ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

Accueil > Un service d’ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - biographie familiale > Un BIOGRAPHE à votre service > Le statut de la femme au Bénin

Paroles de Femmes

Le statut de la femme au Bénin

Mme Cécile G.

jeudi 1er avril 2010, par Frederic Praud

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet :http://www.lettresetmemoires.net/ainees-parisiennes-content-leur-vie-et-leurs-combats-femmes-au-cours-20eme-siecle.htm

Je suis née en 1941 de parents agriculteurs dans un petit village du Nord. Il n’était pas question pour les filles de faire des études. Ce qui m’attendait était d’épouser un brave agriculteur ou le fils d’un commerçant… Les religieuses qui tenaient l’institution ont convaincu mes parents pour que je poursuive mes études. Ce que j’ai fait… par une année d’internat chez les religieuses, une espèce de prison déguisée puis comme demi-pensionnaire ce qui était plus acceptable. Il n’était pas question d’aller dans un lycée laïque. Les religieuses étaient plus convenables pour ma famille !

Je devais choisir un métier après le bac. Mes parents voulaient que je sois dans l’enseignement mais je ne voulais pas être institutrice. J’étais trop timide pour parler en public. Je choisis des études d’assistante sociale car, ainsi, je ne serai pas assujettie à quelqu’un. J’aurai une certaine liberté d’action et j’essaierai d’aider les autres. Je fais deux années d’études d’AS à Lille. Je rencontre celui qui deviendra mon futur mari, un étudiant Béninois, et j’abandonne mes études sociales. Je descends à Paris où nous avons fait nos études de droit ensemble jusqu’au doctorat.

J’ai tenté l’Institut Européen du Droit des Affaires qui se trouvait à Fontainebleau, un institut de formation des fonctionnaires qui travailleraient dans les structures de la CEE. Ma candidature avait été retenue au vu du dossier mais rejetée parce que j’étais une femme l’école n’était ouverte qu’aux messieurs. Nous étions en 1967…

La carrière d’enseignante m’a finalement attirée. Mon mari étant d’origine africaine, nous avons décidé d’enseigner en Afrique en excluant son pays d’origine, le Bénin. Nous avons commencé par le Zaïre puis différents Etats en Afrique Noire et Blanche, la République Centreafricaine, l’Algérie et le Maroc. L’administration française en 1967 ne faisant pas de discrimination sexiste, il n’y eut aucune difficulté de recrutement.

Je fais une distinction en l’Afrique Blanche et l’Afrique Noire.

La condition de la femme en Afrique blanche

En Afrique blanche, les villes sont bardées de murs. La société masculine se retrouve dans la rue et la société féminine derrière les murs, à l’abri des regards…. La proportion des étudiantes n’était donc pas très importante, 20% de filles en 1974/77 en Algérie. Au Maroc, de 1977 à 1989, les filles représentaient un peu plus de 30 % des étudiants. Cette proportion était encore plus faible dans la section arabisante. Les familles qui connaissaient le français faisaient partie des plus aisées financièrement.

La femme maghrébine est moins libre d’avoir une vie professionnelle que l’homme. Rares sont les filles qui s’expriment de manière spontanée, essaient de montrer leur savoir, de se mettre en valeur par rapport aux garçons. Les garçons considèrent que les filles sont là. Ils les acceptent mais gardent une pointe de supériorité. La scission était automatique pendant les cours. Les femmes et les hommes restaient chacun de leur côté
Si elles venaient en Faculté, il n’était pas question pour elles de s’attarder dans les rues, de fréquenter les cinémas et les bibliothèques au même titre que les garçons.

On ne voyait pas de femmes dans les rues à part quelques ombres furtives accompagnées de leur petite domestique, ou d’une de leur fille. En longeant presque les murs, elles vont aller faire leur marché et revenir à la maison. Les commerces sont tenus par des hommes. La femme reste maîtresse chez elle. La société est très cloisonnée même au niveau de l’université où l’on voit les groupes de garçons et les groupes de filles. L’égalité n’est pas pour demain…. Certains peuvent considérer que l’Islam a apporté une amélioration des conditions de la femme mais elle reste toujours derrière le mari et, à trois pas de lui.

