse fut : « au cœur même de la Champagne Pouilleuse » ! ..

Aux premières heures d’une très froide matinée, après quelques kilomètres de marche, la compagnie arriva dans l’un de ces villages entourés de vignobles ;
( son nom, il ne l’a pas retenu ) ; il devait être écrit dans cette orthographe difficile à prononcer, comme le sont grand nombre de ces villages dans cette région ; peu importe son nom ; on y hébergea les hommes répartis par sections, dans les différentes fermes d’exploitations vinicoles ! ..

La section transmissions au complet, fut logée dans une grande grange à foin et paille, située au-dessus des écuries de chevaux et à laquelle on accédait au moyen d’une échelle ; on dominait de là, une grande cour entourée des autres différents locaux, y compris le logement de l’exploitant propriétaire ; on pouvait aussi de là, assister à toutes les activités quotidiennes de la ferme, qui étaient conformes à cette saison d’hiver ! ..

Pour les hommes en « campagne », à la guerre comme à la guerre, chacun marqua sa place dans la couche de paille mise à disposition pour la literie ; à l’heure du réveil, toilette du matin à faire avec l’eau puisée à la pompe, dans un puits situé au milieu de la cour ; café et soupe, à prendre à tour de rôle dans les « bouteillons », à la roulante de la compagnie installée à proximité ; corvées aux cuisines, avec « épluchage des patates » étaient aussi aux programmes et à tour de rôle ! ..
Ainsi était cette armée en « campagne », dans cette guerre déclarée depuis bientôt quatre mois et qui n’avait encore livré aucune bataille ; dans cet hiver qui manifestait déjà sa rigueur en ce début de décembre, la troupe, se mêlait à la population du lieu, d’où la plupart des hommes étaient absents, ayant répondu à l’ordre de mobilisation générale ; seules les femmes devaient donc se charger des différents travaux ; ordre était donc donné aux hommes de troupe, de leur venir en aide dans les travaux pénibles, ce qui permettait bien des rapprochements, surtout avec les filles du lieu, prétextant aide aux tâches pénibles ! ..

Les officiers, étant logés chez l’habitant, notre lieutenant de section, occupait une chambre à proximité de ses hommes ; lié par sympathie, il y recevait de temps à autre notre auteur, avec lequel, les entretiens portaient sur des questions d’ordre technique traitant du bâtiment, utilisation de la règle à calculs et études de résistances dans les bétons armés ; autrement dit, pour ce jeune débutant dans la profession, rien de moins que des cours passionnants et gratuits, auxquels il prêtait toute son attention ! ..

Comment dans cette confiance et dans sa naïveté, pouvait-il soupçonner chez cet homme, des actes « d’espionnage et de trahison » ; il était pour lui, l’officier à qui suivant le code militaire, il devait obéissance à ses ordres, sans hésitations ; il eut à attendre encore quelques mois, pour, après réflexions et récapitulation de certains faits, admettre l’évidence, que cette armée française était trahies en son sein même ! ...

Toujours dans un calme général qui contrastait avec cet état de guerre, chacun portait son attention, sur les fréquents communiqués transmis par les radios et les articles de presse, faisant état des préparatifs de défense mis en œuvre par les états-majors militaires dans les différents secteurs ; il y était aussi question, de l’excellent moral des troupes en campagne ; c’est ainsi, que l’on s’enfonçait dans un hiver qui s’annonçait très rigoureux ; il fallait déjà dans le cantonnement, découper le pain gelé, à la hache et le « pinard », était distribué sous forme de glaçons, ( tant il était par mesures d’économie, additionné d’eau ) !

On arriva ainsi, à la dernière semaine du mois de décembre, avec bientôt, les fêtes de Noël et avec l’idée que chacun pourrait les fêter dans ce lieu ; c’était, sans compter sur les décisions de l’état-major qui toujours disposant de cette 29me. division ( dite volante ), décida de son transfert à l’Est ; aussi, avant même d’avoir pu faire ample connaissance avec les filles du lieu, l’unité au complet reçut ordre de départ ! ..

Le bataillon rassemblé, sac au dos, arme à la bretelle, se mit en marche par routes et chemins, à travers la plaine déjà par endroits sous la neige et dans tous les cas, affrontant un vent glacial venant du Nord, pour arriver, le surlendemain, après deux étapes de bivouacs, dans le lieu qui lui avait été fixé, à savoir : cantonnement dans le village de « Morsbach », à proximité et en vue de « Forbach », autrement dit : on prenait ainsi position sur un secteur de cette frontière franco-allemande et cela, dans la semaine des fêtes de Noël et Jour de l’An, dans les rigueurs de l’hiver, « mais : n’étions-nous pas une unité de Chasseurs alpins, aptes à affronter la rudesse du climat ? .. »

De ce départ de la côte d’Azur, notre homme n’en avait pas encore informé sa famille, inquiet qu’il en était pour sa Mère ! Il pensait à juste titre, qu’il serait toujours temps d’augmenter ses soucis ; aussi, pour elle il se trouvait encore sur la côte, profitant du climat tempéré et loin encore de tout danger immédiat ; de cela, pouvait-elle savoir, que mise à part les rigueurs de la température, dans cette région du Nord-Est, aucun danger immédiat n’était encore en vu ; tout y était encore d’un calme plat ! ..

Cette 29me. division, formée au pied des Alpes et constituées avons-nous dit, d’unités et troupes de montagne, avait reçu pour mission, la relève dans ce secteur frontalier, d’unités constituant des régiments de troupes coloniales, hommes venus d’Afrique et ne pouvant supporter les rigueurs de cet hiver, marquant de très fortes baisses de température ; ces unités, ( régiments de choc ), avaient pris position dans ce secteur, dès le mois de septembre ; « déclaration de guerre, pouvant être synonyme d’attaque, ces troupes noires d’Afrique, devaient former les premiers remparts sinon les unités d’offensive » ! ..

A vrai dire, transits de froid avant même d’affronter la bataille dans la guerre, ces troupes de choc, ces hommes noirs venus des tropiques étaient déjà vaincus par la rigueur de l’hiver ! « telle était la stratégie du grand état-major dans cette guerre, pour laquelle, les innombrables erreurs, ne faisaient que commencer » ! ..

L’ensemble de ce secteur frontalier occupé par la troupe, avait été au préalable, entièrement évacué par ses habitants, qui dans la précipitation du départ imposé dans les risques du conflit, avaient laissé dans leurs habitations, la plus grande partie de leurs biens et même tout leur mobilier, certainement conscients, qu’ils laissaient tout cela sous la protection et la garde de l’armée à qui, ils étaient contraints de céder la place ! ...

Erreur lamentable pour ces gens ! .. Car en effet, comment pouvait-on admettre sans un réflexe d’indignation, que des hommes, des militaires, chargés non seulement de défendre le pays, mais aussi les biens de ses citoyens, aient pu durant le temps de leur occupation des lieux, mettre littéralement à sac, les habitations évacuées de leurs habitants et s’approprier tout ce qui était à leur convenance ; c’est hélas, ce qui fut constaté dans ce village, par nos unités de relève ! ..

Ecœurement était peu dire et on ne pouvait déjà là, que se faire une bien piètre opinion de ces éléments constituant l’armée française et surtout des officiers commandant ces troupes, ( hommes venus de la brousse africaine, avec leurs mœurs d’un autre âge ) !.. Mais peut-être aussi, était-ce là, l’unique moyen d’obtenir totale soumission de ces hommes, arrachés de force à leurs tribus, pour aller défendre cette métropole et pour cela, les exposer déjà en première ligne de feu ! ..

Dans cet état d’esprit, vu par les états-majors, ainsi poussés au sacrifice, on leur devait bien une compensation, même faite au détriment de ceux qu’ils étaient venus défendre au péril de leur vie ! .. Autrement dit, pour les chefs de ces troupes, dans leurs comptes rendus, « tenus par les impératifs de la guerre, l’honneur était sauf » ! .. Après la guerre et la victoire, on ferait appel aux indemnités en réparation des « dommages de guerre », à faire payer par le vaincu, comme de bien entendu et cela, ne faisait aucun doute ! ..

« Avant même d’avoir déclenché cette guerre, on l’avait déjà gagnée » ! ...

La section des transmissions, comme les autres compagnies du bataillon, s’installa dans les diverses habitations de ce village, disposant sur place de ce que les prédécesseurs y avaient laissés, à savoir : meubles saccagés vidés de leur contenu, ustensiles divers empilés et souillés, literie sale et en total désordre, détritus de toute nature jonchant les planchers, pour tout dire, un état de complète dévastation ; procéder à un grand nettoyage et une remise en ordre dans les locaux, fut la première des préoccupations de tous, afin de pouvoir s’installer de façon convenable, pour tout le temps que l’on devait passer dans ces lieux ! ...

Au fil des kilomètres de marche pour arriver au but fixé, la neige qui avait fait son apparition, poussée par une bise du Nord qui cinglait les visages, avait valu à notre téléphoniste, de contracter une violente et douloureuse sinusite, doublée d’une bronchite, lui provoquant de fortes quintes de toux ; si le médecin major, vint rapidement à bout de la sinusite, par ordonnance de cachets en fumigations, il n’en fut pas de même de la bronchite, qui persista durant tout cet hiver ! ..

Il passa ainsi, les fêtes de fin d’année, qui laissant 1939, ouvraient la porte à l’année 1940 ; il profita de l’occasion, pour se décider à informer sa famille du départ de son unité de la côte d’Azur, où on le croyait encore, sans toutefois préciser sa nouvelle position, ce qui en temps de guerre était interdit par les règlements militaires ; il se limita donc à les informer d’un déplacement de son bataillon ! .. « Il devait s’avérer par la suite, que pour l’ennemi, bien informé, tout cela n’était que : secret de polichinelle ! Leurs informateurs, étaient au sein même des unités » ! ..

Malgré des informations restreintes imposées aux troupes en campagne, par les règlements militaires ( interdiction de dévoiler la position de son unité dans toute correspondance aux familles ), il savait que de toute manière, sa Mère ne pourrait que se faire du soucis, en apprenant son départ de la côte ; elle imaginerai bien, que ce changement de secteur, ne pouvait que le rapprocher des frontières de l’Allemagne et donc du danger immédiat ; encore que, pour l’heure rien ne laissait entrevoir de danger immédiat ! ..

Le pays n’était encore en guerre, que par déclaration et sur le papier ! .

Dans la réponse faite par sa famille à ce courrier, il était informé de l’engagement volontaire contracté par son frère, ( pour la durée de la guerre ) ; âgé alors de 19 ans, il avait été incorporé dans un régiment d’artillerie coloniale, le 81me., en garnison pour le moment à Nîmes ; Comment, ne pas voir dans cette décision, l’angoisse de sa Mère, avec ses deux fils dans le conflit ! ..

Loin pour lui, d’approuver une telle décision, il ne pouvait en aucun cas la critiquer totalement ; n’avait-il pas lui aussi, volontairement prise la décision de se mettre au service de la France et donc à présent, de la défendre dans la guerre, malgré les risques ! .. Tel était aussi le cas de son frère, qui sans la moindre obligation étant donné son âge, s’était lui aussi mis volontairement au service de la France en guerre ! ...

« La guerre ! .. Mais, pouvait-on parler de guerre en ce tout début d’année 1940 ? .. »

Il existait cependant, un « paradoxe », sur lequel pouvaient être posées quelques questions ! .. En effet, cette ville de « Forbach », que l’on apercevait à quelques « encablures » dans cette plaine, ( à cette époque sous la neige ), était géographiquement, une « ville française » établie en limite de frontière ! ..

Alors, venait la question : « comment cette ville française, pouvait-elle être occupée par l’armée allemande ? .. et cela, sans la moindre intervention de nos armes et encore moins sans la moindre résistance, ni les moindres tentatives à réinvestir un territoire français ! Question encore : Comment le grand état-major, acceptait-il une situation aussi paradoxale ? .. »

A la connaissance générale dans cette unité de relève, aucun combat n’avait eu lieu dans ce secteur contre cette occupation par l’ennemi depuis la déclaration des hostilités ; bien au contraire, tout comme les unités précédentes, dans le secteur, chacun pouvait en toute tranquillité, observer à la jumelle ou à la binoculaire, les mouvements de nos ennemis en territoire français, à première vue, occupés dans des travaux de défense, sinon de fortifications et cela, en toute quiétude, en territoire conquis et cela, sans la moindre intention du coté adverse, de troubler leur tranquillité ou même, de les déranger dans leurs occupations, lesquelles auraient pu au moins, servir de cible à nos unités d’artillerie et ainsi, tester leur efficacité ! ...

Aussi « ubuesque » que cela put paraître, la France avait déclaré la guerre à l’Allemagne et cette dernière, sans la moindre hésitation, occupait déjà l’une de ses villes frontière et non des moindres et cela, non seulement les états-majors l’admettaient, mais leurs armées restaient l’arme au pied, observant de loin, les mouvements de cet ennemi en activité quotidienne dans cette ville française ! ..

Au constat d’une telle situation, la question se posait dans tous les esprits :
« comment cela pouvait-il être possible ? .. »

Comment aussi, se situer dans « cette guerre sans guerre ? .. » ; ce fut au bout du compte, l’opinion publique, qui lui trouva un nom et ce fut « la Drôle de Guerre ! .. » effectivement, dans ce « calme surprenant », les « troupiers » dans leurs cantonnements respectifs, menaient « joyeuse vie » ; orchestres et troupes théâtrales y donnaient à leur intention, de nombreux concerts et spectacles ; qualifiés de « Théâtres aux Armées », toutes les grandes vedettes y faisaient leur apparition et celles de la chanson n’étaient pas en reste ! ..

Elles se « sacrifiaient » volontiers pour ces braves militaires en « faction » assurant la défense de la « patrie menacée », leur interprétant leurs derniers « tubes » en vogue, avec de préférence et dans tous les répertoires : le « Tout va très bien Madame la Marquise ! » dont le refrain connu de tous, était à pleine voix repris en chœur dans les cantonnements ! ..

En plus de tout cela, le « Pinard » ne manquait pas, les colis reçus, compensaient bien le « Rata » de la roulante et les parties de « Belote » étaient là, pour éviter l’ennui et bien faire passer le temps ; aussi, dans cette armée mobilisée depuis déjà six mois, nul ne pensait à la guerre ; avec de nombreuses permissions accordées, l’insouciance s’installait insidieusement parmi ses hommes ; la Pologne, prise pour prétexte de la déclaration de guerre, était oubliée et tout était ou plutôt « semblait calme » chez ce turbulent voisin, en la personne de ce « Führer », qui ne proférait plus ses harangues de conquêtes ou bien peut-être, personne ne voulait plus les entendre ; partant de là :

« Qui voulait la guerre ? .. Personne ! .. »

A tout cela, s’ajoutait un climat de désaffection mené et entretenu par les cellules communistes, sous couvert du « Pacte Germano-Soviétique », qui par diffusion de tracts, incitaient à déposer les armes prétextant : « pas de guerre contre nos frères travailleurs d’union soviétique ! » a cela, s’ajoutait dans les usines, les actes de sabotages du matériel de guerre pendant que leur « leader » du moment, Maurice Thorez, désertant l’armée devant l’ennemi, se réfugiait à Moscou sous la protection du « Petit Père Staline », où il devait rester jusqu’à la fin du conflit ( mai 1945 ) ! ..

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7 - LA France DANS L’IMMOBILISME

Saboteurs d’un coté, défaitistes et déserteurs de l’autre, tous dans ce même camp communiste, œuvraient de concert à déstabiliser l’armée, qui déjà de plus en plus, sombrait dans une « somnolence » contagieuse ; malgré cela, les communiqués diffusés par les radios et la presse en général, faisaient tous état d’un excellent moral au sein de l’armée, allant même jusqu’à glorifier l’esprit patriotique des hommes bien déterminés à défendre la France ! ..

En cette fin du mois de janvier 1940, à bien analyser tous ces communiqués et articles de journalistes, nombreux étaient dans les unités, à se poser les questions : « que faisait-on là ? . qu’y attendait-on ? . » en effet, rien ne ressemblait moins à la guerre que cet immobilisme dans l’action ; les journées pour les uns, s’écoulaient en parties de cartes, pour d’autres en spectateurs aux spectacles donnés par les troupes théâtrales ou les concerts de chansons que donnaient les vedettes du « Schow-bis » dans les cantonnements ; enfin pour d’autres, tels ceux en position sur la frontière de l’Est, ils se contentaient d’observer l’ennemi occupant la ville française de Forbach ! ..

Tel était le paradoxe de la situation dans cette France en guerre en ce début d’année 1940 et cela, après cinq mois de déclaration des hostilités et de mobilisation générale ; dans chacun des secteurs frontaliers, aucun contact, aucun engagement n’était à signaler ! .. « Calme sur tous les fronts ! .. » se contentaient de mentionner quotidiennement, les communiqués officiels, tandis que l’armée française veillait : « l’arme au pied ! . »

Dans ce « calme » toujours annoncé, d’où vint la décision et l’ordre donné à ce bataillon 6me. demi- brigade de Chasseurs-Alpins, en position depuis cinq semaines dans le village de Morsbach, face à cette ville de Forbach occupée par l’ennemi, d’organiser contre cette dernière, une intervention armée ? ..

L’opération envisagée, fut confiée au groupe de la section « corps-franc », sous le commandement de ses deux officiers : le lieutenant Agnely et le sous-lieutenant Darnand ; la date en fut arrêtée : le 8 février ; au jour fixé, par une froide matinée et avant même le lever du jour, la section avec à sa tête ses deux officiers, se mit en route à travers cette plaine, en direction de l’objectif à atteindre, cette ville de Forbach ! ..

Mission : s’informer de l’importance des forces d’occupation sur la place, de leurs activités et dans la mesure du possible : ramener des prisonniers ; toutes choses pour un état-major, simples à dire, mais beaucoup plus complexes à exécuter par une simple patrouille à affronter les risques d’un ennemi bien implanté dans les lieux ; mais la guerre n’est-elle pas faite pour y affronter les risques ? ..

Comptant sur l’effet de surprise, tout cela ne pouvait que fort bien se passer et puis, cette guerre, qui s’éternisait dans l’immobilisme, il fallait bien que l’on se décida à la commencer ! .. On allait enfin se mesurer avec cet ennemi que l’on observait passivement depuis plusieurs semaines et qui déjà, en toute tranquillité, avait pris possession d’un coin du territoire français, avec pour paradoxe, « au nez et à la barbe de celui qui lui avait déclaré la guerre » ! ..

« A vrai dire : la France en 1939-40 n’en était pas à un paradoxe près ! bien d’autres pointaient à l’horizon des événements et que les Français toujours dans l’insouciance, n’apercevaient pas encore ! .. »

Mais, revenons pour l’instant à ce secteur devant Forbach et à l’opération engagée par ce groupe « corps-franc » ; ses mouvements et sa progression, étaient suivis à la jumelle depuis le haut du clocher de l’église de Morsbach dominant tout ce secteur d’opération et cela, par le lieutenant de la section des transmissions, laquelle y avait installé une liaison téléphonique reliée aux batteries d’artillerie ! ..

Tout poste téléphonique en campagne, étant sujet à une garde permanente, ce fut notre téléphoniste qui en fut chargé, passant ainsi la nuit en haut du clocher ; le moment venu de suivre l’opération, il y seconda aussi, son officier ; cette liaison avec les postes d’artillerie, avait pour but, d’aviser les batteries en cas de nécessité, à couvrir par leurs tirs un éventuel repli difficile à effectuer par le groupe engagé dans cette tentative, la première lancée contre l’ennemi, depuis le début de cet « état de guerre et de son immobilisme » ! ..

Au petit matin donc de cette journée de février, le lieutenant de section et son téléphoniste de service, munis de jumelles, installés en haut du clocher, suivirent la progression des hommes du groupe, avançant prudemment dans cette plaine, en partie couverte de neige, dépourvue d’abris et donc, à découvert face à l’ennemi ; procédant par bonds successifs afin de gagner les rares futaies, murettes de clôtures ou autres petites constructions isolées pouvant les mettre hors de vue, d’une éventuelle vigilance de ceux d’en face, le groupe, sans la moindre alerte, atteignit bientôt les premières habitations dans la périphérie de la ville, où il disparut à la vue depuis l’observatoire ! ...

Alors, commença l’attente dans une certaine anxiété et avec elle, les questions que l’on pouvait se poser : « progression de la section en terrain quasi-découvert, sans avoir déclenché la moindre alerte de ceux d’en face ; atteinte des faubourgs, toujours sans s’être heurtée à la moindre résistance ! l’occupation de cette ville par les Allemands, était-elle un mythe ? .. ou était-elle un leurre ? .. »

Encore quelques instants d’attente et brutalement fut donnée la réponse ! ..

Avec un déclenchement nourri par des tirs d’armes automatiques, il était incontestable qu’il y avait engagement avec l’ennemi et que donc ce dernier était bien dans la ville, ripostant violemment à l’incursion par surprise ; rien de tout cela, n’était visible depuis le poste d’observation du clocher et l’on ne pouvait de ce fait, faire l’analyse de la situation dans laquelle se trouvait le groupe ainsi accroché ; « était-il en réelle difficulté ? .. avait-il le dessus dans cet engagement ? ... »

A ces questions posées, la réponse ne fut pas longue à être donnée ! .. En effet, quelques hommes du groupe apparurent bientôt hors des habitations, que l’on put voir depuis l’observatoire et suivis de près par le gros de la section, cherchant comme à l’aller, les abris dans le moindre buisson, la moindre murette, mais cette fois, sous le harcèlement de l’ennemi, dans les talons des hommes du groupe opposant une défense désespérée et presque au « corps à corps » ! ..

Aucune possibilité dans une telle situation, de faire intervenir l’artillerie, dont les tirs ne pouvaient que faire autant de victimes dans un camp que dans l’autre ; il était cependant clair, que le groupe engagé était submergé par le nombre, qui attaquait le plus souvent à la grenade ; dans la mêlée, des hommes tombaient de part et d’autre ; une seule possibilité pour dégager le groupe, l’intervention d’une compagnie de chasseurs pour au mieux, assurer cette retraite du groupe ainsi accroché et en situation désespérée ! ..

