ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Il fallait bien que l’on travaille sous l’occupation

Madame Huguette Rolland née à Bois Colombes en 1922

dimanche 19 novembre 2006, par Frederic Praud

texte Frederic Praud


Je suis née à Bois-Colombes le 15 septembre 1922. Mon père travaillait dans une maison de soierie très en vogue à l’époque, la maison Vergnes, du côté de la rue du Quatre Septembre. Ma mère est morte quand j’avais un an. Elle est morte d’une laryngite tuberculeuse. Mon grand-père maternel était maître verrier et tailleur sur cristal pour Baccara. Ils vivaient presque comme au Moyen Age. Il a pris froid. Il a attrapé la tuberculose et l’a passée gentiment à ma grand-mère et à ma mère qui était très fragile. Ils sont morts tous les trois très jeunes : mon grand-père à cinquante ans, ma grand-mère à quarante-cinq ans, et ma mère à vingt-huit ans. Ma mère était brodeuse pour la maison de blanc. Je la regrette encore maintenant.

Cela a bien sûr été très compliqué pour mon père de rester veuf avec un bébé. J’ai été élevée jusqu’à l’âge de sept ans par une famille de Bretons qui habitait Bois-Colombes. J’ai fait un an de sanatorium. J’ai eu une enfance normale mais quand j’ai commencé à faire des hémoptysies, on a eu très peur que je suive le même chemin que ma mère. Je suis allée en sana jusqu’à la guerre de 1939. Comme j’avais l’air de vouloir être malade comme ma mère, on m’a envoyée en Franche-Comté, chez des amis. J’y suis restée jusqu’à ce que j’obtienne mon certificat d’études. Ensuite je suis entrée en cours complémentaire de Luxeuil-les-Bains jusqu’au brevet, un peu après 1934-1935.

Mon père, par contre, avait une santé de fer. J’ai dû prendre une bonne part de son côté puisque finalement je m’en suis très bien tirée.

J’ai donc vécu à Bois-Colombes jusqu’à sept ans puis à Passavant, un petit village de la Haute Saône, en Franche-Comté. Là, c’était plutôt pauvre. La vie matérielle était beaucoup plus dure. Luxeuil, par contre, était très luxueux. Les gens étaient très fermés. Une très belle ville, mais malheureusement le contact était très froid. J’étais en pension. Je faisais mes études dans un cours complémentaire de jeunes filles.
Mon père voulait que j’étudie mais il ne voulait pas que je rentre sur Paris de peur que je tombe malade comme ma mère (mais je suis quand même retombée malade...) Voilà pourquoi j’ai passé trois ans en pension, jusqu’à mon brevet.

Mon adolescence

Des rêves… Je ne sais pas si je pouvais beaucoup m’en permettre, étant donné que je souffrais de ne pas avoir eu ma mère. Je supportais très très mal l’autorité des autres, parce que je me disais : « Si c’était ma mère, on me traiterait autrement ». Mes rêves étaient plutôt gris mais j’étais quand même une petite fille très gaie, malgré tout, en apparence. Je chantais du matin au soir. J’étais très gaie. J’aimais rire… Je compensais, car je me sentais toute seule sur la Terre. Je me disais : « Je suis costaude. Je tiens le coup quand même ! »

Je n’avais pas beaucoup d’amies en pension … C’était très dur car des petites venaient de tous les coins de la Franche-Comté. Le pensionnat était un choix. Ceux qui étudiaient vraiment, qui continuaient leurs études, avaient un peu d’argent. C’étaient des gros cultivateurs, des gens comme ça. Les autres travaillaient plus ou moins dans les usines et n’étudiaient plus : à partir du certificat d’études, elles étaient au boulot ! Mon père voulait absolument que je sois instruite.

J’étais une bonne élève vis-à-vis des professeurs. Les études me plaisaient énormément : c’était presque une distraction ! Quand j’étudiais une leçon, je lisais la suivante pour voir si par hasard j’étais capable de comprendre sans le professeur. Je m’intéressais à quelque chose pour passer au-dessus de tout ce qui me tourmentait.

Je crois que tout le monde était comme moi. Nous étions peu liés mais une fois au sanatorium, alors là, nous étions tous de la même famille ! Il y avait une amitié, une chaleur humaine formidable. J’avais seize, dix-sept ans, un peu avant la guerre.

Cette période en sanatorium m’a permis de supporter l’occupation. J’avais tellement été bien nourrie… On ne se soignait pas alors avec des médicaments à tour de bras ! On vous disait : « Il faut dormir de telle heure à telle heure. Il faut vous reposer sans dormir de telle heure à telle heure. Il faut manger ceci. Il faut faire cela ».
Nous avions des menus très variés, de la distraction, des films, toutes sortes de choses pour qu’on ne soit pas obnubilé par ce qui nous guettait.

