ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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DONNEMARIE - libération par les américains

MONSIEUR DANIEL PERREY, né le 14 mars 1932 à Donnemarie

mercredi 1er juillet 2009, par Frederic Praud

Mon père était comptable à la coopérative. Elle avait été crée vers 1936, après la crise qui avait entraîné une mévente du blé.

Un agriculteur du hameau de Bescherelle, le père Rouillard, était venu faire ferrer ses chevaux chez Guilvert. Il a joué aux cartes et il est rentré chez lui en oubliant les chevaux. Le voyant arriver, sa femme lui a demandé :
« Où qu’ils sont les chevaux ?
-  Je les ai oubliés…"

Ecole et enfance

Michel Batouflet qui était à l’école avec nous appartenait une vieille famille de charbonnier de Donnemarie. Il avait été puni et donc,… mis au placard. Littéralement, le maître d’école l’avait enfermé dans le placard. Nous sommes repartis à quatre heures mais le maître l’avait oublié. Sa mère commençait à s’inquiéter et à regarder l’heure. Elle est allée chercher le garde-champêtre à la mairie. Ils ont ouvert l’école et ils l’ont entendu taper dans le placard. Il commençait à s’impatienter. Il était six heures et demie…

Charlot, un film muet, fut le premier film que j’ai vu au patronage, vers 1937, 1938. Le film était alors accompagné par un piano.

Pour Noël, j’avais eu un cheval à bascule (un étalon, pas un cheval ordinaire !), sinon j’avais des soldats de plomb.

La spécialité de Donnemarie au cours des fêtes était le mât de Cocagne. Il n’était pas évident de monter là-haut pour aller chercher un saucisson et une bouteille. Il était bien difficile de réussir car le poteau était savonné.

J’aimais bien la nature et je voulais travailler dehors. J’ai passé mon certificat à treize ans. J’ai toujours travaillé dans les bois et pour les travaux publics.

On nous donnait une petite pièce pour le dimanche. On se contentait de peu.

Nous avions deux mois et demi de vacances à la période des foins, des moissons et des vendanges pour aider les parents. Le reste du temps, il fallait nourrir les vaches et aller chercher à manger pour les lapins.

Les Allemands

On nous faisait beaucoup de morale et on nous rappelait sans arrêt les guerres de 1870 et de 1914. Toutes les écoles étaient réunies au monument aux morts pour le 11 novembre.

Nous avons senti que des événements graves se passaient quand nous avons vu les réfugiés du Nord arriver. Cela nous a fait peur.

Le jour de la déclaration, les gens étaient rassemblés devant les affiches de mobilisation. Les hommes ont reçu leur fascicule et leur feuille de route presque aussitôt. Certains sont même partis immédiatement après le passage des gendarmes.

Mon père, ancien de 14-18, montait la garde à la tourelle de droite de la porte de Provins en 1939. Ils étaient quatre ou cinq hommes avec un fusil de chasse et des bâtons pour lutter contre les parachutistes allemands.

L’exode

Les réfugiés sont arrivés avec leurs grands chariots… nous les avons suivis. Nous avons fait l’exode avec le tracteur de la coopérative. La file n’avançait pas. Nous étions tous serrés les uns contre les autres, les hommes, les chevaux, les chiens, les automobiles, les camions. Nous étions arrêtés avec notre tracteur quand est arrivée une grande femme blonde. Elle a demandé à monter sur le marchepied. Mon père lui a répondu : « Vous savez, ce n’est pas confortable. Ce n’est pas une place. Montez dans la remorque… ! »
Ma mère tirait mon père par le bras et lui dit : « Méfie-toi c’est un homme ! Cherche deux militaires. Ils vont le fouiller et vont le déshabiller… tu vas voir c’est un homme… »
C’était un parachutiste allemand déguisé en femme. Il s’est rapidement sauvé !

Les services publics, les postes et les gendarmes sont partis les premiers. J’ai vu les pompiers à l’oeuvre pendant l’exode. Nous avons traversé un village de l’Yonne qui brûlait et les pompiers étaient là avec leurs pompes à bras. Ils ne fournissaient pas.