Aussitôt dégagé, le sous-lieutenant Darnand, constatant l’absence de son officier supérieur, le lieutenant Agnely, tombé blessé dans l’engagement, retourna seul, sous le feu de l’ennemi, afin de ramener son supérieur et ami ; hélas, ce dernier touché à mort, il ne ramena dans les lignes, qu’un cadavre sur ses épaules et cela, au péril de sa vie ! .. « Il fut qualifié ce jour là et par tous, de héros et considéré comme tel ! .. »

Cette première « minie-opération » engagée contre l’ennemi, sans réelle préparation et avec de très faibles moyens, s’avéra être aussi, le premier échec total ; elle s’inscrivit avec la perte de 18 hommes, dont un officier, qui furent aussi, les premières victimes de cette guerre ; ce premier contact avec cet ennemi, avait déjà donné un aperçu de sa supériorité, malgré qu’il ait lui aussi, laissé des hommes sur le terrain ! ..

Dans ce « No man’s land », entre ville et village, devenu subitement « champ de bataille », chacun dans son camp et dans une accalmie concertée ou trêve après la bataille, avait relevé ses victimes ; coté français, après une cérémonie religieuse célébrée par le R. P. Bruckberger, aumônier du bataillon, les hommes tombés dans cet affrontement, furent ensevelis avec les honneurs militaires dans le cimetière du lieu ! .. Puis, comme si rien ne s’était passé, le train train quotidien reprit ses droits dans les jours qui suivirent ! ..

Ainsi s’écoula ce mois de février et presque le mois de mars, avec pour tout acte de guerre, cette malheureuse journée du 8 février à marquer du premier échec dans ce conflit et avec lui, le sacrifice de 18 chasseurs, eux aussi, premières victimes tombées pour rien dans un combat déjà inégal, cette ville de Forbach, occupée sans combat par l’ennemi, a t’elle jamais été reprise par cette armée française de 1940 ? .. Tout laisse supposer que non ! ..

Avec les premiers jours du Printemps, redonnant vie à la nature endormie, arriva aussi, l’ordre de la relève pour cette 29me. division, qui prépara son départ vers l’arrière, laissant la place à de nouvelles unités ; peut-être, avec le retour du soleil, le retour aussi des coloniaux ne craignant plus les rigueurs de l’hiver ; quels qu’ils fussent, on leur laissait la place sans regrets, avec cependant le souvenir de ceux qui, « tombés pour la patrie », dormaient là, leur dernier sommeil ; pouvait-on à ce moment là, savoir qu’ils étaient morts pour rien ?

En leur honneur tout de même et profitant du départ de la division, le général commandant l’unité, fit donner une « prise d’armes » sur la place de Morhange, ville située en arrière du front et en présence de sa population ; au programme, un défilé des troupes et cérémonie de citation à l’ordre de la division de l’officier Darnand, élevé à cette occasion au grade de capitaine, avec décoration de la médaille militaire, pour son acte de bravoure face à l’ennemi le 8 février 1940 ! ...

Porté à l’honneur de la nation, dans tous les communiqués et par tous les organes de presse, son portrait fut étalé sur toute la couverture de l’hebdomadaire « Match » ; le nouveau capitaine Darnand, déjà cité héros de la dernière guerre, était encore là, cité héros de la nation pour acte de courage devant l’ennemi ; tous les articles de presse, faisaient état de sa bravoure à la tête de son groupe et de son audace à retourner sous le feu de cet ennemi afin de ramener dans les lignes, le cadavre de son ami ! ..

« Cinq années plus tard, ce même héros du jour, devait être jugé traître à la nation et de ce fait, condamné à mort devant un peloton d’exécutions ! »

Qui pouvait alors préjuger des « méandres » de l’histoire et du sens des idéologies entraînant l’homme et le patriote dans le « mauvais choix » ? ..

Tout en ce début de printemps de l’an 1940, ne faisait que commencer et nul ne pouvait dans le cataclysme qui se préparait, juger du résultat final ni de ses dramatiques conséquences pour tous ! ...

En attendant, toujours dans le calme de cette « Drôle de guerre », sans autres faits marquants, que celui déjà cité dans ce secteur, l’unité au grand complet, se retira de ces frontières de l’Est, laissant la place aux nouvelles unités de relève, face à cette ville de Forbach laissée aux mains des allemands et qui très certainement devait le rester durant les années de conflit ! ..

Hommes et matériel, embarqués dans plusieurs trains, l’unité formant la 6me. demi-brigade, 62me. B.C.A., débarqua en gare de Montbéliard ; de là, en formation et à pied, elle s’installa en cantonnement dans un village ( le nom ne fut pas retenu ), distant d’une dizaine de kilomètres dans cette contrée du Jura, une région boisée ; le reste de la division, également cantonnée dans les villages environnants, avec hébergement des hommes, dans les granges et les hangars des exploitations agricoles du village ! ..

Après avoir procédé aux installations des lignes reliant les différentes unités au P.C. de la division, ( rôle des transmissions téléphoniques ), chacun au bout de quelques jours, se retrouva à vivre dans l’insouciance ; avec le Printemps, fleurissait bientôt le muguet dans les sous-bois de hêtres et les regards se portaient sur les quelques filles du lieu, qui ne cachaient pas leur méfiance première envers ces militaires qui les abordaient avec des mots à la fois galants et flatteurs ; très certainement, des mises en garde par leur Mère avaient du leur être faite, d’avoir à se méfier des galanteries de ces hommes ! ..

Quoi qu’il en fut, on ne pensait déjà plus à la guerre et même si des questions étaient posées à ces hommes revenant de ce que l’on nommait « le Front » et donc sur la « guerre », chacun répondait aussitôt : « la guerre ! .. mais quelle guerre ! .. »

Pour les uns, c’était déjà, la formation des équipes et choix des partenaires pour les parties de belote ; pour d’autres l’organisation des « festivités » dans le village, avec surtout, les bals du soir animés par quelques instruments de la clique, ce qui permettait bien l’approche des filles qui loin d’être indifférentes, se prêtaient bien aux plaisirs de la danse et même, après quelques tours de valse, avec la complicité de la nuit, se laissaient entraîner hors des regards indiscrets, dans la profondeur des taillis, pendant que la musique, donnant l’air de « Tout va Très bien Madame la Marquise », dans un « paso-doblé endiablé », hommes et filles en « goguette » chantaient les paroles à « tue-tête » ! ..

Tout cela, donnant l’impression d’être déjà sortis victorieux de cette guerre, sans l’avoir faite, on avait même oublié ceux que l’on avait ensevelis dans ce cimetière de Morbach, tombés pour rien dans le « traquenard » de ce premier affrontement, sans aucun doute décidé à la légère, sans réelle préparation, sans évaluation de la situation de l’ennemi pas plus que de sa supériorité ; on avait déjà là, un aperçu des failles du commandement en haut lieu et du triste état de l’armée française en ce début du mois d’avril 1940 ! ...

« Cette invincible Armée était déjà condamnée à la Déroute »

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8 - TOUJOURS dans l’INSOUCIANCE

Cette unité relevée, transférée vers l’arrière, mise en situation de « repos », fut en mesure d’accorder des permissions à ses hommes, c’est ce que notre téléphoniste, s’empressa de faire, déposant une demande qui lui fut accordée le 5 avril et pour 10 jours ! ..

« Pouvait-il imaginer alors, que cette première permission en situation de guerre, était aussi la dernière et cela, pour les cinq années à venir ? .. »

Sans perdre de temps, sa permission signée et son titre de transport en poche, en camion militaire jusqu’à la gare de Montbéliard, par train ensuite jusqu’à sa ville de Castres, avec trois changements au cours du voyage, il était de retour au sein de sa famille. Sept mois s’étaient écoulés depuis sa dernière permission, qui lui avait été accordée encore en temps de paix, mais déjà sérieusement menacée par les « bruits de bottes » qui résonnaient sur cette rive droite du Rhin et que l’on ne voulait pas entendre ! .. ( Il est vrai, que l’opinion publique, n’en était pas plus préoccupée pour le moment ; les communiqués toujours plus optimistes étaient là pour rassurer les Français ! .. )

Avec quelle joie, il tomba dans les bras de sa Mère, qui ne put lui cacher à la fois son bonheur, mais aussi, l’angoisse qui l’étreignait, avec ses deux fils, tous deux « volontaires » dans cette guerre ; son aîné, qui pouvait l’avoir évitée, s’il avait seulement gardé sa nationalité de naissance ; son second, s’il avait seulement attendu l’âge normal de son incorporation ! ...

« Avait-elle raison ? .. Avait-elle tort ? .. »

Peut-on juger une Mère qui dans ces cas là, tremblant pour la sécurité de ses enfants, voudrait toujours les garder auprès d’elle et pour cela, user de toutes les situations ! .. D’un autre coté, peut-elle pour autant en fixer leur destin ? .. Les siens avaient fait le choix, ( sans obligation ), de servir la France ! .. Elle n’y pouvait plus rien, sinon que d’en admettre le destin de chacun, en les portant dans ses prières ! ...

Au cours de cette permission, il n’eut pas la joie, de rencontrer son frère, qui ne put, étant en période des « classes », même pas bénéficier de deux ou trois jours ; il savait seulement, qu’il avait été nommé « brigadier-chef » dans sa batterie, alors, qu’il était lui, toujours. chasseur de 2me. classe dans sa section, chargé de dérouler et enrouler des bobines de câbles dans les installations des lignes téléphoniques en campagne ! ...

En dehors de cela, malgré ses soumissions à l’ordre et à la discipline militaire, il n’aspirait à aucun grade dans l’armée ; il ne désirait seulement, son temps de service terminé, que le retour dans la vie civile, ce à quoi pour l’instant, il ne pouvait non seulement décider, mais encore moins préjuger ; dans le meilleur des cas, il lui restait encore huit mois de temps normal à accomplir avant la « quille » ! ...

« Le destin, dans ce calcul simpliste, devait en décider autrement ! .. »

Réintroduit pour quelques jours aux contacts de la vie civile, « en temps de guerre », il s’étonnait, de ne constater aucun changement notable dans la vie quotidienne des gens dans sa ville ; chacun s’en tenait aux communiqués optimistes diffusés par les radios et articles de presse, publiant l’excellent moral de cette armée, qui effectivement ne manquait de rien et surtout pas de divertissements, grâce aux spectacles donnés par les vedettes du théâtre et de la chanson qui disait-on se dévouaient pour le maintien du moral de ces militaires en campagne, veillant en permanence sur la sécurité du pays ! ..

En plus de l’optimisme sur l’excellent moral des troupes toujours en alerte, les communiqués quotidiens, y allaient aussi sur l’excellente qualité du commandement, sur la puissance de nos armes modernes, sur l’invulnérabilité de nos frontières et surtout, de cette « ligne Maginot », rempart infranchissable ; à coté de tout cela, apte déjà à donner confiance, on étalait les difficultés de l’ennemi à se procurer les matières premières en approvisionnement de ses usines d’armement ! ...

« Autrement dit : français ne craignez rien nous disposons d’une supériorité écrasante, à laquelle l’ennemi n’osera pas s’attaquer ! .. »

Analysant toutes ces assurances étalées par les politiques dirigeants du pays, un certain scepticisme apparaissait tout de même chez certains « poilus » de la dernière, ayant vécu « l’enfer » des tranchées et des bombardements ; ils qualifiaient tout cela, de « folklore et de guerre en dentelle » ; avec une certaine dérision, ils en arrivaient même à poser la question : « depuis sept mois, combien de boches avez-vous vu ? .. »

Effectivement, comment pouvaient-ils admettre une telle situation, eux qui dès les premiers jours du dernier conflit, sans le moindre répit et sur tous les fronts, avaient du être soumis à des combats sanglants, face à cette armée de « boches » comme ils les désignaient et qui déjà menaçaient la capitale de la France ! .. Contre ce danger dès les premiers instants, prenant les armes, ils se ruèrent sur l’ennemi, le refoulant hors d’atteinte de la capitale ! ...

« A quoi aujourd’hui, ressemblait pour eux cette guerre sans guerre ?
Drôle ne pouvait être que sa désignation ! .. »

Dans une telle situation, pour le moins paradoxale, la population ne souffrait encore, d’aucune restriction, rien de tel, ne lui était imposé, pas même conseillé ; chacun ainsi dans sa vie quotidienne, s’accoutumait à cet état de « mobilisation sans guerre » et dans l’attente d’un dénouement qui, ne pouvait être que favorable ; cette idée répandue dans l’opinion publique par les communiqués optimistes des hommes politiques, se retrouvait au sein même des unités dans les cantonnements ; les permissions y étaient nombreuses, on y chantait et on s’y amusait beaucoup ! ..

Le Printemps s’annonçait beau et cette « guerre », à la longue, personne n’y pensait plus trop ; pour tous et à tous les échelons, la situation était considérée comme un « état de fait » pouvait-on dire quasi-naturel, et qui en définitive finirait bien dans un arrangement diplomatique ; dans cette idée, était souvent posée la question : « pourquoi les Allemands voudraient-ils la guerre contre la France ? .. » Toutes les revendications exigées par leur Führer, ne leur avaient-elles pas été concédées ? .. Que pouvaient-ils donc exiger de plus ? .. Une telle « logique » à courte vue, cachait dans le camp d’en face, une intense préparation à la guerre qui dans quelques semaines, devait déferler par delà les frontières de ce pays et déboucher sur la France ! ...

Pour l’instant, un seul fait d’armes était vaguement relaté dans l’opinion par les organes de presse : « Le coup de main sur la ville de Forbach, par les hommes du 62me. B.C.A. ». Il avait coûté la vie à 18 d’entre-eux ! .. Ainsi considéré, cela n’avait rien d’une « hécatombe » ! .. Simplement quelques noms de plus à inscrire sur ces « monuments aux morts », au bas des listes de ceux déjà tombés pour la France ! .. Très certainement, cela s’arrêterait-là ! ...

Tel était à la fois, le rêve et la béatitude, doublés d’une insouciance, autant parmi la population que chez les militaires, avec en plus : l’incapacité notoire des états-majors et autres services de renseignements, ne voyant pas les énormes préparatifs de ceux d’en face, qui se préparaient à infliger à cette France repue et endormie, la plus « grande raclée de son histoire et avec elle, la honte sous la contrainte de l’ennemi vainqueur ! .. »

C’est dans cette ambiance, d’insouciance générale, où la guerre était reléguée à l’état de « mythe », que notre téléphoniste, passait ses quelques jours de permission, choyé qu’il était par sa Mère, qui s’inquiétant de ses quintes de toux ( bronchite contractée depuis un mois ), s’ingénia à soigner ses bronches, afin au moins, de le voir repartir guéri de ce coté là, ce qui déjà était pour elle, une satisfaction. Elle ne faisait en cela, que se que font toutes les Mères pour leur enfant, en pareilles circonstances ! ..Mais ici, en l’occurrence, c’était sa Mère ! ...

Hors des contraintes militaires, au cours de ces quelques jours au sein de sa famille, il s’intéressa aussi, à la bonne marche de l’entreprise et aux travaux en cours ; son Père, en l’absence de ses deux fils, avait eu recours à un cabinet comptable, afin d’assurer une bonne gestion et libérant ainsi la fille cadette qui poursuivait des études supérieures, en vue de faire carrière dans l’enseignement ; ainsi, hormis l’absence des deux fils engagés dans cette armée,, tout allait pour le mieux dans la famille et, malgré les anxiétés de la Mère, tout comme dans l’ensemble de l’opinion, on y gardait l’espoir, que la situation du moment finirait bien par éviter le drame dans la paix retrouvée ! .. « Il n’était pas interdit de rêver ! .. »

Il arriva ainsi, au terme de sa permission, qui pour sa Mère était le moment crucial ; elle n’en avait profité à ses cotés, que seulement 10 jours et déjà, il était rappelé par les impératifs du devoir, ce devoir qu’il avait volontairement choisi ; sûr, que dans ces moments, elle le regrettait plus que lui ; ( elle ignorait encore, qu’elle aurait à le regretter encore davantage et que lui-même, aurait à se poser la question ) ! On n’en était pas encore là et elle avait tenu malgré son opposition, à l’accompagner jusqu’à la station du car qui devait le conduire en gare de Toulouse ! ..

Comment éviter là, l’expression du chagrin, les pleurs et les multiples recommandations d’une Mère ? .. Prends soin de toi ! .. Evite de t’exposer et surtout, ne nous laisse pas sans nouvelles etc. etc. ; en somme, rien de moins, que ce que font toutes les Mères pour le fils confronté au moindre danger, qui s’avère difficile à éviter dans la guerre ; à l’arrivée du car, pris dans « l’étau » des bras de sa Mère, ce fut le cœur serré et le courage chancelant, face aux impératifs, qu’il se détacha enfin de cette étreinte maternelle, pour s’engouffrer sans tourner la tête au fond du car déjà prêt au départ ; les larmes dans les yeux et le regard fixé droit devant, il ne voulait que s’imaginer sans le voir, ce bras s’agitant dans un dernier adieu jusqu’à la disparition du véhicule dans le premier tournant de la route ! ...

Un « Adieu », qui devait durer cinq longues années avant de retrouver ces lieux et sa famille et cela, après bien des épreuves, des attentes, des angoisses de part et d’autre et même avec des craintes pour sa vie dans certaines circonstances ! ..

« Qui, à ce moment précis, dans cet optimisme général, pouvait se douter, que la catastrophe était à venir pour tous et cela, dans quelques semaines ? .. »

70 kilomètres par la route, le séparaient de Toulouse et de sa gare de départ ; son titre de transport mentionnait « destination : Montbéliard », il devait au cours du voyage, effectuer deux changements de train ; le premier en gare de « Palaiseau » située sur la ceinture Sud de Paris ; elle était, la « plaque tournante » vers toutes les directions à prendre par tous ces militaires en tansit, partant ou retournant de permission ! ..

A l’arrivée de son train, aussitôt sur le quai, il était mêlé à toute une « cohue » d’hommes qui se trouvaient là, sur les quais de cette gare et faisant partie des différentes armes ; toutes les régions de France étaient là, où dans un indescriptible « chahut » s’entremêlaient les différents et nombreux accents sinon dialectes régionaux, avec pour certains, les « jurons » proférés contre une calamiteuse organisation, pour d’autres au contraire prenant la situation avec optimisme, entonnant des chansons paillardes, qui les faisaient patienter dans parfois, la longue attente ! .. Tout cela, n’était rien d’autre, que la « grande tour de Babel » de cette armée française ! ...

Aucune difficulté, à y distinguer là, d’un seul coup d’œil, ceux qui remplis de joie, partaient en « perme » et les autres, qui avec une certaine morosité mais leurs musettes pleines de biens de consommation ramenés de leur terroir, leur permission terminée, regagnaient leur unité cantonnée dans un coin du Nord ou de l’Est du pays. Dans tous les cas et pour tous ces hommes, la préoccupation majeure, était dans la recherche du renseignement leur indiquant dans ce « labyrinthe directionnel », le train à prendre pour le lieu de destination mentionné dans leur titre de transport et tout cela, dans le « brouhaha » de cette foule et les « vociférations » des haut-parleurs, dont rien n’était compréhensible encore moins, déchiffrable ! ..

Pour certains de ces hommes, sortis de leur « brousse natale », comme il en existait au fin fond de leur terroir, qui ne pouvaient qu’à peine lire et parfois même pas, les indications portées sur leur « feuille de route », il ne leur restait qu’un seul recours : le bureau du service des renseignements, toujours pris d’assaut et donc débordé. Dans cette gare de « rassemblement et de triage », quais grouillant d’hommes, rames de wagons en attente, trains entrant ou partant dans toutes directions, ordres ou appels lancés par les employés au trafic, tel était ce que l’on pouvait appeler : le « grand capharnaüm hétéroclite » s’il en fut, où régnait en maître, le désordre et la pagaïe ! ..

Dans un tel rassemblement groupant ces hommes de passage sur ces quais, était représenté tout le tableau de l’armée française, y figurant les différentes armes et reconnaissables à leurs tenues particulières, à savoir : le « biffin », le « chasseur », le « tirailleur », « l’artilleur », le « cavalier », (passé à l’arme blindée), « l’aviateur », le « marin », en fait : tout ce « panel » de cette armée française mobilisée se trouvait là dans cette gare de transit et tel que le chantait le « gouailleur national Maurice Chevalier » : « tout cela faisait d’excellents français » ! ..

Parmi ces hommes de toutes conditions, dans leurs différentes tenues, souvent débraillée, déambulaient quelques officiers, sanglés eux, dans leur uniforme flambant neuf, parfaitement taillé à leurs mesures ; ils allaient de ci de là, indifférents à cette « cohue », sans même faire valoir l’autorité de leur grade à réprimer certains comportements d’indiscipline parmi certains de ces hommes, faisant même preuve dans certains cas, d’un antimilitarisme flagrant ! ; ;

« La preuve s’il en était, que déjà l’autorité bafouée perdait de ses droits à imposer la discipline et le respect des chefs » ! ..

D’un tel tableau « carnavalesque », notre téléphoniste, toujours soumis aux règles de discipline et aux ordres de ses supérieurs, devait hélas, dans les quelques semaines à venir, faire la comparaison avec d’autres hommes, constituant une tout autre armée, celle d’en face, que par « orgueil de supériorité bien française », on considérait mal équipée, mal commandée et donc : « négligeable » ! ( telle en était la description faite dans l’opinion ; des « boches », rien de plus ! ...

En attendant, « paumé » comme tant d’autres dans la « pagaïe » qu’était cette gare de triage, canalisant dans toutes directions cette armée française en campagne, sa préoccupation fut d’y trouver son train à prendre dans la bonne direction ; il s’agissait pour lui, d’un convoi en partance vers l’est, via « Vitry-le-François », où il devait procéder là, à un changement de train direction Montbéliard et de là, par camion militaire rejoindre le lieu de cantonnement de son unité ; déjà dans ce train du retour, il y trouvait des hommes faisant partie de cette 29me. qui comme lui leur permission terminée, retournaient à leur unité stationnée dans le même secteur ! ..

