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Association Préfigurations : Festival Villes et Toiles

mardi 26 juillet 2011, par Frederic Praud

Le groupe PREFIGURATIONS est né , en 2003, de l’envie d’artistes (peintres, graphistes, paysagistes, historiens de l’art, philosophes, poètes) de travailler ensemble sur des projets ponctuels. De leurs rencontres avec des amateurs d’art soucieux de valoriser cette transversalité des disciplines, une association est née en 2003, à Evry. Cette dernière organise des événements ponctuels autour de projets artistiques (130 ans du Musée d’Etampes, promenades architecturales lors des Journées de l’Ethique d’Evry, cours d’histoire de l’art...). Elle est subventionnée par l’Etat, la Mairie d’Evry et le Conseil Général de l’Essonne.

à ne pas manquer : http://www.prefigurations.com/le-festival-villes-toiles/

Interview de Franck Senaud : http://www.prefigurations.com/l-association/interview-de-franck-senaud/

En quelques mots, pouvez-vous décrire votre parcours ?

Artiste peintre et professeur de peinture à Evry et à Etampes, je suis également docteur en philosophie de l’art. Vivant dans la ville nouvelle, mon regard m’a amené à peindre la ville. C’est un sujet extrêmement riche visuellement et intellectuellement, peindre une ville qui s’est créée de toute pièce, c’est-à-dire une utopie qui s’est réalisée et ainsi de la figurer dans des peintures.

"Tout à commencé avec la revue numérique"

D’où vous est venue l’idée de crée une revue internet sur les arts figuratifs ?

Cette revue est là pour réunir ce qui n’est pas souvent réuni : poser face à face la théorie et les images. Habituellement, il y a soit d’un côté des artistes qui ne réfléchissent pas trop à leur pratique et d’autres qui réfléchissent beaucoup mais qui ne n’étaient pas proches des créateurs d’image. Avec la revue, nous voulons les rassembler.
Cette revue s’appelle Préfigurations à la fois parce que l’on a voulu amorcer quelque chose (le mot préfiguration marque ce début) et parce que la figuration est un art des images. On a voulu grouper différents arts tels que le théâtre, la BD, le dessin, la photo, la peinture, le cinéma expérimental et d’animation pour permettre de comprendre tous ceux qui créent des images et ceux qui les regardent.

En quoi consiste cette revue ?

Cette revue est bimensuelle, gratuite et ses 50 numéros sont disponibles en ligne. Elle montre et réfléchit aux images sur des thèmes variés. Deux fois par an, il y un numéro sur le thème de la ville avec ses bâtiments, la circulation, les gens, la nuit, les ambiances différentes, ... On ne s’attend pas forcément à trouver de la peinture et des arts. Ils ont beaucoup à nous apprendre sur nos pratiques de la ville. Cette revue compte des analyses mais aussi des infos en ligne sur les animations, ateliers, rencontres que nous organisons et nous permettent de vous tenir au courant d’un réseau toujours plus grand de ces animations sur le territoire. Préfigurations permet de présenter également de jeunes artistes. La ville est un « paysage mental », comme j’aime le dire souvent, on a une image autour d’une ville et on ne se rend pas compte que les artistes y contribuent souvent. Scorcese, pour n’en citer qu’un, fabrique une image de la ville à travers ses films. Une réflexion s’élabore sur les images et sur l’urbain que l’on souhaite innovante

Quels en sont les objectifs ?

L’objectif est tout d’abord de montrer des œuvres et ensuite de faire réfléchir sur la façon dont ces images sont créées et pourquoi elles sont créées. Le but est de changer les perceptions négatives et les images préfabriquées que nous pouvons avoir de la ville et de la faire redécouvrir de manière ludique et réfléchie.

A quel public est elle adressée ?

Aux gens qui veulent réfléchir sur les images, ceux qui les aiment, ceux qui les font. C’est tout autant pour les curieux que le public spécialisé comme les groupes d’artistes. On était un groupe d’artistes qui travaillent à la fois tous en ensemble et chacun dans notre coin : on a voulu aller sur le terrain pour développer la revue.

C’est une revue électronique, donc un système très interactif et rapide. Cette revue en ligne est une façon de coller aux nouvelles images, aux écrans.

"La revue ne suffisait pas. On a voulu faire des
choses vraies en allant voir de vrais gens."

Cette revue recense plusieurs actions mises en place sur le territoire essonnien, pouvez vous nous en dire plus ?

