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CONGO,Itinéraire d’un musicien sans frontières

Gaston Anguila,dit Demayé

jeudi 15 avril 2010, par Frederic Praud

Texte Frederic Praud


Une jeunesse bercée par la musique congolaise

Je suis né en 1945 à Libreville, au Gabon. Mon père était milicien. Il avait fait l’armée française dans les tirailleurs. Il a donc beaucoup voyagé. Il est allé en Centrafrique et au Gabon. Il était d’origine congolaise mais il avait la nationalité française. Il a même reçu la médaille Le grand chevalier de l’ordre national de Légion d’Honneur. Nous sommes rentrés au Congo lorsqu’il a pris sa retraite en 1947. Je n’ai donc aucun souvenir du Gabon car j’étais tout petit lorsque je l’ai quitté. J’avais deux ans…

Au Congo, nous avons d’abord vécu à Brazzaville et après à Lokoléla, en province, car mon père, milicien, aimait les armes et la chasse. Il avait un permis et tuait les bêtes dans la brousse. Nous sommes ensuite allés dans la capitale, à Brazzaville. J’ai grandi là-bas. J’y ai commencé à faire de la musique.

J’évoluais dans un environnement de musiciens, de grands musiciens qui ont créé la musique congolaise, des gens comme Essous Jean Serge, Nino Malagret, de la lune, Nganga edourd et les autres. Enfant, je les fréquentais, je leur faisais des petites courses par-ci par-là. J’allais les voir dans leur local et j’assistais à leurs répétitions. Je les regardais travailler ! La musique congolaise a débuté à Brazzaville mais après, ces grands musiciens sont partis au Zaïre et ont fondé l’Ok Jazz, le plus grand orchestre symbole de la musique congolaise avec le grand maître Luambo Makiadi Franco.

J’étais un enfant très turbulent. Je n’allais pas beaucoup à l’école. J’étais un jeune du quartier ! Mais être jeune à l’époque à Brazza, ce n’était pas comme aujourd’hui. Ici, les jeunes ont du mal à trouver du boulot alors que moi, je me baladais, j’étais insouciant… Je n’avais pas cette notion de travail… Je jouais de la musique et à treize ans, je fréquentais déjà les plus grands musiciens congolais. J’avais bien sûr appris à lire et écrire le français à l’école mais je ne connaissais pas le solfège. De toute façon, à ce moment-là, les musiciens jouaient sans partitions !

De manière générale en Afrique, on joue la musique à l’oreille. Les sons, les accords, les modes, l’harmonie, sont des choses que l’on connaît sans les écrire. C’est comme siffler ! Dès que vous entendez un morceau, vous sifflez tout de suite ! La musique congolaise est née du folklore du pays travaillé par nos anciens et des compositions. Au début, on jouait surtout de la rumba. Elle a débuté au Congo, pas à Cuba ! Il y avait aussi la charanga, la salsa, etc.

C’est de la musique moderne mais dès que l’on commence à faire de l’harmonie, on sort du répertoire traditionnel. Je le connais bien et il me sert encore aujourd’hui mais chez nous, en Afrique, ce qui est dommage, c’est qu’on n’arrête pas de composer car interpréter les chansons des autres est considéré comme une faiblesse. Voilà pourquoi, en général, on a du mal à la comprendre la musique africaine… C’est une musique en perpétuelle évolution…

Vers l’âge de douze treize ans, je rêvais d’être un grand musicien, d’être connu. Je faisais souvent l’école buissonnière ! Je pense que je voyais trop loin, que j’étais en avance sur mon temps. J’avais l’esprit de création et ce n’était pas mon truc de rester assis sur une chaise. Alors, quand ma maman m’attrapait pour m’emmener à l’école, j’y entrais mais dès la récréation, je me tirais. Parfois, je m’éclipsais pendant un mois et elle me cherchait partout ! J’allais me promener avec mes copains, je dormais à droite à gauche, dans les squats. Seulement, à cette époque-là, ce n’étaient pas des squats comme on peut en voir actuellement à Sarcelles ou ailleurs ! C’était avant tout une joie de vivre, un plaisir…

Le jour ou maman me mettait la main dessus, je retournais à la maison et elle me renvoyait à l’école. Mais, j’avais toujours des bonnes notes ! Même après un mois d’absence, j’étais premier ou deuxième. D’ailleurs, je pense que si j’avais fait des études suivies, j’aurais réussi à avoir une très bonne place…Mais comme je n’ai pas eu de grands diplômes, j’ai toujours été obligé de me battre et aujourd’hui, je me débrouille. Je suis décorateur…

Á la maison, nous avions l’eau courante. Je vivais dans une grande ville ! Il y avait donc des trains, des avions, tout ! Enfants, on jouait beaucoup aux épées et à la balle. On attachait certaines fleurs ensemble, on en faisait une boule et on jouait à jongler avec. Les odeurs de Brazza étaient exotiques ! Il y avait celle des mangues, des papayes, etc. C’est ça l’Afrique !