La fraternité, l’amitié qu’il existait ! Pas une n’aurait fait la moindre chose à l’autre. On était quand même séparés : femmes, gamines, garçons…

1936 : les grèves

Je savais ce qui se passait en dehors de l’établissement par mon père car il était très militant à Paris. Cela aussi me faisait peur. J’avais peur qu’on me le tue. Mon père, je l’appelais « mon dictionnaire vivant ». Je l’adorais… d’autant plus que je ne le voyais pas beaucoup. Il était à Paris et moi en Franche-Comté ! Je le voyais deux jours au jour de l’an, deux jours à Pâques, trois semaines aux vacances, deux jours à la Toussaint, trois parfois, et un peu à Noël. Je le voyais très, très peu : quarante-cinq jours par an. Combien de fois lui ai-je dit : « Tu es l’homme des quarante-cinq jours ! » Je les comptais ! Il n’était pas sitôt reparti que j’effaçais sur le calendrier en me disant : « Encore tant de journées… » J’adorais mon père.

Je n’avais pas d’autres moyen d’information que lui. La pension était fermée. On n’écoutait pas la radio. La TSF commençait seulement et tout le monde ne l’avait pas. De plus, les pensionnats se concurrençaient d’une ville à l’autre, à celui qui allait avoir la palme ! C’était la carotte pour faire avancer un pensionnat.

La montée du conflit

L’Allemand était pour moi l’ennemi. On était élevé comme ça dans l’Est. C’était peut-être comme ça partout, mais je crois que c’était plus fort dans l’Est depuis la guerre 14-18. On parlait « des Allemands » à Paris mais, dans l’Est, on les appelait « les Boches ». On nous avait également montré des films. J’étais très, très malade après avoir vu « L’Enfer de Douaumont », ou « Croix de Bois », des choses comme ça… Je rentrais avec des crises de vomissements chez les gens qui me gardaient. Je n’avais pas peur, mais j’étais bouleversée, complètement retournée. On est hypersensible quand on n’a pas sa mère. C’est décuplé.

Je voyais le conflit venir comme pourraient le voir les jeunes maintenant, en me disant : « Ça n’arrivera pas. Ce n’est pas possible. Ça ne va pas venir. »
C’est ce que je me disais… Surtout avec tout ce que j’avais entendu dire sur la guerre de 1914 : qu’il y avait des mutilés, des gens qui mouraient encore d’avoir été gazés. Je me disais : « Ce n’est pas possible que ça recommence. »
Mais ma jeunesse me passait au-dessus. Jeune, on n’a qu’une envie, s’éclater !

Etre jeune dans un sanatorium

On vit sa jeunesse dans l’espoir de guérir vite et de reprendre le chemin normal. J’ai pris une cuite quand je suis sortie du sana, avec deux verres de muscat que l’on avait bu à la gare en attendant le train. On était tellement content. Nous étions sept à sortir du sanatorium. J’avais dit à mon père :
« Ce n’est pas la peine que tu viennes. On est sept. On se trouvera bien une fois à la gare de Lyon. »
Mon père a vu arriver des gamines énervées. Il a eu du mal à nous calmer. Chacun récupérait son môme ou sa jeune fille ! Avec toute une liste de choses qu’il fallait faire : les cures de silence, les ci, les ça, qu’on a fait comme on a pu par la suite, car c’était la guerre et les bombardements.

La guerre n’était pas encore déclarée quand je suis arrivée sur Paris. En 1938, tout le monde parlait : « Mais non, on n’aura pas la guerre ! Les gens sont intelligents quand même, maintenant. On ne va pas tous se bousiller ! »
Nous avions vu l’Anschluss et c’était malgré tout dans nos têtes. Même si on ne comprenait pas exactement la gravité de la situation, on sentait bien que tout ça n’était pas de la rigolade. On entendait hurler Hitler sans savoir ce qu’il racontait, mais en se disant que ce n’était certainement pas des compliments qu’il nous envoyait. On ne pouvait même pas dire qu’il hurlait : il gueulait !

Une fois revenue du sanatorium, je ne suis pas sortie. Mon père avait trop peur pour ma santé. Je sortais mais avec lui. On allait sur les Champs Elysées, au cinéma, voir Charlot, « Les Temps modernes », etc.

Mon rêve

Avant-guerre, je voulais faire de l’opérette ! J’ai appris toutes les opérettes possibles. Cela m’a rendu service par la suite. J’ai appris tous les classiques, les chants classiques. Je voulais chanter. J’ai essayé. J’ai fait beaucoup de choses. Je suis allée chanter dans toute l’Europe, tout de suite après guerre.

Avant-guerre, je n’ai pas pu prendre de cours parce que je ne voulais pas demander trop d’argent à mon père. Quand j’ai commencé à gagner ma vie, je me suis privée pour payer des cours, pour avoir la voix bien placée et ne pas m’enrouer. J’ai appris la sténo et la dactylo avant-guerre… Plein de choses pour avoir plusieurs cordes à mon arc. Le chant, c’était bien, mais pas toujours bien vu ni bien interprété. Il suffisait pour une jeune fille qu’elle se lance dans un métier artistique pour qu’on la démolisse, même si elle était peut-être cinquante fois plus sérieuse qu’une autre. Ça soulevait de la jalousie, un tas de choses…

J’étais hyper coquette. Je ne me couchais pas si je n’avais pas fini une robe que je m’étais taillée pour le lendemain… Pour être toute pimpante en allant proposer deux ou trois petites chansons qui me faisaient plaisir. J’ai essayé de chanter à la radio. Ca commençait seulement. La télévision n’existait pas pour ainsi dire.