A son arrivée, il croisait les partants en « perme », joyeux d’avoir enfin leur titre de transport en poche ; ainsi : en voyages de retour pour les uns et de départ pour les autres, se véhiculait cette armée française, dans un encombrement indescriptible des trains mis à disposition et des gares de transits ;

« Des hommes mobilisés dans une armée en vadrouille, que l’on disait en garde et protection du pays ! Telle était la situation du moment, avril 1940 ! .. »

Réintégrant son unité, il y constatait ( lui aussi comme les autres ), une situation de calme parfait ; dans un paysage au décor « bucolique », le Printemps y était magnifique, les gens du lieu accueillants et les quelques filles du village jolies ; personne n’y parlait de la guerre ; on s’y amusait surtout beaucoup, avec bals tous les soirs sur la petite place, où chacun à son tour faisait danser la fille de son choix, en tous cas : lorsqu’elle n’avait pas déjà disparue dans l’ombre complice de la nuit attirée dans les bras du soupirant, qui avait mieux que les autres réussi à la séduire par des déclarations d’amour éphémère, même dites avec des serments éternels, qui en la circonstance, ne devaient durer hélas que quelques jours ! ..

Nul n’y songeait encore, tout était aux plaisirs dans une euphorie contagieuse et dans une ambiance de fête, le « bistrot » du lieu faisait lui aussi bonne recette ; le vin et la bière y coulaient à flots, pour la joie de tous et surtout pour la bonne recette de son tenancier qui devait « bénir » le stationnement de ces hommes peu soucieux d’économies et bons clients de son « échoppe » de village ;
autant que lui, l’épicier et le boulanger n’étaient pas en reste ; ils avaient même parfois du mal à satisfaire aux demandes de ces militaires, qui pour un grand nombre, dédaignant le « rata » de la roulante et les produits distribués par l’intendance, préféraient la baguette de pain frais sortie du four du boulanger et complétée au « jambon-beurre » par l’épicière, qui en l’occurrence, profitant elle aussi, de cette « manne », en augmentait le prix, amincissant en plus, la tranche de jambon et la couche de beurre ! ..

« Mais quoi ! dans cet échange, chacun trouvait son compte et nul ne s’en plaignait ; profit de guerre pour les uns et plaisirs d’un moment pour les autres ! »

De tout cela, apparaissait dans ce cantonnement, comme certainement dans de nombreux autres cantonnements de cette armée, les traces d’un énorme gaspillage de nourriture ; c’était des marmites et des bouteillons à demi pleins de « rata » ou de « café », qui étaient tous les jours vidés dans une fosse ; des boules de pain entières, des boites de conserves ( pâté et viandes ), de fromages, des tablettes de chocolat à grosses billes, tout cela, distribué par les services d’intendance, dédaigné par ces « troupiers trop repus », traînait dans ce cantonnement, faisant heureusement dans certains cas, le bonheur de quelques habitants du village ou des alentours, beaucoup moins nantis que tous ces militaires et ravis de pouvoir profiter à bon compte d’un tel gâchis ! ..

« Telle était la mentalité quasi générale dans cette armée, dédaignant même la nourriture que lui procurait la nation ! .. »

Au constat et au contact même d’un tel gâchis et un tel gaspillage dans cette armée, dont il faisait partie, notre homme habitué depuis son enfance dans sa modeste famille à évaluer le juste prix des choses et ainsi, à éviter tous gâchis, surtout alimentaire, ne pouvait occulter son sentiment d’écœurement ; il le démontrait d’ailleurs, en se contentant de ce qui était attribué en matière d’alimentation et qu’il reconnaissait d’excellente qualité ; de toute manière, ses modestes moyens financiers, ne lui permettaient pas de telles fantaisies, qui tenaient surtout d’un manque de dignité vis à vis d’une population rurale et austère, qui ne pouvait que réprouver de telles méthodes ! ...

Tout cela, était dû aussi, à un total manque d’autorité, qui tolérait en temps de guerre de telles dérives, auxquelles les officiers d’unités restaient indifférents !
On pouvait alors se poser la question : « Qu’était déjà devenue l’autorité militaire dans cette armée ? .. Qui pouvait se charger de la faire appliquer dans toute sa rigueur ? .. »

De plus en plus absente, elle était bafouée, le gâchis de tous ordres se généralisait, la discipline n’existait plus dans les rangs, on y saluait à peine les chefs et encore moins le drapeau, le sens patriotique était renié par la majorité de ces hommes, qui se « foutaient » pas mal de la Pologne et autant de ce couloir de Dantzig, que de cette ville elle-même, qu’ils rendaient responsables de leur situation ! ..

« Mourir pour Dantzig, pour son couloir ou pour cette Pologne, il n’en était pas question » ; d’ailleurs, qu’avait-on fait pour cela ou contre cela ?
A cette heure là, Rien ! ..

La Pologne déjà depuis des mois était vaincue et son pays partagé entre le « Chacal Hitler et le vautour Staline » ; le couloir de Dantzig était lui aussi, rayé de la carte européenne ; alors, à quoi pouvait bien prétendre cette guerre ou plutôt, cette soi-disant guerre, déclarée depuis huit mois et non encore engagée ? .

Une seule idée occupait les esprits : celle de voir les politiques responsables du pays, ainsi que les états-majors, entamer et traiter des conditions de paix avec cette Allemagne, qui à première vue, n’avait nulle envie ni intention de s’attaquer à nos frontières ; « d’ailleurs, ne lui avait-on pas fait savoir, qu’elles étaient solidement protégées, à la fois par des fortifications inviolables ( ligne Maginot ) et éventuellement défendues aussi, par une « puissante armée, parfaitement équipée et sous commandement de chefs prestigieux » !

« Qui pouvait en douter ? .. » certainement pas cette Allemagne, qui n’oserait pas s’attaquer à un tel bastion ! .. »

Pour chacun donc, faire la paix était dans tous les esprits, retourner dans ses foyers, y retrouver la vie tranquille, y jouir de tous ces acquis sociaux et de leurs avantages, avec pour seul slogan, les couplets en vogue sinon de circonstance, que l’on reprenait en chœurs : « Tout va très bien Madame la Marquise ! .. Tout va très bien ! .. »

Tout, dans la situation de cette « Marquise », reflétait la France : « Perte de sa jument grise, Incendie de son château, Suicide du marquis », tout cela, pour son valet fidèle, n’était rien et à part cela, « tout allait très bien ! .. »

« Tel était l’état d’esprit de la France et de son armée en cette fin du mois d’avril de cette année 1940 ! .. »

« Aucun regard porté vers l’horizon, ne voyait venir l’ouragan qui allait en quelques semaines, infliger la déroute et la honte à cette invincible armée française et de là, tout ce qui allait en découler pour la France et les Français, dont notre homme avait pris volontairement la nationalité ! . »

« Pourrait-il en avoir des regrets ? , Car pour lui aussi, le piège tendu par tant d’incompétence et d’insouciance, allait se refermer sur lui et lui faire payer ainsi son acte de volontariat à avoir choisi de se mettre au service de ce pays, alors même que tant d’autres dans son cas, étaient restés de simples spectateurs attendant que passe l’orage ! .. »

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9 - ENCORE l’AVEUGLEMENT

Dans cette insouciance générale, encore et toujours alimentée par l’aveuglement des responsables militaires et politiques du pays, en ce magnifique Printemps, où chacun baignait dans la « somnolence » favorisée par la quiétude des jours sans problèmes, à l’écoute seulement des communiqués, portant essentiellement sur le « solide moral » des troupes, toujours prêtes à intervenir au moindre signal d’alerte menaçant le pays, arriva le mois de mai ! ..

« Ce mois de Marie, des roses et de tous les espoirs, pouvait-il bouleverser la quiétude de ces français ? .. »

« Hélas Oui ! .. », car dès ses premiers jours, gronda l’orage qui amenait avec lui, le deuxième grand cyclone dévastateur de ce siècle et lui aussi, à l’échelle mondiale ! ...

En effet, dans ce calme trompeur propice au relâchement général et avec cette question : « Pourquoi la Guerre ? .. », de sinistres « bruits de bottes » retentirent brusquement chez ce « turbulent voisin », que l’on considérait déjà dans l’opinion publique, un parfait pacifiste et même, conciliateur, ne revendiquant plus rien, satisfait de ce qu’il avait déjà obtenu ! .. Il était même presque tombé dans l’oubli de cette opinion publique, tant on lui avait inculqué, la supériorité des forces françaises face à cette Allemagne mal armée et donc dans l’incapacité d’intenter un conflit contre la France et à la fois l’Angleterre ! ..

A l’appui de tels bruits, des informations laconiques et le plus souvent contradictoires, que l’on voulait : « sans fondements », commencèrent cependant à saper cet optimisme jusque-là resté intact ; certains communiqués, en effet, faisaient état de mouvements de troupes ennemies, avec de violentes attaques soutenues par l’aviation, sur les frontières de la Hollande et du Luxembourg, face à la Belgique ! ...

Malgré cela, « pas de danger immédiat ! .. » clamaient les différents communiqués et autres articles de presse ; on avait la situation bien en main et tout était prévu et organisé pour faire face à ce que l’on désignait sous forme d’une tentative estimée déjà avortée ; en tout état de cause, même la défense de la Belgique, était assurée dans le cas ( peu probable ) d’une attaque contre son territoire ; tout cela, était rassurant au possible et il n’y avait rien à craindre ; les unités françaises étaient déjà en positions de défense sur le territoire belge et l’ennemi, n’avait aucune chance de l’investir ! ..

On s’empressa cependant, de faire procéder en toute hâte, aux rappels des permissionnaires à rejoindre sans délai leurs unités respectives ; on pouvait alors, se poser la question : « Etait-ce là, vraiment la guerre ? .. » ; à la suite de ces mesures, qui flairaient déjà la « panique » dans les états-majors, la section transmissions de cette 6me. demi-brigade, récupéra son lieutenant avant le terme de sa permission ! ..

Reprenant contact avec lui, notre téléphoniste, commentant la situation et les événements d’après les communiqués diffusés et les mesures prises aussi subitement, trouva cet officier particulièrement optimiste et même, d’un optimisme qui ne manquait pas de contraste avec le brusque changement de situation. Dans une parfaite sérénité, alors même que de violents combats étaient signalés déjà sur le territoire hollandais, portant menace directe sur la Belgique, cet officier, fit part à son subordonné et en entretien confidentiel :

« Cette guerre enfin déclarée, sera bientôt terminée ! .. »

Que pouvaient bien signifier de telles déclarations, alors même que l’armée française, n’avait pu encore y être engagée dans les combats ? . comment cet officier « simple lieutenant de réserve », pouvait-il tenir de tels propos sur une situation aussi grave ? .. Connaissant bien la naïveté de son jeune téléphoniste, il savait bien qu’il ne courait avec lui, aucun risque ; effectivement, son subordonné, mis en confiance par des entretiens amicaux où il était surtout question de traiter des problèmes techniques, n’avait aucune raison à s’étonner, qu’il puisse disposer en permanence dans sa chambre, d’un poste émetteur-récepteur ! ..

Pour lui, officier de la section, rien que de plus naturel ; outre cela, il avait entrevu un jour dans sa cantine ouverte par inadvertance, un carré de tissu rouge, marqué lui sembla-t-il de la « croix gammée » ; sachant tout de même que cela représentait l’insigne du « Nazisme allemand », il lui en demanda ( toujours naïvement ), la signification ; il en obtint pour réponse : « c’est un fanion souvenir d’un stage effectué pour travaux de ma firme en Allemagne et offert par l’organisation patronale du stage » ! ...

Pourquoi-pas ! .. Il était ingénieur ! .. Il savait qu’il parlait l’anglais et certainement aussi, l’allemand ! ..

« Très naïvement, la couleuvre était avalée par ce jeune militaire ! .. »

Il n’eut même aucun mal à lui faire croire : que dans quelques jours seulement, il serait de retour dans sa famille, pour y reprendre l’activité dans l’entreprise de son Père ; cette guerre terminée, avec une nouvelle armée, on n’aurait plus besoin de lui ! .. Telles étaient déjà, en cette première semaine du mois de mai 1940, alors que tout encore n’en était qu’au début, les propos tenus par un de ces officiers de l’armée française ! ..

Avec un peu moins de naïveté et un peu plus d’expérience, peut-être ce jeune militaire aurait-il pu avoir déjà, quelques doutes sur l’infiltration des traîtres au sein de l’armée ; en dehors d’elle-même, on connaissait déjà l’œuvre des communistes dans leurs actions de sabotages en usines, en plus de leur activité subversive à saper le moral des troupes, incitant à refuser la guerre contre leurs frères soviétiques alliés des allemands ! ...

« Prolétaires de tous les pays, unissez vous contre la guerre et le capitalisme ! .. »

Tels étaient les slogans diffusés par voies de tracts dans les cantonnements de campagne y incitant au dépôt des armes ! .. On y suspectait bien, l’espionnage au sein de l’armée, caché sous l’appellation : « d’une cinquième colonne » ; contre cela, on pouvait lire, affiché dans les cantonnements : « Silence ! .. des oreilles ennemies vous écoutent ! .. »

Tout cela, dans une totale ignorance et cependant, d’une triste réalité, était encore à découvrir quelques semaines plus-tard, non seulement par l’opinion publique, mais aussi par ce jeune militaire naïf, qui mis en présence de preuves irréfutables, récapitulant dans sa tête l’ensemble des faits précédents, il ne put que se rendre à l’évidence : « primo, cette cinquième colonne n’était pas un mythe, secundo, les traîtres étaient bien infiltrés et solidement installés par l’ennemi lui-même au sein de cette armée française ! ...

« Celle-là même qui était déjà battue d’avance et qu’il avait volontairement et loyalement décidé de servir ! .. »

Savait-on seulement, que « l’heure du drame venait de sonner ! .. » ; tout n’était encore, que méditations de chacun, à l’écoute des nombreux communiqués, donnant l’assurance, d’une situation sérieuse, mais non alarmante, pour laquelle, toutes dispositions étaient prises, afin de contenir les pénétrations de l’ennemi, malgré ses violentes attaques, qui se heurtaient aux forces françaises et à leur dispositif de défense sur les frontières belges, menacées ; malgré un optimisme soutenu par les politiques et leur état-major des armées, cette 29me. division mise au repos dans le Jura, fut tout de même mise en état d’alerte ; autrement dit : prête à faire mouvement aussitôt l’ordre donné ! ..

L’ensemble du matériel prêt à embarquer, paquetage individuel bouclé, chacun fut mis sur « pied de guerre » dans l’attente des ordres ; prévoyant ce départ précipité, certains dans la compagnie, faisaient déjà leurs adieux à la fille du lieu qu’ils avaient courtisée, avec les promesses d’usage en pareil cas de ne point l’oublier et de revenir la guerre terminée ; peut-être même, dans l’obscurité complice d’un sous-bois et dans l’intimité des étreintes, allait-elle se trouver « fille-mère » neuf mois après ! .. « Un enfant de cette drôle de guerre » pourra-t-elle dire, sans même certainement, connaître un jour le nom du père ! ..

Après tous ces préparatifs et dispositions prises, le 14 mai arriva l’ordre de départ et par quels moyens imprévus ! .. L’ensemble de l’unité composant la 6me. demi-brigade, fut embarquée d’urgence dans les cars parisiens de la R.A.T.P. ; on ne pouvait que se remémorer l’exploit des « poilus de 1914 », qui furent transportés eux aussi, de toute urgence dans les taxis pour affronter l’ennemi menaçant la capitale, dans cette bataille mémorable de la Marne ; leur transport resta dans l’histoire sous la désignation : « les taxis de la Marne » ! ..

Pour quelle autre bataille, peut-être tout aussi mémorable en ce mois de mai 1940, allait-on désigner ces cars parisiens ? .. A cela : aucune idée encore ! .. Dans l’immédiat sans destination connue, embarquant 50 hommes par véhicule, dans un confort de transport appréciable, le long convoi, tel un « cirque ambulant », s’étira en plein jour le long des routes tracées à travers la plaine, les vignobles et les cultures et cela, en toute quiétude, sans la moindre défense antiaérienne, sous un ciel limpide et ensoleillé de ce mois de mai ! ..

A l’évidence : l’aviation allemande, dont les communiqués diffusés mentionnaient les violentes attaques sur les villes de Hollande et sur le front de Belgique, avait de quoi y concentrer tous ses efforts à soutenir l’offensive de ses troupes, sans pour l’heure, se déployer sur d’autres objectifs ! .. Dans le cas contraire, cette « caravane » de véhicules aux couleurs voyantes, déambulant sur les routes, transportant des troupes en renfort, n’aurait pas manqué d’être prise pour cible, non seulement à attaquer, mais à anéantir totalement, sans les moindres risques pour l’attaquant ! ..

C’était bien là, une preuve flagrante de l’incapacité notoire des états-majors, mettant en péril de destruction totale et sans la moindre défense, l’ensemble d’une unité ainsi transportée ! .. De telles décisions ne pouvaient avoir leur justification que par un état de « panique », mettant les dirigeants responsables en situation de « totale surprise » et donc à parer au plus pressé, par des moyens de fortune, non adaptés et sans les moindres calculs des risques encourus ! ...

« Telle était déjà la situation de cette invincible armée française, face à la guerre ! .. »

C’est dans un tel convoi, formé par plusieurs dizaines de cars, à l’allure beaucoup plus « folklorique que militaire », attirant sur le bord des routes et dans les traversées des villes et villages, la foule des gens spectateurs de ce « caravansérail ambulant », transportant ces militaires au devant de cette guerre à laquelle ils ne pouvaient encore croire, que cette unité, arriva heureusement sans encombres dans ce département de la Marne ! ...

Ce nom : « la Marne », attribué à l’une des plus grandes batailles où s’affrontèrent les anciens dès septembre 1914, sauvant ainsi par leur courage et leurs sacrifices, la capitale déjà menacée par la brutale et puissante offensive allemande ! .. Plusieurs questions en ce mois de mai 1940, pouvaient venir à l’esprit de chacun ! ..

« La capitale était-elle à ce stade menacée ? .. Si oui, cette unité appelée d’urgence en renfort, était-elle prête et en mesure de réitérer la même contre-offensive que celle menée par ces poilus de la dernière ? .. » ; L’occasion était belle, de leur montrer alors que les fils n’avaient rien à envier à leurs Pères ! ...

Il ne devait en être cependant rien ! .. Paris ne semblait pas encore menacé ; les combats engagés se déroulaient sur le territoire hollandais et seule était sous la menace, la Belgique, dans laquelle déjà les communiqués annonçaient des combats sur la Meuse ! .. Vers quel secteur d’opérations dirigeait-on cette 29me. ?.. Et avec elle, cette 6me. demi-brigade ? ..

Pour l’heure, il semblait qu’elle était arrivée au terme de ce voyage ; débarquée en rase campagne, laissant là, la « cohorte des cars », appelés peut-être pour d’autres missions du même ordre, l’unité rassemblée prit position dans un secteur boisé, dans lequel on pouvait encore voir des vestiges de « tranchées de la dernière », envahies seulement par la végétation qui les masquait en partie ; on était donc là, sur ce sol de France où tant de sang avait dû couler, dans le sacrifice de ceux qui, jusqu’à la mort luttèrent pour la victoire ! .. A cette pensée, venait aussi une question :

« Etait-on prêts dans cette armée de 1940 et décidés aux même sacrifices, que ceux qui avaient combattu sur ce même sol ? .. »

A une telle question, on oublia un motif essentiel : « Ils étaient eux, sous le commandement d’un Joffre ( général stratège ) ; Ils avaient le moral, le sens du patriotisme et du sacrifice pour la France ! .. » « Les fils étaient eux sous le commandement d’un Gamelin ( général de salon ) ; ils ne voulaient pas mourir pour Dantzig ; le patriotisme n’y était pas, le sens du sacrifice encore moins ; la Marseillaise les appelant à la patrie en danger, ne les entraînait plus ! .. »

De cette France qu’ils ne voulaient pas défendre, ils n’en voyaient que leur bien-être par les acquis sociaux et pour en jouir, ils n’aspiraient qu’à la paix ; ils ne voyaient même plus, que cette guerre « déclarée à l’Allemagne par la France », depuis déjà neuf mois, leur était aujourd’hui imposée par cette Allemagne, qu’ils s’étaient jusque-là contenté d’observer et à laquelle ils devaient à présent bon gré mal gré faire face et cela, sous le regard des anciens et en l’honneur de ceux nombreux dont les noms sont gravés sur les pierres des « monuments aux morts » ! ..

De l’honneur, ils n’en voulaient pas, pas plus qu’ils ne voulaient que leur nom s’inscrive au bas des longues listes figurant déjà sur ces monuments à la gloire des sacrifiés ; pour eux, gloire et sacrifice, étaient d’une autre époque et seul aujourd’hui comptait le « bien-être », largement étalé et conquis par les luttes sociales ; ils rêvaient de vacances et de chansons et pour eux, les refrains de « tout va très bien Madame la Marquise », remplaçaient ceux de la Marseillaise !

C’est dans un tel état d’esprit parmi ses hommes, que cette « invincible armée française », devait affronter, faire face et vaincre cet ennemi qui déjà portait la menace sur ses frontières en cette journée du 15 mai 1940, après avoir ouvert sa voie, par la Hollande déjà investie après de très violents bombardements aériens et porté l’offensive à travers la Belgique, débordant du même coup les unités françaises engagées dans son territoire ! ..

Cette 29me. division au complet, déposée là, dans la limite Ouest de ce département de la Marne, étala ses positions dans les sous-bois, où chacun des hommes pour la première fois depuis les cantonnements en manœuvres dans les Alpes, fut dans l’obligation de dresser sa tente individuelle pour la nuit, ce qui par la suite, ne s’imposa plus, du fait que les fréquents déplacements et mouvements, s’effectuèrent toujours durant les nuits, afin de rester camouflés le jour dans les sous-bois de la région ! .
A longueur de journées, parvenaient à cette unité des ordres, le plus souvent contradictoires, confirmant bien un manque total de coordination dans les dispositions à prendre ; incontestablement, un vent de « panique » soufflait dans les services des états-majors, d’où les communiqués, faisaient état de violents combats sur la Meuse, avec fortes pénétrations de forces ennemies sur le territoire belge, obligeant au repli de certaines unités françaises engagées dans les secteurs cités ! ..

« Le doute n’était plus possible !.. C’était vraiment la Guerre et l’ennemi devenait menaçant ! .. »

A cet état de faits, il fallut encore admettre une autre certitude : malgré encore l’éloignement des zones d’opérations, tous les mouvements désordonnés de cette 29me. division, étaient connus de l’ennemi, à en juger par les raids de leur aviation, qui ne venait pas par hasard larguer ses bombes sur ses secteurs de positions, faisant déjà prendre conscience de l’inexpérience des hommes dans les premières épreuves imposées par la guerre ! ..

