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Récit

Fonctionnaire de Police du Front Populaire à de Gaulle

dimanche 15 novembre 2009, par Frederic Praud

À la suite du premier conflit mondial ma mère devint veuve de guerre. Elle a élevé ses deux enfants. Nous n’avons pas eu à souffrir. Nous n’étions pas loin du front, mais nous n’avons jamais vu les Allemands chez nous. Mes grands parents retraités étaient directeurs d’une usine de confection, ce qui fait que nous étions logés chauffés et éclairés. Le seul souvenir de cette guerre qui me reste encore est que nous n’avions plus que de la saccharine. C’est dégueulasse… Quand les Américains sont arrivés en 18, ils sont venus avec leurs pains de sucre, de la mélasse. Ils ont toujours fait la guerre en grand seigneur, mais ils claquaient comme des mouches de la grippe espagnole et du choléra. Tous les jours ma grand-mère observait la ronde des ambulances qui venaient chercher les morts. Ils étaient devenus gris. Les Américains qui étaient soignés chez l’habitant ne sont pas morts car ils dormaient dans de bons gros lits de plumes, et les paysans leur préparaient des grogs avec de la gnole de pays. Remède encore valable aujourd’hui. Ça désinfecte !

À l’Armistice, le 11 novembre 1918, ce jour-là comme tous les autres, j’étais à l’école communale dans un village de la Haute-Saône, à Grange la Ville, dans le canton de Villersexel. Vers 15 heures, l’instituteur (un retraité rappelé pour remplacer l’instituteur parti au front) nous a avisés que la guerre était terminée et qu’il nous libérait. Pour nous, enfants, c’était le côté positif de l’événement. On a été prévenu comme ça, "tiens les enfants, la guerre est finie". À notre âge, ça faisait quatre ans que l’on vivait dans cette ambiance. Ce que l’on voyait c’est un jour de vacances. Quand on est enfant, on s’en fout, on vivait tous les jours avec les soldats qui venaient au repos chez nous.

Je puis vous affirmer que ce jour-là, il faisait un temps magnifique, avec un soleil radieux. À 50 mètres de l’école, se trouvait le bistrot du village, En passant devant le café, j’ai été accroché par le patron du bar qui m’a collé d’office un panier à bouteilles garni de 4 litres de vin blanc, avec la mission de le porter aux anciens qui sonnaient les cloches à toutes volées. Il n’y avait plus que des vieux. Mon arrivée fut saluée avec enthousiasme. Ils étaient déjà bien avancés et je les ai achevés avec mes quatre litres de blanc. C’était l’allégresse générale, mais je suis rentré dans ma famille.

Veuve, ma mère est revenue habiter chez ses parents. Ma grand-mère était très religieuse, voire même, un peu bigote, On s’ennuyait à la maison… Il ne fallait jamais oublier la prière du soir. A la messe, j’étais enfant de chœur. Mes seules lectures autorisées étaient le Pèlerin et la Croix. A18 ans, j’ai pensé m’engager pour partir et avoir la paix. Quelle atmosphère… Ce n’est pas étonnant que les églises soient désertées… On s’ennuyait tellement à la maison. Le curé passait avant l’instituteur dans les campagnes. Quand un paysan tuait le cochon, il y avait d’abord une part pour le curé et la seconde pour l’instituteur.

Je m’honore de sortir de l’école de Jules Ferry. Nous avions un instituteur formidable. Nous savions tous lire et écrire à la sortie de l’école. La violence était alors inconnue dans cet environnement. Un enfant n’aurait jamais giflé un instituteur. On en aurait parlé dans tout le département. Les instituteurs venaient du même milieu que les élèves, c’étaient des fils de paysans. En revenant de l’école, on faisait parfois le double de chemin. On s’amusait…

J’ai obtenu mon certificat d’étude et suis allé au collège. Mais comme ma mère était seule, je n’ai pu continuer mes études. À 15 ans, il a fallu travailler comme tous les gosses de veuves de guerre. J’ai travaillé dans un bureau, comme rond de cuir dans une fonderie Il fallait classer le courrier, s’occuper des appels téléphoniques. A cette époque, vous quittiez une boîte le soir, vous traversiez la rue et vous étiez engagé le lendemain. Il n’y avait pas de chômage. Tous les jeunes travaillaient à cet âge-là… sauf quelques fils de commerçants, d’artisans. Ils allaient à Nancy, en Faculté. Ils revenaient de temps en temps le dimanche. Ils arboraient la faluche, un espèce de béret d’étudiant avec une bordure rouge pour les étudiants en médecine, verte pour les étudiants en pharmacie, violette pour les étudiants en droit, etc…