Statut de la femme en Afrique noire.

La femme africaine noire est à l’extérieur de la maison. Elle va faire bouillir la marmite, va travailler, va tenir un commerce, aller au marché, se nourrir, nourrir ses enfants voire même son mari. La femme dispose de son budget qui servira aux besoins alimentaires, aux besoins du ventre. Le régime de la communauté des biens n’est pas perçu de la même manière qu’en occident et ne s’applique pas. La majorité des activités commerciales sont assurées par des femmes. Les femmes sont plus libres dans leurs fréquentations mais sont peu scolarisées : il n’y a que très peu d’étudiantes.. encore en l’an 2000. La femme a la liberté de son travail si elle a d’abord le bagage. Pour aboutir au niveau universitaire, il faut commencer par l’école primaire rendue obligatoire pour les filles… Les écoles ne sont pas chères mais on demande de porter un uniforme pour éviter de faire apparaître de trop grandes différences sociales. Il n’y a souvent qu’un livre pour deux, deux cahiers pour toute l’année, éventuellement une ardoise et parfois un toit… Il y a un nombre insuffisant d’écoles et d’instituteurs. Les effectifs de 70 élèves par classes sont courants… aussi, lorsque les ressources des ménages sont limitées, l’enfant qui ira à l’école sera le garçon.

Cas du bénin

Mon activité professionnelle s’est terminée en 1990. Mon mari d’origine béninoise naturalisé français rentre dans son pays à l’époque ou l’on voulait balayer les dictateurs, élire le Président. Mon mari se présente à la présidence de la république au Bénin en espérant être élu…. Vainement. Je deviens donc l’épouse européenne d’un homme qui veut se manifester au sein de la vie politique de son pays. Ayant été candidat à la présidence, il a décidé qu’il n’était pas bien seyant que j’aille encore travailler, que j’enseigne à l’Université du Bénin.

Il est choisi pour être chef de famille traditionnelle et rentre dans la tradition après 40 ans de vie occidentale… lui, se tournant vers le passé, moi, je me sentais déphasée… Mon mari s’est fait absorbé par le milieu traditionnel, le droit traditionnel… Il s’est fait nommer chef de famille traditionnelle ce qui signifie qu’une seule épouse blanche ne va plus dans le décor. Il pratique donc la polygamie que je fuis pour rentrer en France en 2000…. Ce qui n’a pas été facile car le politique l’emporte sur le droit au Bénin. Mon mari a mis un veto à ce que l’on m’octroie un visa de sortie. Ne pouvant pas avoir ce document, je ne pouvais quitter le territoire. Le consulat ne m’a pas aidé. Je suis partie par à un subterfuge, grâce à mes enfants sous le prétexte de vacances…

Grâce au renouveau démocratique au Bénin, un projet de code civil existe depuis 1990. Fortement inspiré du droit français, il prône l’autonomie et l’égalité de la femme notamment dans le cadre des successions, prohibe le mariage forcé… Le projet est toujours sur le bureau de l’Assemblée nationale béninoise et n’est pas prêt de voir le jour…

Le Lévirat aussi est choquant d’autant que l’Eglise catholique accepte de marier des polygames notoires, déjà âgés à une de leurs femmes, leur statut antérieur perdurant…. La famille du mari a versé une dot pour une femme et si elle devient veuve, elle est considérée comme appartenant à la famille du mari comme les biens matériels acquis durant le mariage. La femme sera démunie de tout à moins qu’elle ne veuille rester dans le clan du mari, et soit considérée comme l’épouse d’un frère, d’un cousin… Elle garde par ce biais les biens acquis précédemment. On est loin de l’égalité homme/femme. Le féminisme n’existe pas vraiment. Il est assez mal vu de la part de la gent masculine… tout est à faire…

Vous pouvez vous procurer l’intégralité des témoignages de femmes dans l’ouvrage réalisé par Frédéric Praud. Il est disponible sous sa version PDF à cette adresse internet :http://www.lettresetmemoires.net/ainees-parisiennes-content-leur-vie-et-leurs-combats-femmes-au-cours-20eme-siecle.htm


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.