Petite, au village, mon institutrice m’avait prise en amitié. A l’époque tout le monde claironnait : « On a la TSF !
- Vous avez la TSF ? ».
Mon institutrice m’avait dit : « Tu sais ! Bientôt tout le monde aura la TSF ! »
Je pensais : « Elle rêve ». Ça me paraissait un tel luxe, surtout qu’on était dans une campagne ! Encore à Paris, j’aurais pu entendre les TSF crier par toutes les fenêtres des bâtiments. Mais à la campagne il n’y avait que trois ou quatre privilégiés qui avaient la TSF et tous les autres allaient l’écouter chez le voisin !

J’ai toujours eu cette envie de chanter, même petite. Quand j’étais toute petite, à l’école, on me faisait apprendre des chants pour le 11 novembre. Je chantais au monument aux morts !

Le début de la guerre : la période de l’exode

On ne voyait pas très bien venir les choses. Les Allemands arrivaient vers Paris et ils avançaient vraiment très vite. On disait toujours : « R.A.S. Rien à signaler. Rien à signaler. » Et en attendant, les troupes allemandes avançaient quand même.

Presque tout le monde partait de Paris. Les gens fichaient le camp. J’étais à Bois-Colombes avec mon père. A l’époque il travaillait au palais de la mutualité, à Paris dans le 5ème arrondissement. La mutualité envoyait tous ses chefs et employés dans l’Allier. Ils partaient dans des camions. Un jour mon père décide de partir. Il m’avait attaché une couverture dans le dos et une petite valise avec le strict nécessaire. Nous sommes partis jusqu’à Paris, où il n’y avait déjà plus de métro.
L’exode avait démarré, juste avant l’arrivée des Allemands. Nous sommes arrivés à la mutualité et nous y sommes restés un bon bout de temps.

Quand j’ai commencé à prendre des cours de sténodactylo, je ne savais pas quoi faire de la journée. Comme il y avait plein de machines à écrire, je m’exerçais. Je ne savais pas trop quoi faire. J’écoutais les conversations de tout le monde.

J’ai ainsi appris que plusieurs camions avaient sauté en route, en partant dans l’Allier, et que tout le monde avait été tué par les Italiens. Eux aussi ils mitraillaient les convois des gens qui se réfugiaient. On se demande d’ailleurs où ils se réfugiaient... Où pouvaient-ils bien aller ? L’un partait et tout le monde suivait.

J’ai décidé de ne pas partir. C’est peut-être ce caractère-là que ma mère m’a donné en s’en allant. Elle est morte et je me suis prise en main. J’ai dit : « Je ne vais pas aller me faire tuer sur les routes ! Je préfère rester à Paris. Après tout, c’est plus joli et je suis mieux là. »
J’avais compris que cette histoire-là était un piège.

Les Italiens mitraillaient en route tous ceux qui descendaient vers le midi. Des amis ont enterré des enfants sur la route, dans leur valise ! Ils ont jeté tout ce qu’ils avaient dedans. Ils ont fait un trou et ont mis des enfants qui avaient été tués. J’avais toujours été élevée contre la guerre. « Je ne veux pas aller me faire tuer ! Je reste à Paris. Si je dois mourir, je mourrai là. Tant pis ! Je ne pars pas m’esquinter sur la route. »
Je suis allée rassurer les amis : « Les pauvres, ils vont tellement se faire du mouron qu’ils sont capables d’en mourir ! »
Parfois, il n’y a pas besoin d’une bombe pour mourir !

La rue des Ecoles est située près de la Mutualité . Elle longe la rue de Pontoise. J’ai remarqué qu’il y avait des chambres à louer. Je n’avais pas un rond dans la poche mais je suis allée voir la dame, la gérante et je lui ai dit : « Bien, voilà : mon papa travaille juste en face. Nous habitons à Bois-Colombes mais il n’y a plus de train, plus rien. On voudrait bien trouver une chambre. »
Elle me répond : « Vous avez de l’argent ?
-  Non, mais je vais aller en chercher si vous avez une chambre de libre. »
C’était dix-huit francs par jour.