Je vivais dans un chef-lieu de canton. Les jeunes pour se distraire allaient au patronage. Il y en avait un laïc, l’autre religieux. Ma mère étant un peu bigote sur les bords, je suis allé au patronage religieux. Dès que j’ai eu un vélo, j’ai pu me déplacer. J’étais bien plus content de mon premier vélo que de ma première voiture. J’allais dans les fêtes de villages. Il y avait un manège de chevaux de bois, une balançoire et le bal pour les plus grands. Ça se battait entre les villages quand les types étaient un peu saouls. Les rencontres entre les garçons et les filles ne se faisaient pas brutalement, cela prenait du temps et d’ailleurs les curés faisant la loi, c’était mal vu pour une jeune fille d’aller au bal.

À la campagne, on était bien plus dessalés qu’à la ville. Quand on allait en vacances, avec les bergères et les bergers, dans les prés, à 7 - 8 ans, on faisait les gestes de l’amour, sans malice. Les gamines n’avaient pas de culotte, on était tous en tablier. On commence à devenir idiot au moment de la puberté. On se montrait nos zizis sans malice. A la ville, on ne peut pas faire ça. A 10 ans, il y a longtemps que les gamins savaient comment on faisait les enfants.

J’ai travaillé dans cette fonderie jusqu’au régiment où je me suis engagé. On m’avait fait miroiter une carrière militaire, si je m’engageais à tel endroit, quelqu’un pourrait m’aider à faire les Elèves Officiers de Réserve et puis que…. Je suis finalement arrivé sergent… Jamais officier. Les engagés étaient souvent issus de familles modestes Je n’étais pas mal, c’est certain, je travaillais au bureau du colonel.

À 20 ans, le conseil de révision était une grande foire. Tous les gars du même âge étaient appelés en même temps. Nous avions des grosses cocardes, nous passions à poil devant les recruteurs à cette époque. Et nous voilà bons pour le service. Il y avait un gueuleton le soir. Le maire amenait lui-même les conscrits de sa commune au conseil de révision, et le soir il nous invitait à manger chez lui. Chaque maire avait ses ouailles. Peu de jeunes étaient réformés, seuls les boiteux et les infirmes. Les pieds plats n’étaient pas admis dans l’infanterie. Le fantassin était le roi de la bataille et le roi des cons. Ainsi à Douaumont, on ne voit que de la chaire, il n’y a pas d’artilleur ou de membres du génie. On était encore cocardier, cela nous aurait vraiment navrés de ne pas être pris, d’autant plus que l’on était mal vu des filles si on ne faisait pas l’armée. Elles disaient "ha il a une maladie… Il a ceci, il a cela". Vous ne pouviez pas rentrer dans l’administration si vous n’aviez pas fait le service, même pas vous marier. Si tu ne faisais pas l’armée, tu n’étais pas un homme.

Je suis arrivé à Paris à 22 ans, après le service militaire. À mon arrivée, à un moment où il y avait du chômage, j’ai travaillé chez Ford, à la chaîne. J’aurais préféré travailler la terre que d’être à la chaîne parce qu’on n’a pas une seconde d’arrêt et on s’ennuie.

Avant j’étais employé de bureau et je me prenais pour quelqu’un, mais je n’étais rien et le travail à l’usine m’en a fait baver. Dans l’entreprise, on était qu’un numéro. Il fallait toujours avoir ce numéro d’agrafé. Dans les premiers temps, je faisais les portes de 6 chevaux. J’ai failli me blesser avec le pistolet à air comprimé. Il était relié à une colonne que j’avais fermée, mais j’avais oublié qu’il restait de l’air dans les 5 mètres de tuyau. Malgré tout, on était quand même les mieux payés de la place de Paris. Sur la chaîne, il y avait tout le temps de la bagarre. Il y avait une colonne avec l’électricité, certains débranchaient votre prise pour mettre la leur, ça finissait en bagarre dans l’usine, une fois ça a même nécessité l’arrivée de la police.