Je suis entré à l’école comme ici, au même âge. Tous les jeunes du Congo parlent bien français ! Moi, j’ai eu quelques difficultés parce que j’étais souvent dehors. Mais l’école, c’est très important ! Le cerveau d’un gosse travaille et jusqu’à un certain âge, il apprend facilement. Ensuite, c’est beaucoup plus difficile si les bases du langage ne sont pas bien posées. Alors, j’ai dû beaucoup travailler et finalement, je me suis débrouillé…

Quand je descendrai de l’avion

En 1960, au moment de l’Indépendance, j’avais quinze ans. Pour nous, c’était un peu comme le rêve de l’an 2000, celui d’un monde nouveau ! On se disait : « Désormais, tout ira bien ! Les gens auront la liberté ! Nous dépendrons de nous-mêmes ! Nous vivrons une vie heureuse, sans guerre, sans colonisation ! » Bref, c’était l’euphorie dans la jeunesse. Malheureusement, l’Indépendance s’est traduit par la corruption, les coups d’Etats et beaucoup de difficultés…

Á l’époque, un jeune pensait surtout à bien réussir à l’école, à avoir des diplômes, etc. Au début, ce n’était pas mon souci mais je me suis senti concerné après, lorsque j’ai commencé à comprendre un peu la vie. Quand on est jeune, on ne se rend pas compte ! Mais à partir de quinze, seize ans, j’ai pris peu à peu conscience qu’on ne pouvait pas vivre de la musique, que je devais apprendre un métier. Seulement, je n’avais pas fait d’études, je n’avais pas de diplômes… Par exemple, pour entrer dans la police, il fallait au moins le Certificat d’Etudes ! Et je ne l’avais pas… Je me retrouvais donc un peu bloqué et c’est la raison pour laquelle, je voulais venir en France…

Pour moi, la France, c’était un rêve… On a beau dire à un Africain que la vie y est difficile, il faut qu’il vienne voir par lui-même pour s’en rendre compte. Une fois qu’il est déçu, il comprend… Mais sinon, il est impossible de convaincre un Africain que la France est mauvaise ! Nous par exemple, on se disait : « Quand je descendrai de l’avion, une fille m’attendra en voiture pour m’embarquer… » C’était facile ! On voyait ça au cinéma ! Mais la réalité était bien différente…

Quatre ans de pérégrinations à travers l’Afrique

J’ai quitté le Congo en 1965, à l’âge de vingt ans. En 64, j’avais besoin d’avoir une situation mais là-bas, ce n’était possible car je n’avais pas diplômes. Il fallait donc faire des boulots de manœuvre, des trucs comme ça. Quand papa est décédé, j’ai commencé à travailler dans une brasserie à Brazzaville, qui s’appelait Bralima bière (¢rimus), et en même temps, je continuais à faire de la musique avec l’orchestre OK Band. Je me suis mis à jouer de la guitare basse. Un soir, un monsieur qui s’appelait Django Sylvestre un grand guitariste, il m’appelait Faya, est venu nous écouter et m’a dit qu’il aimerait monter un orchestre en Centrafrique, à Bangui. Mon jeu de basse lui plaisait. Il a donc préparé le voyage et ensuite, on est partis. J’étais accompagné d’un ami qui s’appelait Olingo Merkys.

Malheureusement, arrivés à Bangui, nous n’avons pas pu avoir le matériel pour l’orchestre. Il était donc impossible de rester là-bas ! Alors, on jouait par-ci par-là… Il faut savoir que la musique congolaise a bercé toute l’Afrique. C’était l’époque de la rumba, de la musique cubaine, et il y avait de très bons musiciens. C’est pourquoi, lorsqu’un artiste congolais arrivait à Bangui, il avait un petit succès ! Même s’il jouait mal, les gens s’empressaient d’aller l’écouter. Les Congolais ont été les premiers à enregistrer la musique. En Afrique, il n’y avait pas de studios ! Sauf à Brazzaville et Kinshasa. Á partir de là, la musique congolaise était donc diffusée sur tout le continent africain.

Mais, je ne voulais pas rester à Bangui. Je voulais venir en France. Á ce moment-là, j’ai appris qu’il existait un orchestre congolais au Tchad, à Fort-Lamy, l’ancien nom de la capitale Ndjamena. Nous sommes donc partis mais en cachette, à la sauvette, car nos amis en Centrafrique n’auraient pas été très heureux qu’on leur dise que l’on voulait les quitter. Arrivés à Fort-Lamy, nous avons été accueillis à bras ouverts par les musiciens congolais. Quand vous arriviez comme ça à l’étranger, vous étiez toujours bien reçus par vos compatriotes ! C’était la belle vie à cette époque-là…

Nous avons donc commencé à jouer, à faire des déplacements dans les villes du Tchad, etc. Seulement moi, j’avais toujours l’intention de venir en France. Nous avons un jour fait un voyage du côté du Cameroun en compagnie de mon ami Merkys, près de la frontière. On jouait pour un barman. Mais lorsque notre contrat s’est terminé, on ne voulait plus retourner au Tchad ! Nous avons donc laissé le barman avec tout son matériel. Il est rentré avec à Ndjamena alors que de notre côté, nous avons continué à barouder. On s’est arrangé avec un transporteur qui convoyait des sacs de maïs. Nous sommes montés dessus et il nous a emmenés au Cameroun, à Maroua et à Garoua, au nord du pays.