Mon père m’a dit : « Alors, t’es prête pour qu’on fasse la route cette nuit ? »
- Papa, tu t’en vas si tu veux, mais moi je ne pars pas.
- Mais où veux-tu aller, mon petit ?
- Pas loin, je traverse la rue. Je vais rue des Ecoles en face, au 18. »

Il est allé voir ce que pouvait bien être cet hôtel. Je n’avais même pas vu la chambre : une grande chambre avec un balcon qui donnait sur la rue des Ecoles, avec un grand pallier au milieu et à la porte d’en face, une cuisine toute aménagée. Il y avait tout dedans, de la vaisselle, tout le bazar. Mon père aimait bien faire la cuisine. C’était mignon comme tout ! Naturellement, on n’avait même pas un bout de sucre à mettre dedans quand on est arrivé. Il y avait encore un peu de choses dans les épiceries mais il fallait faire vite !

Il a bien fait de m’écouter. Nous sommes restés là. Les gens à Paris me connaissaient déjà pas mal car j’allais un peu par ci, par là. Ils me demandaient : « Vous êtes où ?
- Moi ? Je suis réfugiée.
- Où ça ?
- Eh bien, à Paris. »
Tous les Parisiens avaient fichu le camp, et nous étions venus nous installer là !

Il y avait un métro de temps en temps. J’ai pris un métro. Je suis descendue au pont de Levallois. Une ligne s’arrête là. Je suis allée à pied jusqu’à Bois-Colombes voir mes parents nourriciers pour les rassurer. Ils sont tombés à genoux quand ils m’ont vu arriver. Ils pleuraient comme des fous.
« T’es pas sur les routes ! Tu n’es pas sur les routes !
-  Il n’y a pas de danger que j’y aille. »
Je n’avais rien dit à mon père. Je suis retournée et je lui ai demandé :
« Devine d’où je viens ? Je suis allée te chercher des chemises et des chaussettes chez nous à Bois-Colombes. Je suis allée voir mon pépé – enfin maman et papa Borga, comme je les appelais – comme ça ils sont contents et moi aussi. On reste ici. On verra bien comment on fait »...

Ils ont ouvert les coffres pour payer les quelques employés restés pour sauver les étages de la Mutualité. Vous savez ce qu’il y avait dedans ? Plein de revolvers. Ils sont allés les porter tout de suite à la préfecture. Si les Allemands étaient venus là-dedans, on y passait tous.

Les débuts de l’occupation

Mon père était ami avec le Président des conseillers prud’hommaux. On s’était rapproché de lui pour avoir un peu de conversation, pour l’équilibre. Mon père me conseillait : « Il faut parler, voir des gens. » Nous étions sur les Champs Elysées quand j’ai vu arriver les Allemands. Rien que d’y penser j’en ai encore froid dans le dos ! Quand je me suis trouvée sur la gauche des Champs Elysées, en montant, j’ai vu les troupes qui débarquaient de l’autre côté. Elles descendaient par l’Arc de Triomphe. J’étais malade !

Quand ils sont arrivés ils ont fait du cinéma. Ils ont filmé, sans doute pour leur propagande. Pour nous, c’était vexant et déchirant. Mais bon…

J’avais déjà eu une émotion avant. Une petite personne, ouvreuse à l’Olympia, avait une chambre dans notre hôtel. Mon père m’avait dit :
« Je vais voir si je trouve quelque chose pour le petit déjeuner. Si tu veux regarder dehors, je t’en prie, couche-toi sur le balcon. Ne sois pas visible. »
J’étais allée chercher la voisine et je lui avais dit : « On va se coucher toutes les deux et on va regarder. »
Vous allez rire, mais je lui ai proposé :
« On peut être copines. On est en pleine guerre. On ne va pas mettre trois heures pour être des amies, hein ! Vous allez voir, quand mon père va arriver, vous allez voir ce qu’il va dire ! Il va dire qu’il a rencontré le cousin de la bécane à Jules qui lui a dit que les Allemands étaient là... »

Mon père alors vient juste à passer et il me dit : « Les Allemands sont là ! »
Mais je n’ai pas rigolé du tout. Je ne le croyais pas. Je suis partie en chemise de nuit avec mon père que je tenais par la main, depuis la rue des Ecoles… et je les ai vus descendre notre drapeau bleu, blanc, rouge, pour mettre le drapeau avec la croix gammée à la place. Ça fait mal. Je vous assure, ça fait mal. Et pourtant, ça ne fait pas couler de sang. Ca ne tue personne mais ça promet d’en tuer.

Le monde qu’il y avait sur la place de l’hôtel de ville ! Ce n’était pas possible, le monde qu’il y avait ! J’étais consciente de ce qui se passait parce que mon père était tellement pacifique qu’il m’avait beaucoup politisée là-dessus. Encore maintenant, j’ai des trucs chez moi contre la guerre, même dans mon armoire. Je les accroche pour qu’on me dise : « C’est quoi ça ?
- Bien ça, c’est pour qu’on garde la paix. La paix est le plus grand bien qu’on puisse avoir avec la santé. »

Le retour à Bois-Colombes

Entre-temps, nous sommes retournés à Bois-Colombes. La guerre s’éternisait. On n’allait pas payer dix-huit francs par jour dans un hôtel alors qu’il fallait aussi payer le loyer à Bois-Colombes. Nous sommes retournés chez nous avec tout ce que ça pouvait comporter. En fait Bois-Colombes fut à peine occupé.