Je suis professeur d’histoire de l’art à Chamarande et j’ai commencé à faire des interventions au cinéma d’Etampes il y a 5-6 ans lors de la nuit des musées, les journées du patrimoine,... J’ai aussi commencé à travailler avec les Cinoches (Ris-Orangis) pour faire connaître cette revue et notre attachement à la ville en faisant un concours de découverte d’architecture en 2004 : « 9 architectures pour une ville neuve ». Pendant six mois les gens votaient pour les neuf plus beaux bâtiments (la plus belle entreprise, la plus belle école, le plus beau bâtiment collectif, la plus belle maison) sur l’agglomération de Ris-Orangis (Evry Lisses, Courcouronnes, Bondoufle). Il y avait une visite d’architecte par mois, des ateliers pour enfants avec des artistes. Il s’est terminé avec une cérémonie lors des journées de l’éthique d’Evry puis la projection d’un film presque inédit de Rohmer sur Evry. Ce concours a eu un vrai grand succès. C’est à ce moment qu’on s’est rendu compte que la revue permettait une interface avec les lecteurs mais qu’il était aussi intéressant de rencontrer ce public, de se réunir autour d’un buffet, d’échanger et d’avoir de vraies questions en direct.

Aujourd’hui il y a des interventions CinéPeinture à Etampes (conférence sur un auteur suivie de la diffusion d’un film sur ce créateur) ainsi que des interventions CinéPhilo sur le même principe. Cela s’est étendu à Brétigny et à Ris-Orangis. La salle de Brétigny est une salle d’art et d’essai extrêmement active et accueillante, on a donc eu envie de créer quelque chose sur la ville, thème qui intéressait beaucoup le directeur et qui est toujours d’actualité. Ainsi se sont mis en place des cycles CinéVille toute l’année. Ces actions de fond présentes toute l’année sur le territoire essonnien viennent compléter un festival créé en 2007.

Pourquoi avez-vous voulu créer l’association Préfigurations ?

Notre association n’a pas d’adhérents, c’est une association qu’on appellerait association de projet. Il suffit que l’on rencontre des artistes et que l’on veuille monter des projets ensemble : l’association sert alors d’intermédiaire administratif, juridique et financier. Elle sert à assurer notre action, lui donner une structure, recevoir de l’argent, faire vivre le projet, le continuer d’année en année. Une association permettait de tout centraliser et de ne plus agir seul. Elle permet aussi de faire venir régulièrement des experts dans certains domaines, architecture, photo ville, l’art en général. Elle permet en même temps de valoriser des gens tout jeunes qui entrent dans l’association pour participer à ces projets.

Quels sont les grands axes des actions mises en place par l’association ?

L’association met en œuvre des actions à l’année qui se regroupent en 3 axes principaux et que l’on retrouve dans un festival annuel :
A destination des écoles dans les quartiers d’éducation prioritaire (et architecturalement merveilleux), les pyramides d’Evry : Les P’tits Bâtisseurs. Ce sont des architectes d’intérieur et d’extérieur invités dans les classes primaires et collèges pour faire un projet. Avec les enfants, on se balade un peu, on regarde les bâtiments, ce qui a été fait. On réfléchit sur une problématique (les tours, les places, la cantine…) et on travaille en agences pour monter un projet alternatif. Notre objet est l’appropriation de son territoire.
A destination des ados, qui est un public plus difficile à toucher : en partenariat avec les Cinoches de Ris-Orangis et l’espace numérique de la bibliothèque d’Evry on met un place un roman graphique qui s’appelle Je suis ma ville, qui marche très bien maintenant. On va dans les collèges et lycées, de nouveau on regarde le quartier, on s’attarde sur des choix urbains, on prend des photos numérique de manière intuitive. Ensuite, on va à la bibliothèque qui a un espace numérique avec ce groupe de photo et chaque enfant écrit des histoires différentes. Ce projet marche facilement. L’élève s’approprie le territoire en écrivant sa propre histoire.
Conférences régulières et des visites de la ville avec des gens qui ont fabriqué la ville et qui nous expliquent son histoire et son futur. L’association des deux temps à son importance. Cela nous permet d’importer de l’imaginaire dans de l’information : réécrire la ville.

"Avec Villes & Toiles, nous sommes le bonus du DVD en vrai !"

Dans le cadre de l’association Préfigurations, vous avez créé en 2007 le festival Villes & Toiles. En quoi consiste-t-il ?

Le festival dure trois semaines. Chaque semaine est ponctuée de 3 soirées (vendredi, samedi, dimanche) pendant laquelle un artiste, 1h avant un film, vient présenter son travail. Le festival est ouvert au grand public qui vient rencontrer un film connu, une création, une œuvre et celui qui l’a fait (Bouchitey, Tavernier, Paquot…). On se retrouve ensuite sur la plupart des soirées autour d’un buffet servi par Préfigurations ou par une association partenaire.

Pourquoi septembre ?