On essayait de se renseigner par le bouche à oreille :
« - On est musiciens et on cherche un orchestre. Par hasard, il n’y en aurait pas un dans la ville ?
-  Si, si ! Il y en a un ! »
Nous sommes donc allés voir avec mon copain Olingo et en arrivant là-bas, on s’est présentés :
« - Nous sommes des musiciens congolais !
-  Ah ouais ! »
Ils nous ont pris tout de suite. Aujourd’hui, je pense que malheureusement, tout ça ne serait plus possible, avec les guerres, etc… Á l’époque, c’était après les indépendances et les choses étaient encore calmes…

Un périple africain

Á Garoua, nous avons donc joué un moment dans un groupe sur place, puis nous avons entendu parler d’un orchestre congolais de l’autre côté, au Nigeria. Nous avons donc quitté Garoua et le Cameroun pour Kano, mais toujours à la sauvette, sans dire aux autres que l’on partait, pour ne pas qu’ils nous retiennent…

Au Nigeria, on parlait anglais et je n’étais pas anglophone mais ce n’était pas un obstacle. Partout où je suis allé, que ce soit en Amérique, en Espagne ou ailleurs, je n’ai jamais eu de problème car mon langage, c’est la musique. Là-bas, nous avons joué avec des musiciens locaux et ainsi de suite… Les gens se déplaçaient pour venir nous écouter !

Ensuite, nous avons continué notre périple. Après le Nigeria, le Niger. Mais quand nous sommes arrivés là-bas, il y avait la guerre entre les Haoussas et les Ibos musulmans et Catholiques s’entre-tuaient. Les Catholiques qui étaient au Nord étaient massacrés, comme ceux qui étaient au Sud. Nous, on était musiciens et on jouait dans les bars mais souvent, les gens se saoulaient et cassaient tout ! Une fois, ils ont même voulu nous assassiner ! On leur a alors expliqué : « Nous ne sommes pas du Niger ! Nous sommes de Congolais ! » Et ils nous ont laissés… Les soldats de l’armée nigérienne nous ont ensuite transportés jusqu’à Zinder, près de la frontière.

Mais arrivés là-bas, on nous a arrêtés : « Qu’est-ce que vous venez faire ici ! Allez hop ! En taule ! » On avait beau dire que nous n’étions que des musiciens ! Ils nous prenaient pour des espions… Ils ont contacté Niamey, la capitale, pour faire une enquête et finalement, ils nous ont libérés… Á Zinder, nous avons trouvé un groupe et on a commencé à jouer avec lui. Á cette époque, les Congolais, c’était une mine d’or ! Toute l’Afrique était bercée par la musique congolaise ! D’ailleurs, jusqu’à présent, la musique africaine continue à s’en inspirer…

Par la suite, nous sommes allés à Niamey et là, c’était pareil. Nous avons intégré un groupe local, qui jouait dans un bar. On nous a reçu comme des rois ! « Ah, des Congolais ! » Á ce moment-là, je commençais à jouer un peu de guitare et je ne n’étais pas encore très bon mais j’étais congolais et c’était suffisant… On est resté un moment là-bas et après, j’ai appris qu’il y avait des musiciens au Burkina, à Ouagadougou. Ils avaient joué avec la génération des grands musiciens que j’avais connus au Congo et qui étaient partis au Zaïre. Ils étaient parents : frères, cousins, etc. L’orchestre Los Cangaceiros du petit frère de Essous, il y avait Wantino, Basile, Manguero, Ciseau.

Nigeria, Niger, Burkina, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal

C’est à cette occasion que mon copain Olingo et moi, nous nous sommes séparés. Il avait beaucoup de succès, des femmes, etc. Je n’ai pas eu autant de succès avec les femmes mais, c’est ce qui m’a permis de poursuivre ma route. Lui a eu beaucoup d’enfants, il avait beaucoup de succès et il n’a pas pu continuer… Quand je lui ai annoncé que j’allais partir, il n’était pas d’accord avec moi. Il voulait que je reste. Alors, j’ai payé mon voyage et je suis parti sans le prévenir… J’ai traversé le fleuve Niger et je suis descendu vers le Sud, à Bobo-Dioulasso. Ensuite, je suis remonté à Ouagadougou où j’ai retrouvé l’orchestre. Les gars m’ont accueilli en disant : « Ah, petit ! » Je suis un peu un musicien adoptif, ce qui fait que je connais tous les grands musiciens du Congo. Alors, quand je rentre au pays, j’ai mes entrées à la radio parce que tous ceux qui y travaillent sont des amis. C’est donc assez facile pour moi, je suis un peu de la famille.