On pouvait avoir peur alors quand les Allemands étaient là car ils venaient pour arrêter. Ils se mettaient comme ça le long des routes… Quand on voyait ça, on était sûr qu’ils venaient rafler les gens. Je n’ai pas assisté à des rafles. Nous avons été prévenus quelques fois parce que mon père fichait le camp, le soir. J’avais peur, la nuit, toute seule.

Il était résistant. Il allait prévenir les gens de certaines choses. Sur le moment je ne l’ai pas su. Mon père m’a prévenue un jour : « On t’arrêtera, toi, pour me faire parler, moi. Tu diras que tu ne sais rien. »
Je ne pouvais rien dire. Je ne savais rien du tout. Je savais seulement qu’il n’était pas là. Malgré son grand âge il s’est fait embaucher au chemin de fer pour trier les cageots. On embauchait tout le monde alors… Mais il crevait tous les cageots ! Et il grossissait aussi : car lorsqu’il crevait un cageot de fraises, il ne mangeait pas celles qui étaient par terre, bien sûr, mais celles qui étaient au-dessus ! Un jour il essayait de me faire quelque chose de potable avec le peu de nourriture que nous avions. Il cuisinait très bien. Je me suis dit : « Mince, mais mon père grossit ! » Son cou était beaucoup plus frais, plus rond. Il avait l’air moins mal fichu, moins malade. Je lui demande :
« Mais, dis donc, tu grossis, toi !
- Mais je mange !
- T’as du toupet ! Et moi, je ne mange pas !
- Mon petit, si je pouvais t’en amener, tu penses bien que je t’en emmènerais. Mais imagine que je sois coincé, je me ferais fusiller pour une fraise ! »
Ce sont des petites anecdotes assez amusantes avec le recul…

Mon travail

Il fallait bien que je travaille. J’en avais assez d’être à la charge de mon père. Je ne pouvais pas chanter à ce moment-là et je n’en avais pas tellement envie. Je me suis inscrite dans une philotechnique, pour apprendre des choses, avoir la tête qui repose sur quelque chose qui me rendrait service plus tard. Puis j’ai trouvé du travail à la Fusion des gaz dans la rue de Monceau, une société d’électricité privée.
J’étais embauchée pour suivre les dépassements et donner des amendes aux gens qui dépassaient la consommation. Nous étions dix-huit jeunes filles, dix-huit à feuilleter tous les relevés de consommation et à envoyer des amendes aux pauvres diables qui dépassaient. Mais en principe, ceux qui dépassaient pouvaient payer la différence, alors il ne fallait pas trop pleurer non plus… Nous étions embauchées pour ça.

La rue de Monceau est située à côté d’un petit théâtre, le Monceau. C’était non loin du parc, presque à la rue de Berry, la rue de Friedland. On allait se balader là, le midi. On mangeait du chocolat aux figues. Vous payiez ça une fortune ! C’était sans ticket mais vraiment dégueulasse. Nous n’avions rien d’autre et nous étions quand même contentes de manger ça.

Un jour j’arrive au travail alors que toute la rue de Monceau était pleine d’Allemands. Un ici, un là… Ils voulaient coincer quelqu’un. Je suis arrivée avec d’autres collègues. « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ? »
Nous rentrons dans la Fusion des gaz. Tout à coup, ça a gueulé dans toutes les allées et venues : « On vous attend chez le directeur ! » Nous montons toutes chez le directeur, les unes derrière les autres… On nous a montré une photo du cuistot. De temps en temps, quand il pouvait avoir des choux quelque part, ou autre chose, il faisait un peu à manger dans une pauvre cantine, avec ce qu’il pouvait. On a tout de suite compris.

On nous a montré sa photo et on nous a demandé si on le connaissait. Personne n’a dit qu’il le connaissait ! On le connaissait tous. Tout le monde ! Mais on a senti que l’on allait mettre à mal le directeur tout de suite… On a senti quelque chose de très, très grave. Tout le monde a dit : « Non, on ne connaît pas. On ne connaît pas. »
Personne ne s’est retourné pour dire : « Tu connais, toi ! »
Tout le monde a pris sa part de responsabilité. Ce fut terrible… quelque chose de vraiment fantastique. Tout le monde ! Tout le monde ! Et nous étions cinq ou six étages avec beaucoup, beaucoup de monde ! Si bien que monsieur Delbeck, ce directeur, qui avait les moyens, est allé quelques mois après chercher des mets en zone libre. On a fait le jour de l’an avec lui. On a mangé comme avant-guerre. On disait : « Oh, la, la ! On a mangé comme avant-guerre ! » Cela nous paraissait formidable parce qu’il nous avait offert du pâté, un tas de choses comme ça.
L’oppression

Je ne sentais pas grand-chose… Je n’avais jamais faim. Tout me dégoûtait. Ma peur était que l’on me prenne mon père. Je ne pensais même pas que l’on pouvait m’arrêter, même si mon père m’avait dit : « C’est toi qu’on va prendre pour me faire parler. » Je vivais avec ça. Je faisais bien attention, pipelette comme je suis, de ne rien dire !