Je travaillais alors rue de Lisbonne et j’habitais le 18ème arrondissement. Le 6 février 1934, je fus témoin d’une émeute place de la concorde suite à l’affaire des bons de Bayonne et du "suicide" de Stavisky. Comme j’étais célibataire, je disposais de tout mon temps. J’avais décidé d’aller faire, un tour place de la concorde. Lorsque je suis arrivé, la Place était noire de monde. Un autobus de la STCRP, précurseur de la RATP, finissait de brûler. Les manifestants étaient particulièrement remontés contre les hommes politiques…déjà !.. Ils harcelaient les forces de l’ordre qui défendaient le pont face à la chambre des députés. Ça chablait. Les manifestants, les "croix de feu", voulaient envahir le Palais-Bourbon. Ils voulaient également mettre les flics à la Seine Les pompiers ont utilisé les lances à incendie, mais des gars passaient en dessous et crevaient les tuyaux. Débordés, les Gardes Républicains ont ouvert le feu. Bilan officiel : 7 morts et de nombreux blessés. Finalement, les gardes à cheval ont chargé sabre au clair. Ils tapaient avec le plat du sabre. À cette époque-là, ils n’avaient pas peur des bavures. J’ai jugé prudent de me carrapater à toutes jambes, tellement vite que je me suis pris les pieds dans un arceau de square et me suis trouvé à plat ventre dans le gazon. Dans ma chute, j’ai perdu une paire de gants de peau tout neufs. J’ai battu les records de vitesse.

Fonctionnaire de police

Je suis rentré à l’administration à 25 ans. Dans les campagnes, les fils de paysans rentraient le plus dans la police, en ville les fils d’ouvriers. Il fallait alors passer un examen écrit le matin et le sport l’après midi. Mon grand père était gendarme à cheval, quand on les voyait arriver dans les campagnes, ça avait de la gueule.

Le 20 mars 1935, je suis nommé gardien de la paix, J’entre à l’école de police, à la cour carrée du Louvre. À la fin des cours, je suis affecté à la police du 18ème arrondissement (dans le quartier de la goutte d’or). Je serai par la suite détaché dans les différents commissariats du 18ème, faisant fonction d’inspecteur de commissariat. En 1938 je serai muté à l’Etat Major de la police municipale à la caserne de la cité. À cette époque, la préfecture de police avait compétence sur le département de la Seine, qui comprenait alors les 20 arrondissements parisiens, et 25 circonscriptions de banlieue. Ce département comptait en gros 10 millions d’habitants. Il s’en passe en 24 heures … Mes horaires étaient très fantaisistes en raison d’événements graves, de manifestations.

Le récit de cette anecdote ne vaut que par la notoriété de l’intéressé, Monseigneur PACELLI (futur Pie XII). Courant 1938, Mgr Pacelli, secrétaire d’Etat du Vatican, a été envoyé en mission extraordinaire en qualité de représentant du Pape auprès du gouvernement français. En cette qualité, il avait droit à une voiture officielle escortée de 2 motards. Il avait manifesté l’intention de célébrer une messe au Sacré-Cœur. Le service de sécurité de la Basilique a alerté le commissariat central du 18ème arrondissement pour disposer d’un service de protection. Il s’était aperçu que de nombreuses femmes commençaient à se masser devant la sortie latérale (face au magasin d’objets religieux), sortie que devait utiliser le prélat pour se rendre au couvent mitoyen, pour y prendre son petit-déjeuner.

Je me trouvais ce matin au central du 18ème. J’étais jeune gardien de la paix et venais d’être affecté à ce service. Nous nous sommes rendus à trois au Sacré-Cœur et le plus ancien de nous a pris contact avec le responsable de la sécurité. Effectivement, il y avait déjà entre 250 et 300 femmes massées dans la cour. Parmi elles, de nombreuses religieuses. Lorsque Mgr Pacelli est apparu, revêtu de la pourpre cardinalice, accompagné d’un officier d’ordonnance casqué à cimier, de grande allure, nous avons immédiatement été débordés et plaqués contre les grilles. J’ai dû à un moment, soutenir Pacelli dans mes bras pour le protéger. Une plume ornant son chapeau cardinalice étant tombée à terre, une demi-douzaine de furies se sont précipitées pour se l’accaparer. Bref, nous sommes parvenus, au bout d’un quart d’heure d’efforts, à parcourir les 20 mètres pour arriver à la rue qui sépare la basilique du couvent. Une demi-heure après, il reprenait sa voiture précédée, des deux motards… Ouf !