Á l’époque, j’avais un grand frère qui avait quitté le Congo longtemps avant moi. Il faisait de la peinture. Lorsque j’étais à Bobo-Dioulasso, on m’a appris qu’il était installé en Côte d’Ivoire, à Bouaké. C’était un grand peintre là-bas ! Je lui ai écrit, et il est venu me voir et me chercher et nous sommes rentrés en Côte d’Ivoire à Bouaké. Quand je l’ai rejoint, il m’a dit :
« - Tu peux rester ici ! Á Bouaké, tu auras ton groupe !
-  Non ! Ça ne m’intéresse pas de rester ! Ce que je veux, c’est continuer ma route. »
Au bout d’une semaine, j’ai donc quitté mon frère et je suis retourné à Ouagadougou où j’ai retrouvé les musiciens de l’orchestre Los Cangaceiros. Et comme ils avaient un contrat au Mali, à Bamako, je suis parti avec eux.

Le problème, c’est qu’ils voyageaient avec femmes et enfants. Ils jouaient le soir et dormaient la journée. Au quotidien, c’était la vie de famille, les casseroles, le linge qui séchait, etc. Nous vivions tous ensemble dans un grand logement, un grand appartement. Alors, je me suis dit : « Ce n’est pas ma vie ça ! » Ensuite, nous avons quitté Bamako pour Tambacounda, la frontière entre le Mali, le Sénégal, la Guinée. Nous avons joué et fait des spectacles, puis j’ai appris qu’à Dakar, il y avait des groupes et comme d’habitude, je suis finalement parti sans rien dire pour le Sénégal.

Passeport vers la France

En tout, mon périple en Afrique a duré quatre ans. J’étais parti du Congo en 65 et je me suis retrouvé à Dakar en 69. J’ai commencé à entrer dans le bain, à rencontrer du monde, à jouer avec de très grands musiciens comme Laba Saussé ou Dexter Lexington Johnson dans un dancing qui s’appelait Etoile, je ne sais si ça existe toujours aujourd’hui. Á ce moment-là, Youssou N’Dour débutait ! Il était jeune ! Au milieu de tous ces gens, moi, en tant que Congolais, j’étais bien… Mais, après quatre ans de route, je voulais toujours venir en France et je n’avais pas de passeport. C’était un problème !

En quittant le Congo, j’avais fait une demande pour en obtenir un mais on me l’avait refusé. On m’avait dit : « Qu’est-ce que tu vas faire France ? Tu n’as même pas de diplômes ! » Et par la suite, je suis toujours resté le bec dans l’eau parce qu’en Centrafrique, au Tchad, au Cameroun, et dans tous les autres pays où je suis passé, le Congo n’avait pas d’ambassade. Soit disant, que c’est des pays amis et frères ! Le Sénégal n’échappait malheureusement pas à la règle ! Á Dakar, je ne savais donc pas quoi faire…

Finalement, je me suis adressé directement à l’ambassade de France. J’ai expliqué ma situation : « Je suis actuellement au Sénégal mais je suis Congolais et je n’ai pas de passeport. » L’ambassade a donc fait une demande pour moi. Elle a envoyé une lettre en précisant : « Vous avez un citoyen congolais ici et il n’a pas de papiers. Il faut lui faire un passeport ! » Et quelque mois après, j’ai eu mon passeport… J’étais heureux ! La France m’avait sauvé ! Mais, j’ai été obligé de le cacher sous le matelas car toute l’Afrique voulait venir en France ! Des Congolais, des Camerounais, des Maliens, etc. Je risquais donc de me le faire voler !

Réussir ou être réfoulé !

Á Dakar, je rencontrais souvent des compatriotes qui avaient économisé de l’argent, qui avaient acheté leur billet pour aller en France, et qui me disaient : « Allez au revoir ! Á la prochaine ! Je m’en vais ! » Ils prenaient le bateau mais arrivés à Marseille, ils étaient refoulés et la semaine d’après, je les retrouvais à Dakar… Ils n’avaient pas assez de papiers, ou pas assez d’argent, je ne sais pas exactement… Alors, je me posais des questions ! « Comment je vais faire ? »

Á l’époque, je jouais dans un bar. J’avais donc un peu d’économies. J’ai acheté mon billet de bateau jusqu’à La Palmas, aux Canaries. C’était une très belle ville ! Je commençais à ce moment-là à faire un peu de peinture. La plus grande place Santa Catalina, des peintres du monde entier exposaient leurs œuvres. Je me sentais un peu misérable en comparaison ! Quoi qu’il en soit, je me suis mis à chercher du boulot partout mais je n’ai rien trouvé… Je suis donc retourné à l’ambassade de France. J’ai dit : « Je suis ici et je n’ai pas d’argent… » On m’a dépanné de cinq cents francs français et on m’a signé un papier, précisant en espagnol : « No tengo trabajo. Me busca un trabajo para pagar mi pension ».
J’ai fait le tour de Las Palmas avec ça mais rien à faire… J’avais toujours droit à la même réponse : « No tengo nada ». « Los santos muchos no tengo trahajo ».