On y déplorait déjà, les premières victimes suite à la panique et à l’affolement, avant que fussent mises en application les consignes de sauvegarde, consistant à savoir garder son calme en restant plaqués au sol et attendre, avec tout de même, la « peur au ventre » l’éclatement des bombes larguées d’assez haute altitude par les « bombardiers Dornier », qui avaient certainement pour bût, la désorganisation des unités en réserve, telles que cette 29me. déambulant dans la nature dans l’attente des ordres à se porter sur le secteur menacé ! ..

La aussi, à première vue, pouvait être posée la question : Par quels moyens l’ennemi obtenait-il les renseignements précis sur ces mouvements d’unités ? .. Cette réponse devait être donnée sans hésitation quelques jours plus tard, découvrant que pour cette unité, l’indicateur était en son sein et en la personne même de l’un de ses officiers traître à la nation ! ..

Cela, lui était d’autant plus facile, que dans cette section des transmissions, seules les opérations radios assuraient le service des liaisons entre les unités, les déplacements quasi quotidiens, ne permettant pas les installations des lignes téléphoniques ; de telles liaisons radios étaient d’une part facilement interceptées par les systèmes de l’ennemi et d’autre part, permettaient même des liaisons directes sur ondes spéciales et codes de reconnaissance ; ce qui pour un officier de transmissions ne présentait aucune difficulté ! .. Ainsi, sans aucun doute était renseigné l’ennemi !
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10 - Le DESHONNEUR et la RACLEE

La guerre désormais, était imposée par l’ennemi, à cette armée laissée dans l’attente et l’inactivité, depuis 9 mois de mobilisation ; aussi, dans cette unité, avec les premiers « baptêmes du feu » provoquant les réactions de panique, on y déplorait aussi, les premières victimes et tout cela, n’était qu’un début ; on n’avait pas encore eu à subir les attaques des « Stukas », dans leurs nouvelles méthodes, opérant en « piqués » sur les objectifs, dans le hurlement de leurs sirènes, semant déjà la terreur avant la mort ! ..

Au cours de ces mouvements, que l’on devinait sans buts bien précis, sous le harcèlement parfois des bombardiers, contre lesquels on ne pouvait opposer qu’une faible défense antiaérienne et encore moins une protection par les avions de chasse, dont pas un seul ne sillonnait le ciel, les informations émises par les différents communiqués, quoique très laconiques, étaient déjà jugées très alarmantes ! ...

On ne pouvait cacher, que l’on se battait en Belgique, l’ennemi ayant réussi à franchir la Meuse, ( cette barrière naturelle qui devait constituer un obstacle, avait cédé sous la poussée des forces allemandes ) ; lui ouvrant du même coup, la voie vers les Ardennes, avec en « fer de lance », les divisions de « Panzers »,
( leurs nouvelles divisions blindées ), parfaitement reliées entre elles par radio et sous commandement de généraux parfaitement formés à la stratégie de la « guerre moderne » ! ..

Ces stratèges avaient pour noms : « Guderian, Rommel, Hoth, Reinhard » et autres, de la même trempe ! .. Attaquant dans différents secteurs, à la tête de leurs unités de blindés, le commandement français, n’avait à leur opposer : que des unités d’artillerie hippomobiles et des régiments d’infanterie sans aucun soutien efficace des chars ( unités mal organisées, sans réelle coordination entre elles ) ; dans une telle situation de débordement toutes ces unités engagées sur le territoire belge, procédant au repli forcé, refluèrent vers les frontières du Nord du pays, abandonnant toute résistance sur le territoire belge, y laissant la place aux troupes allemandes ! ..

Déjà là, cette « invincible armée française », ne pouvait occulter ses faiblesses, autant matérielles que stratégiques sans parler encore de l’abandon de ses hommes quelques jours plus tard, dans un grand nombre d’unités ! .. Au constat de ces premiers échecs, très laconiquement avoués, ( il ne fallait pas altérer la confiance des français ), l’état-major déclarait en substance : « nos troupes en bon ordre se retirent sur nos frontières du Nord et des Ardennes ; ces dernières, sont d’ailleurs infranchissables par ces unités blindées ennemies, qui, dans cette région de forêts ne pourront y utiliser leurs chars » ! ...

Les communiqués poursuivaient dans l’optimisme des chefs politiques et militaires : « cette poussée, dans laquelle l’ennemi a déjà mis toutes ses forces, ne pourra être poursuivie ; elle viendra se briser sur nos lignes de résistance solidement établies et d’où nos unités sans faiblesse reprendront l’offensive ; l’ennemi ne passera pas ! .. Ainsi, se terminaient ces communiqués ! ...

« Qui pouvait encore y croire ? .. » Ne savait-on pas, que déjà début septembre 1939 ( soit neuf mois auparavant ), les valeureux régiments de cavalerie polonais, lancés contre les chars allemands, avaient été anéantis par ces derniers ; c’était pour les unités de l’armée française en ce mois de mai 1940, à peu de chose près, la même situation, alors que, délibérément, pour défendre cette Pologne, elle avait déclaré la guerre à son agresseur et l’avait attendu durant neuf mois, « l’arme au pied » ! .. C’était ce même agresseur, qui prenant là aussi, l’initiative de l’attaque, lui infligeait déjà une sévère défaite, avant de lui administrer la « Raclée » ! ...

Arrivé ainsi, à la date du 20 mai, après plusieurs mouvements successifs et pour tout dire, « incohérents », cette 29me. division de « réserve », reçut ordre de se porter vers le département de la Somme. On assistait en effet, au repli des troupes du Nord, qui malgré tout l’optimisme des responsables politiques et militaires, n’avaient pu contenir la poussée exercée sur la frontière belge, pas plus que la percée des blindés lancés à travers les forêts de ces Ardennes réputées « infranchissables » par des chars ! .. Confronté à ses illusions perdues, il ne restait à l’état-major, que le constat une fois de plus d’un cuisant échec et cela, en quelques jours seulement de conflit ! ..

Les communiqués prenant le relais sur ces échecs successifs, sans toutefois en donner les raisons d’incapacité, voyaient s’établir sur la Somme, le « grand barrage de défense », sur lequel devait venir se briser cette offensive allemande qui disait-on était déjà à « bout de forces », exténuée qu’elle était par de longs jours d’un combat acharné, qu’elle ne pourrait soutenir plus longtemps, alors même que les forces franco-anglaises de réserve, appuyées à présent par les unités de chars, prenaient position dans ce secteur, afin non seulement de lui barrer la route, mais aussi, de la refouler avec la force de l’héroïsme et du sacrifice manifesté par les unités des deux armées alliées ! ...

Telles étaient les déclarations du moment, transmises aux français, par les radios et communiquées par la presse nationale et concoctées par les « spécialistes stratèges », tout autant politiques que militaires ! ..

« Dans leurs mensonges, eux savaient déjà cependant, que cette guerre mal préparée et cependant déclarée par la France, était désormais perdue pour son armée et donc pour elle-même » ! ...

A quelques jours seulement de la « débâcle », la 29me. prenant position dans différents secteurs au sud de la Somme, son unité 6me. demi-brigade, s’installa dans le village de « Liancourt-Fosse », situé sur la R.N. 17, à mi-distance entre Péronne et Roye et à environ 100 kilomètres de Paris. La section transmissions prit possession d’un ensemble de locaux à exploitation agricole et situés à la limite sud du village, qui déjà avait été évacué par la quasi-totalité de sa population ; ( preuve flagrante, non seulement de la gravité de la situation, mais aussi de la panique déjà engendrée dans la région, pourtant encore éloignée des combats ) ! ..

Panique d’autant plus flagrante, que dans les précipitations d’évacuations, on avait abandonné le bétail sur place, ( vaches pour le plus grand nombre ), qui erraient en beuglant dans les pâturages d’alentours, leurs grosses mamelles enflées de lait que personne ne pouvait plus traire ! ..

« Populations contraintes d’évacuer, abandonnant ainsi, habitations, mobilier et bétail ! .. N’était-ce pas là : les signes précurseurs d’une proche et irrémédiable débâcle ? .. »

Dans ce lieu totalement déserté par ses habitants, les hommes de la section s’installèrent dans les locaux d’habitation : ( grande cuisine et chambres ) ; transformant les autres bâtiments d’exploitation : ( granges, hangars, écuries et étables vides de leurs animaux ), en une espèce « d’enceinte défensive », allant même jusqu’à ouvrir des « meurtrières » dans les murs faisant face au Nord, d’où en principe on devait s’attendre à voir surgir l’ennemi ! ..

Déjouant ainsi toute « attaque surprise » avec tours de garde aux créneaux, on se prit à rêver sur l’optimisme des communiqués, qui proclamaient toujours dans les radios et la presse : « Aucun doute ! .. Cette offensive allemande, trop imprudemment engagée, coupée de ses arrières, allait subir là, une écrasante défaite, avant même son refoulement par les forces importantes concentrées dans ce secteur, en vue non seulement de faire barrage, mais aussi afin de lancer la contre- offensive qui déterminerait de la victoire ! ..

Telles étaient parmi tant d’autres de même style, les déclarations « ubuesques » du grand Etat-major français, au moment même ou déjà, tout avait craqué devant la poussée irrésistible des unités allemandes, devancées et appuyées par leurs divisions blindées, leur puissante artillerie et dans le ciel, le soutien de leur aviation : ( chasseurs et bombardiers ) ! ..

Face à une telle « machine de guerre » puissamment équipée et parfaitement commandée, cette unité : 6me. demi-brigade disposait pour toute résistance ( dans la section ) : d’un mousqueton par homme à coup par coup, avec chargeur de cinq cartouches ; l’ensemble du bataillon ( quatre compagnies ), disposait pour chacune des compagnies : de deux fusils mitrailleurs, d’une mitrailleuse lourde et pour chacun des hommes : le nouveau fusil « Mas », tir à répétition alimenté par chargeur de cinq cartouches et muni de sa baïonnette en bout du canon ! ..

A cela, s’ajoutait pour le bataillon : un canon antichar à obus de 25m/m,
( arme de réputation efficace contre le faible blindage des chars allemands ) ! ..
ce défaut marquant leur vulnérabilité, était cependant, largement compensé, par leur vitesse à se déplacer en campagne, par leur maniabilité, par leur nombre et surtout, par leur système de liaison entre les unités, répondant à un commandement unique ; groupés en « Panzerdivisionnen », ils constituaient à eux seuls, la force du combat dans cette nouvelle stratégie de guerre ! ..

Contre une telle puissance, les autres unités composant cette 29me. division en position sur cette « ligne de défense », étaient toutes formées de troupes de montagne ( chasseurs et artilleurs ) : ces derniers ne disposant que d’une artillerie légère, avec pièces tractées par des engins légers à chenillettes ! .. De telles unités, équipées d’un tel arsenal, devant l’énorme potentiel d’en face, ne pouvaient en aucun cas prétendre lui opposer une résistance, encore moins imaginer seulement une contre-offensive ! ...

Les commandants d’unités, ( généraux pour les divisions ), n’avaient évidemment pas à prendre en considération de tels arguments sur les disproportions des forces en présence ; ils avaient pour mission, vaille que vaille, d’organiser leurs positions en situation de défensive d’abord et de contre-offensive ensuite ; ce fut le cas pour cette 29me., qui dès sa prise de position dans le secteur indiqué, se mit en demeure de s’y organiser, y plaçant ses différentes unités ! ..

Dans l’impossibilité d’utiliser les liaisons radios qui pouvaient être détectées par l’ennemi, il incomba au groupe téléphoniste d’établir les liaisons entre les différentes unités et le P.C. de la division, avec pour cela : l’installation des lignes téléphoniques en campagne, par des kilomètres de câbles à dérouler à travers herbages, cultures, clôtures et autres obstacles à franchir ; l’opération réalisée en une journée, la division se trouva désormais en situation d’attente défensive sinon d’alerte, suivant le cours des événements ! ..

En ces derniers jours de ce mois de mai, alors même que les communiqués diffusés, autant dans la presse que par les radios, faisaient toujours preuve d’un grand optimisme, cette route nationale traversant le village, canalisait sans arrêt jour et nuit le flot continu des réfugiés fuyant les régions du Nord devant la guerre et les combats, avant occupation par l’ennemi, que cette armée française en situation de repli, ne pouvait plus arrêter ! ...

Dans la hâte de cette fuite, ils avaient mis tous leurs moyens hétéroclites de transport y entassant pèle mêle une partie de leurs biens à sauver de l’envahisseur ; c’était : les charrettes, le plus souvent tirées ou poussées à bras, le cheval ayant été réquisitionné, sinon aussi, déjà tué sur la route, lors d’une attaque aérienne ; étaient aussi utilisés, ces autres moyens disponibles tels que : charretons, brouettes, voitures d’enfants, le tout chargé de matelas, de couvertures, d’ustensiles divers et tant d’autres objets de toute sorte, chargés à la hâte et emportés dans cette fuite, encore inimaginable un mois auparavant ! ..

Les uns tirant les charges, les autres les poussant, à coté d’eux, suivaient à pied toute une foule harassée de fatigue et d’angoisse ; hommes, femmes, enfants de tous âges, vieillards et infirmes, gens de toutes classes et de toutes conditions allaient ainsi victimes, fuyant devant la guerre et son fléau dévastateur, n’épargnant là personne ; une seule issue l’abandon de leur terroir, de leurs biens dans un exode sans destination précise ! ..

A cette « lamentable cohorte » s’étirant sur les routes, s’en ajoutait une autre, tout aussi dramatique qu’étaient : les longues colonnes d’ambulances, transportant vers les hôpitaux de l’arrière, les blessés des unités engagées dans les combats inégaux et exigeant passage prioritaire dans cet encombrement anarchique et incontrôlable, où chacun prétendait à sa priorité, sans se soucier de l’autre ! .. « Le chacun pour soi, était seul de rigueur ! .. »

En plus de ce spectacle, déjà lamentable, comme si cela n’avait pas suffit dans le désastre, il s’en ajoutait encore un autre : celui d’un grand nombre d’hommes, aux yeux hagards et à l’attitude désemparée, portant uniforme ; ils étaient eux, des militaires, sans armes, sans unité et sans commandement, mêlés à cette foule, ils fuyaient eux aussi, en désordre plutôt qu’en repli, l’air hébété, semblant fuir une terreur et cherchant un refuge

Il passait là, sur cette route traversant ce village de cantonnement, non seulement la foule terrorisée de l’exode, les nombreuses ambulances transportant les victimes blessées dans les affrontements, mais : tout aussi triste et lamentable, « les premiers débris de cette glorieuse armée française ; ils étaient déserteurs et fuyards devant cette guerre, qu’ils ne voulaient pas faire ; ils en avaient depuis des semaines manifesté le sentiment ; peu leur importait l’ennemi ; ils refusaient le combat, jetaient les armes et se lançaient dans la fuite qu’ils jugeaient seule salvatrice ! .. »

Populations civiles et militaires mêlés, constituaient ces interminables colonnes de « fuyards » auxquelles s’ajoutaient les enchevêtrements de véhicules de toute sorte : charrettes et voitures-autos, pour bon nombre abandonnées sur la route, les unes ne pouvant plus être traînées ou poussées faute des forces nécessaires, les autres faute d’essence que l’on ne trouvait plus ! .. A cela, s’ajoutait encore le harcèlement de l’aviation ennemie, mitraillant souvent en rase-mottes et au hasard ou bien larguant sur ces cohortes, leurs bombes dans le mugissement de leurs sirènes, semant une panique incontrôlable parmi ces foules terrorisées ! ..

Après chacun de ces raids, qui n’avaient pour but, que de créer une totale désorganisation sur les arrières, apparaissait toujours le même spectacle de désolation : blessés et morts gisant dans les fossés longeant la route, pour ces derniers, nul ne pouvait plus rien ; pour les autres, aucun secours immédiat ils devaient vaille que vaille poursuivre la route, pour dans de nombreux cas, tomber un peu plus loin, pour ne plus se relever ! ..

Véhicules détruits, brûlant même parfois, dans tous les cas, irrécupérables et donc abandonnés sur place ; partout, des cris de douleur, des lamentations, des appels au secours, que nul ne pouvait apporter ; dans cette foule ainsi prise au « piège tendu par une honteuse et ignoble incompréhension des politiques et militaires français responsables » abandonnée par eux et désemparée, que l’on pouvait croire sortie d’un « tableau Dantesque », valides et survivants, reprenaient cette fuite vers le sud qu’ils considéraient leur seul refuge et où, un grand nombre d’entre-eux hélas, ne devait jamais arriver ! ...

Qui, déjà à cette date pouvait encore croire à la victoire de cette armée française et ne pas admettre sa totale impuissance, devant cette « terrible machine de guerre allemande », forte de ses divisions blindées, de sa puissante aviation, de ses énormes moyens de transport, tout cela en parfaite liaison constante par d’importants et efficaces réseaux de communications entre les différentes unités au moyen des radios et téléphones de campagne, assurant une parfaite coordination dans les opérations engagées sur le terrain par les différentes armes et tout cela, fort bien préparé depuis des mois au nez et à la barbe des services de renseignements français ? ..

Ajoutons à cela : des troupes formées , entraînées et motivées, menées au combat par un excellent commandement assuré par des « stratèges militaires » ayant préparé avec de nouveaux moyens, la « guerre moderne » et l’on comprendra, que cette « énorme structure ainsi prête pour la guerre », était de toute évidence en train de « broyer dans ses mâchoires cette soi-disant redoutable armée française » non seulement mal équipée dans son matériel, sans véritable moral patriotique dans ses troupes gangrenées par la subversion et la trahison, mais aussi : commandée par des chefs encore « englués » dans les théories du dernier conflit ( guerre de positions ) et qui prétendaient toujours assurer la victoire ! ...

« Tenus jusque-là dans un total aveuglement, leurs prétentions, au constat de la situation à cette date où tout déjà était perdu, ne pouvaient être qualifiées que d’une impardonnable inconscience, entraînant le pays, son armée et sa population au désastre le plus lamentable ! ...

En cette période marquant la fin du Printemps qui laissait bientôt la place à l’été, sous un ciel radieux, d’où le soleil brillait de tous ses éclats sur le pays, la grande euphorie et l’insouciance, qui régnaient dans tous les milieux durant les mois et même encore les semaines précédentes, avaient subitement laissé la place à une « immense panique » doublée de désolation, de désespérance et d’angoisse, où personne ne se retrouvait plus ! ...

A coup sûr, rien ni personne n’était plus en mesure de sauver le pays de cette « vague dévastatrice qui déferlait sur lui et qui allait l’engloutir ! .. Les déclarations et les communiqués, venant des différents secteurs d’opérations,, malgré leur « laconisme et leurs assurances données pour un redressement », ne pouvaient plus occulter la forte et irrésistible pénétration en tous points des unités ennemies ! ..

Il fallut même se résigner, à avouer l’encerclement du secteur de Dunkerque, dans lequel se trouvait ainsi prise au piège, la majeure partie de cette armée du Nord, représentant plusieurs divisions de toutes armes, précipitamment repliées de Belgique devant la poussée des unités allemandes qu’elles ne pouvaient plus contenir ! .. Dans ce « traquenard » tendu par la stratégie du commandement allemand, sous la désignation du « grand coup de faucille » et prouvant encore l’incapacité du commandement français dans ce secteur, se trouvèrent aussi prises dans le même piège, des unités anglaises engagées elles aussi dans ce front du Nord ! ...

Afin de sortir de cette « nasse » encerclée, une seule issue était encore possible : la mer vers les côtes d’Angleterre, ce qui donna lieu, à ce qui fut désigné sous le nom : « opération dynamo », consistant à embarquer des hommes, sur tout ce qui était susceptible de flotter en mer et cela, en plus des navires mis à disposition par l’amirauté britannique ! .. Cette opération de dernière chance, se déroula sous le harcèlement de l’aviation ennemie, mitraillant et bombardant sans arrêt les embarcations et les hommes ! ..

Malgré cela, tout un contingent d’hommes ( anglais et français, de différentes armes ), se trouva ainsi débarqué sur les côtes anglaises, non sans avoir laissé sur place ou dans les flots, de nombreuses pertes « morts, blessés et prisonniers », sans compter la totalité de tout un matériel ( armes et véhicules ), impossible à embarquer dans une telle « débâcle » que les commandements français et anglais, n’avaient pas su déjouer « une preuve encore s’il en fallait, de leur incapacité dans une stratégie de défense et de retraite devant des forces supérieures » ! ..

Incontestablement, cette armée allemande et ses chefs, venaient d’inscrire là, à leur actif, une grande victoire dans cette guerre et sur cette « invincible armée française, alliée à cette autre armée anglaise » ! .. Dans cette situation alarmante, sinon déjà catastrophique, un secteur permettait encore quelques faibles espoirs ; on apprenait en effet par des communiqués, que de violents engagements, soutenus par des troupes alpines et écossaises, se déroulaient à Abbeville, dans l’estuaire de la Somme ! ..

Ces unités disait-on appuyées de quelques blindés regroupés dans l’affrontement, tenaient en échec la poussée allemande, lui barrant la route dans ce secteur de haute importance stratégique et qui visait pour objectifs, les villes de Rouen, le Havre et la presqu’île du Cotentin avec son port de Cherbourg ! .. A l ‘écoute attentive de ces communiqués, donnés avec beaucoup d’optimisme, pouvait-on encore espérer et croire à un véritable sursaut patriotique poussant au sacrifice et ainsi, redresser la situation ? ..

« En avait-on encore les moyens ? .. tout laissait déjà craindre, que la volonté farouche et le sacrifice des hommes n’y étaient pas et n’y avaient jamais été ! .. A cela, s’ajoutait l’infériorité des armes et l’incapacité du commandement ! .. C’était donc à désespérer du moindre redressement de situation, encore moins de la victoire pourtant toujours annoncée par ces politiques que déjà l’on pouvait tenir pour principaux responsables de l’inévitable déroute ! .. »

On entrait dans les premiers jours de ce mois de juin, au cours duquel allait se décider le sort de la France et de son armée ; déjà, tout s’effondrait dans les différents secteurs au-delà de la Somme ; cette 29me. division installée là, au sud du fleuve, en position de défense et à une centaine de kilomètres de la capitale, n’avait encore eu le moindre contact avec l’ennemi ; il n’arrivait jusqu’à elle, que les bruits des combats ( tirs d’artillerie )qui irrémédiablement se rapprochaient de son secteur ! ..

