ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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CESSOY - les restrictions...

Madame Ghislaine MIGNOT née le 5 mai 1925 à Cessoy

mercredi 21 novembre 2007, par Frederic Praud

Madame Ghislaine MIGNOT née le 5 mai 1925 à Cessoy dans la maison dans laquelle je vis encore aujourd’hui, place des tilleuls.

Parents

Mes parents étaient agriculteurs. Ils faisaient la même culture que les autres personnes du village. Il n’y avait pas beaucoup de diversité dans le village sauf pour ceux qui travaillaient aux glaisières.

Les ouvriers habitaient avec leurs enfants, dans une dizaine de maisons aux glaises. Tout se passait bien. C’étaient des copains et des copines. Certains des ouvriers des glaisières étaient originaires de Cessoy. D’autres étaient d’origine italienne. Des Polonais sont également venus pour installer des drains. Leurs enfants venaient à l’école avec nous. Ils parlaient français. Ils étaient nés ici.

La population était composée à moitié d’ouvriers et à moitié d’agriculteurs. Dans toutes les fermes, un commis venait travailler. Ce système a continué après-guerre. En plus des journaliers, des Bretons et des Belges venaient à la période des betteraves.

Maison

Ma maison se trouve à côté du café place des tilleuls. Ma mère s’est tuée en tombant d’un grenier en 1950 et je suis revenue à Cessoy où j’ai fini d’élever ma sœur.

Le puits se trouvait à côté de la maison et nous avions une pompe pour récupérer l’eau. J’ai toujours connu l’électricité.

Fêtes locales

Il fallait mettre une botte avec des fleurs sur la dernière charrette de blé que l’on ramenait à la maison. On fabriquait une couronne avec des épis et des fleurs : « le chien de moisson ». Cette fête avait lieu dans chaque ferme.

Pour le premier mai, les garçons « fleurissaient les filles » et amenaient leurs outils sur la place. Bien sûr, les garçons sont venus mettre des fleurs chez moi mais ne sont pas monté sur le faite du toit chez nous : c’était trop haut. On entendait les outils qui arrivaient sur la place. Ils les mettaient dans la cour.

On célébrait le 14 juillet.

On jouait des pièces de théâtre au moment de la remise des prix à l’école. J’ai beaucoup joué avec monsieur Ray. C’est pour cela qu’on l’appelle Toto et moi, Toutoune. C’est toujours resté.

Ecole

Pour moi, l’école se passait bien. Je n’ai jamais eu de problème. Mais même si quelqu’un n’apprenait pas bien, on s’en fichait pas mal. On ne faisait pas de différence. Après mon Certificat d’Etudes, j’ai fait deux ans de cours complémentaires à Nangis. J’ai dû arrêter à cause de la guerre. Maman n’a pas voulu que je continue parce que le train et le car étaient bombardés. Je faisais le trajet tous les jours. Un homme de Cessoy est mort mitraillé à Nangis.

Je n’avais pas voulu aller en pension parce que ma mère y était allée quand elle était jeune, chez les sœurs à Provins. Elle nous a toujours dit qu’elle y avait été très malheureuse et qu’elle ne mettrait jamais ses gosses en pension.

J’aurais aimé devenir institutrice. Les filles voulaient toutes faire ce métier.

1939

J’étais chez moi quand le tocsin a sonné pour annoncer la déclaration de guerre. Ma mère a pleuré parce qu’elle avait peur que mon père parte. Son père avait été tué à la guerre en 1917 ou 1918. Mais, mon père n’a pas été mobilisé.

Il n’y a pas eu de réfugiés chez nous mais certains se sont installés dans une maison inhabitée près de la place. Ils ne sont pas restés longtemps et nous, nous sommes partis le 14 juin 1940…

Exode

Un vieux monsieur était resté dans le village et soignait nos vaches. Il n’avait pas voulu partir en exode.