Finalement, par le bouche à oreille, j’ai quand même réussi à être embauché dans une plantation de bananes. C’était difficile comme boulot ! Pour les récolter, il fallait tailler et mettre des engrais : de la bouse et de la pisse de vache que l’on récupérait et dont on remplissait des tonneaux. On nous donnait des pantalons en caoutchouc pour entrer dans la merde… Après, quand c’était fait, on montait dans les camions et on faisait couler tout ça dans une glissière qui alimentait chaque arbre… Ensuite, lorsqu’on coupait les régimes de bananes, il fallait remonter la pente à chaque fois pour les charger dans les camions, puis redescendre… J’ai fait ça pendant un mois. C’était vraiment dur…

Á Las Palmas, le bateau pour l’Espagne ne passait que deux fois par mois, tous les quinze jours. Il ne fallait donc pas le louper ! Sinon, il fallait être patient. J’ai donc mis un peu d’argent de côté et j’ai acheté mon billet pour l’Espagne. Là-bas, j’ai rencontré des gens qui m’ont aidé. En arrivant là-bas, je n’avais pas d’argent. Mais, je ne pouvais pas dormir dehors ! Il fallait que je couche à l’hôtel ! Seulement, c’était trop cher. Alors, quelqu’un m’a conseillé d’aller en banlieue, où les prix étaient plus abordables. Là-bas, c’est une fille qui m’a reçu, elle s’appelait Lorenzo Pili. D’ailleurs, j’ai composé une chanson pour elle. Mais malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de lui jouer… Elle m’a accueilli même si je n’avais pas d’argent ! Elle m’a dit : « Ce n’est pas grave… » En plus, elle m’a même payé mon voyage et m’a même filé une bague… Je n’avais pas eu de rapports avec elle ! C’était juste une relation amicale…

Je suis ensuite parti à Madrid. Je savais qu’il y avait un Congolais là-bas qui faisait du ballet Diaboua (ballet national congolais), de la danse. Je suis donc allé chez lui. Il vivait dans une pension de famille. Quand il m’a reçu, il m’a dit :
« - Dans tout Madrid, il n’y a pas de boulot !
-  C’est terrible !
Mais au bout d’un mois, paf ! J’ai été embauché sur un chantier comme peintre en bâtiment et je me suis fait un peu d’argent pour pouvoir continuer mon voyage. J’avais juste de quoi payer le train jusqu’à Irun. Seulement, là où j’habitais, je ne pouvais pas prendre ma valise et me sauver ! J’ai dit à la dame qui m’hébergeait :
« - Je ne peux pas rester. Je n’ai pas d’argent, je vais partir…
-  Ce n’est pas grave, ça ne fait rien… »
Elle m’a laissé partir… J’ai eu de la chance ! Je n’ai jamais oublié cette femme-là… Je ne lui ai rien donné mais peut-être qu’en donnant à d’autres personnes, ça compense…

Une frontière poreuse

Arrivé à Irun, la police ferroviaire nous a fait descendre du train pour contrôler nos papiers avant le passage de la frontière. Mais, quand j’ai donné mon passeport, ils m’ont demandé :
« - Qu’est-ce vous venez faire en France ?
-  Je viens en France comme ça…
-  Non, non, non, non ! »
Ils m’ont rayé mon passeport… Il était tout bonnement annulé… Sur le coup, je me suis dit : « Merde ! Comment je vais faire ? Puisque je ne peux pas passer par la voie ferrée, je vais essayer la route. » Mais, une fois encore, on m’a renvoyé du côté espagnol… Je suis donc resté à Irun en attendant de trouver le moyen de franchir la frontière. Beaucoup de monde se faisait refouler ! La nuit, j’ai couché dans une maison en travaux, sans fenêtres et le matin avant l’arrivée des ouvriers sur le chantier, je me suis dit en me levant : « Il faut absolument que je trouve un groupe ! » Dans la rue, un passant m’a indiqué un chef d’orchestre qui habitait dans le coin. Je suis donc allé le voir. Il m’a dit :
« - Vous êtes musicien ?
-  Oui, je fais de la basse.
-  C’est bien ça ! »
Les présentations faites, il m’a emmené visiter le local où ils répétaient. Dans le groupe, ils avait un batteur, un accordéoniste, un guitariste, un saxophoniste, un flûtiste mais pas de bassiste. Ils m’ont donc acheté un ampli, une basse et j’ai commencé à jouer avec eux, à faire les fêtes locales, près de la Bidassoa, dans les localités du coin Olite – Campana etch.