Le fleuve, dernier rempart de défense était franchi en plusieurs endroits, ce qui laissait à penser, sans erreur possible, que cette unité serait bientôt au contact des premiers éléments avancés parmi les unités ennemies ; désormais en alerte permanente, en vue d’une attaque probable, chacun pouvait assister aux engagements aériens qui se déroulaient au-dessus du secteur, dans un ciel sans nuages, où la aussi, appareils français et anglais, n’avaient jamais le dessus ; le plus souvent, à un contre cinq, après quelques rafales, le Français ou l’Anglais, descendait en flammes, s’abattant dans les environs, le plus souvent avec le pilote, que l’on voyait rarement éjecté et suspendu à son parachute ! ..

Il fallait là aussi, constater l’évidence et admettre que même dans les airs, le combat était inégal ; dans les affrontements ou interceptions de la chasse, la victoire revenait toujours aux avions marqués de la « croix noire » ; ils étaient nettement supérieurs, en nombre et en qualité face à leurs adversaires marqués de la « cocarde », qui étaient contraints d’abandonner le combat ou d’être réduits en « torches fumantes » avant de s’abattre au sol ! ..

Maîtresse sur le terrain et maîtresse du « ciel », cette armée allemande incontestablement, marquait dans tous les domaines sa supériorité, imposant une cuisante défaite à ces deux armées alliées, qui neuf mois auparavant, d’un commun accord lui ayant déclaré la guerre, n’avaient cesse dans leurs communiqués de décrire cette Allemagne et son armée dans l’incapacité de s’attaquer à ces deux alliés ; « manquant de matières premières ( la route du fer lui étant coupée ), une invincible armée française veillant sur les frontières, une ligne Maginot inviolable ! .. La France et l’Angleterre, n’avaient rien à craindre de ce prétentieux maître du Reich ! .. Aussi : allait-on lui montrer sévèrement en cas d’attaque, ce que défaite veut dire ! .. »

Ainsi partis sur ces convictions « utopiques », propagées par des responsables politiques et militaires dont l’incapacité n’était plus à démontrer, français et anglais se jetèrent tête-baissée dans la « gueule du loup » et dans ce que l’on pouvait appeler : « la raclée » ! ..

Par les dernières nouvelles reçues des siens, notre téléphoniste avait été informé que l’unité de son frère : ce 81me. d’artillerie coloniale, avait été envoyé dans le secteur d’Amiens, ce qui correspondait au nord-ouest de son cantonnement ; à en juger par les communiqués officiels et plutôt alarmants qui étaient donnés, il pouvait supposer, sans trop de risques d’erreur, que cette unité était ou avait été engagée dans les combats qui s’étaient déroulés ou qui se déroulaient encore dans ce secteur ! ..

Il ne pouvait là, que se poser les questions qui lui venaient à l’esprit : cette unité, avait-elle fait repli comme déjà tant et tant d’autres ? .. Dans le cas contraire : était-elle enserrée dans l’étau qui déjà s’était refermé ? .. On savait en effet, que l’ennemi ayant franchi la Somme, il était quasi certain, que ce secteur d’Amiens était déjà sous le contrôle de l’ennemi ! . ; Alors dans ce dernier cas lui venait une autre question : qu’en était-il du sort de son frère ? ...

Cette réponse ne lui fut donnée que plusieurs semaines après, alors qu’il se trouvait en captivité après la totale débâcle ; par lettre de sa famille, il était informé du sort de son frère ; son régiment au complet avait battu en retraite avant encerclement, non pour reprendre position sur une ligne de défense, mais pour courir comme tant d’autres jusqu’à franchir la Loire et arrêter sa course à Montauban ! .. Avec cette joie, d’apprendre que son frère au moins, ne faisait pas partie du grand nombre de ces captifs, que pouvait-il tout de même en déduire ? ..

Etait-ce là : une mesure de stratégie commandée, dans le but de mettre une unité hors d’atteinte ? .. En l’occurrence, c’était assez peu probable ! .. La situation de désorganisation générale constatant l’impuissance devant la supériorité de l’ennemi était plutôt à mettre en cause, justifiant ainsi l’état de panique qui s’emparait des troupes et tout alors était possible, même la débandade et la fuite éperdue sur des milliers de kilomètres ! .. Ce fut très certainement le cas pour ce 81me. d’artillerie, qui lui au moins n’avait pas attendu la honte de la reddition et l’humiliation de la captivité pour ses hommes ! ..

Toujours par les communiqués diffusés et avec ce que l’on voulait bien transmettre, on signalait tout de même l’échec de la tentative de résistance ( espoir éphémère ) engagée dans ce secteur d’Abbeville ; tout y avait « craqué », démontrant là aussi, l’incapacité des armes françaises ; les unités de chars lourds que l’on y avait engagés, sans liaisons entre eux, peu maniables sur le terrain, avaient été décimés par les tirs tendus des pièces de 88 et 20m/m, mises en action par les Allemands, arrivant ainsi, à perforer les épais blindages des engins, les mettant définitivement hors de combat ! ..

Une fois de plus : il fallait noter : erreur tactique du commandement, mauvaise utilisation d’un matériel mal adapté, grosses pertes en hommes sacrifiés dans des affrontements inégaux, tout cela, pour une tentative de résistance en définitive enfoncée, ouvrant une brèche béante à l’ennemi qui franchissait cet estuaire de la Somme, s’engouffrant du même coup sur la voie de ses objectifs stratégiques qui étaient : Rouen, la péninsule du Cotentin et tous les ports maritimes sur la Manche face à cette Angleterre, avec le plus important d’entre eux, la base de Cherbourg ! ...

Ces divisions de « Panzers », véritables « fers de lances » de l’armée allemande, sans rencontrer de résistance et cela : à l ‘étonnement même de leurs chefs, fonçaient désormais dans tous les secteurs, vers leurs objectifs fixés d’avance ; avec à leur tête, des généraux tels que : Rommel vers la Normandie, Hoth vers le centre, objectif la capitale et Guderian, qui après avoir franchi la Somme, obliquait vers l’est, avec pour objectif, la neutralisation par le revers de cette « fameuse ligne Maginot » jugée par les responsables français, politiques et militaires : « inviolable » ; Quelqu’un, parmi ces stratèges de salon, avait-il pu un jour imaginer : qu’un tel « bastion » pris à revers, n’était plus d’aucune utilité ? ..

« C’est exactement ce qu’avait compris l’ennemi en évitant de s’y attaquer de face ! .. »

Pour autant : dans une telle situation de défaite irréversible, ces responsables, autant politiques que militaires de la France, continuaient sans arrêt à abreuver le pays de déclarations et informations, toutes plus fantaisistes et irrationnelles les unes que les autres, osant même, dans leur aveuglement ou plutôt dans leur incapacité déconcertante : annoncer encore la « Victoire » ! ..

A l’appui d’une telle « utopie » et pour se persuader eux-mêmes dans cette idée, ils annoncèrent à grands renforts de déclarations : la désignation d’un nouveau commandement à la tête des armées, n’osant pas dire : « de ce qu’il en restait » ! .. Ils voyaient en cela : la préparation et la mise en œuvre, d’une grande offensive générale sur tous les fronts, qui devait par un grand sursaut, « refouler l’ennemi », toujours prétendument trop engagé et donc « coupé » imprudemment de ses arrières ! ..

De tout cela, il était clair, que de telles déclarations portant sur de telles mesures, n’étaient plus que « démagogie et illusions » de ces hommes à la tête de l’état, qui totalement désemparés devant à la fois : la rapidité et l’ampleur d’une telle « débâcle » sans précédent dans l’histoire de la France, disaient tout et n’importe quoi, persuadés eux-mêmes : que rien n’était plus possible ! ..

« Avaient-ils seulement conscience de leur responsabilité ? .. Car oui ! de tout cela : ils étaient seuls responsables ! .. »

Dans ce changement de commandement annoncé, on remplaça le général Gamelin, enfin reconnu « incapable sinon même responsable » de la situation, ( en était-il le seul ? .. ), par « l’impétueux » général Weygand, que l’on avait en toute hâte, rappelé de Syrie ; il allait disait-on « galvaniser » cette armée, « ou ce qu’il en restait encore, compte tenu, que déjà une grande partie avait franchi la Loire, ( une armée en déroute ), fuyant vers le sud, sans armes ni barda, pour la plupart : soldats déserteurs qui jetant les armes, n’avaient jamais voulu de cette guerre » ! ...

« Malgré ce nouveau commandement mis à la tête de ce qui restait de cette invincible armée française, ces premiers jours de juin 1940, devaient pour longtemps décider du triste sort de la France et des français ; ils étaient en effet, à quelques jours à la fois du déshonneur et de la grande raclée ! .. »

Comment comprendre cela, sans un retour en arrière ? .. Il faut pour cela : faire l’analyse des trois années précédentes, durant lesquelles, le pays s’était endormi ; la majorité des français n’avaient eu pour préoccupation que le désir de profiter sans les moindres restrictions de tous les acquis sociaux obtenus sinon accordés par un gouvernement favorable, de politique « socialo-communiste dit de front populaire » et portant sur d’importantes augmentations de salaires, réduction du temps de travail à 40 heures par semaine, congés payés permettant loisirs et vacances, pour lesquelles chacun rêvait de plages et de montagnes ! ..

« Dieu qu’en ces années là, la France était belle ! .. Et les Français heureux ! .. »

Comment, dans de telles conditions de facilité, de bien-être et de joie de vivre, pouvait-on demander à ce peuple : un surcroît de travail, lui faire comprendre la nécessité de constituer une armée forte, lui parler de : patriotisme, de sacrifices et de menaces de guerre ? .. Tout cela était pour lui, dans l’euphorie du moment, à reléguer dans les oubliettes de l’histoire ! .. Pour retrouver de tels idéaux, il fallait les chercher parmi les « anciens », chez ceux qui en avaient payé le prix fort, par leurs sacrifices et leur sang versé pour arracher la victoire après quatre années d’une terrible guerre ! ...

Celle qui dans leur esprit devait être la « der des ders » et en souvenir de laquelle étaient gravés les noms des morts sur les pierres de leurs monuments ; ils étaient honorés par le souvenir une fois l’an, le jour anniversaire de cette victoire enfin arrachée à l’ennemi dans les pires sacrifices et les millions de ses « morts pour la France » ! ..

Malheureusement, dans l’esprit et les mentalités des jeunes générations, tout cela était à classer dans « le passé et les mémoires de leurs Pères » ; leurs fils eux, n’en voulaient plus ; ils avaient décidé d’une tout autre vie, basée sur l’insouciance, les joies et les plaisirs et si besoin en était pour l’obtenir, ils leur étaient accordés les appels aux revendications décrétant les grèves et les manifestations au cours desquelles dans les cortèges, les refrains du chant des « Jeunes Gardes et de l’Internationale » remplaçaient ceux de la « Marseillaise » et où le drapeau rouge détrônait le drapeau tricolore ; tout cela, avec la mansuétude sinon la connivence des gouvernements successifs à idéologies « socialo-communistes » ! ..

Tel était donc durant ces trois ou quatre années précédentes, l’état d’esprit des français et la situation du pays ! .. Retournons, aux autres causes plus récentes de la « débâcle » et débutant : fin août 1939 ! .. L’Allemagne Nazie et l’Italie Fasciste, par l’attaque déclarée à la Pologne, imposèrent du même coup la déclaration de guerre à la France et à l’Angleterre ! .. Situation aussitôt compromise pour ces dernières, par la signature inattendue du « pacte Germano-Soviétique », conclu par Hitler et Staline désormais main dans la main pour la guerre ! ..

Une telle situation, poussa les communistes français à s’opposer à la guerre contre leurs « camarades travailleurs » des deux pays signataires du pacte et donc alliés ! .. Déclarés dans cette opposition et malgré la dissolution de leur parti par le gouvernement, ils formèrent leurs « comités de propagande », appelant par tous les moyens et même par diffusions de tracts distribués dans les unités, à déposer les armes au besoin : par désertion ! .. De cela, l’exemple fut donné par l’un des leurs et non des moindres, abandonnant son poste devant l’ennemi pour se réfugier à Moscou ! ..

En plus de telles méthodes, les sabotages du matériel de guerre dans les usines, furent aussi mis en pratique par leurs comités d’actions subversives contre la guerre et contre le pays ! .. A un tel climat délétère, semant déjà le doute et le trouble, s’ajouta l’immobilisme néfaste de cette armée, qui déjà peu enthousiaste à combattre, fut tenue ( sans trop savoir pourquoi ), dans l’attente durant neuf mois, avec nombreuses permissions de détente accordées à ses troupes, autorisations de spectacles dans les cantonnement d’unités, animés par les différentes vedettes de la chanson et du théâtre ! .. Ainsi s’estompait dans les esprits politiques, militaires et population, l’idée d’un état en guerre ! ..

Ainsi, d’un coté : avec une propagande larvée et insidieuse contre la guerre, et de l’autre, toujours l’insouciance et les plaisirs, tout était réuni pour l’abandon et avec lui, le rêve faisait le reste parmi les hommes ! .. Dans une telle ambiance, nul ne voyait même pas que sournoisement dans cette léthargie, des éléments subversifs introduits par l’ennemi lui-même, s’infiltraient dans les rangs, renseignant ce dernier sur les dispositifs, sur la situation et le moral des troupes, sans oublier les indications précises sur les différents mouvements des unités vers leurs prises de positions ! ..

Face à toutes ces dérives portant sur le présent et constituant déjà un lourd handicap, on ne peut oublier ni occulter les erreurs du passé, celles énormes, qui dans un aveuglement honteux sinon complice, permirent de l’autre coté du Rhin à un homme qui, « vociférant des harangues dans des discours hystériques », arriva ( sans trop de peine ), à galvaniser tout un peuple dans la discipline et dans l’effort au travail, lui permettant ainsi, de mettre sur pied une puissante armée moderne, formée dans un esprit de conquêtes et de revanches à venger par la guerre la défaite précédente et à secouer du même coup le « carcan » imposé à son pays par le « traité de Versailles » ! ...

Profitant largement de ces années laissées à sa disposition, trompant ses voisins directs plongés dans la léthargie, enfin prêt pour cette revanche, il ne lui fallut que cinq semaines pour « anéantir » cette « invincible armée française », dont on lui brandissait sans cesse la menace et ainsi, faire défiler en vainqueur ses troupes devant « l’Arc de Triomphe » et tenir en plus « sous sa botte » la France et les Français durant plus de quatre années ! ...

En présence d’un tel résultat, gesticulations, lamentations et regrets, n’avaient plus leur place ! .. La France, pendant plus de cinq années, avait si l’on pouvait dire : « élevé des veaux », nourris aux mamelles des gouvernements « socialo-communistes » ! ... Comment, avec cela, pouvait-elle prétendre s’attaquer aux « lions d’en face », auxquels elle avait sans complexes et avec beaucoup d’assurance déclarée la guerre ? ...
Tout ce gâchis, toutes ces impréparations dans une honteuse incompétence des dirigeants politiques et militaires, toute cette nonchalance couchée sur des acquis sociaux, tout cela était à payer sous la loi désormais imposée par le vainqueur ! ...

Ainsi étalées les causes de la défaite qui se préparait, reprenons ici, l’état de la situation, avec le déroulement des événements ! .. Dès le 3 juin, ce secteur au sud de la Somme, en parti tenu par la 29me. division en position depuis les derniers jours du mois de mai, était sous atteinte des tirs de l’artillerie allemande ; le fleuve franchi en tous points, par les unités ennemies, ne faisait plus obstacle à leur avance ! ..

Aussi, sur cette route nationale traversant le village de Liancourt-Fosse, passaient sans arrêt, les derniers éléments d’unités françaises qui avaient en vain tenté une illusoire résistance ; c’était là, des hommes désemparés, qui n’étaient plus en repli sur des positions de l’arrière, mais en fuite ! .. Ils ne battaient plus en retraite mais couraient en débandade avec la « peur au ventre », devant un ennemi, qu’ils avaient à peine vu, mais sachant déjà que rien ne pouvait plus l’arrêter ! ..

A pied, en camions, à vélos, tous ces hommes hier encore « soldats de cette armée française », ayant jeté leurs armes et leur barda, « tels ceux de V. Hugo dans son Waterloo, n’étaient plus que fuyards », étonnés même au passage dans leur fuite éperdue, de voir encore là, des éléments d’unités, hommes en poste sur leurs positions, attendant l’ennemi !.. Avec cet argument et cri de terreur « Les Boches arrivent » plusieurs fois répétés, ils les incitaient à les suivre ! ..

Dans l’esprit de ces hommes, un seul but les animait encore ; la fuite au plus loin vers le sud, seul refuge pour eux devant la guerre ! .. Soumission aux ordres et au commandement, ( ce dernier existait-il encore ? ..) , patriotisme, discipline et sacrifices, pour la patrie en danger, tout en quelques jours avait disparu ! .. Il restait la question : « tout cela : avait-il seulement existé dans l’esprit de ces hommes avant la confrontation ? .. » Il était permis d’en douter ! ..

A ces hommes déjà sans enthousiasme, mal armés, mal commandés, minés par une propagande de dénigrement menée par les communistes, s’ajoutait cet aveuglement dans la préparation des forces adverses et cependant prévisible et dans l’action, la trahison aussi de certains chefs au sein même des unités ! .. Sans véritables moyens et chargée de tels handicaps, « Que pouvait donc une telle armée jetée ainsi dans la guerre ? ... »

Sans intentions ni ordre de repli, encore moins de « fuite » devant l’ennemi, cette 29me. division, mise en alerte de défense sinon d’attaque depuis une semaine, s’apprêtait donc à affronter le « choc des titans » ; elle était depuis deux jours déjà, soumise à leurs tirs encore sporadiques, de leur artillerie, ( à première vue, les canons des chars en positions avancées ) ! .. Rien de très alarmant jusque-là, aucune perte d’hommes, par contre, destruction des réseaux téléphoniques de campagne, installés depuis la prise de position dans le secteur ! ..

Les transmissions et communications par radio étant interrompues par risques d’interceptions, les contacts entre les différentes unités et le P.C. de la division, étaient impossibles sans le rétablissement du réseau téléphonique, ce qui en l’occurrence, représentait quelques kilomètres de câbles à dérouler et à tirer, le plus souvent, en terrain découvert, à travers une plaine qui se trouvait déjà sous le feu de l’ennemi ! .. Devant l’urgence de la situation, le lieutenant de section, rassemblant ses hommes, en premier lieu ceux faisant partie du groupe téléphoniste, ( ce qui était logique ), leur exposant la situation, fit appel à cinq volontaires, pour une opération précisa -t-il à risques et avant d’être contraint à des désignations d’office ! ...

Il fixa le but de l’opération : rétablir au mieux et dans les meilleurs délais, les lignes téléphoniques de liaisons, entre les différentes unités dans le secteur et le P.C. du général ; opération devant être réalisée en tout état de cause, sous le feu ou le bombardement de l’ennemi atteignant déjà le secteur ! ...

Ayant exposé, d’une part l’impératif de l’opération et d’autre part les risques encourus pour sa réalisation, il n’eut pas besoin de recourir à des désignations d’office ! .. Sans la moindre hésitation, cinq hommes de la section se portèrent aussitôt volontaires, dont parmi eux, se présenta aussi, notre téléphoniste ! .. Après avoir pris connaissance du but exact de la mission et des meilleurs moyens pour y parvenir, équipés le plus léger possible, avec pour arme, seulement le mousqueton en bandoulière, mais chargés surtout de bobines de câbles, cette petite équipe, se mit en route le 5 juin au petit matin, afin de relier en premier lieu, les positions d’artillerie, dont on avait au préalable bien repéré les emplacements dans le secteur ! ...

Les tirs ennemis, en ce début de matinée étaient assez sporadiques ; aussi dans cette accalmie que l’on pouvait juger toute relative, la mission semblait se dérouler sans trop de risques ni difficultés ! .. Après quelques heures, rampant dans les terrains, camouflés le plus possible dans les hautes herbes des prairies et parmi les blés déjà en épis, tirant des câbles au travers des haies et des clôtures, les batteries d’artillerie se trouvèrent reliées entre elles et les autres compagnies de chasseurs ! .. Restait la liaison indispensable avec le P.C. du général ! ..
Après une courte halte dans le dernier poste relié et pris un léger repas à la roulante, les cinq hommes repartirent dans les mêmes conditions en direction du lieu indiqué où se trouvait en position, le P.C. de la division et suivant un tracé bien précis du parcours à suivre ! .. Hélas, plus rien ne fut à comparer, avec le calme de la matinée ! Aussitôt en rase campagne, sous un ciel d’azur d’où le soleil dardait ses rayons sur cette plaine, le groupe en opération, ne tarda pas à être repéré d’en haut, par l’un de ces petits avions de reconnaissance, un « Fieseler Storch » ( avion cigogne ), que l’on surnommait dans les rangs : « le mouchard » ; un monoplace pouvant atterrir et décoller sur de très petits terrains !

Evoluant à très basse altitude ( on pouvait très bien distinguer son pilote depuis le sol ), peu vulnérable ainsi aux tirs de la D.C.A., étant en liaison directe avec les positions d’artillerie ou les unités de chars, le groupe ainsi repéré, fut bientôt la cible de tirs guidés, avec projectiles à fragmentation, qui explosant à quelques mètres au-dessus du sol, criblant alentours, interdisaient toute progression dans un terrain à découvert en rase campagne ! ..

Une seule issue pour ce groupe, se réfugier sous un abri qui seul pouvait les mettre hors de vue de ce pilote, guidant sur lui les tirs ! .. Pour cela, les hommes devaient atteindre une grande allées de tilleuls se trouvant à quelques centaines de mètres et qui donnait accès depuis la route, à une grosse demeure ! Procédant dans ce but, par bonds successifs sous la mitraille intensive, deux des hommes furent atteints, dont l’un à première vue très grièvement, touché qu’il était, au thorax et à la tête ! ..

Encombrés par les bobines de câbles dont ils ne pouvaient se séparer, rampant le long d’une haie basse délimitant la prairie en bordure de la route, traînant tant bien que mal l’homme blessé, toujours survolé par ce guetteur qui ne lâchait pas prise réglant les tirs de ses amis sur cette cible mouvante, le groupe arriva enfin sous les épais feuillages des grands arbres, le mettant hors de vue du pilote ! ..

