ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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CESSOY- terre d’immigration de l’ESt

Monsieur Jacques VINCENT né en 1929 à Cessoy.

mercredi 21 novembre 2007, par Frederic Praud

Nous habitions à la Guilloterie au 9 rue des Roses. Mes parents étaient agriculteurs à Cessoy dans une ferme similaire aux autres de la commune. En 1939, il y avait au moins onze ou douze fermes dans le village. Avant-guerre, tous les engins étaient tractés par des chevaux.

Village

Beaucoup d’Italiens travaillaient dans les glaisières. Les Polonais sont également venus mettre des drains pour irriguer la terre. C’étaient des gens courageux pour remuer la terre…Ils travaillaient pour un syndicat. Le chantier a dû durer dix ans. Il a été réalisé en plusieurs tronçons. Beaucoup de Polonais sont ensuite restés ici.

Le père Dumont était charron. Le village comptait un menuisier, deux cafés dont un bistrot épicerie. Un cinéma ambulant s’installait chez Madeleine.

Ecole

Monsieur Dumont était assez dur. Si on avait des punitions, il nous attrapait par l’oreille pour nous faire quitter notre bureau. Il n’était pas facile mais madame Dumont non plus. Elle donnait les punitions mais son mari les mettait à exécution quand il rentrait de Sognolles. Nous étions une trentaine d’élèves dans la classe voire plus, de tous les niveaux en même temps (cours élémentaire, moyen et supérieur).

A l’école, j’étais assis à côté d’un clown (monsieur Ray) donc les punitions pleuvaient… Nous étions installé au fond de la classe près du poêle ! Monsieur Ray était bon en calcul. C’était un des meilleurs. J’essayais de copier sur lui mais ça ne marchait pas toujours.

J’écoutais parfois les anciens qui parlaient de la précédente guerre.

1939

Le tocsin a sonné pour la déclaration de guerre le premier septembre 1939 mais, je ne me souviens pas tellement de ceux qui sont partis. Mon père a été mobilisé six mois après par ce qu’il faisait partie de la réserve.

Les jeunes chantaient au moment du départ en train de la ligne Nangis Paris. Trois ou quatre d’entre eux avaient le cœur gai. Ils étaient jeunes et ne réalisaient pas trop…

La guerre était déclarée alors que la moisson n’était pas finie.

Mon père n’était pas mobilisé loin. Il était à Dugny. Il est descendu à Mont-de-marsan au moment de l’exode. Dans la famille, chez les frères et les beaux-frères, aucun n’a été prisonnier. Tous ont réussi à descendre dans le midi et ils ont été démobilisés dès que la ligne de démarcation fut mise en place.

Réfugiés

Ils sont arrivés un soir et il n’y avait plus personne le lendemain. Ils sont arrivés quarante-huit heures avant les soldats.

Exode

Nous sommes partis les derniers du village parce que mon grand-père était maire. Il a attendu que tout le monde ait quitté le village. Il est venu avec la voiture et nous sommes partis vers neuf ou dix heures. Il n’y avait plus personne dans le village !

Pour moi, l’exode représentait une balade. Je n’étais jamais sorti de chez moi et j’avais onze ans. Je partais en vacances ! On ne savait pas où mais nous partions. Cela constituait une petite aventure.

Nous sommes restés trois jours en exode. Nous avons pris la route après les autres et cela a joué. Nous avons eu plus de mal à aller loin.

Je suis allé à Saint-Germain-Laval avant Montereau, à même pas trente kilomètres. Nous sommes partis avec quatre voitures en tout parce qu’il y avait le père Dejaune, le père Autreau le père Pétillon et le grand-père qui conduisaient les attelages. Madame Lacômme et madame Billy sont parties avec des poussettes mais elles nous ont abandonnés parce que nous n’allions pas assez vite. Elles sont revenues au moins huit jours après nous. Elles ont atterri dans la Creuse mais je n’ai pas de certitude, les ponts ont sauté derrière elles.

J’étais à Montereau vers six heures du soir et le pont venait de sauter. Nous avons eu du mal à prendre la route car beaucoup de gens redescendaient de Maisons Rouges pour entrer sur la route, ce n’était pas facile. La priorité ne marchait pas !

Nous sommes tombés sur deux gros chars à la route de Provins. Les troufions avaient faim et soif ; ils ont cassé la porte de chez Pellier avec des coups de crosse. Ils en sont ressortis avec des gâteaux et des bouteilles, etc. Ils étaient chargés. Cela s’est passé de la même manière chez madame Lacômme à Chatenay.

A Saint-Germain-Laval, nous nous sommes fait mitraillés par les Italiens. J’ai vu les balles passer à trente centimètres de moi. Il y eut certainement eu des dégâts. Quand nous sommes passés le surlendemain, nous avons vu des voitures qui avaient été touchées.

Les Allemands et occupation

Ils ont fait deux ou trois réquisitions ; ils ont pris des chevaux.

Pendant l’occupation, on ne voyait pas d’Allemands. Il y en avait à Sognolles.

Je suis allé au bal à la rotonde sur la ferme des Verrines. Il y avait des musiciens, de l’accordéon, etc. Elle se trouvait sur le petit pré devant la ferme. Les gens de Meigneux étaient venus en force. Ils sortaient beaucoup. Un gars de Jutigny s’était un peu accroché avec Maurice. Les bals avaient lieu dans la journée de trois à huit heures. Il y avait quand même un coup de cidre à boire.

Message aux jeunes

Je leur souhaite de ne pas connaître ce que nous avons connu mais je me rends compte que la violence est partout…

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