La France était là, juste à côté ! Seulement, j’étais bloqué par le fleuve… Je voulais toujours franchir la frontière mais je ne savais pas comment faire… Là-bas, il y avait des passeurs. J’en ai donc rencontré un et je lui ai donné de l’argent. Comme d’habitude, je n’ai rien dit à mes copains et le jour J, le type m’a pris en voiture. En fait, il y avait trois frontières : celle ou passait le chemin de fer, celle ou se trouvait la police terrestre et une dernière dans la montagne. Arrivés là-haut, le gars nous a laissés à quatre cents mètres et lui est passé normalement. Á partir de là, c’est un autre type qui nous a fait traverser, derrière les gendarmes. Ensuite, l’autre nous a récupérés du côté français…

Après être passé à Hendaye et Biarritz, je suis arrivé à Bayonne, où je suis resté dans un centre culturel pour les jeunes. Comme je faisais des activités, ils m’ont donné une carte de membre de l’association. Au moins, j’avais quelque chose d’officiel ! J’étais membre d’une association culturelle française. Elle était située à côté du château.

Á Bayonne, je ne me suis senti à aucun moment étranger. Le Pays Basque fait partie des endroits les plus accueillants que j’ai connus. Je n’ai pas crevé de faim ! Il n’y a pas à discuter ! Là-bas, les gens sont très gentils… Ils sont courageux et ont le cœur sur la main… Sur place, j’ai trouvé un orchestre et j’ai commencé à jouer. Mais, je ne suis pas resté longtemps au Pays Basque ! Mon rêve, c’était de venir à Paris !

Arrivée à Paris : quand la réalité rattrape l’artiste

Je suis arrivé dans la capitale en 70. De Bayonne, j’ai pris le train jusqu’à la gare Montparnasse. Rapidement, j’ai appris qu’il existait une résidence de jeunes Congolais, avec des étudiants. C’était encore la belle époque ! Quand tu te faisais contrôler et que tu présentais une carte d’identité congolaise, il n’y avait pas de problème ! On te laissait passer ! Avec mon permis de conduire, c’était pareil ! Je conduisais ! En fait, c’est à partir de 74 que les choses sont devenues plus difficiles. Il fallait une carte de séjour et ainsi de suite…

Je me suis renseigné pour trouver l’adresse de cette résidence de Congolais. Ce n’était pas à la Cité Internationale ! Ils vivaient dans un bâtiment, du côté du XIII ème mais je ne sais plus exactement dans quel quartier. Là-bas, j’ai dit que j’étais musicien et on m’a envoyé voir le chef d’orchestre. Comme il n’avait pas de saxophone dans leur groupe, j’ai commencé à jouer du saxo avec eux et ils m’ont hébergé. Au début, je croyais pouvoir vivre uniquement de la musique ! Mais à un moment, j’ai dû me rendre à l’évidence… La vie était trop difficile… Á cette époque-là, ce n’était pas comme maintenant !
Il n’y avait pas encore de radios libres, de producteurs ou d’agents de spectacles ! Alors, même si tu créais des œuvres, ça ne passait pas ! Aujourd’hui, avec les radios libres, c’est quand même plus facile… Il faut reconnaître que Mitterrand a fait de bonnes choses…

J’ai donc commencé à chercher du boulot et je suis devenu peintre en bâtiment sur Paris. La première entreprise pour qui j’ai travaillé m’a roulé mais je n’ai jamais eu de problèmes avec la seconde. Elle m’a embauché en 1971 et j’y suis toujours aujourd’hui.

L’acquisition de la nationalité française

J’ai rencontré ma femme Aïcha à Paris, en 1973, et nous sommes venus vivre à Sarcelles en 1986. C’est d’ailleurs cette année-là que j’ai obtenu la nationalité française. Mon père avait conservé la sienne après l’Indépendance du Congo mais moi, en arrivant ici, je ne l’avais pas et jusqu’au début des années 80s, je n’en n’ai pas eu la nécessité. Seulement à partir de là, les histoires de papiers étaient devenus plus compliquées et comme j’étais en France depuis longtemps, je me suis dit : « Tant qu’à faire, autant devenir français ! »

Quand papa est décédé, j’ai donc demandé que l’on m’envoie tout son dossier et lorsqu’ils ont vu qu’il était décoré de la Légion d’Honneur, qu’il avait bien servi l’armée, on m’a donné la nationalité sans problèmes. Il était sergent chef et surtout premier clairon. Il m’a laissé le sens de la musique et je l’ai en moi tout le temps, tout le temps… C’est une grande passion…

La musique toujours…

Même en travaillant à côté, je n’ai jamais arrêté... Un jour, j’ai retrouvé des copains avec qui j’avais joué auparavant. On s’était séparés. Ils m’ont dit : « On a un nouveau groupe et on cherche un saxophoniste. Tu peux te joindre à nous ! » Je me suis donc rendu aux répétitions mais à ma grande surprise, ils jouaient avec des partitions. Moi, je n’en avais pas ! Je faisais tout à l’oreille ! Alors, j’ai essayé de jouer mais ça n’allait pas et finalement, ils ne m’ont pas accepté…

C’est ce qui m’a poussé à travailler le solfège. J’ai pris des cours à l’école de musique UAICF Ecole de musique de la SNCF 85, 86, 87… Ensuite, je suis entré au conservatoire de jazz de Sarcelles et j’ai intégré l’harmonie qui fait également office de fanfare pour les cérémonies officielles. J’ai souvent joué devant Strauss Khan, Pupponi, etc.

