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Paroles de Femmes

Célibataire, la femme gérait son salaire

Mme Jeanny Mirre

jeudi 1er avril 2010, par Frederic Praud

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet : http://www.lettresetmemoires.net/vie-et-acquis-quotidiens-femmes-au-20eme-siecle-exprime-par-ainees-parisiennes.htm

Ma mère était seule pour m’élever. Je suis née à Paris le 4 mars 1925. Nous étions locataires d’un petit logement sans confort, avec les toilettes et l’eau sur le pallier, comme beaucoup à cette époque-là. J’avais 4 ans à notre arrivée dans ce logement du 3 avenue Beaucour, en 1919. J’habite toujours à la même adresse 80 ans après.

Maman n’avait pas tellement de choix pour son travail surtout pour une personne de couleur. Elle travaillait comme cuisinière dans les maisons bourgeoises. Elle allait de maison en maison et souvent rentrait à 11 heures/minuit. La Jeannine n’était pas très fière car maman n’était pas là… J’étais toute petite et maman n’était pas rentrée. Elle laissait la clé sous le paillasson. Je ne dormais pas encore quand elle rentrait. Je l’attendais et mettais les couvertures par-dessus ma tête tellement j’avais peur de la solitude. Maman faisait des ménages chez des Comtesses, des Baronnes qui lui donnaient les jouets que leurs gamins ne voulaient plus.

Mon père avait laissé maman quand j’étais toute petite. Cela se faisait beaucoup à l’époque chez les gens de couleur. Maman s’est débrouillée pour élever sa gamine. Elle s’ingéniait à me mener une vie agréable ! Elle a voulu que je change de statut social et ne voulait pas que je fasse le même travail qu’elle. Elle me disait toujours, "Jeannie travaille bien à l’école car je voudrais que tu aies une autre situation que moi…" Elle m’a donné l’envie de réussir pour ne pas avoir la même existence qu’elle. Elle m’a fait faire mes études chez les sœurs de Saint Vincent de Paul. J’aimais l’école et j’ai bien travaillé car j’ai passé le brevet supérieur. Maman me disait toujours "Je voudrais que tu rentres dans l’administration. Il faut passer les concours administratifs !" pour avoir un travail sûr.

J’ai passé des concours et suis rentrée à la Poste à 17 ans. Si je n’avais pas passé les concours, j’aurais certainement fait comme les autres, vendeuse, infirmière, couturière…

Il y avait beaucoup de travail aux PTT avec une bonne ambiance. Nous étions toutes des jeunes de 17/18 ans aussi nous passions de bons moments. On riait facilement. On travaillait en brigade, le matin ou l’après midi. Libres l’après midi, nous étions une petite bande et nous allions faire les magasins… aux spectacles… La plupart des femmes étaient célibataires. Nous sortions ensemble, allions danser. Nous mangions à la cantine et avions notre après-midi. Nous conservions une cagnotte pour les vacances et nous partions ensemble.

Maman est décédée vers mes 20 ans. J’ai gardé le petit logement qui a quand même été transformé aujourd’hui. J’ai un petit studio, une petite salle d’eau, une petite cuisine…

J’aimais mon travail en brigade, aux chèques postaux. Je travaillais uniquement avec des femmes et quelques hommes mais comme chefs. Les hommes étaient chefs dans tous les services… Ces messieurs nous surveillaient. Toutes mes amies étaient célibataires. Les femmes collègues mariées rentraient chez elles voir leurs enfants. Elles nous enviaient mais avaient d’autres compensations ! Elles habitaient loin en banlieue et courraient toutes pour prendre leur train, rentrer à la maison s’occuper du mari et des enfants.

Je suis restée volontairement célibataire. J’ai bien eu des occasions mais je ne me suis pas mariée. J’aurais aimé avoir un enfant mais j’ai réfléchi à la vie qu’avait eue ma mère. Nous n’avions pas de moyens de contraception à l’époque… Il fallait faire attention ! On parlait des avortements à mots couverts mais cela a bien dû arriver ! Nous en parlions peu entre collègues.

Célibataire, la femme gérait son salaire. On en disposait comme on en voulait et nous avions une vie assez agréable si on gérait bien son budget.
Il était important pour moi de pouvoir voter. Je me suis sentie responsable… J’ai alors pensé que "si on reconnaît notre droit de vote, c’est que l’on reconnaît notre statut de femme." C’était un acquis. On n’était pas malheureuses, mais on n’avait pas le droit de faire ci ou ça. Les femmes avaient leur mot à dire !

J’étais obligée d’être syndiquée au bureau aussi je me suis syndiquée FO. Les femmes mères de famille pouvaient alors obtenir des avantages grâce aux syndicats. Nous avons obtenu certaines choses par le syndicat. J’étais à l’écoute de ce qui se passait pour les droits de la femme mais je ne me suis pas investie. C’était le truc au-dessus ! Françoise Giroud avait réussi à obtenir quelques avantages pour la femme et quand on a su cela, nous sommes allées à quelques réunions pour nous faire une idée de ce qui se passait

Je suis restée dans mon petit logement. Le temps a passé… J’étais heureuse comme ça. La vie est belle…

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet : http://www.lettresetmemoires.net/vie-et-acquis-quotidiens-femmes-au-20eme-siecle-exprime-par-ainees-parisiennes.htm


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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