Mon père avait dû faire demi-tour parce que la chienne avait eu la patte écrasée par une voiture. Il nous a ensuite rattrapés au pont de Bâlois. Nous avions quand même peur. Une femme enceinte, Margueritte Charles, voyageait avec nous. Elle a accouché dans une voiture. Il a fallu décharger toutes les voitures pour lui faire un lit. Nous avions également une vieille mémé avec nous. Nous nous sommes arrêtés dans une carrière et en attendant le bébé crier, la grand-mère demandait : « Oh lala, mon petit chat, il est perdu ! Où il est ? Où il est ? »

Nous sommes partis assez nombreux, avec les familles Josse, Drouart, Corbelle, etc. On partait avec les voisins à trois ou quatre voitures que nous avions chargées la veille. Nous avions emmené une vache avec nous.

Nous avons eu du mal à revenir parce que nous sommes rentrés avec un cheval fou. Nous avons alors eu peur. Plus personne ne pouvait le tenir. Papa avait le permis et conduisait la voiture et c’étaient les filles qui dirigeaient les chevaux. Les bombardements l’avaient rendu fou. Nous l’avons abandonné dans une crayère à Cessoy

Nous sommes allés jusqu’à après Sens. Nous avions pu passer les ponts. Nous sommes restés en exode une bonne semaine. Nous avions amené pas mal de denrées. Tout le monde dans les villages est parti à peu près en même temps. Nous suivions les gens du Nord.

Les Allemands nous ont rattrapés après Sens. Nous avons alors fait demi-tour mais nous sommes restés à Vainneuf en attendant que le pont soit refait.

Une fois revenus au village, les maisons avaient été pillées (pas la nôtre mais celle de la grand-mère). Tout avait été charrié, les édredons, etc. Un voisin derrière chez nous avait gardé notre maison.

Les Allemands et occupation

Nous connaissions un allemand. Il est un jour venu demander à ma mère de lui faire à manger. Elle lui a demandé : « Mais je vous connais.. » Il lui a répondu : « Bien sûr, je travaillais à la Samaritaine comme livreur. Je vous ai assez livré ! » Il était dans la kommandantur. Il était gentil et amenait des copains avec lui. On ne pouvait pas les mettre dehors ! Ma sœur était plus jeune que moi et ils nous amenaient du chocolat. Il n’y a plus eu d’Allemands Au bout d’un mois.

Je travaillais sur la ferme avec mes parents. Ils ont employés deux prisonniers de guerre basques pour travailler avec eux. L’un venait de Bagnères de Bigorre. Ils faisaient du travail forcé dans l’agriculture. Ils étaient bien chez nous et n’étaient pas maltraités.

Des enfants et des femmes venus de la région parisienne se sont installés dans le village. La femme de « Filoche » est venue lorsque son mari était prisonnier. La Filoche était un gars qui faisait du vélo le dimanche et il disait toujours : « Ça Filoche ! », d’où son surnom. Il y avait également une autre famille dans la maison de madame Dumont.

Nous subissions les restrictions. Nous utilisions des carnets. Mais dans l’agriculture, on se débrouillait. On faisait notre farine et le pain. Mon beau-père qui avait une grosse ferme sur la route de Meudon a ravitaillé beaucoup de gens de la région parisienne. Il tuait les cochons pour ces gens-là. Il a même eu deux planqués chez lui qui se sont mariés avec ses filles. Ils avaient peur. Ils allaient coucher dans les meules de paille pour se cacher. Certains parisiens venaient au ravitaillement chez nous. Ils descendaient du train de Maisons Rouges et ils allaient dans les fermes au hasard. Certains venaient en vélo, ou avec les cars Citroën qui allaient jusqu’à la Bastille.

L’abbé Rançon organisait des réunions. On savait qu’il était résistant. Il nous a dit qu’il avait logé des Anglais parachutés. Madame Meurice de Mons était également résistante. Mon beau-père était résistant . Sa ferme faisait partie de Sognolles.
La libération
Un camion d’Américains s’était installé au pied du réservoir. Il y avait un soldat noir et c’était la première fois que je voyais un homme de couleur.

Message aux jeunes

Je souhaite qu’il y ait un peu plus d’amitié entre eux et moins de bagarre. Il faudrait qu’ils soient plus sociables.

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