Mes collègues de travail n’ont pas porté l’étoile jaune. A la mutualité mon père travaillait avec une jeune femme israélite. Je ne sais pas comment elle n’est pas devenue folle : elle ne pouvait plus ni manger, ni dormir tellement elle avait peur. Elle avait l’étoile jaune sur sa veste. Elle se mettait toujours un petit châle qu’elle nouait. C’était une femme charmante comme tout, très gentille. Elle nous a aidés comme elle a pu, quand elle pouvait avoir par hasard un petit steak, un petit quelque chose. Comme je sortais de sana, elle avait peur que je retombe malade. Quand tout le monde s’est éparpillé après la Libération, on ne l’a plus vue.

On ne pouvait pour ainsi dire rien faire, à part se risquer en quittant Paris et en allant dans le maquis ou quelque chose comme ça. Autrement, ce n’était pas possible. Sans vouloir dire du mal, il faut reconnaître que certains avaient tellement peur d’être pris qu’ils dénonçaient. Il fallait être très, très vigilant…

L’agent de police

A Bois-Colombes, un agent de police habitait tout près de chez nous. Quelques semaines après la Libération de Paris, un jour mon père m’a dit : « Tu vas venir avec moi. On va aller chez monsieur X. On va porter des fleurs à sa femme. »
Nous sommes allés chercher des fleurs et sommes allés chez eux. Mon père a dit :
« Je vous remercie de tout mon cœur de ne pas m’avoir dénoncé en tant que militant et résistant, car sinon que serait devenue ma fille ? »
Lui en risquait autant à ne rien dire. Il ne pouvait pas ne pas me connaître, puisque mon père n’était pas placé là où il fallait sur les fiches électorales. Finalement, l’agent lui a dit : « Mais, monsieur Rolland, comment pourrais-je dire du mal de vous ? Vous êtes tellement gentil. » Je suis fière de le dire parce que c’est mon père !

Mon père m’avait dit : « Il ne faut pas perdre une minute. Il faut être reconnaissant et montrer que l’on s’est aperçu du courage qu’il a eu. » Il nous voyait tous les jours. A Bois-Colombes, trois immeubles appartenaient au même propriétaire. Il pouvait donc être coincé lui aussi. Les Allemands n’avaient pas peur de demander : « Est-ce que vous connaissez des Juifs ? Est-ce que vous connaissez des communistes ? Est-ce que vous connaissez des résistants ? »
S’ils avaient supputé que l’on connaissait des gens, ils vous faisaient du mal. On se méfiait peut-être plus de la police encore que des Allemands.

1942 : une année très dure

En 1942, nous n’avions pas grand-chose pour nous informer sur l’avancée des troupes alliées à part Radio Londres. Nous écoutions la radio tous les jours. Nous arrêtions vite à la moindre chose qui nous inquiétait. Mon père fichait le camp toutes les nuits. Il avait d’autres choses à faire. Nous étions au courant de l’évolution mais sans avoir les détails.

Nous avons eu l’espoir d’une libération proche tout de suite après 1942. 1942 fut tellement dur ! C’était l’une des années les plus dures pour trouver de la nourriture. L’espoir est revenu en 1942, mais pas tout de suite. On ne trouvait plus rien, ni sucre, ni lait… On enfermait celui qui était coincé avec un lapin ou autre chose. On le mettait en prison. Mon père faisait cent kilomètres à vélo pour aller en Normandie chercher une douzaine d’œufs, un litre de lait. Il tremblait comme un malheureux en revenant, étant donné les responsabilités qu’il avait par ailleurs. C’était effrayant.

J’allais voir une personne malade à vélo, depuis Bois-Colombes. Je mettais mon vélo dans un bus. On me l’a volé mais il a été retrouvé, je ne sais où, à Malesherbes. Il fallait passer la ligne de démarcation. Mon père est allé chercher le vélo parce qu’il avait trop peur que j’y aille et que les Allemands m’arrêtent.

1943-44 : l’espoir

Nous avons commencé à espérer en approchant de 1943. On voyait quand même que ça prenait tournure en Angleterre. Nous avions davantage de nouvelles aussi des pays d’Afrique du Nord. Hitler commençait à battre de l’aile avec la campagne de Russie.

On ne pouvait pas aller danser à Paris. On ne dansait ni à Paris, ni en banlieue. Il y avait des bals clandestins mais on risquait gros. C’était interdit. Mon père m’avait dit : « Je ne veux pas te voir te frotter là-dedans. » Il savait les responsabilités que cela comportait. Il ne fallait quand même pas faire exprès de se mettre dans un guêpier.

J’ai vu des différences entre la ville et la campagne. Une différence alimentaire déjà… Ils souffraient moins à la campagne. Ils s’arrangeaient entre eux. Ils avaient même quelques lapins ou quelques poules… quand les Allemands n’étaient pas venus leur chercher : quand ils débarquaient quelque part, on les appelait les doryphores parce qu’ils bouffaient tout !