J’ai vu le pont de Joigny s’écrouler dans l’Yonne avec tout le monde dessus, des gamins, des familles, des militaires, des chevaux…

Nous assistions aux pillages dans les maisons abandonnées, dans les camions laissés sur le bord des routes. En rentrant, mon père a récupéré des papiers d’un notaire de Provins. Les dossiers traînaient dans le fossé devant chez nous. Ce notaire a bien été content de les récupérer. Mon père comptable avait lui même emmené tous les dossiers de la coopérative, des piles de papiers…Chez les coiffeurs, des bouteilles de parfum avaient été cassées, les boîtes de poudre de riz piétinées. Des bouteilles vides traînaient partout.

L’occupation au quotidien

La kommandantur allemande était installée dans la belle maison de Monsieur Normand. Un gros drapeau allemand flottait. Il y en a eu aussi au château, soit ils installaient une infirmerie, soit un poste de commandement.

Les Allemands étaient envoyés par la mairie et nous étions obligés de les loger.

A l’école, on nous distribuait des biscuits vitaminés, un ou deux le matin et la même chose le soir. Quand on se promenait sur la route de Sigy, on nous faisait chanter des chansons allemandes. Les instituteurs recevaient des ordres du gouvernement.

Il prenait la règle et nous faisait mettre les doigts en l’air pour nous frapper les doigts… sans compter les coups de pied aux fesses.

On nous a réquisitionnés pour ramasser les doryphores dans les champs de pommes de terre. Une autre activité en plein air consistait à bêcher le jardin du maître d’école.

On savait qu’un enfant juif avait été caché et que ses parents et ses sœurs avaient été déportés.

On écoutait la radio anglaise et on savait que cela commençait à se passer mal pour les Allemands.

Une partie de la population était au courant des parachutages. On entendait les avions anglais décoller du plateau de Mons. Ils passaient au-dessus de Donnemarie.

Notre quotidien pendant l’occupation était la recherche de la nourriture. Celui qui avait des poules et des lapins pouvait se débrouiller. On mangeait du pain noir.

Ils ont bombardaient le camp de Mailly. Il y a eu quarante-deux bombardiers anglais et américains détruits dans la nuit. Ils se sont désorganisés au niveau du camp de Mailly et il y a eu des collisions. La désorganisation provenait d’une émission de radio américaine qui émettait sur leur fréquence, donc plus d’ordre. Les chasseurs allemands de Romilly les ont pris en chasse à partir de Provins. Il en est tombé deux de l’autre côté de Provins, un à Donnemarie, un à Montigny le Guédier et deux dans l’Yonne pas loin…

Nous participions à des petites fêtes, tours de chant, récitations, petites pièces de théâtre en faveur des prisonniers détenus en Allemagne, confection de colis, collecte d’écharpes, passe-montagne, gants. À partir du débarquement, l’activité aérienne s’intensifia, attaques de convois, trains, ponts, dépôts.

Sur Paroy, carrefour des routes de Donnemarie, Provins, Bray et Maison-Rouge, trois camions des Moulins de Paris, chargés de blé, furent mitraillés par deux chasseurs-bombardiers lightning P38. Les camions prirent feu, un des chauffeurs fut tué. L’odeur du grain grillé persista longtemps à cet endroit.

Le 16 juillet 1944, un train mixte voyageurs et marchandises qui montaient sur Paris s’arrêta en gare de Leudon. Des avions alliés passaient à basse altitude. Voyageurs français et allemands quittèrent rapidement les wagons pour chercher à s’abriter derrière un mur ou un talus. Le convoi fut mitraillé. Quelques bombes lâchées trop bas n’éclatèrent pas. Une rebondit sur le quai, traversa les murs de la gare et atterrit plus loin au dépôt de goudron. C’était un dimanche, il y avait remise des prix à l’école des filles de Dontilly. Par les fenêtres, nous apercevions les avions évolués. Ce soir-là, j’ai pris mon vélo et je suis allé sur la place. La machine arrêtée sur le passage à niveau bouchait la route de Maison-Rouge. Elle était criblée d’impacts de balles. La vapeur en s’échappant ressemblait à une longue plainte faisant penser à une grosse bête à l’agonie. Le lendemain, des animaux enfermés dans les wagons de marchandises réclamaient eau et nourriture. Le chef de gare, monsieur Larcher, un vosgien énergique, dit aux cheminots : « Lâchez moi tout ça ! » Des passerelles, ponts de planche, furent amenées et les portes ouvertes. Chevaux, vaches, cochons débarqués furent recueillis dans les fermes proches. Des wagons contenaient des marchandises rares à l’époque : café, sucre, liqueurs et tissus. Ils furent pillés. Des bicyclettes allemandes furent cachées.