Je me souviens également de l’armistice de 1945. Ce qui m’a le plus marqué, quand je suis arrivé le lendemain de l’armistice, à la cité, c’est de voir hisser le drapeau français … Pour la première fois depuis 1940…. Ça faisait quatre ans que l’on n’avait pas vu le drapeau français flotter…. Ça fait quelque chose, vous savez…. Je vais chialer, si je raconte tout…C’est émouvant… Ce fut une émotion très légitime…

La libération de Paris a duré quatre ou cinq jours, Il y avait des armistices toutes les dix minutes. À peine commencé, il était violé… Nos bureaux donnaient sur l’Hôtel-Dieu. Il y eut un échange de prisonniers allemands contre des prisonniers français car les infirmières ramassaient tout le monde. C’était leur travail.

Dans les caves de la cité, nous avions 150 à 200 prisonniers allemands. C’était un bazar. Un commissaire de police est allé dans les caves et est revenu tout retourné. Il y avait une fumée à couper au couteau dans la cave. Les gardiens français et les prisonniers allemands étaient tous ronds, Les réserves de vins de la cité étaient bien atteintes… Les Allemands avaient fait une razzia de bonnes bouteilles au Luxembourg. Le commissaire dit alors, « c’est formidable, ils étaient en train de se casser la gueule, il y a une heure et ils boivent ensemble maintenant. C’est ça la guerre". J’ai goûté une bouteille, un Bordeaux… Un excellent Bordeaux. Les allemands avaient rajouté sur la bouteille « nur fur wermarcht ». On était heureux…

Lors de la libération de Paris, l’ambiance était au délire. Ça tirait de partout. Quand je rentrais dans le 18ème de la cité, je mettais une heure à pied. Le plus dur, c’était d’éviter les balles perdues, de traverser les carrefours. Les Allemands étaient alors moins dangereux que les FFI. Ils n’avaient jamais touché à une arme avant et ils tiraillaient partout. Ils étaient dangereux. Quand on traversait un carrefour, on faisait souvent machine arrière. Ils tiraient comme des pieds et sur n’importe quoi.

Par contre mi-juin 1940, l’ambiance était plutôt morne. Les Allemands ont occupé Paris sans combattre. La ville leur était ouverte. La veille, j’étais de permanence à la caserne de la cité. Le lendemain matin, vers 8h30, Un camarade m’appelle "M. viens, voilà les fridolins". J’arrive à la fenêtre et vois un command-car. Effectivement, un véhicule tout terrain, haut sur pattes, était occupé par trois officiers et le chauffeur. D’après leur âge, ça devait aller du lieutenant, en passant par capitaine jusqu’au major. Le Directeur Général de la police municipale s’est présenté à eux, assisté d’un interprète. L’entretien fut assez court... En un quart d’heure, ils ont pris possession de la cité.

La seule consigne en ce qui concerne les policiers fut un désarmement symbolique de 24 heures. Chacun devait alors laisser son arme à la maison. Lorsque j’ai quitté mon travail, je suis remonté chez moi à pied…

En arrivant à l’angle du pont du châtelet et de ses quais, j’ai eu la surprise de voir défiler une division de panzers, alors qu’accrochés à de hauts mats, des slogans stipulaient "nous vaincrons, parce que nous sommes les plus forts… !"

Les américains sont arrivés. Avec toute l’amitié que je leur porte, je dois avouer qu’avec les allemands nous pouvions circuler sans souci, munis d’aussweiss. Avec les américains, on ne sortait plus. Ils vous malmenaient. Les premiers Américains débarqués n’étaient pas la crème, on avait vidé les prisons. Ils cassaient la gueule à certaines personnes et volaient les portefeuilles.

Les premiers jours du débarquement, un collègue du bureau était chargé spécialement de mettre à jour la carte de l’avance alliée avec des aiguilles et de la laine. J’ai gardé tous les télégrammes de l’avance de la division Leclerc, tous les 10 kms à peu près. On en avait marre… On souhaitait la libération, on crevait de faim. Certains ont bien vécu, à la campagne.

Je me souviens quand exceptionnellement j’avais reçu un colis de la campagne… J’étais heureux, j’avais fait une bonne soupe. J’étais de permanence à la cité, j’avais laissé la soupe dans une soupière en émail. Le soir il y eut le bombardement de la gare du Nord marchandise. J’ai demandé à un commissaire d’aller voir mon quartier. On marchait dans le verre. Arrivé chez moi tout était par terre, et ma soupe… Il y avait une énorme couche de poussière sur ma soupe… Je râlais… J’ai enlevé la poussière et j’ai mangé quand même la soupe. On avait trop faim.