Le débarquement

J’ai appris le débarquement rue de Monceau, là où on avait interrogé le directeur quelques temps auparavant. Tout le monde chuchotait : « A ce qu’il paraît, les Anglais ont débarqué. Ils ont débarqué sur les côtes normandes. » On se disait ça de bouche à oreille. Or, nous avions un surveillant… Cela se faisait de surveiller les gens pour leur donner le plus de rendement possible dans leur boulot ! Gamine, on a plutôt tendance à être un peu faignante ! Il faisait une tête, ce type ! Il faisait une tête !

Nous étions déjà au mois de juin. Au printemps ce gars là nous rapportait de son jardin des salades, des haricots, des tomates qu’il nous vendait six fois ce que ça valait, quand ce n’était pas dix ! Il avait entendu dire comme nous que le débarquement allait se produire. Cela laissait penser qu’on allait être libérés mais également qu’il y aurait des bombardements, des bagarres, un tas de choses. Il faudrait que son petit commerce ferme boutique. Ce n’était plus possible. Je me souviens qu’une petite lui a dit : « On voit qu’il n’a pas l’habitude que les Anglais débarquent ! » Elle lui avait sorti ça. On avait ri ! On était des gamines… C’est fou !
On avait un de ces fous rires après ce bonhomme. Qu’est-ce que nous étions contentes qu’il ne puisse plus faire des sous ! On riait comme des folles. L’espoir revenait, c’était fou !

Tous les jours je me disais : « Ça ne va pas durer tout le temps. La guerre de 1914 a duré quatre ans. Quatre ans, c’est déjà horriblement long. On ne va pas nous faire la guerre de cent ans, quand même ! » Pour essayer de me tenir motivée je me disais tout le temps : « On approche de la fin ».

Entre le débarquement et la libération de Paris, nous avions tout le temps l’oreille sur la radio pour savoir s’ils avançaient, où ils en étaient. Tout le monde, tout le monde, avait des cartes d’Europe. Quand les Russes avançaient et que les Allemands reculaient en Russie ou en France, on mettait des tout petits drapeaux. C’était bourré de drapeaux !

Beaucoup d’Allemands ont été tués pendant cette période, mais aussi beaucoup de Français. Je n’ai pas de souvenirs sur Paris car je suis restée à Bois-Colombes quand les FFI et les Allemands se sont bagarrés… Ce n’était pas par précaution, mais parce que ce n’était plus possible. Les trains ne circulaient plus. Le métro était bourré d’Allemands qui se cachaient. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait. De toute façon, ils étaient perdus ! On avait intérêt à rester chez nous. Nous étions quand même payés par nos patrons ! Au mois d’août, le dernier mois, on a même été payé double !

La libération de Paris

Pour moi, « la libération » signifiait que les Allemands rentraient chez eux. Nous avons tous quitté le travail quand les Alliés sont arrivés à Paris. Il y avait une joie, une allégresse ! Tout le monde s’embrassait ! Pleurait !

J’ai vécu la Libération comme un bonheur inouï. C’est fou ! Je me disais : « Je ne vais plus trembler pour mon père. » Je pensais que du jour au lendemain on allait voir les boutiques se remplir.

Je connaissais au moins cent ou cent cinquante chansons déjà ! Je suis allée sur la place de la Trinité et j’ai chanté. Les gens m’ont portée. On m’a emmenée dans un café qui s’appelait « le Gaulois » à l’époque, juste à l’angle de la rue de la Chaussée d’Antin. Je suis montée au premier étage. « Allez Huguette ! Une chanson ! Une chanson ! » Ah ! Je n’en pouvais plus tellement j’avais chanté ! Après cela, je suis partie sur les Champs Elysées où les tanks défilaient. Il y avait de Gaulle, tout le monde était là ! Puis je suis revenue à Bois-Colombes. J’ai pris mon vélo. J’avais caché des rubans bleu, blanc, rouge. J’en avais plein ma bécane. J’en avais mis partout ! Je suis montée dessus et je suis allée jusqu’en haut d’Argenteuil, au moulin de Sannois, pour voir toutes les illuminations, les lumières sur Paris. Depuis le moulin de Sannois, on voyait tout, tout Paris ! C’était un bonheur ! Je croyais que j’allais mourir de joie !

J’étais tout à fait en bas de l’avenue quand de Gaulle a descendu les Champs Elysées. Il y avait de tout : les chars, de Gaulle, les militaires, les jeunes filles... Elles montaient toutes sur les chars ! Elles mangeaient les bonbons que les Américains leur donnaient ! C’était fou ! Au même moment ça tirait place de l’Etoile mais on n’y pensait pas. On se serait fait tuer bêtement. On n’y pensait plus. On n’avait qu’une envie… On était fous de joie ! Je suis restée au moins trois jours sans me coucher ! Là, je n’avais plus de voix, plus rien ! Oh la la ! Quel bonheur !