Le départ des Allemands et la Libération

Quelques jours avant la Libération, avec mon père, nous avons vu arriver des camions avec l’insigne des SS. Ils n’ont pas perdu de temps, ils ont commencé par ramasser les outils : les pelles, les pioches et aussi les vélos. Ensuite, ils ont ramassé… les hommes. Le premier était le père Thumont, mon voisin qui était déjà âgé. Il a pris un de ces coups de botte. Il nous a dit : « Je ne comprends pas ! Ils me frappent et ils veulent que je parte. »

Il m’a donné ses clés pour que je les donne à sa femme. Ils sont rentrés dans les maisons pour mettre sur la place de Donnemarie tous les hommes de seize à soixante-dix ans. Un autre de mes voisins qui parlait allemand a essayé de discuter mais ils l’ont mis en joue… Monsieur du Plessis a compté les hommes sur la place : trois cent trente-trois. Certains s’étaient sauvés. Mon père était parti à Mons en Montois, mais, ils ont menacé de prendre en otage les femmes de ceux qui étaient partis. Mon père est donc revenu. Le lendemain, ils ont amené les gens de Montigny et ils ont mis tout le monde dans les trois écoles et au château. Là, ils ont désigné quinze ou seize otages.

J’étais resté avec ma mère. Une patrouille est arrivée dans la nuit. Ils ont perquisitionné. Ils ont marché dans le grenier sur des fusils de chasse qui étaient sous le plancher avec des baïonnettes et un revolver. Heureusement, ils avaient des lampes affaiblies et il n’y avait plus de courant car il était coupé. Ils n’ont pas vu grand-chose. Ils fusillaient immédiatement tous les détenteurs d’arme ! Pendant qu’ils perquisitionnaient et que ma mère leur montrait les différentes pièces, ils m’ont tenu en joue avec ma voisine, la mère Thumont. Le SS était un gosse qui avait seize ou dix-sept ans. Il avait plus peur que nous. Mais, c’étaient des fanatiques…

Ce convoi venait de Provins. Il appartenait à la 17e SS Panzer grenadiers qui avait ordre de prendre position à l’est de Montereau pour renforcer les 338e et 48e division d’infanterie de la Wehrmacht qui retraitait depuis Chartres. L’état-major s’installa au château de Donnemarie avec une partie du détachement. Des soldats descendirent des camions et s’équiper rapidement, pendant que d’autres passaient dans les maisons de ramasser pelles, pioches, bêches pour les charger dans un camion qui stationnerait le soir sur la place, derrière les otages (témoignage de Pierre Croq, seize ans à l’époque). L’après-midi, les entrées de Donnemarie étaient bouclées et les hommes regroupés sur la place. Parmi les soldats descendus des camions, un grand gaillard roux tenant un sac à dos d’une main vint appuyer son fusil sur notre grille. Mon père esquissa un geste pour lui faire comprendre que son sac devait être lourd. L’autre, avec un grognement, le balança sur ses épaules, boucla les courroies, passa le fusil à la bretelles et en bombant la poitrine pris place dans la colonne qui se dirigeait par la route de Montereau sur Montigny et Salins. En ce dernier lieu, ils prirent position dans le petit bois en haut de la grande côte où ils furent pris à partie par l’aviation.

Dans les années 70, je faisais des coupes de bois dans cet endroit et on pouvait encore voir des arbres mitraillés, déchiquetés. Des témoins rencontrés se souvenaient de ces combats. Sur la route de Fontainebleau, dans les bois de Fresnoy, sur la lisière, des trous individuels étaient encore visibles ainsi qu’un emplacement de mitrailleuse. Il y avait aussi à l’intérieur des bois des entonnoirs dus à des explosions de bombes. Les bombardiers allemands qui, basés à Villaroche, revenaient d’Angleterre avec des explosifs à s’en débarrassaient sur cette zone boisée avant de se poser sur les pistes.

Les SS sont partis dans la nuit qui a précédé la Libération. Ils ont été remplacés par des vieux de la Wehrmacht. La nuit suivante, celle de la Libération, quand les hommes otage n’ont plus vu d’Allemands, ils se sont sauvés par petits paquets pour regagner leurs domiciles.