Avec encore quelques minutes de survol, le guetteur jugeant de son inefficacité, finit par abandonner la partie ; ainsi, les tirs qu’il n’était plus en mesure de diriger avec précision, cessèrent aussi ! . Alors : mettant à profit le lieu et le répit certainement de courte durée, on s’occupa en première urgence des blessés ; pour l’un des deux légèrement touché ( plaie ouverte à un bras, sans atteinte de l’os ), la trousse de campagne s’avéra suffisante, pour parer à l’immédiat ! .. Malheureusement pour l’autre, très gravement atteint, les soins possibles sur place ne purent plus rien pour lui. Il décédait là, des suites de ses trop profondes blessures entraînant une importante hémorragie, impossible à maîtriser avec de simples pansements ! ..
Un seul recours était possible, alerter au moyen du téléphone portatif, le poste de secours de la batterie la plus proche, que le groupe venait de quitter depuis quelques instants, lui signalant un mort et un blessé, ainsi que leur emplacement exact où l’on ne pouvait que les laisser ! .. La mission fixée, n’étant pas terminée, dans un calme relatif et qui certainement ne pouvait être que de courte durée, après concertation et avec les risques de se voir à nouveau repérés par le « mouchard », les trois hommes restant, se remirent en route, en direction du P.C. à atteindre, recherchant toujours, le plus de camouflage possible dans les hautes herbes et les blés ! .. Conscients que vu d’en-haut, par un observateur aérien, cela ne présentait pour eux aucune réelle efficacité ! ..

Certainement appelé à d’autres missions, l’observateur avait abandonné le secteur et les tirs qui se faisaient entendre dans les environs proches, étaient dirigés sur d’autres objectifs, si bien que : trois heures après le départ de l’abri providentiel, toutes les communications téléphoniques se trouvèrent rétablies entre les différentes unités de la division ! .. Le lieutenant de section appelé depuis le P.C., confirmant la situation, félicita déjà ses hommes pour la mission accomplie malgré les risques, qui malheureusement furent fatals pour l’un des hommes ! ..

« Exprimant à ses hommes, ses félicitations ! Etait-il en cela sincère ? .. La suite des événements qui se précipitèrent dès le lendemain, ne purent que laisser notre téléphoniste dans le doute ! .. »

Confirmation aussi, fut donnée de la prise en charge des deux hommes par les services de secours alertés et que l’on avait du laisser dans cette allée sous les arbres, l’un blessé, malheureusement l’autre mort ! .. « A ce prix là, la mission fixée était accomplie ! .. Pour combien de temps ? .. Et à quoi devait-elle servir ? .. De toute manière, l’histoire nous dira : ainsi naissent les héros ! . »

De retour au cantonnement, les trois hommes, « effectivement considérés héros du jour ! .. » furent présentés au colonel du bataillon par leur lieutenant de section, chargé du rapport de la mission, précisant bien : l’acte de volontariat de chacun des hommes, qui accomplissant une partie de l’opération sous la mitraille, avait coûté la vie à l’un des leurs et blessé un deuxième ! .. Après les félicitations d’usage par l’officier supérieur, louant encore le courage des hommes, il donna ordre à son subordonné, de ne plus exposer la vie de ses hommes
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11 - La DEFAITE et ses CONSEQUENCES

Sans aucun doute, cet officier issu des classes de réserve, ne se faisait plus d’illusions sur la situation, pas plus que sur son déroulement ! .. « La précipitation des événements, devait le confirmer en cette journée du 6 juin, dans ce secteur tenu par cette 29me. division, dernier rempart s’il en était vers la capitale ! .. »

Cet acte de volontariat pour une mission à risques, valut à son auteur ( notre téléphoniste ) : Citation à l’ordre du régiment et attribution de la Croix de Guerre avec Etoile ! .. Une mission accomplie, qui en la circonstance, n’avait servi à rien, mais pour laquelle, on avait sacrifié un homme de plus, lui aussi volontaire pour ce qu’il avait estimé être : « le devoir », pour un combat en tous points inégal et déjà perdu depuis des semaines ! ..

Rassurons-nous cependant ! .. « La France saura s’en souvenir ! .. » ; son nom : « Jean Lafeuille », sera inscrit sinon gravé, au bas de la liste peut-être déjà longue sur ce monument dressé sur la place de sa ville ou village des Pyrénées Orientales, dressé là, en mémoire de ceux tombés au cours de la précédente hécatombe et portant l’épitaphe classique inscrite sur tous ces « mausolées » : « Morts pour la France ! .. » ; ils étaient ceux de l’autre guerre ! . Lui, sera celui de la deuxième ! ..

En souvenir, une fois l’an, tel que cela se fait en commémorations de la « dernière », aura lieu un « simulacre de recueillement » à la mémoire de tous ceux dont les noms sont gravés dans la pierre ! .. La clique municipale ou militaire suivant les cas, y donnera une « Marseillaise » ! .. Le Maire de la localité, entouré des diverses personnalités du lieu, y déposera sa gerbe ceinturée du ruban tricolore ; il y prononcera aussi, son discours avec des trémolos dans la voix ! . les assistants, en majeure partie « Anciens Combattants des deux conflits », observeront « la minute de silence » devant les drapeaux inclinés, pendant que retentira : « la Sonnerie aux Morts » ! ..

La cérémonie rituelle terminée, ( elle aura duré : une heure maximum ), tout ce monde se réunira au bistrot du coin le plus proche, où là, chacun y remémorera ses exploits, heureux surtout d’en être réchappé et conscient pour un jour, d’avoir accompli « son devoir de mémoire une fois l’an ! .. » Cité et décoré à titre posthume, lui aussi, tombé dans cette plaine de la Somme ce 5 juin 1940, aura les mêmes honneurs ; une commémoration du souvenir, un jour par an, avec cependant une différence de taille : « les Anciens à cette occasion, commémorent leur victoire ! .. Son nom figurant au bas de la liste, ne représentera lui, qu’une honteuse défaite pour laquelle il s’est sacrifié ! .. Celle de juin 1940 ! ..

En attendant, revenons sur le « champ d’actions » de ces jours tragiques, avec la trame de leur déroulement ! .. Avec le général Weygand nommé au haut commandement des armées, fut proclamé un « Nouvel Ordre du Jour » et transmis à toutes les unités ou plutôt, à celles qui existaient encore à cette date ! .. En effet, un grand nombre d’entre elles ne répondaient plus à l’appel ! .. Les unes étant « neutralisées » dans leurs secteurs d’opérations et donc tombées aux mains des allemands ! .. Un grand nombre d’autres, fuyant plutôt que courant, sans armes ni barda, avaient déjà franchi la Loire, avant que ne sautent les ponts, se retrouvant ainsi loin du front et de cette guerre qu’ils ne voulaient pas faire ! ..

Malgré cela, dans une situation désastreuse pour le pays, était diffusé et communiqué le « Slogan », avec une conviction et un optimisme déconcertant, sinon « scandaleux » et rédigé comme suit : « Nous tiendrons ! .. Et c’est bien parce que nous tiendrons : que nous vaincrons ! .. Signé : Général Weygand chef suprême des armées ! .. » Au constat d’un tel « sarcasme et d’une telle utopie » nés sous le képi d’un général, on ne pouvait que se poser les questions : « On devait tenir, avec qui ? .. Et avec quoi ? .. »

Que pouvait-on déjà, face à la poussée irrésistible de ces « Panzerdivisionnen », déployées en éventail d’ouest en Est, qui ayant franchi la Somme sans rencontrer de résistance, prenaient pour objectif au centre : la principale ville française « Paris » ? .. Il ne se trouvait dans ce secteur pour leur barrer la route : que les effectifs de deux divisions encore intactes, dont cette 29me. en position au centre de ce dernier dispositif de défense ! ..

Tout devant elles, avait déjà craqué depuis trois jours ; les éléments engagés dans ces secteurs, étaient soit capturés par l’ennemi ou bien en fuite vers le sud, un grand nombre de ces derniers avaient pour cela, emprunté cette R.N. 17, mêlés à la foule des réfugiés dans l’exode ! .. Désigné : « Ligne Weygand », combien de temps dans ces conditions, ce dernier rempart de la capitale, pouvait-il tenir ? .. Tout au plus : une semaine ! ..

Dès le lever du jour du 6 juin, toutes les unités de cette 29me. furent mises en état d’alerte ; en effet, les blindés allemands atteignant le secteur, se déployaient déjà dans un mouvement d’encerclement ! .. Dans un duel d’artillerie, qui dura quelques heures, dès la fin de cette matinée, des chars ennemis furent signalés pénétrant dans ce village de « Liancourt », par la R.N., au centre duquel cette route, entre les habitations, formait une courbe très prononcée, presque en angle droit. Jugeant le lieu propice à une riposte dans la sortie de la courbe, l’un des sous-officiers de la compagnie, un simple sergent-chef du groupe motorisé, dans un acte d’héroïsme, prit à lui seul l’initiative de mettre en position et en batterie, l’unique canon léger « antichar à obus de 25m/m », dont disposait le bataillon ! ..

Installé en attente à quelques dizaines de mètres du point de sortie, hors de vue, le premier char débouchant de la courbe, se trouvant ainsi face à la pièce et bien dans sa ligne de mire, fut immobilisé sur place par un seul impact ; un deuxième tir parfaitement ajusté, fit exploser sa tourelle ! .. Cet affrontement, se déroulait sous les regards des hommes de la section transmissions, installés à une centaine de mètres dans la dernière maison du village en bordure de route ! ..

En admiration devant l’efficacité de ce canon et surtout devant l’aptitude et le courage de l’homme qui le servait, la question venait à l’esprit : « Etait-il possible, que cela puisse durer ? .. » A vouloir cette réponse positive : « Une telle arme et de tels hommes, il en aurait fallu des milliers pour arrêter la vague d’acier qui déferlait de toute part sur le pays, y menaçant déjà sa capitale ! .. »

La réponse ici, fut négative à savoir : que, à n’en pas douter, l’engin mis hors de combat, n’était pas seul si bien que celui qui le suivait à quelque distance, jugeant du risque, se présenta de biais entre le char immobilisé et l’angle de la maison voisine ! . Ainsi présenté, il ne pouvait être atteint que dans ses flancs, par des éraflures sans dommages pour son action. Les deux obus tirés, malgré leurs impacts, n’avaient eu sur lui, aucun effet ; par contre, il eut lui, de là tout loisir pour prendre dans son collimateur de visée, la pièce antichar et la détruire avec deux impacts tirés à bout- portant, tuant du même coup, l’homme qui la servait ! .

Lui aussi, dans un acte volontaire s’était sacrifié dans cet affrontement inégal mais inspiré par un sentiment de patriotisme où seul commandait le devoir et le courage devant l’ennemi, devant lequel il n’admettait la défaite et encore moins la déroute ! ..
« Des hommes de cette trempe, cette armée française de 1940 en était dépourvue ! .. Elle ne pouvait qu’en subir la Raclée avec toutes ses conséquences, pour elle et pour la France ! .. »

Ce seul obstacle dressé là par un seul homme contre une meute de blindés, ne pouvait résister que quelques instants ; très vite « balayé » et franchi sans ménagements, aucune autre résistance ne s’opposa à la pénétration des chars, dont quelques-uns investirent le village, couvrant par leurs positions aux points stratégiques, les troupes d’infanterie, qui en quelques instants y entreprirent leur déploiement ! Encore une malheureuse tentative de résistance ( tenant lieu surtout de témérité en l’occurrence ), eut pour seul résultat de faire deux autres victimes dans les rangs, avec une sortie sur la route, armés d’un fusil-mitrailleur, ces hommes furent immédiatement fauchés par les tirs d’une mitrailleuse lourde déjà mise en position ! ..

Toute tentative de sortie pour attaque ou résistance, s’avérait désormais impossible et surtout inutile ! .le secteur et surtout le village était non seulement investi, mais totalement encerclé ! .. Dès lors, tout mouvement de résistance ou de repli étaient voués à l’échec ! .. Ce fut alors pour cette unité : 62me. B.C.A. de la 29me. division, en position sur cette « ligne Weygand » dernier rempart de la capitale, le moment crucial ! .. Le colonel commandant l’unité, à la tête de ses officiers de compagnies et de sections, donna cet ordre triste et lamentable pour une armée : « Déposer les armes » ! .. Il était 15 heures ce 6 juin 1940 ! ..

Tous, officiers et hommes de troupes, de cette « invincible armée » n’étaient plus là que des hommes vaincus se soumettant au pied du vainqueur et cela, par les incapacités notoires et honteuses des responsables politiques et militaires, qui aveuglément, avaient précipité cette armée dans une des plus grandes débâcles de l’histoire ! .. Dans cette débâcle, se trouvait aussi, victime des même causes, « cet espagnol, qui par gratitude, avait décidé volontairement, de se mettre au service de la France et de sa glorieuse armée ! .. »

En ce triste jour fatidique, il était là comme les autres, à « ruminer » la honte et le déshonneur, avec cette question qui devait s’ancrer longtemps dans son esprit : « Alors qu’il était né, avec une autre nationalité : pourquoi avait-il volontairement choisi de partager lui aussi cette galère ? ... » Tant d’autres dans son cas, s’en étaient tenus à l’écart ! ..

Quoi qu’il en fut, les regrets n’étaient plus à l’ordre du jour ; il n’avait jusque-là, jamais vu la physionomie d’un allemand, ni entendu prononcer sa langue ; il ne connaissait de lui : « que le Boche cité dans ses livres scolaires d’histoire, le plus souvent coiffé du casque à pointe et terrorisant les femmes et les enfants de France » ! .. Vu sous cet angle et dans l’obligation de se soumettre à son autorité, il se posa les questions : « Comment devait s’établir le contact avec cet ennemi victorieux ? .. Et comment surtout allait pouvoir s’entamer un dialogue entre des hommes ne parlant pas la même langue ? .. »

Ayant eu connaissance de certains récits cités par des anciens de la dernière,, commentant des situations similaires, auxquelles il n’avait jamais imaginé être confronté un jour, il avait retenu : qu’en pareil cas, on devait jetant les armes, lever les bras en criant aussitôt : « Kamarade, avec cette forte prononciation de la lettre K tel que l’écrivent les Allemands ! .. »

A son grand étonnement, tout cela se trouva être une méthode dépassée et d’un autre âge ! .. Ayant avec un groupe d’une dizaine, tenté encore une sortie par les arrières des locaux de cantonnement, croyant encore à un dégagement possible de retraite, à peine le groupe avait-il fait quelques dizaines de mètres hors des locaux, qu’il s’entendit interpellé dans un français parfait, par ces mots :
« Halte ! Déposés vos armes ! .. »

Pour lui, autant que pour les autres, toute tentative de résistance était inutile et ne présentait plus que des risques pour sa vie et cela, pour une cause déjà perdue ! .. Obtempérant aussitôt à l’ordre donné, il vit alors s’avancer vers lui et vers le groupe, sous un soleil de plomb, des hommes de son âge, en chemise, manches retroussées, déclarant toujours en excellant français : « La guerre est terminée pour vous ! .. »

Abasourdi par un tel contact imprévu, il eut là en cet instant dramatique, l’impression : que seul un certain respect de la dignité en la circonstance, lui interdisait de leur « serrer la main » ! .. Il ne savait rien de l’Allemand, de son type, encore moins de sa langue, mais l’autre, cet ennemi qu’il s’était engagé à combattre et au besoin à « l’éliminer », s’adressait à lui en français, avec même une certaine dignité presque en « ami » ! ..

Passé cet étonnement, apparut alors à ses yeux, toute la différence entre cette armée française vaincue et cette autre armée : celle du vainqueur ; pour elle, tenue vestimentaire légère, parfaitement adaptée à la température déjà caniculaire en ce début d’été, contrastant avec les uniformes de drap pour les Français, lourds à supporter par la chaleur, avec en plus l’encombrement d’un lourd barda en campagne imposé par le règlement ! .. De tout cela, ceux d’en face, en étaient allégés, armés le plus souvent d’un pistolet-mitrailleur léger,, de deux grenades à manche passées dans le ceinturon, et munis d’un masque à gaz dans un étui cylindrique, accroché lui aussi au ceinturon, ils allaient en chemise et manches retroussées ! ..

Aucun règlement de tenue ne semblait être imposé à ces troupes en campagne, investissant le terrain auparavant « déblayé » par ces équipages des blindés, qui eux aussi, en bras de chemise, le buste hors de la tourelle de leurs chars, fonçaient devant eux, bousculant l’adversaire désemparé par leur rapidité et leur stratégie dans l’action ! ... Il apparaissait : incontestablement, que cette armée allemande, avait une énorme supériorité à tous les échelons, sur « l’invincible armée française » ; elle avait vraiment été préparée pour la « guerre moderne », en application pour cela, de toutes les technologies, tant sur le matériel que sur les hommes, rompus à la discipline au patriotisme et encadrés par des chefs, qui forts de ces avantages, savaient user de toute la stratégie au combat ! ...

Face à cela : les responsables français, politiques et militaires, en étaient restés à l’archaïsme des conflits précédents, endormis derrière leur « inviolable ligne Maginot », avec pour toute satisfaction et sécurité : les trop fameux slogans publiés par toutes les radios et organes de presse : « la route du fer est coupée pour l’Allemagne ! .. Nous vaincrons ! . parce que, nous sommes les plus forts ! .. Et, non contant de telles utopies mensongères, le dernier en date, lancé en « Ordre du jour », alors même que tout était déjà disloqué et perdu : « Nous tiendrons ! .. Et c’est parce que nous tiendrons, que nous vaincrons ! .. Rien chez tous ces responsables du « chaos » dans lequel ils avaient par leur incapacité plongée la France, ne pouvait taire leurs mensonges toujours et encore portés par les radios et la presse en général !..

Comme pour déjà tant d’autres au cours des jours précédents, pour cette 29me. constituant l’un des derniers remparts sur la route de Paris, le combat était terminé avant même de l’avoir engagé ! .. Pour toutes ces unités perdues et rendues à l’ennemi, certes les moyens défensifs n’y étaient pas, mais en complément de cela, le moral non plus !.. Le « sauve qui peut » était depuis quelques semaines ancré dans l’esprit de la majorité des hommes, transformant ainsi, des unités hier constituées, « en troupes de fuyards à la débandade, sans armes ni barda ! .. »

Tel que l’a déjà relaté V. Hugo dans « sa Retraite de Russie » : « Ils ne connaissaient plus les chefs ni le drapeau et cette armée invincible : n’était plus que troupeau !.. » Et l’on pouvait poursuivre encore dans ce même esprit relaté par l’auteur : « Ces responsables de la débâcle : tels l’Empereur à son époque, n’étaient plus que l’arbre en proie à la cognée, sur lequel un bûcheron sinistre était monté !.. Ils ne pouvaient eux aussi, que regarder tomber une à une ces branches qu’ils avaient contribué à pourrir ! .. » Et pour compléter, poursuivons encore toujours du même auteur : « Ainsi apparaissait la défaite ! . Muette et vengeresse !.. »
Dans ce « triste cérémonial » d’une troupe contrainte à la reddition, le colonel commandant ce 62me. B.C.A. entouré de ses officiers : capitaines des compagnies et lieutenants des sections, remit à l’officier allemand commandant du secteur investi, « l’Acte de Capitulation et de reddition de son unité » ! ..
Après les saluts de « courtoisie » dans les claquements de talons, il demanda de pouvoir s’adresser aux hommes de son bataillon, auxquels dans une allocution, il leur exprima sa fierté pour leur comportement face à la situation, les assurant d’une « capitulation honorable », devant un ennemi supérieur, auquel ils devaient à présent se soumettre, dans un esprit de discipline et d’honneur militaire, tels que jusque-là, sous son commandement, ils en avaient fait preuve ! ..

Ainsi : l’honneur était sauf, ce qui dans l’esprit de tous, n’atténuait en rien, l’amertume et la honte de la défaite, contre laquelle, on venait de leur dire : ils ne pouvaient rien ! .. En toute modestie cependant : ils étaient là, de ceux qui sans avoir prétendu sur cette ligne de défense, à une « contre-offensive », n’avaient pas pour autant abandonnés leurs postes, jetant armes et barda pour prendre cette fuite éperdue à l’approche de l’ennemi, parfois même sans encore l’avoir vu, mais seulement avec dans leur esprit : « le spectre du Boche » tel qu’on le leur avait décrit ! ..

Avec ce point d’honneur dont pouvaient se parer les hommes de cette unité qui déjà avaient été cités au cours de leur position devant Forbach, par le sacrifice de 18 des leurs, ici encore, d’autres parmi eux dans un sursaut de patriotisme, avaient encore payé de leur vie, par un acte de défense illusoire, non dépourvu cependant d’un certain courage à vouloir encore défendre cette cause perdue ! ..

Il fallait à ceux-là, tombés dans ce « piège tendu », que les responsables du pays n’avaient pas su déjouer : les honorer d’un minimum de dignité en leur donnant au moins, une sépulture correcte ! .. Ce fut dans le cimetière du village qu’ils furent ensevelis, avec pour tout cercueil : leur capote et leur toile de tente ; un monticule de terre, surmonté d’une croix rudimentaire formée de deux planches et coiffée de leur casque indiquait parmi les autres tombes, l’emplacement de sépulture dans cette terre de la Somme qu’ils s’étaient acharnés à défendre et où pour eux, plus que pour les autres tout s’était terminé ! ..

Après l’ultime hommage rendu par les hommes et les formalités d’identité à charge du colonel, le tout admis par le vainqueur dans un geste « chevaleresque », les compagnies du bataillon reçurent l’ordre de se rassembler sur la place du village ( sur laquelle était dressé le monument aux morts de la dernière ), officiers d’un coté, sous-officiers et hommes de troupe de l’autre, séparés seulement par quelques dizaines de mètres, la consternation se lisait sur tous les visages ! .. Les quelques hommes « peu nombreux », qui dans un élan patriotique avaient refusé l’humiliation de la défaite, n’étaient plus là ! . Pour tous les autres, aucune gloire n’était à leur attribuer pour cette reddition ! .. Ils ne s’étaient pas servis de leurs armes et notre homme, volontaire à avoir voulu servir la France, était aussi parmi eux !

Dans une telle situation, se remémorant la « campagne d’Espagne par l’Empereur » et immortalisée aussi par V. Hugo : il se voyait cet « espagnol de l’armée en déroute » cité par ces vers qu’il s’était toujours refusé à réciter en classe, tant il se sentait blessé dans sa fierté d’espagnol ! .. Il était bien là, français de cœur sinon d’origine, faisant partie de cette autre armée elle aussi en déroute et qui allait être traînée en guenilles et affamée le long des routes tracées par le vainqueur ! ..

