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Paroles de Femmes : Aînées Parisiennes

femme et mère dans la communauté arménienne

jeudi 1er avril 2010, par Frederic Praud

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet : http://www.lettresetmemoires.net/vie-et-acquis-quotidiens-femmes-au-20eme-siecle-exprime-par-ainees-parisiennes.htm

Je suis née en France en 1929 à Marseille. Mes parents et grands parents sont arrivés en France en 1927 suite au génocide Arménien commis par les turcs. Leur vie n’était pas plus facile que pour les français. La communauté arménienne a une forte identité mais transmettait peu la mémoire de cette migration. Mes parents ne nous parlaient pas des atrocités qu’ils avaient vécues pour nous permettre de grandir normalement comme tous les autres petits. Nous avons eu une scolarité tout à fait normale. Nous étions quatre à la maison. Nous avons eu une enfance pauvre mais très heures car pleine d’amour. Mon père était maçon manœuvre. Nous avons vécu la guerre à Marseille.

À la fin de la guerre 1939/1945, il y eut une possibilité pour nos parents de retourner dans leur pays. Mon père rêvait toujours à ce moment en pensant retrouver son jeune frère qu’il avait perdu pendant l’exode. Il pensait le retrouver en Arménie ce qui n’a pas été le cas. Je pars à 18 ans vivre en Arménie soviétique avec mon père et ma mère. Ce fut un changement total pour nous. Nous sommes arrivés en 1948.

Je me marie à 23 ans en 1951 en Arménie, en Union Soviétique. Je vis ma vie de femme là-bas L’Arménie était très très pauvre par rapport aux autres pays qui formaient l’union soviétique. Nous n’avions pas de salaires payés régulièrement. Les femmes avaient les mêmes droits que les hommes car les salaires étaient si bas qu’ils ne suffisaient ni aux hommes ni aux femmes d’où un système débrouille généralisé dans toute l’union… Nous avions 8 heures de travail obligatoires dans la couture. C’était notre métier. Nous travaillions à domicile ce qui nous facilitait la vie car les horaires des écoles étaient soit dans la matinée, soit l’après midi… En dehors de ces heures de travail, il fallait courir pour trouver la nourriture, faire la queue partout. Nous n’avions pas de frigo, pas de machine à laver.

En Ukraine comme en Arménie, il y avait beaucoup de blagues sur l’Union. Après le décès de Staline en 1953, la vie a changé. Les langues se déliaient beaucoup plus facilement avec cette nouvelle liberté. Chaque fois que l’on parlait du communisme les gens disaient, "oh, c’est comme l’horizon, plus on s’approche, plus il recule." J’allais très souvent en Ukraine qui accueillait une communauté arménienne assez importante. Il m’est arrivé de parler avec une ukrainienne qui m’a expliqué, "nous estimons que depuis la révolution de 1917, la femme a un statut alors qu’elle n’en avait aucun avant. La majorité des gens vivaient à la campagne. Ils pouvaient faire l’amour derrière une botte de foin et l’homme pouvait partir. C’était à la femme de s’occuper d’élever des enfants. " C’était la vie dans les campagnes russes. Les femmes avaient acquis un statut avec la révolution. J’avais également entendu dire qu’il était impossible de voir des enfants d’ouvriers dans les universités, la révolution l’avait amené.

La femme en France n’était pas plus libérée que là-bas. On était marié en un mois et l’on pouvait avoir divorcé un mois après. Il n’y avait pas de biens car on habitait dans une seule pièce qui appartenait à l’Etat. La cuisine était mixte avec deux ou trois autres familles. Il n’y avait donc rien à partager, pas de bien pas de dispute pour le divorce. Arrivé en France en 1966, j’étais étonnée qu’il y ait encore autant de difficultés pour divorcer et qu’il y ait autant d’histoires pour le partage des enfants…

Nous revenons en France en tant que citoyen soviétique, en 1966 après des années de difficultés. Cela n’était pas facile non plus de trouver un logement, de retrouver nos papiers français, de trouver une école pour les enfants. J’ai retravaillé toujours dans la confection mais à la maison. J’ai voulu travailler à domicile pour toujours être présente quand les enfants sortaient de l’école, "garder toujours la porte ouverte pour les enfants". Je n’ai pas eu besoin ni de nourrice ni d’aide.

À l’image de mes parents, je n’ai pas parlé pas du passé aux enfants pour ne pas les marquer. Ce n’était pas très beau à raconter à des enfants. On évitait de parler de nos difficultés mais c’est différent aujourd’hui. J’ai trois petits-enfants auxquels je parle de l’Arménie. J’assure ce rôle aujourd’hui en tant que grand-mère : " faire garder le lien entre les enfants et l’Arménie". Je peux aujourd’hui en parler librement car chacun de mes enfants a trouvé sa place

Nous avons fait face à une indifférence et une incompréhension de la communauté arménienne vis-à-vis de la situation de l’Arménie soviétique. Ils voulaient bien nous aider mais se demandaient pour quelles raisons nous étions partis et pourquoi nous revenions. Il était difficile d’expliquer que c’était le régime qui était difficile à supporter, pas l’Arménie en tant que pays… Ils ne comprenaient pas notre parcours car ils n’avaient pas connu l’Union Soviétique. La communauté s’est réveillée lors du tremblement de terre de1988. L’Azerbaïdjan (d’origine Turque) en ont profité pour déclarer la guerre à l’Arménie. Très affaiblie par tant de malheurs s’abattant sur leur petit pays, les arméniens du monde entier se sont sentis concernés et une campagne de parrainage a été lancée. Moi et mes enfants parrainons une veuve qui a trois enfants. Ainsi les liens ne sont pas rompus.

L’Arménie ne s’est pas enrichie avec la liberté. Le pays est toujours aussi pauvre. La liberté quand on est pauvre ne représente peut-être pas grand-chose. Je suis une femme qui plaint les femmes arméniennes…Les droits des femmes restent acquis mais les conditions de vie sont difficiles.

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet : http://www.lettresetmemoires.net/vie-et-acquis-quotidiens-femmes-au-20eme-siecle-exprime-par-ainees-parisiennes.htm


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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