Le bien le plus précieux sous l’occupation ce n’était pas l’argent. Si vous aviez des chambres à air de vélo, vous trouviez de la nourriture. Si vous pouviez l’échanger contre des chambres à air vous étiez le bienvenu.

Je tiens à rappeler deux événements de cette époque : un procès pour collaboration et la mort de Pierre Laval, fusillé dans l’enceinte de la prison de Fresnes. Après le départ des Allemands, les procès pour collaboration ont commencé. Beaucoup ont été sanctionnés par des peines capitales. C’est ainsi que j’ai assisté à des exécutions au fort de Montrouge. Trois des condamnés avaient collaboré avec la Gestapo. Le quatrième était Jean Herold PAQUI, celui qui terminait toujours ses chroniques à radio Paris par le même slogan "l’Angleterre comme Carthage sera détruite !". Comme il était de mon côté, je l’ai observé jusqu’au bout. Au moment où l’officier de tir levait son épée, il a regardé ostensiblement son aumônier. Après l’exécution, celui-ci est allé retirer un magnifique foulard blanc, qui ne l’était plus, pour le remettre à sa famille.

Autre exécution celle de Pierre Laval. Je n’y assistais pas, mais un collègue me l’a racontée. Par contre, j’ai été témoin d’une grande animation à l’Etat Major de la Police Municipale. Nous venions d’être avisé par le Directeur de Fresnes que Pierre LAVAL avait tenté de se suicider. Suicide raté, car il possédait un flacon de cyanure depuis trop longtemps. Le cyanure s’était en partie cristallisé. Il aurait dû agiter le flacon avant d’en absorber le contenu. Finalement réanimé par le médecin de Fresnes, il a été conduit par deux assistants dans les dépendances de la prison. Il a été placé à califourchon sur une chaise et fusillé dans le dos.

Après, j’ai fait longtemps les commissariats et je suis monté au siège. Il faut bien comprendre qu’il n’y aura jamais une seule police car c’est trop dangereux. Il faut toujours au moins trois police, une police ca favorise la dictature. Et la police n’est pas faite pour être aimé mais pour faire respecter l’ordre. Après la guerre, on a adopté les voitures radios, ça a tout chamboulé.

Les anecdotes dans ce travail sont nombreuses. Le 11 juin 1950, a eu lieu à Orly le premier meeting aérien depuis la Libération. Au programme figurait un balai d’hélicoptères que devait diriger Serge Lifar, danseur étoile de l’opéra. Pour une raison inconnue, la sono était défaillante. Comme mon collègue et moi occupions la voiture radio de notre directeur et que nous nous trouvions à quelques mètres, nous avons proposé à Serge Lifar de rejoindre notre voiture. Ce qu’il a accepté bien volontiers. Il nous a raconté les petits potins du théâtre, des jalousies qui existaient entre sociétaires. Mais, surtout, il nous a raconté la visite du chancelier Adolf Hitler, en juin 1940. Lorsque Goebbels, ministre de la culture, a su que Hitler venait à Paris, il lui a vivement conseillé d’aller voir les jeux de lumière de la scène de l’Opéra, complètement rénovée depuis peu. C’est ainsi que Lifar a dû recevoir Hitler et le guider. À la Libération des petits jaloux lui ont vivement reproché d’avoir serré la main à Hitler. Comme si, à l’époque, on pouvait refuser de serrer la main à Hitler, alors que son armée venait de nous infliger la plus cinglante raclée de notre histoire militaire. Au demeurant le maréchal Pétain, à Montoire, en avait fait autant.