Parmi ce rassemblement d’hommes vaincus déjà sous la garde du vainqueur notre téléphoniste y chercha du regard dans le groupe des officiers, son lieutenant ; ne pouvant qu’y constater son absence, il se rappela ne l’avoir pas revu depuis le moment où il avait présenté au colonel les trois volontaires téléphonistes rescapés de la mission qui leur avait été confiée ! .. Autrement dit : depuis 24 heures ! .. A cette réflexion, lui vint à l’esprit la question qu’il pouvait se poser : « comment en des moments aussi importants où se jouait le sort de cette unité, un officier avait-il pu se tenir ainsi à l’écart de sa section et de ses hommes, les laissant sans ordres et sans initiatives hiérarchiques dont il avait la charge ? ...

Cherchant réponse à la question, quelle ne fut pas sa stupéfaction et sans aucun doute celle de la plupart des hommes rassemblés là, certainement officiers compris, lorsque aux environs de 18 heures, l’absent fit son apparition en compagnie de deux officiers allemands ! .. Les trois hommes se dirigèrent vers le groupe des officiers ; se tenant légèrement à l’écart, après quelques minutes, laissant les deux allemands en entretien, il se dirigea vers son groupe de section ; prenant la parole dans une attitude un peu embarrassée : il demanda à tous, d’avoir à se conformer aux ordres donnés par les autorités militaires allemandes !

Il était clair, qu’un tel conseil en l’occurrence était superflu ; car chacun là savait bien que l’on ne pouvait rien faire d’autre ! .. Poursuivant dans son entretien, il déclara avoir à féliciter ses hommes pour leur comportement et leur courage, précisant, qu’ils ne pouvaient rien de plus contre une armée supérieure à celle qu’ils servaient ! ( cela aussi chacun avait déjà pu le constater sans autres précisions ) ! ..

Prenant légèrement à l’écart « son téléphoniste de confiance » il lui déclara que le conflit touchait à sa fin ; qu’il était fortement question d’Armistice et que de ce fait, il serait sous quelques jours dans ses foyers ! .. Lui souhaitant « bonne chance », ils se quittèrent là, par une poignée de mains, avec pour son subordonné la question : « Quel avait été le véritable rôle de cet individu ? .. » Ils ne devaient jamais plus se rencontrer ni plus rien savoir l’un de l’autre ! ..

Cherchant la réponse à la question, subitement à cet instant précis, un film se déroula dans sa tête ! .. A commencer par cette disparition impromptue depuis la veille, jugée tout aussi énigmatique que sa réapparition en compagnie de l’ennemi et de manière plutôt « cordiale » ! .. Suivirent dans sa mémoire : les déclarations qu’il lui fit quelques semaines auparavant, lorsque rappelé de sa permission écourtée suite à la précipitation des événements, il lui affirma que le conflit serait bref, alors même qu’il venait à peine d’être engagé et que tout pronostic sur sa durée ne pouvait sembler « qu’utopique et sans fondements » ! .

A tout cela et plus énigmatique encore : le fait qu’il disposa en permanence dans sa chambre, d’un des appareils radio émetteur-récepteur, qu’il pouvait à la réflexion, parfaitement régler sur les longueurs d’ondes de l’ennemi ! .. Il revit du même coup : ce soit disant « foulard rouge à croix gammée », qui sans aucun doute possible, ne pouvait être que le « signe emblème de ralliement » ! ...

Ayant en quelques minutes récapitulé tout cela dans sa tête, sa naïveté et sa confiance intacte jusqu’alors « bascula d’un seul coup » ! .. Pour lui dès lors : plus aucun doute ! .. Les traîtres étaient bien au sein même de cette armée, infiltrés dans cette « cinquième colonne », qui n’était pas un « mythe » ! .. Par idéologie subversive, tout était « gangrené » ; la preuve incontestable était là devant lui, en la personne de cet homme, à qui de par son grade, tel que cela est prescrit en toutes lettres dans le code du règlement militaire, il devait « obéissance à ses ordres, sans hésitation ni murmures ! .. »

Méditatif à tout cela et non moins anéanti, là sur cette place en cette fin de journée du 6 juin 1940, soumis comme tous ses camarades au « diktat » de l’ennemi vainqueur, il perdit en ces instants : tous sentiments de sacrifice, de patriotisme et de devoir, jusqu’à regretter d’avoir cru en la France et de s’être mis volontairement à son service ! .. Avec un tel état d’esprit, lui vinrent les mots qu’il prononça presque à voix haute : « Avoir ainsi opté pour cette France là : quelle connerie » ! .. Cela : il devait encore le « ruminer longtemps » ( en tous cas, tout le temps que dura sa captivité à savoir : cinq années ) ! ..

Aussi : sans les moindres complexes et dans son écœurement, il n’hésita pas à se satisfaire d’avoir dans ce chaos lamentable, « sauvé sa peau » ! .. Et cela, contrairement à ses camarades gisant dans le cimetière, qui eux étaient tombés, non seulement pour rien, mais plus dramatiquement encore, par la trahison des chefs et les incapacités des responsables politiques ! ..

Dès lors, en cet instant, un seul fait avait pour lui de l’importance : « Sa démobilisation et son retour à la vie civile ! .. »

Hélas ! .. Ce fut encore un rêve ! .. Doublé d’une illusion ! ..

Les derniers remparts enfoncés, la route de la capitale n’était plus qu’un « défilé de parade militaire » pour les divisions allemandes axées sur cet objectif !

Encore quelques jours et la France « mettrait genoux à terre » devant Hitler et son armée victorieuse défilant sur les « Champs Elysées » ! ..

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12 - Le TEMPS de l’HUMILIATION

Déjà Paris n’était plus capitale de la France ! .. Elle avait été déclarée « Ville ouverte » aux troupes de l’envahisseur avant occupation par la force, après destructions ! .. En parallèle de cette mesure, elle avait été aussi abandonnée par son gouvernement et tous ses politiques, qui pris de panique, avec un « courage exemplaire », s’étaient joints à l’exode non seulement des populations, mais aussi à celle des troupes en déroute, n’hésitant pas, faisant valoir leurs titres, à exiger moyens et passages prioritaires afin de foncer au plus vite vers ce fleuve la Loire, qu’ils devaient franchir avant que ne sautent les ponts leur coupant la route ! .. Dans une telle précipitation, ils auraient même franchi la frontière « franco-espagnole » ! .. Ils s’arrêtèrent cependant à Bordeaux ! ..

Pendant ce temps : près de deux millions d’hommes, tombés dans les « mailles du filet », totalement abandonnés par ces fuyards ne songeant plus qu’à leur propre sécurité loin de l’ennemi, prenaient eux, le chemin de l’Allemagne ! ..
Il fut aussi question dans ces milieux politiques français ainsi que dans les états-majors de « capitulation et d’Armistice » ! .. Pour cela, dans la honte et l’humiliation à se présenter devant l’ennemi vainqueur, ces hommes politiques responsables de la situation, firent appel : « au vieux maréchal Pétain », héros de Verdun dans cette bataille de la « grande guerre » ! ..

Il était pour ces « incapables » abandonnant leurs devoirs, l’homme qu’il leur fallait pour affronter la honte et l’humiliation de la défaite dont ils étaient responsables ! .. Acceptant la mission avec le courage du vieux soldat et avec le soutien de 90 % des français derrière lui, il traita avec cet ennemi la fin des hostilités, pour conclure ensuite le traité d’Armistice qui fut signé le 22 juin à 18 heures 50 ! .. Pour comble de l’humiliation aux dirigeants de la France et des français, Hitler exigea que cela soit fait dans ce même wagon qui avait eu pour cadre : l’acte de capitulation de l’Allemagne en novembre 1918 ! ...

Près de ce wagon stationné à Rethondes ( dans la forêt de Compiègne ), fut gravé sur une plaque et à cette occasion l’inscription : « Ici fut broyé l’orgueil allemand » ! .. Il méritait d’y être ajouté : « Ici furent broyées, non seulement les illusions mais aussi : l’orgueil des français » ! ..

Dans une situation paradoxale où s’inscrivait déjà la « tragédie de la France », apparut sur le devant de la scène : un général dont le nom : « Charles de Gaulle » était jusque-là inconnu dans les états-majors du haut commandement ! Il s’était disait-on réfugié à Londres au cours de la débâcle ! . Se refusant à accepter la défaite, il lança dans les ondes radios le 18 juin, un appel au rassemblement de tous les hommes qui, comme lui refusaient cette défaite, les appelant à le rejoindre, afin de poursuivre la lutte ! ..

« La France disait-il a perdu une bataille ! .. Elle n’a pas perdu la guerre ! .. »

Poursuivre la lutte ! .. Que restait-il pour cela ? .. Peu de choses sinon rien ! .. Tout matériel était anéanti ou tombé entre les mains de l’ennemi ! . Une partie des hommes de cette armée était traînée en guenilles vers les camps allemands ! . Les rescapés de la captivité, après avoir jeté les armes, avaient pris la fuite devant l’ennemi, ils ne voulaient plus de la guerre, pour la bonne raison : qu’ils n’en avaient jamais voulu ! Avec eux, le peuple aussi aspirait à la paix ! Il s’était pour cela, « enrôlé sous la bannière du maréchal Pétain », qui avec la majorité de ces « politiques vaincus et responsables de la situation », avait obtenu « Pleins pouvoirs à gouverner la France » ! ..

Avec lui et accepté par la grande majorité du peuple, la nouvelle devise des français allait être : « Travail ! Famille ! Patrie ! et la ville de Vichy leur capitale ! .. » Dans ce changement de gouvernement et de régime, qui devait diviser les Français, le vainqueur imposa son « Diktat » par une ligne de démarcation sinon de frontière tracée d’Est en ouest, divisant ainsi la France en deux parties distinctes : « La France Libre ! et la France Occupée ! .. » avec pour la première : « capitale Vichy », pour la seconde : « capitale Paris » ! Entre les deux, pour les Français une circulation rendue difficile par de très sévères contrôles pour les passages d’une zone dans l’autre ! « une contrainte imposée par ce diktat du vainqueur » ! ..

Ainsi, de la grande largesse de consommation passant par l’euphorie des plaisirs et de l’insouciance qui avaient marqué le cours des années précédentes, les Français en étaient brutalement réduits à se soumettre aux grandes restrictions, aux soucis et aux difficultés de tous ordres ! .. On les avait engagés dans une guerre, que par incapacité on leur avait fait perdre et pour laquelle, l’occupant vainqueur présentait la facture en fixant lui-même les conditions et le prix à son avantage dans le programme de ses ambitions, non seulement : poursuite de cette guerre contre l’Angleterre, mais aussi contre son alliée du moment : « l’union soviétique » ! ..

Les Français ainsi précipités dans une telle situation, perdant d’un seul coup tout ce qui faisait leur bien-être par leurs acquis sociaux avec leurs vacances payées et autres avantages, ne voyaient plus à l’horizon que l’austérité imposée par les exigences de l’occupant ! .La joie de vivre avait fait place à la morosité et les refrains chantés durant les années précédentes : « Tout va très bien Madame la Marquise », n’étaient plus d’actualité ! .. La mort de sa jument grise, l’incendie de son château et le suicide du marquis, étaient bien le tableau de la France ! ..

Dans le poids déjà lourd de cette facture à payer par les Français, « Tout encore ne faisait que commencer autant pour eux-mêmes que pour l’ensemble de l’Europe sur laquelle allait flotter le spectre de la croix gammée et avec elle tous les désastres ! .. »

Pour l’heure : « Quel était le sort réservé dans tout cela, aux prisonniers ? .. Le conflit avec leur pays terminé par un accord d’Armistice, ils auraient dû tout simplement être libérés et rentrer chacun dans son foyer ! .. Eh bien, il n’en fut rien ! .. Traînés à pied sur des kilomètres le long des routes franco-belges, sous la canicule de l’été, à la limite de l’épuisement mortel ( ce qui pour nombre d’entre eux fut le cas ) ou bien entassés au nombre de 50 hommes dans des wagons fermés ( tels des bestiaux ), sans ravitaillement, sans eau, ils allèrent peupler sinon même sur peupler ces camps désignés sous les noms de : « Stalags » avec pour chacun d’eux, un chiffre et une lettre, et que les dirigeants de cette Allemagne dans leurs « prévisions », avaient installé un peu partout dans le pays ! ..

Faisant partie de cette « cohorte en guenilles », qu’était devenue une partie de cette « invincible armée française », notre homme, ce volontaire à avoir choisi d’être Français, après un mois d’errances, dans les colonnes à pied ou entassé dans des wagons, respirant les relents de crasse, d’urines et de tinettes débordantes de leur contenu d’excréments, dévoré en plus par les poux et exténué de fatigue par les privations et les conditions de marches ou de transports, arriva le 7 juillet dans ce lieu de « villégiature » que le « Grand Reich » avait préparé pour tous ces français déjà habitués aux « vacances » ! ...

« Stalag 1 B » était la désignation du lieu, situé à une cinquantaine de kilomètres de la frontière lituanienne, aux confins de la « Prusse-Orientale », cette région séparée du reste de l’Allemagne par ce « trop fameux couloir de Dantzig », pour lequel les Français ne voulaient pas mourir ! .. Avec la vie sauve, on s’était chargé de les y conduire, afin qu’ils puissent à l’avenir bien le situer ! ..

Parqués dans ce vaste enclos ceinturé de larges et hautes clôtures, sous surveillance constante de gardes armés, en position dans de hauts « miradors » dominant le camp en tous points, ces hommes hier encore « soldats de l’armée française », n’étaient plus que des êtres, errant tel du bétail dans un enclos et marqués eux aussi dans le dos : par les grandes lettres « K. G. » peintes en blanc sur leur vareuse ou leur capote et signifiant : « Kriegs Gefangen » ( en français : prisonnier de guerre ) ! ..

A traiter en principe par l’ennemi, suivant les règles fixées par les accords et conventions de Genève, le prisonnier, ne pouvait être mis dans l’obligation de travailler pour lui ! .. Par contre, dans le cadre de son devoir patriotique, il devait tout mettre en œuvre pour tenter l’évasion, rejoindre son pays et s’enrôler à nouveau dans son armée ! .. Entré là de force parmi quelques milliers d’hommes, jugeant très vite d’une promiscuité insoutenable, sans les moindres conditions d’hygiène et toujours contraint de « jouer des coudes » parfois sans résultats, contraint de s’incliner devant la brutalité bestiale de certains pour obtenir un minimum de nourritures, notre homme ne pouvait que voir venir là, à bref délai, l’état de démoralisation, de décrépitude physique, entraînant avec elle la maladie et pour finir : la mort ! ..

Il avait sauvé sa vie au cours de cette « mini-guerre », malgré les risques et contrairement à d’autres ! .. Il n’était pas question qu’il puisse prendre les risques de la laisser là dans ce camp transformé en enclos pour troupeaux ! .. Pour cela : il n’avait vu qu’un seul moyen : sortir de là, en se proposant pour le travail ! .. Rien en son âme et conscience ne pouvait le lui interdire ! .. Volontairement pour cette France, plus que beaucoup d’autres, il avait fait son devoir ! ..

Tenter l’évasion ! .. Il n’en était pas question ! Son pays d’adoption qu’il avait volontairement servi, l’avait non seulement trahi mais abandonné à la décision de l’ennemi ! Il devait d’ailleurs pour cela, parcourir des milliers de kilomètres à travers un pays hostile, dont il n’avait aucune connaissance de la langue ! .. Une telle tentative n’avait pour réussir qu’une chance sur dix mille ! .. D’autre part : son armée à rejoindre dans ce cas, n’existait même plus ; elle était en totale décomposition et en partie parquée dans ces différents camps ! ..

Ce devoir d’évasion pour lui était totalement à exclure ! .. N’étant pas là par sa volonté et s’estimant libre de tous engagements, il se devait d’en sortir au mieux par tous les moyens ! .. « Là peut-être était sa revanche qu’il pouvait savourer ! .. Il ne manqua pas de la saisir ! ... » Ce fut ainsi, que pendant près de cinq années, dans une très importante exploitation agricole, il travailla sans complexes pour le « Reich » et dans ce qui était sa profession le bâtiment qu’il y exerça étant chargé de l’entretien des différentes habitations et locaux de l’exploitation ! ..

Vivant là, au sein même de ce peuple allemand, il eut tous loisirs de le juger dans son courage, sa discipline, sa soumission au travail et surtout à l’exigence de ses chefs envers lesquels il manifestait une confiance aveugle, surtout pour ce « Fûhrer » quasi vénéré qui pour ce peuple avait sauvé l’Allemagne et venait même de le venger de sa défaite devant la France en 1918 ! .. Au constat de tout cela, il n’était pas interdit de comprendre les causes de la débâcle de l’armée française ! .. Il manquait à ses hommes et à ses chefs, une part importante de cet esprit de sacrifices, de discipline et de patriotisme qui sont indispensables dans le soutien d’une guerre pour la mener à la victoire ! ..
Tout cependant, pour ce peuple et pour son armée, n’était pas encore entièrement joué ! .. Les grandes ambitions du chef, doublées de ses erreurs tactiques, devaient au cours des années à venir, plonger cette Allemagne, son armée et son peuple dans le plus grand des désastres ! ..

Sa grande victoire remportée en juin 1940 sur l’armée française, ne lui avait pas permis de régler le sort de l’Angleterre qui retranchée dans son île avait été loin de capituler ! .. La fréquence et l’intensité des bombardements de ses villes par l’aviation, n’entamaient pas le moral et la ténacité des britanniques et un débarquement sur son territoire depuis les cotes françaises était des plus hasardeux ! .. Estimant avoir présumé de ses forces et de ses ambitions, il se contenta d’occuper le terrain conquis sur la France et prépara sa campagne vers l’est ! ..

Ce 22 juin 1941, un an après la capitulation de la France, ayant depuis plusieurs semaines massé des troupes aux frontières, il lança ses divisions sur la Russie, attaquant simultanément dans plusieurs secteurs et par surprise ! .. Ce maître du Reich pouvait-il se douter alors qu’à l’instar de Napoléon le 23 juin 1812, il venait de commettre la plus grande erreur stratégique de tous les temps, qui devait anéantir à la fois son armée, l’Allemagne et son peuple ? ..

Après avoir déployé ses armées et remporté des victoires : ( campagne de Pologne, de Hollande, de Belgique, de France et même en Afrique du Nord ), se heurtant tout de même à l’Angleterre, il les engagea sans préparation préalable, ( tout comme l’empereur en son temps ), non seulement contre une armée inépuisable en hommes ( sacrifiés « cher à canons » ), mais aussi dans l’hostilité des vastes étendues et des hivers interminables et rigoureux ! ..

Néanmoins, ces hommes allaient supporter de tels supplices durant presque quatre longues années, pour après une terrible retraite, finir dans un total anéantissement pour eux et pour leur pays tout entier ! .. « Y avait-il là : un juste retour des choses dans l’histoire ? .. »

A ce conflit mondial, par son extension jusque dans le pacifique ( Japon contre états Unis d’Amérique ), il fallut la totale coalition des pays occidentaux pour en venir à bout par les victoires sur le « Nazisme et sur l’empire du Soleil Levant » ! .. Tout cela, durant presque cinq années, fut suivi « en spectateur attentionné » par notre prisonnier, toujours dans ce même lieu de la Prusse-Orientale, où « volontairement » il avait été conduit à travailler, attendant patiemment la fin de la tourmente qui l’avait conduit là ! ..
De ce séjour « forcé », il n’a jamais nié en avoir fait le bon choix, lui ayant permis de le vivre dans d’assez bonnes conditions tant morales que physiques, même si au bout du compte, la sortie ne fut pas sans risques ! .. Il se trouva en effet contraint de quitter ces lieux dans un exode hivernal ( janvier 1945 ), devant l’avance des troupes soviétiques et ayant à supporter des températures de moins 25 à moins 30° en dessous de zéro ! .. Le calvaire était pour lui autant que pour tout un peuple fuyant dans les mêmes conditions les sévices de toute nature qui lui était infligé par les « hordes barbares de Staline, véritables descendants d’Attila » déferlant en vagues inépuisables sur cette région ! ..

Avides de razzias sur le pays, de viols et de tueries, ces hordes déchaînées, ne faisaient aucune distinction entre hommes, soldats allemands et prisonniers français, parmi lesquels un grand nombre trouvèrent la mort sous les rafales de leurs mitraillettes, alors même que paradoxalement, ils étaient depuis des mois attendus en « libérateurs » ! ..

« Pour lui : la chance encore là, était à ses cotés ! .. »

Il fut tout de même contraint après une « libération à risques », de séjourner durant six mois, dans ce « Paradis soviétique » où entre autres contraintes, lui furent imposés les discours donnés par les comités de propagande sur cette idéologie communiste à instaurer dans le monde pour le bonheur des peuples opprimés ! ..Tout cela, malgré le « matraquage imposé », loin de le convaincre, ne l’empêchait pas de se poser les questions :

« Etait-il considéré libéré ? .. Ou bien était-il un otage ? .. Et dans ce dernier cas : Quel en était l’enjeu ? .. »

A approfondir la question : « Pouvait-il encore faire confiance à la France dont il s’était déjà considéré trahi en juin 1940 ? .. »

Après six mois passés entre les « griffes du petit père des peuples le nommé Staline cet autre tyran à prendre le relais », transféré enfin à Odessa, ce fut à bord d’un paquebot de « sa majesté britannique », qu’il débarqua à Marseille le 7 juin 1945 ( cinq années jour pour jour après la date fatidique de sa reddition aux vainqueurs allemands ) ! ..

Il avait ainsi fait le tour de l’Europe, ce qui ne manqua pas de lui remémorés cette « voyante » consultée lors de la fête foraine de son quartier en 1938 et qui lui avait déclaré : « Je vous vois faire un long voyage ! .. »

« Elle avait vu juste ! .. Et il était fait ! .
Avec cette hâte ( bien compréhensible ) de retrouver les siens après ces cinq années d’absence, lui venait aussi la question : « Qu’allait-il retrouver, autant dans sa famille, que dans ce pays, après tant de bouleversements ? ..