Installation à Sarcelles

Nous sommes venus nous installer à Sarcelles pour des raisons de logement. Avec mon boulot, j’ai pu bénéficier du un pour cent patronal. J’ai obtenu un appartement par la SCIC. Jusqu’ici, nous avions vécu à Belleville puis à Barbès dans des logements vétustes, mal chauffés, avec des fuites, et des murs qui foutaient le camp… Quand on a emménagé à Sarcelles, ça n’avait donc rien à voir ! C’était agréable ! L’hiver, dans l’appartement, on pouvait se balader torse nu. C’est très important le logement ! Ça change la vie…

En arrivant à Sarcelles, j’ai trouvé que c’était très compliqué : les Lochères, les Chardonnerettes, les Rosiers, les Sablons, etc. Ce n’était pas facile de s’y retrouver ! Depuis 86, nous n’avons pas bougé. Nous habitons toujours à Chantepie. Au début, c’était difficile pour moi mais ensuite, je me suis fait des amis, j’ai rencontré pas mal de monde dans le milieu artistique. Seulement, il m’a fallu beaucoup de temps pour connaître la ville et me faire ma place ! Il est vrai que je travaillais à l’extérieur et que je n’étais pas souvent là. Mais ce n’était pas facile de créer des liens artistiques car tout le monde restait enfermé dans son coin… Heureusement, comme je faisais de la musique fanfare, du jazz, cela m’a permis peu à peu de nouer des relations par-ci ,par-là…

Il existait bien des orchestres antillais et africains mais moi, je joue plutôt du jazz et quand on a déjà un certain niveau musical, il y a certaines choses que l’on a du mal à faire. Dans le jazz, il y a beaucoup d’harmonie ! Cette musique, c’est toute une culture ! C’est beaucoup de travail ! Alors, tout ce qui est folklore, on n’y arrive pas… Il y a certaines choses qu’on ne peut plus faire parce que la musique est une science qu’il faut toujours entretenir, toujours avancer.

Á Sarcelles, l’école de musique fonctionne bien. Il y a un bon atelier de jazz dont je suis membre. Les musiciens viennent d’un peu partout et sont répartis dans plusieurs groupes de niveau. Il y a des africains, des antillais, toutes les communautés.

Les enfants

Mes trois enfants sont tous français. Il faut dire que l’Afrique maintenant, c’est difficile ! Pour se déplacer, il faut des visas, etc. Ils sont partis une fois au Congo mais ils ne demandent pas particulièrement à aller là-bas. L’aîné est né à Courbevoie, le deuxième est né à Paris et le dernier à Fontenay-sous-Bois mais il a toujours vécu à Sarcelles. En fait, ma femme a accouché là-bas parce qu’il n’y avait pas de place ici.

Malheureusement, mes enfants ne jouent pas de musique sauf l’aîné compose des musiques rapp tandis que les deux autres ne sont pas intéressés par la musique. Pourtant, ils ont tout à la maison ! J’ai un studio numérique, j’ai un piano, un sax, une flûte, tout, mais ils ne sont pas intéressés… Le problème, c’est qu’ils sont trop impatients. Ils veulent faire les choses vite alors qu’apprendre la musique prend du temps ! Il faut une base quand même classique ! Et après, on dévie pour faire du jazz ou autre chose… Mais les enfants veulent une vie facile…

Moi, j’ai commencé par faire des choses simples et j’apprenais, je demandais aux gens, j’étais curieux. Par exemple dans la cité, j’ai un gars, un jeune qui est intéressé par la musique. Je lui ai donné des cours gratuitement ! Et maintenant, il joue bien ! Il commence à composer ! Seulement, même que si je suis bien connu à Sarcelles en tant que musicien, aucun garçon dans la cité ne vient me demander des conseils. Ils ne sont pas intéressés par la musique !

Venir en France, un rêve toujours d’actualité

« Je chante les joies et la misère en France » est l’une de mes compositions. C’est une maquette que j’ai faite mais c’est un souci pour la sortir. Pourtant, je l’ai emmenée au Congo et elle est passée sur les ondes ! Cette chanson ne brisera pas le rêve de venir en France mais mon objectif est de faire comprendre qu’ici en Europe, il n’y a que le travail qui compte. Et puis, il y a les problèmes de papiers ! Pour travailler, il faut des papiers et pour avoir des papiers, il faut du travail. C’est donc très difficile !

Moi, je n’ai pas fait d’études et je n’ai pas de complexe par rapport à ça mais au Congo, certains ont des diplômes et quand ils viennent ici, ils deviennent manutentionnaires ou font du gardiennage ! En ce qui me concerne, j’ai quitté mon pays parce que j’avais un but ! Je voulais venir en France parce que je n’étais pas bien au Congo ! Depuis, j’ai travaillé, je me suis formé mais au début, ce n’était pas facile ! J’ai dû me battre pour y arriver… Je suis bien sûr revenu au pays pour voir la famille mais jamais pour y vivre… Et puis, ma femme est tunisienne. J’ai donc un pied en Tunisie et un pied en France et bien sûr au Congo.