Pour la nuit du samedi au dimanche, les femmes et les enfants de la route de Provins s’étaient regroupés dans les maisons Catala et Lemire. Le samedi, les Allemands amenèrent les hommes de Montigny dans les écoles déjà encombrées. Puis, les SS disparurent, relevés par des combattants plus âgés appartenant à la Wehrmacht. Toute la nuit, ce fut la retraite dans une grande confusion : autos, camions, engins chenillés, chariots tirés par des chevaux, motos, vélos. Ils prirent la route de Mons. Les Américains étaient à Leudon, Maison-Rouge. Les Allemands firent demi-tour pour revenir prendre la route de Provins. Au petit matin, nous entendîmes des coups de feu au bas de la route de Mons, les Allemands avaient incendié un camion qui n’avait plus d’essence ainsi que deux motos. Un autre véhicule subit le même sort vers la halle, menaçant d’incendier la boutique de fruits et légumes dans le virage. On ne voyait plus de militaires dans les rues. Les hommes dans les écoles n’ayant plus de gardiens rentrèrent chez eux par petits groupes. Tout était étrangement calme. On n’entendait plus le canon. Avec deux voisins, nous sommes montés près du camion qui achevait de brûler puis nous avons essayé de récupérer une roue de moto intacte.

Venant de la ville, sont arrivés trois SS à pied avec leurs armes. L’un avait une grenade à manche à la main. Parmi eux, le rouquin vu débarquant le vendredi devant la maison. Il n’avait plus son gros sac abandonné sûrement le long d’un bois ou dans un fossé. Mon père désignant le camion dit : « Armée allemande, kapput. » Un des Allemands lui répondit : « Ah, grand malheur, monsieur, grand malheur... » Ces hommes paraissaient exténués : col ouvert, manches de vareuse retroussées et le casque accroché au ceinturon. Ils poursuivirent leur route ignorant que les Américains étaient déjà devant eux.

Vers les onze heures, de la fenêtre de notre grenier, nous avons vu un char sur le haut de la route de Bray. Il observa Donnemarie et ses environs pendant un quart d’heure puis redescendit vers Cutrelles rejoindre les blindés qui, par la plaine, venaient de Montereau Fault Yonne. Vers quatorze heures, nous pouvions voir tourner un petit avion sur la forêt de Preuilly. Puis des véhicules appartenant à la cinquième DI US arrivèrent par cette route et celle de Montigny. Le premier à franchir la porte de Provins était une automitrailleuse Ford suivie de jeeps. Les Américains installèrent deux canons antichars dans l’alignement des tilleuls de la route de Provins. Les gens étaient tous dehors, les drapeaux fleurirent aux fenêtres, la place était remplie de monde. Il y eut le soir un bal improvisé, les gens respiraient la liberté à plein poumon.

Les jours suivants, les FFI patrouillèrent dans les bois où se cachaient encore des Allemands. Ensuite, la route qui devint plus tard « la route de liberté », connut un énorme trafic : camions de ravitaillement, de munitions, d’essence, engins blindés, ambulances, énormes tracteurs avec deux chars sur la remorque, gros engins de terrassement et de très grosses péniches destinées à franchir le Rhin, qui passaient tout juste par l’étroite porte de Provins. Les Américains se régalaient de cidre, d’oeufs, de pêches, de tomates et en échange nous donnaient des oranges, du chocolat, des cigarettes et des chewing-gums.

Messages

  • Bonjour
    Monsieur je recherches des information sur mrs laurent pierre de dontilly né dans les années 31 de Aimé et de Madeleine plus ou moins car lui et moi nous avons un liens de parenté et je souhaiterais surtout reconstruire mon histoire.... merci a vous mes salutations Ni
    niartistpeintre@yahoo.fr

    • bonjour, je m’appelle françoise RICHEBERT vous recherchez LAURENT Pierre je le connais j’ai fait les faire part de la naissance de sa fille
      la soeur jumelle de ma grand-mère était mariée avec le frère d’AIME LAURENT
      père de LAURENT Pierre celui-ci habitait en dernier Route du Plessis aux chapts à Dontilly il est veuf et père d’une fille dominique je pense qu’il est toujours présent dans ce monde
      vous pouvez me contacter pour plus de renseignements
      francoise.richebert@wanadoo.fr ou 01 64 32 61 19

      cordialement

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    cordialement

  • Je suis toujours a la recherche d’infos sur Mr Laurent Pierre surtout les événements qui sont arriver avant son mariage avec Ghislaine
    merci a vous
    niartistepeintre@yahoo.fr

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