L’après libération

Il fallait tout réorganiser. Il n’y avait plus rien. Les Allemands étaient partis mais l’os était dur à ronger. Il fallait tout remettre en route. Les boutiques devaient reprendre des denrées. Ils avaient tout pris, tout embarqué ! Il ne restait plus rien du tout. On ne pouvait pas s’habiller, pas se nourrir. Il y avait très peu de médicaments. Tout était vide partout. Vous rentriez dans un restaurant pour un malheureux plat qui traînait… Il n’y avait rien, rien, rien ! On ne peut même pas savoir l’effet que ça peut faire de rentrer dans des boutiques où il n’y a absolument rien.

Il fallait réorganiser. Avec toutes ces démolitions, il y eut du travail pour presque tout le monde ! Il a fallu trouver des déménageurs de moellons, d’autres qui dérangent, reconstruisent, repeignent, font les tissus pour les rideaux… enfin tout, quoi ! Ce fut une émulation formidable ! C’est sûr.

C’était bien trop compliqué de réaliser mon rêve de devenir chanteuse après ça. Ce n’était plus possible. J’ai eu la sottise de me fiancer, de me marier et de tout laisser enterré… Mais j’ai quand même continué à chanter !

J’avais l’impression qu’on m’avait enlevé un sérieux moellon car mon père n’était plus en danger… et ni moi ! Parce que je ne suis quand même pas une bonne samaritaine au point de me sacrifier tellement...

Et puis vivre ! On est sur Terre pour vivre, pas pour être menacés par des bombes ! Dans la région parisienne, tout autour de Paris, on était bombardés neuf à dix fois par nuit ! On bombardait dans le pays où j’habitais, à côté de Bécon les Bruyères, à cause des usines Hispano Suiza. Qu’est-ce que ça pouvait bombarder ! Il n’y avait plus une maison à Bécon, plus rien du tout ! Les maisons tombaient sauf la ligne de chemin de fer et la gare. Elle était pourtant visée mais elle restait toujours debout ! Il y eut beaucoup, beaucoup de travail de reconstruction.

Ma grande joie fut le droit de vote. J’ai pensé : « Je vais pouvoir ramener ma fraise. Je vais pouvoir dire ce que j’ai à dire avec un bulletin de vote ».
J’ai été très déçue parce que mon candidat n’a pas été élu. Mais ça signifiait énormément de choses pour moi. C’était la libération !

La fin de la guerre, il fallait bien qu’elle finisse par arriver. On crachait une telle joie, une telle détente, cela avait été si terrible ! Tout de suite après la libération, le lendemain ou le surlendemain, les Allemands sont revenus avec des avions pour bombarder vers Paris. Ils n’ont pas pu le faire. Ils ont bombardé un peu plus loin. Tout le monde s’est affolé car il y avait des bals partout ! Des bals autorisés, bien sûr ! Les gens dansaient partout où il y avait un carré pour le faire ! Oh la la ! C’était fou ! Mais ils en ont profité pour bombarder vers minuit.

Mon rêve se réalise…

Plus tard, j’ai fait des tournées d’opérette : en Angleterre, au Danemark, en Espagne, en Suède, en Norvège, en Finlande, en URSS (à l’époque), en Grèce… Je payais ma retraite et je me mettais en disponibilité. Voilà comment je faisais pour pouvoir payer les études de mes enfants… J’étais contente de faire quelque chose que j’aimais faire par-dessus tout !

Message aux jeunes

La paix et la santé sont les biens les plus précieux. Il est vrai que nous avons vu apparaître de nouveaux produits comme le réfrigérateur mais sans la guerre nous les aurions eu quand même… et peut-être même plus tôt ! Tout l’argent que l’on a mis dans des bombes, pour creuser des tranchées, pour verser des pensions aux femmes ou aux hommes qui avaient perdu quelqu’un dans les bombardements, les camps de concentration ou ailleurs, tout cet argent pouvait servir à des choses pacifiques qui auraient rendu heureux.

Nous n’avons pas besoin d’une guerre pour nous enlever tout ce que l’on a. Les Allemands avaient tout embarqué, y compris les œuvres d’art. Heureusement que l’on a pu en reprendre. Mais les œuvres d’art, on ne les met pas dans notre assiette. Nous n’avions plus rien à manger !

La population avait été très malheureuse après la guerre de 1914. Il faut absolument perdre cette animosité entre pays à cause d’une frontière. Il faut que l’on essaie de se comprendre tous. Ma fille maintenant est professeur d’allemand. Elle est même docteur es Lettres. Elle n’a aucune rancune contre tout ça. Pourtant elle a souffert aussi, puisque je lui ai tout expliqué. Sans arrêt, sans arrêt, je raconte tout à mes enfants. Je leur dis : « Le bien le plus précieux, vous seul pouvez le mener, c’est votre santé. Mais il faut veiller à ce que la paix soit maintenue. »


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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