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13 - APRES la DECEPTION : l’INDIFFERENCE

Avant encore accès définitif à la « liberté », il fallut passer par les formalités exigées par les « services français d’accueil aux rapatriés », y déclinant : nom, prénom, unité de mobilisation, non et lieu du camp de « séjour » en Allemagne etc ; etc ; !..

Enfin en possession des différentes pièces attestant de toutes ces mentions, il s’empressa d’informer les siens par envoi d’un télégramme, portant mentions : « Suis à Marseille stop ! Arrive demain stop ! .. Signé Louis ! .. » Il n’avait de sa famille, aucune nouvelle depuis le mois de novembre 1944, ( date de la dernière lettre reçue ) ! Les siens n’en avaient pas plus de lui-même ( tout envoi de courrier ayant été exclu depuis ) ! ..

Comme prévu dans son télégramme, il était dans les bras de sa Mère le lendemain, retrouvant en même temps tous les siens, ( qu’il avait quitté voilà cinq années ) et tous en parfaite santé ! .. De ce point de vue là, il n’avait pas à se plaindre non plus ! Un peu amaigri, par les restrictions imposées au cours de ces six derniers mois ! .. Aucune autre altération physique, sinon la perte de son opulente chevelure préalable, ce qui provoqua un peu de tristesse à sa Mère, contre laquelle il lui répondit : « il fallait bien leur laisser quelque chose ! .. »

Il faut bien dire : que de sa santé physique et morale, il n’avait pas cessé d’en prendre le plus grand soin, mettant bien à profit la situation privilégiée qui lui avait été offerte et qu’en somme, il n’avait pas laissé passer, en dehors de toute autre idée de « devoir et de patriotisme », estimant que pour cela, il avait déjà payé, plus qu’un grand nombre d’autres et qu’en plus, on lui volait là, quelques belles années de sa jeunesse ! ..

Partant de cette réalité et de ce constat, il devait à présent : « orienter son retour dans cette société ! .. » Passé quelques jours dans l’euphorie et la joie des retrouvailles parmi les siens et les amis, « le jeune conscrit » parti enthousiaste et confiant dans sa naïveté, avait : avec la « déroute » de cette armée française et la « honte » de la défaite, fait provision d’expérience à travers les épreuves imposées et vécues ! ..

Aussi, « ruminant » toujours sa déception sinon ses regrets pour un choix volontaire dont il s’estimait avoir été victime, « nationalité, drapeau, patriotisme ! .. » tout cela, le laissait pour l’heure dans une totale indifférence, conscient, que d’autres avant lui et pendant qu’il y croyait encore, avaient déjà renié tout cela face au combat contre l’ennemi ! ..

Aussitôt connu son retour et sans la moindre perte de temps, il fut contacté par les dirigeants locaux de cette formation déjà constituée : « l’Association des Prisonniers de Guerre » ! .. Oui, de cette guerre qu’aucun des leurs, comme d’ailleurs lui-même n’avait faite, un grand nombre par refus, et d’autres tel que lui par le dépôt des armes sans même s’en être servi ! ...

Se refusant catégoriquement à toute adhésion dans cette association, pour laquelle il ne se reconnaissait pas, il répondit même : qu’ayant eu à subir l’humiliation de la captivité par la honteuse défaite et le dépôt des armes ( sur ordre de ses officiers ), il ne s’en faisait pour autant, aucune gloire et ne revendiquait donc aucun droit, encore moins celui d’arborer à la boutonnière cet insigne des infâmes barbelés, dont il garderait sans cela, le souvenir ! ..

« Par ce refus, il marquait déjà bien ses limites et son état d’esprit ! .. Qu’on lui fiche la paix ! .. »

Dans ce pays qu’il retrouvait après la longue absence et qui sortait à peine et avec difficultés des longues années d’occupation par l’ennemi, il y découvrit très vite la grande place faite à ces « résistants », revendiquant haut et fort la libération de la France et à travers elle : la victoire sur l’ennemi ! .. Paradoxalement et sans faire trop d’efforts, il était clair de constater : qu’un grand nombre de ces « nouveaux héros » ou prétendus tels, étaient de ceux qui en mai - juin 40, terrorisés et « morts de trouille », s’étaient empressés de prendre la fuite à l’approche même des « boches » sans même tenter de leur opposer la moindre résistance ! ..

Sûr : que de ceux là, notre rapatrié avait dû en voir passer dans son secteur, sans armes ni barda, avec pour seul objectif, cette rive gauche de la Loire, avant que ne sautent les ponts ! .. Après désertion devant l’ennemi et débandade suivie de fuite les mettant hors de risques, ils furent eux aussi, de ceux qui acclamèrent le « vieux maréchal Pétain », reconnu à la quasi-unanimité des français « le sauveur de la France », mettant fin à cette guerre qu’ils se refusèrent à faire, heureux qu’ils étaient de retrouver la paix et avec elle : à nouveau les plaisirs et la joie de vivre dans : « cette belle France ! .. »

« Hélas ! .. Pour tous, ce fut une illusion déjouée par cet ennemi occupant, auquel eux même avaient ouvert la voie, dans laquelle il s’était engouffré ! .. »

Face à cette situation, qu’ils n’avaient pas envisagé de la sorte : la France coupée en deux, avec pour nombre d’entre eux se retrouvant dans la partie dite « libre » avec pour capitale Vichy, ils se rangèrent sous la bannière du « sauveur », acceptant de gaieté de cœur sa devise : « travail ! famille ! patrie ! » ! .. Tout alors était « bon à prendre », plutôt que la guerre ! ..

L’histoire cependant, ayant ses revers pour certains et façonnant à sa manière le cours des événements, fit que cet ennemi occupant le pays, sous la pression conjuguée des coalitions, perdit de sa puissance à pouvoir s’imposer, avec même l’impossibilité apparente de prétendre à la victoire ! ..

Voyant alors « tourner ce vent de l’histoire » et pressentant même la défaite de l’ennemi, déjà pour ainsi dire « aux abois de toute part », ils prirent « sans trop de risques « les fusils avec pour emblème : « la Croix de Lorraine » du général de Gaulle, reniant du même coup, le vieux maréchal et tout son gouvernement de Vichy instauré depuis trois ans par la majorité des français ! ..

Ainsi : paradoxalement, sortirent de l’ombre les « Maquis et leurs maquisards ! .. » Ils allaient à eux seuls : « bouter ces allemands hors de France ! .. » Traqués déjà sur tous les fronts, ils présentaient peu de risques à pouvoir en profiter et ainsi : « sauver l’honneur et s’octroyer le triomphe ! .. »

Dans cette nouvelle armée, pour le moins « hétéroclite » de dernière heure, apparurent en son sein, un très grand nombre de « nouveaux officiers » ! . Ainsi, sans les moindres complexes, tel caporal-chef dans cette autre armée de juin 1940, s’était instauré « capitaine », prenant le commandement d’un groupe de ces maquisards ! .. Tel autre, sergent-chef à la même période, s’était cousu sur les manches et les épaulettes : « les cinq barrettes de colonel », prenant lui d’autorité, le commandement d’une région ! ..

« L’Allemand allait voir alors de quoi ces français étaient capables ! .. » A vouloir trop démontrer, ces « officiers d’opérette », sans les moindres connaissances de stratégie au combat et prenant pour eux-mêmes les moindres risques, lançaient dans les opérations des jeunes gens ( adolescents tout au plus ) mal armés et sans la moindre expérience, contre des unités ennemies, parfaitement équipées et formées depuis longtemps déjà à tous les combats, ce qui ne pouvait se traduire que par de nouvelles hécatombes parmi ces jeunes ! ..

Ceux qui y étaient pris, considérés : non comme soldats mais comme « partisans », craquaient sous la torture, livrant tout un réseau, qui était lui aussi, rapidement et totalement anéanti, sans pour autant que le « donneur » ait eu la vie sauve ! .. Il était lui aussi, exécuté ou dans le « meilleur des cas déporté », ce qui correspondait le plus souvent à la mort lente dans un camp ! ..

Dans les cas de victimes ennemies tombées dans des embuscades, ce dernier avait alors recours aux prises d’otages parmi la population du lieu ! .. Tortures, exécutions sommaires et déportations, faisaient partie des méthodes expéditives de représailles contres ces « coups d’éclats », pendant que leurs auteurs prenant « courageusement » la fuite, se dispersaient dans la nature, ( les forêts de préférence ) ! .. C’est ainsi qu’ils faisaient la guerre, laissant aux autres les risques ! .. En somme, pour eux, comme généralement dans les incendies, on faisait la part du feu avant d’arriver à l’éteindre ! ..

Toujours paradoxalement, dans cette « armée des ombres », déjà divisée en son sein par des idéologies différentes, les « communistes eux aussi firent leur apparition » ! .. Véritables défaitistes, saboteurs et aussi déserteurs en 39-40, se refusant à la guerre contre leur « petit père Staline », l’allié de Hitler, (passibles alors du poteau d’exécution et responsables eux aussi de la débâcle ), voilà qu’ils s’avisèrent avec les moindres risques de prendre aussi le fusil contre l’Allemand, qualifié de traître au « pacte germano-soviétique » ! ..

S’appuyant sur « l’héroïsme et le sacrifice exagérés de l’armée Rouge dans l’écrasement du nazisme » : ils revendiquèrent haut et fort la victoire finale, prétextant en cela, le droit de gouverner le pays, faisant appel dans ce but, aux pressions exercées par leur « dictateur régnant encore : Staline ! .. »

Tous ces « résistants » dans ce « magma hétéroclite », ne furent pas des « insurgés de dernière heure » ! .. Nombre d’entre eux, n’ayant pas accepté ni supporté la honteuse défaite et ayant échappé à l’humiliation de la captivité, reprirent aussitôt le combat qu’ils menèrent dans l’ombre contre l’occupant, avec les véritables risques de capture qu’ils durent affronter, à la fois contre l’ennemi, mais pire encore contre les dénonciations de certains français eux-mêmes, dans un pays divisé idéologiquement : « pour ou contre l’occupant » ! ..

Ces hommes à juste titre « héros de l’ombre », furent dans leur ensemble : peu nombreux ! .. A peine 55 000 ( de source digne de foi ), alors même qu’extrait des mêmes sources, 48 000 médailles de la résistance furent décernées parfois un peu trop généreusement ! .. Ces « vrais résistants de la première heure », menèrent le combat sous plusieurs formes, parfois même œuvrant dans les deux camps, afin de mieux dissuader l’opposant ( allemand ou français ) ! ..
Tombés malencontreusement entre les mains de l’ennemi, traités en « partisans », ils étaient après de multiples tortures afin de découvrir les réseaux et leurs têtes, exécutés dans la plupart des cas ! .. Nombre de ceux qui durant ces années menèrent la lutte clandestine, restés dans l’ombre et dans l’anonymat, après la libération, ne s’octroyèrent pas des galons ! .. Tout simplement, pour ceux qui les avaient déjà, ils gardèrent leur rang, restant ce qu’ils étaient : « des français patriotes ayant fait leur devoir ! .. »

Avec et grâce au concours des armées alliées, beaucoup plus que par ces « nouveaux combattants de dernière heure », la France fut libérée de l’occupant, pour bientôt pouvoir fêter aussi la victoire totale sur l’Allemagne et avec elle sur le nazisme et son cortège de terreur ! .. Etait-ce cependant terminé pour autant ? .. Certes, le terrorisme nazi était vaincu, son initiateur n’était plus ! .. Pourtant : on avait laissé ouverte la porte à l’extension du communisme de Staline sur une partie de l’Europe ! .. Profitant de cette « aubaine » et de la « gratitude » qui lui était accordée par les autres alliés, il imposa par la force son autre terrorisme idéologique sur ces pays à l’est du continent, avec même les risques qu’il ne l’instaure en France ! .. Dans ce but, le dictateur avait exigé le bon accueil dans le retour de ces communistes « déserteurs devant l’ennemi en 1939 et réfugiés sous sa haute protection à Moscou ! .. »

De tout cela déjà étalé et découvert à ses yeux, notre prisonnier libéré, n’était pas encore au bout des « anachronismes » à constater encore dans cette société et pour lesquels, se posant des questions : il n’en trouvait pas les réponses ! .. C’est ainsi : qu’avec écœurement, lui apparurent : les « règlements de comptes entre français ! .. » La « délation » faisant loi, sur simple dénonciation anonyme, le plus souvent sans fondement, le « soi-disant résistant », traquait le « collaborateur » ou désigné comme tel, par simple jalousie ou acte de vengeance ! ..

Sommairement jugé par un « tribunal d’exception », composé parfois même par ceux qui quelques mois auparavant se situaient encore dans le même camp, ils étaient condamnés pour collaboration avec l’ennemi et tout aussi sommairement exécutés ! ... Dans ce jeu de « roulette » se trouvaient ceux qui avaient su en temps opportun, changer de camp ; « tournant au gré du vent tels des girouettes », ceux-là, étaient à glorifier ! .. Quant aux autres : ceux qui n’avaient pas su ou qui avaient opté pour une certaine neutralité, considéré suspects, ils étaient à condamner ! ..

Dans un tel « maelström délétère et nauséabond », certaines femmes aussi, vécurent leur « calvaire » ! ..Une telle, dénoncée aussi, par jalousie ou vengeance, à avoir entretenu des rapports avec un allemand ; telle autre simplement vue en compagnie ou en conversation avec l’un d’eux, l’une et l’autre, jugées coupables de liaisons intimes avec l’ennemi, par ces mêmes « juges résistants de dernière heure », étaient condamnées à la « tonsure, crâne rasé en public », sous les acclamations de la foule en délire, les couvrant en plus d’injures et de qualificatifs déshonorants, le tout digne des mœurs d’un autre âge ! ..

Après toutes ces années d’austérité imposée par le vainqueur, il fallait bien que les Français réapprennent à se distraire, et cela par tous les moyens même par les plus abjects donnés en spectacle, tels ces jeux du cirque sous les romains par les sacrifices des autres ! .. Coupables parfois : savait-on seulement de quoi ? ..

Une suite à tout cela, lui était encore à découvrir dans cette France retrouvée, qu’il n’arrivait pas encore à assimiler ! .. Aux yeux de cette « nouvelle république réinstallée », ( la précédente étant à bannir, rendue responsable de la défaite ), ces hommes à avoir dirigé cet « Etat français de Vichy », durant ces quatre années, « en collaboration avec l’occupant », étaient eux aussi à juger ! ..

Pour cela : on constitua un « tribunal d’exception », devant lequel fut appelé à comparaître le « vieux maréchal », avec accusation : « avoir négocié avec l’ennemi, l’arrêt des combats et l’Armistice en juin 1940 » ! . ( Il avait pour cela, reçu l’approbation de 95 % des français ) ! .. « Avoir ensuite usé des pleins pouvoirs pour diriger le pays en partie occupé par l’ennemi » ! . ( ces pleins pouvoirs lui avaient été octroyés : par la majorité des dirigeants politiques dans la panique et la déroute de l’armée, dont ils étaient eux-mêmes responsables par leur incapacité à gouverner le pays dans la guerre ! ..

Jugé pour cela : « traître à la patrie ! . », il fut condamné à mort ! .. Gracié cependant par le général de Gaulle, il n’en fut pas moins emprisonné à l’île d’Yeux avec destitution de tous ses titres militaires et de ses droits civiques ! .. « Ainsi fut traité le héros de Verdun en 1916 et celui qui devant la défaite irréversible en juin 1940, limita avec l’accord des français les affres de la débâcle » ! .. Ainsi s’écrit l’histoire ! ..

Il ne fut pas le seul ! .. Dans cette « rage » à trouver des coupables à juger, un grand nombre d’autres, sous les mêmes accusations, tombèrent sous les balles des pelotons d’exécutions ! .. On peut y citer le chef du gouvernement de Vichy : Pierre Laval, ainsi que le chef de la « milice » : Joseph Darnan ! .. Ce dernier, déclaré lui aussi « héros national » par toute la presse française en février 1940, fut jugé « traître à la patrie » et fusillé en 1945 ! .. A cela : notre rapatrié, l’ayant côtoyé en qualité d’officier commandant la section « corps-francs » dans son même bataillon et l’ayant vu à l’œuvre contre l’ennemi en février 40, ne pouvait admettre cet homme « pro- allemand » ! .. Il le voyait plutôt en lutte contre le « danger du bolchevisme », que combattaient les Allemands ! .. d’Où son ralliement à leur coté dans le combat pour cette même cause ! ..

Autres écrivains et journalistes, combattant avec leurs plumes, les risques de ce même danger, subirent eux aussi, le même sort ! .. Tous ces hommes : dirigeants, écrivains, journalistes, aux yeux de leurs juges, n’avaient pas su choisir leur camp durant ces quatre années ou bien même, n’avaient pas su « virer de bord », comme certains de ceux qui s’étaient chargés de les juger, avec cette « rage » de les éliminer ! ..

Dans « l’acharnement » porté sur eux, on oublia ou on ne voulu pas voir les vrais coupables de la défaite, qui à travers elle, avaient engendré ce gouvernement de Vichy ! .. Tous ces politiques dirigeants de ces gouvernements qui s’étaient succédés dans les années 1938 - 39 et 40, qui avec un aveuglement total et condamnable avaient engagé le pays dans une guerre perdue d’avance, avec toutes les conséquences qui en découlèrent, cédant ensuite les dégâts à un vieillard, nanti des « pleins pouvoirs », qu’avec hypocrisie ils lui avaient accordés ! ..

Non seulement on ne reconnut à ces hommes, aucune responsabilité, mais on en installa encore certains d’entre eux dans des ministères de cette « nouvelle république » ! .. Tel était le « fatras et l’imbroglio », dans lequel notre rapatrié retrouvait la France ! .. Une société plus divisée, qu’il ne l’avait quittée et dans laquelle il n’arrivait pas s’introduire ! .. « Naviguant ainsi à tâtons dans ce brouillard » : une chose dans ses réflexions arriva à le soulager : « Son éloignement du pays par la captivité, lui avait évité ce choix crucial et énigmatique de l’un ou l’autre camp ! .. Se disant : qu’il aurait pu aussi, ne pas choisir, il ignorait encore : que dans de telles circonstances, Ne pas choisir, était choisir quand même ! .. »

« Ayant dans ces conditions évité le pire dans cette France divisée pour longtemps », il y était reconnu comme d’ailleurs tant d’autres : « Ancien Combattant » à ce titre cette patrie reconnaissante, pour laquelle il avait volontairement opté, le gratifia d’une « Retraite annuelle » s’élevant à la somme de : 2 616. oo Frcs. ( évaluation en 1998 ) non aliénable, exempte de tout impôt et payable par semestre

Nanti de ce titre et ainsi honoré, n’ayant cependant « combattu » sur aucun front, il se retrancha dans une certaine indifférence, ne cherchant à savoir parmi ces français : « Qui avait combattu ? .. Qui n’avait pas combattu ? .. » Plongé dans ce dilemme, il se refusa à assister à toute commémoration de cette victoire à laquelle lui, n’avait apporté la moindre participation ! ..

Pour lui, une seule commémoration lui revint tous les ans : celle de ce jour fatidique où on lui avait donné l’ordre de déposer les armes devant cet ennemi vainqueur ! .. Ce fut ce 6 juin 1940, marquant pour lui la déroute de l’invincible armée française ! .. Et avec elle : les conséquences qui s’en suivirent ! .. Quant aux commémorations de cette victoire obtenue cinq années plus tard, il décida de les laisser à ceux qui dans un sursaut de patriotisme, affrontant les risques, et les sacrifices, souvent au péril de leur vie, y ont vraiment contribué ! ..

« Ils furent cependant moins nombreux que ce que l’on chercha toujours à lui faire croire ! .. Il découvrit très vite, qu’un grand nombre d’entre eux, s’octroyant cet honneur, ne furent que des « fantoches et des usurpateurs » à qui cependant pour certains on donna le titre de ( héros national et compagnon de la libération ) » ! ..

Pour ce qui le concernait, il ne savait qu’une chose : « On lui avait volé sept années de sa jeunesse » ! ..Ainsi témoigne ce naturalisé volontaire, conscrit dans cette armée française, prisonnier et rapatrié, sur ce conflit mondial dans ce XXme.siècle, auquel il a été confronté et duquel « Grâce à Dieu », contrairement à tant et tant d’autres, il en est sorti indemne, sans les moindres séquelles ! ..

Au bout du compte, « il tenait ainsi sa revanche » sur ces incapables et ces traîtres qui l’avaient conduit à cette « Débâcle » ! .. L’histoire s’écoulant, les années ont passé ( 53 ans déjà ) ! . Le temps atténuant tout, il a laissé avec l’âge
( 80 ans ) : rancœur, regrets, déception et indifférence ! .. Un seul souhait : « plus jamais rien de tel pour ses petits enfants ! . » Mais qui en 1938, pouvait déjà préjuger : « d’un tel cataclysme mondial ? .. » Les émules de Hitler et de Staline sont toujours nombreux dans le monde ! Aussi : c’est à leur génération qu’il appartiendra de savoir les découvrir et les neutraliser à temps ! ..

***************

Pour conclure : Il reste sur une question, qu’il s’est toujours posée :

« Dans cette France divisée durant quatre années 1940 - 44, les uns pour Pétain, les autres pour de Gaulle, pour certains les deux en temps opportun ! .. »

Quel eut été le choix de son camp ? ..

A une telle question, il n’a toujours pas la réponse ! .. Il laisse au lecteur le soin de la formuler ou de la supposer à sa guise ! .

F I N

Table des chapitres

N° page

1 Il était espagnol -------------------------------------------------------- 4

2 Abandon de Nationalité ---------------------------------------------- 6

3 Incorporé : Chasseur-Alpin ----------------------------------------- 9

4 Les Menaces de Guerre ---------------------------------------------- 13

5 La France Mobilise ---------------------------------------------------- 17

6 La Guerre en Chansons --------------------------------------------- 23

7 La France dans l’Immobilisme -------------------------------------- 31

8 Toujours dans l’Insouciance ------------------------------------------ 37

9 Encore l’Aveuglement ------------------------------------------------- 46

10 Le Déshonneur et la Raclée ------------------------------------------ 53

11 La Défaite et ses Conséquences ------------------------------------ 71

12 Le Temps de l’Humiliation ----------------------------------------- 81

13 Après la Déception : l’Indifférence ------------------------------- 88

E-mail : suarez@club-internet.fr

Site internet : http.//perso.club-internet.fr/suarez

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