Le souvenir que j’ai ramené de mon pays, c’est celui de mon enfance et en particulier celui de ma maman. Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas pu faire pour elle…

L’âme de Sarcelles

Vivre à Sarcelles m’a beaucoup apporté, notamment l’atelier de jazz et l’Harmonie. Strauss Khan ou Pupponi, dès que j’ai un problème, je peux les voir tout de suite ! Quand on joue pour les cérémonies officielles, ils sont là ! Je peux leur parler !

Sarcelles est une ville multiculturelle, multiraciale et si elle devait être une musique, ce serait sûrement celle du bien être, une musique universelle… Mais c’est difficile de satisfaire tout le monde ici ! Par exemple, quand je fais des spectacles chez les Arabes, ils viennent me voir pour me demander : « Joue de la musique arabe ! Joue de la musique arabe ! » Et chez avec les Africains, c’est pareil ! Ils veulent leur musique. Chacun veut retrouver la musique de sa communauté.

Si tu viens faire du jazz, on te dit : « Non, non, non, non ! Joue plutôt ceci ou cela ? » C’est donc très difficile de satisfaire les gens et quand ce n’est pas le cas, tu as tendance à mal jouer… Bon, à Malraux, c’est différent, tu peux imposer ton truc ! Mais quand tu te produis dans les salles des associations, on vient te solliciter pour que tu fasses telle ou telle musique et finalement, lorsqu’il y a une fête africaine, il n’y a pas beaucoup d’Arabes qui viennent et inversement. C’est communautaire… Alors, je crois qu’il faudrait multiplier les manifestations, les échanges, pour rapprocher les gens et éviter que chacun s’enferme.

S’il y avait quelque chose à améliorer à Sarcelles, ce serait donc les contacts pour que les gens se retrouvent plus souvent et que ce ne soit pas seulement boulot dodo. La plupart du temps, lorsque vous organisez un truc, ils ne viennent pas ! Il faut donc remédier à tout ça… Je crois qu’il faudrait notamment faire en sorte que plus d’artistes puissent s’exprimer. Moi par exemple, je ne peux m’exprimer qu’au conservatoire ! Il n’y a pas d’autre endroit ! Mais, si un musicien ne fait pas partie du conservatoire, où est-ce qu’il peut jouer ?

Pour moi, le rap représente la musique des jeunes qui n’ont pas de boulot et ainsi de suite. C’est une façon pour eux d’exprimer leur mal être ! Le rap, c’est le langage de ceux qui réclament quelque chose. Ce n’est pas une musique de douceur mais de revendication. Si tu ne revendiques pas en rap, si tu n’as pas une grande gueule, tu es complètement à côté de la plaque !

On dit beaucoup de mal de Sarcelles. Or, c’est une ville qui a donné de grands musiciens ! C’est Sarcelles qui a lancé le rap en France ! Grâce notamment à toute la clic du Ministère Amer : Passy, Stomy Bugsy. On donne toujours une image négative de Sarcelles mais il y a beaucoup de villes où c’est pire…

Bientôt la retraite

Je serai bientôt à la retraite, dans quatre ou cinq ans, et j’ai des projets en Tunisie car nous avons une maison là-bas. Je compte y monter un studio, y faire des affaires, tout en revenant souvent ici et quelquefois au Congo. J’ai donc investi un peu…

Mais, j’ai eu de la chance ! C’était la belle époque parce qu’on avait plus de moyens tandis que maintenant, on ne peut plus… Avec l’euro, c’est devenu trop difficile de faire des économies…

Message aux jeunes

Je leur conseille d’aller à l’école et de bien travailler, pour avoir un bon niveau, des diplômes, qui leur permettront d’accéder à ce qu’ils veulent faire dans la vie. Moi, j’ai eu du mal, je m’en suis sorti, mais c’est difficile parce que je suis toujours en train de forcer mon destin. Heureusement, j’ai eu la chance d’être entouré de gens qui m’ont soutenu et j’y suis arrivé. Par exemple, pour apprendre le solfège, il a fallu que j’aille à l’école ! Ça ne s’apprend pas tout seul ! Pour jouer d’un instrument et aller au conservatoire, il faut savoir lire la musique ! On y entre pas comme ça ! Il faut faire des efforts… Les jeunes doivent donc se battre et se prendre en main…

Mon parcours musical
En 1975 j’ai produit un 45 tours (soul Soukous) chez Pathé Marconi. En 1976 un autre 45 tours Tata wa ngai, Pathé Marconi, en 1982 un 33 tours, produit par Gilles Salla, un journaliste de talent reconnu. Il a cru en moi, il a lancé et fait connaître mes produits, j’espère continuer ce chemin et ne pas le décevoir.


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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