Après la Libération, le chef de l’Etat avait l’habitude de se rendre une fois par an au fort du Mont Valérien pour commémorer les exécutions des résistants par les Allemands. La cérémonie étant devenue classique, un petit service d’ordre avait été jugé suffisant. Malheureusement, ce jour-là, lorsque le général est sorti du fort, il a été accueilli par une foule importante qui a littéralement bousculé le service d’ordre. Il n’a jamais pu regagner sa voiture. À proximité, se trouvait une T.A Citroën et au volant se tenait le chauffeur du directeur adjoint de la police municipale, dont j’étais le secrétaire. Les gorilles du général ont immédiatement intercepté le véhicule et poussé le général à l’intérieur en ordonnant au chauffeur de foncer droit devant lui. Si vous vous souvenez des tractions avant de l’époque, les pare-chocs avant et arrière débordaient du gabarit de la voiture. C’est ainsi que trois hommes étaient grimpés sur le pare choc arrière. Mais une fixation a cédé et la voiture a continué sa route traînant un pare choc qui heurtait la chaussée dans un boucan épouvantable. Alors essayez d’imaginer le Général De Gaulle, qui était redouté des chefs d’Etats étrangers circulant dans un véhicule qui faisait le bruit d’une dizaine de casseroles.

Autre souvenir, le commissaire adjoint de Clignancourt, était en train de tartiner une procédure, un Algérien en face. Ils avaient trouvé une veste chez lui avec un trou dans la poche. Elle sentait la poudre, mais "c’était pas lui". Le pauvre commissaire n’arrivait à rien. Il a quand même vu que l’autre se foutait de sa gueule. Il y avait alors la brigade nord-africaine dans le commissariat. C’étaient des Algériens français. Ils s’amènent, j’étais là. Ils m’ont dit "tu peux nous laisser un peu". J’entends baragouiner en arabe, et quelques paires de claques, 10 minutes après ils concluent ""c’est fait, vous pouvez le prendre, c’est lui".

Mon patron sur son bureau avait une bielle de Ka14 (moteur en étoile Gnome et Rhône), un presse-papier qu’il gardait comme souvenir. Il l’avait reçu dans son pare brise. Aux manifestations de chez Renault, ça chablait … On aimait ça, nous… jeunes... "Il ne faut pas désespérer Billancourt". On s’en foutait… On se cassait la gueule, mais une heure après on buvait un coup ensemble. Quand on était jeune, lors de manifs, les gradés étaient obligés de nous retenir, on n’attendait qu’à foncer.

Les événements de 68, c’était un bidonnage. Ils ont laissés faire. Des manifs au quartier latin, il y en a toujours eu. Pour s’occuper d’eux, il y avait la réserve Cité. C’étaient des gabarits de 1 m 90, avec une pèlerine. Quand ça chablait au quartier latin, on les envoyait. Un grand coup de ventre sur les étudiants qui faisaient 42 kilos et ils faisaient trois sauts périlleux. Dans les pèlerines, ils mettaient tous des galets qu’ils allaient chercher sur les voies de chemin de fer, et dans le visage, le môme faisait trois tours sur lui-même, c’était vite fait. Les gars étaient hargneux, ils tapaient le tarot et s’énervaient, alors ça chablait. Le flic charge et quand c’est fini, il rentre chez lui et il s’en fout.

Les lois sociales, les premiers congés payés ont été une formidable avancée pour tout le monde. Dans l’administration, nous avions des congés, nous étions les seuls, c’est pour ça que tout le monde voulait y rentrer. Par la suite, le camping a permis au peuple de prendre ses vacances. Cela évitait l’hôtel. L’apparition du camping a tout chamboulé. J’ai commencé à faire du camping avec une canadienne. J’ai ainsi pu faire la France de long en large et en travers pendant 10 ans. A partir du moment où l’on pouvait se tenir debout dans les toiles et avec l’apparition du camping-gaz, qui faisait suite à l’alcool à brûler, on s’est trouvé comme chez soi. Je titrais une remorque avec le matériel de camping

Avant personne n’avait de voiture sinon les artisans et les notables, les ouvriers n’avaient rien. J’ai vu des défilés de 100 000 personnes le 1er mai et une fois que l’ouvrier a eu sa voiture, il s’est entendu dire par sa femme " qu’est-ce que tu nous emmerdes avec ton premier mai, au lieu d’aller à la campagne". Pour cette raison, on ne voit plus personne dans les défilés. J’ai connu dans les années 30 des militants de base. J’en avais un qui habitait à côté de chez moi. On venait le réveiller à trois heures du matin pour coller des affiches. Il se levait, collait et revenait se coucher pour repartir très tôt au travail. Les militants de base étaient comme les premiers Chrétiens. Ils y croyaient. Ils n’écoutaient que le parti, mais ça créait de nombreux conflits dans les familles. Dès que la voiture est apparue, ils ont dû amener leurs gosses aux bois et c’est tout…


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Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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