Nous commençons à la 3ème semaine de septembre lors des journées du patrimoine qui, à l’origine, sont plutôt une découverte de bâtiments anciens (lavoir, vieux morceau de porte du XIIIème siècle...). Evry étant une ville nouvelle, la journée du patrimoine semble n’avoir que peu d’intérêt à première vue. Selon moi, il y a un sens passé, présent, futur réunis très fort à faire débuter un festival sur la même ville.

Vous ne restez pas dans une seule ville pendant tout le festival, pourquoi ce choix ?

Notre action à l’année se passe sur différents territoires en Essonne. Je voulais ce festival à l’image de Préfigurations. Ainsi, la 1ère semaine se passe à Evry et Ris-Orangis où nous travaillons avec les écoles (Je suis ma ville, les P’tis Bâtisseurs), la 2ème semaine à Brétigny, au Ciné220, dans lequel on programme des CinéVille toute l’année (un film/une ville) et avec la 3ème semaine nous terminons à Etampes, ville où l’on retrouve en autres les CinéPeinture.

Comment cette idée vous est-elle venue ?

On n’a pas l’idée d’associer ville et art, et particulièrement dans les quartiers difficiles comme les Pyramides d’Evry. On pense grossièrement que l’art veut décorer la ville alors que je revendique, pour ma part, que l’art soit acteur de la ville, qu’un artiste montre un quartier sensible et que les gens de ce quartier soient curieux de cet art. Le peintre, le faiseur d’image travaillent en quelque sorte à côté du sociologue, à sa manière, sans le remplacer. Les artistes donnent cette envie là, donnent l’occasion de regarder autrement la ville. Nous sommes d’ailleurs proches de la publicité et de l’idéologie politique mais il nous faut comprendre ce qui en diffère dans ces regards.

Chaque festival est assorti d’une couleur, comment celle-ci est elle déterminée ?

N’ayant pas beaucoup de fonds nous ne pouvons imprimer qu’une couleur à la fois. Cette pauvreté de moyen est tournée en atout : éclairage, mise en scène des cinémas, nourriture, boissons, vêtements et communication. La couleur sert à attirer l’attention. Cette année nous avons un atout en or. Il y a beaucoup de rapport entre le fleuve et l’or mais c’est plus du hasard qu’autre chose. Ca crée un mystère mais surtout on aime bien cette couleur.

A quel public ce festival s’adresse-t-il ?

Aux curieux, à ceux qui ont envie de voir des films qu’ils n’auraient jamais vus, aux scolaires que l’on côtoie toute l’année, à ceux qui ont envie de nous suivre et de rencontrer des artistes, de faire la fête avec nous. Mais aussi à tous les gens qui sont intéressés par une nouvelle forme de culture par un réseau affinitaire, par centre d’intérêt. Nous sommes le bonus du DVD en vrai !

Le festival 2010 porte sur le thème de la ville et du fleuve, pourquoi ?

L’année dernière nous avons travaillé sur (se) rencontrer, axant ainsi le festival sur les lieux de passages dans une ville, les cafés, les places, les lieux pour draguer, où se croiser, se parler, où se rencontrer pour faire ville. Nous avons regardé la cité de plus près. Cette année nous avons voulu étudier la ville à l’échelle du territoire. Sachant que le public se sent concerné par la nature, le sol, l’eau, la géographie de la ville, il nous semblait logique que le festival réponde à ces attentes.

Evry s’est créée en 1972 sur un plateau tournant le dos au fleuve. Pourtant toutes les villes, historiquement, naissent au bord d’un fleuve. Comment la ville vit son fleuve ? On a ré-imaginé une ville par rapport au fleuve, aller travailler en bus fluvial par exemple, est-ce réaliste ? Ce n’est pas simple. La Seine ne fait pas partie de nos vies citadines, sinon comme obstacle à franchir. L’Essonne est un nom de rivière et celui du département entièrement parcouru d’eau. Cela a permis de faire des rapports entre les 3 villes (Evry, Etampes, Brétigny) à travers l’eau et du passé de ces villes avec l’eau. Il y a beaucoup de films sur le fleuve (la Seine et le Gange, le Rhône et le Mississipi de Tavernier…)

Avez-vous des précisions ou un petit mot à adresser aux lecteurs ?

Pour participer, venez voir, vous n’avez pas besoin de vous y connaître, il suffit d’aimer le cinéma, la ville et les rencontres. Une garantie de trésors à moins de 6 euros. De nos jours, il ne se passe rien dans ces villes. Sortir pour découvrir ces soirées développe de nouvelles actions, une ville dynamique et enrichit chacun de nous. Vous, vous sortez et faites vivre le festival, le festival permet de faire vivre la ville et chacun de nous vit dans une ville. Tout est lié. On se donne rendez-vous à la prochaine soirée !


Voir en ligne : Collection "LESMIGRANTS"

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