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Tunisie : les anglais nous ont libérés

Mr Bensimon né en 1932 à Tunis

dimanche 9 décembre 2007, par Frederic Praud

texte : Frédéric Praud


Je suis né le 26 février 1932 à Tunis. Nous étions de nationalité française et vivions dans un quartier populaire, un quartier pauvre. Ma mère n’a jamais travaillé. Mon père était dans la chaussure. Il a fait son service militaire à vingt ans pour rester après son service employé au magasin d’habillement du régiment. Il y a travaillé jusqu’en 1940,41 moment où le statut juif de Pétain a fait en sorte qu’il ne soit plus employé : "Les juifs ne peuvent être fonctionnaires !" Il a été licencié.

Tunis, un temps hors du conflit

Je ne sentais rien de cette pression de la guerre. Un enfant de huit ans est bien loin de tout ça ! Je jouais au football quand il n’y avait pas école… et pendant la guerre, nous n’allions à l’école qu’une ou deux fois par semaine ! Le football prenait tout notre temps. Nous mettions de pierres en guise de but et jouions sur des terrains immenses où il n’y avait rien.

Avant-guerre, nous habitions une grande maison en rez-de-chaussée avec quatre grandes pièces pour quatre familles… avec dans la cour un robinet d’eau pour les quatre et un petit coin pour cuisiner au pétrole. Nous vivions à quatre enfants plus nos parents dans la même pièce. En 1940, des immeubles neufs ont été construits et mon père a pu bénéficier d’un appartement en tant que fonctionnaire, appartement avec cuisine et tout ce qu’il fallait !

Personne n’a porté l’étoile jaune en Tunisie mais tous les hommes valides à partir de dix-huit ans ont été pris comme travailleur de force obligatoire. Deux frères de ma mère sont partis travailler ainsi, mais ils sont restés en Tunisie. Mon père ayant cinq enfants n’a pas été pris comme travailleur obligatoire. Il est resté avec nous mais toujours sans travail !
L’occupation allemande à Tunis

La guerre ne nous touchait pas jusqu’à l’arrivée des Allemands suite au débarquement des Américains en Algérie. En novembre 1942, les Allemands occupent Tunis jusqu’au 7 mai 1943. Il n’y avait plus école. Elle était fermée. J’ai ensuite fait quelque mois pour arrêter définitivement à l’âge de douze ans.

Nous avions peur que les Allemands fassent la même chose en Tunisie qu’en France. Nous habitions au quatrième étage. Devant la multiplication des alertes dues aux bombardements alliés, on nous a conseillé de descendre au rez-de-chaussée. Nous descendions tous les soirs dormir chez une voisine que nous connaissions bien. Un soir trois ou quatre Allemands sont arrivés chez nous. Ils voulaient prendre tout ce qu’il y avait… l’argent, les cigarettes. Ils sont restés une demi-heure, ont pris ce qu’ils ont voulu et ils sont partis.

Tout était rationné. Nous avions le droit à deux cents grammes de pain par jour… cent cinquante grammes de pâtes, la viande une fois par semaine. Nous avons surtout souffert de cela en Tunisie. Celui qui avait les moyens pouvait tout acheter au marché noir, comme s’il n’y avait pas eu de guerre. À part la faim, je ne me suis rendu compte de rien du tout ! Nous voyons quelques bombardements au loin. Nous regardions la fumée qui montait de l’aéroport ! Rien dans notre quartier.

Les Anglais libèrent Tunis

Nous étions avec des amis ce vendredi vers 17, 18 heures. Quelqu’un vient nous annoncer : « Les Anglais arrivent… les Anglais arrivent ! »
Quelqu’un a répondu : « Oh, méfiez vous ! Ce sont peut-être des Allemands qui se sont déguisés pour voir notre réaction ! »
Les Anglais sont finalement arrivés ce vendredi soir, 7 mais 1943. J’avais onze ans.
Tout le monde a fait la fête le samedi matin. Il ne se passait rien dans les quartiers populaires mais nous sommes allés sur les grands boulevards pour voir les soldats ; les chars, les camions. Je suis monté sur une jeep. Un soldat de couleur américain a pris son casque et me l’a mis sur la tête. La plupart de ma famille de nationalité française est partie dans l’armée française notamment un cousin de vingt-six ans qui s’est engagé quelques jours après, jusqu’à la fin de la guerre.

À onze ans, je ne m’intéressais pas à ce conflit. On ne pensait qu’à s’amuser. Nous n’avions pas de radio, rien… Je ne voyais pas les événements de la même manière qu’un adulte. Mon oncle maternel travaillant dans la chaussure, je suis resté chez lui de douze ans à dix-sept ans. Le magasin avait trois ou quatre employés mais pas de machine à coudre ou à fraiser le cuir. Il me fallait apporter les chaussures là où étaient installées les machines puis les récupérer. L’enfant donne un coup de main. Mon père a repris son travail en 1944. Je suis ensuite rentré dans les chaussures Bata.

Je n’ai pas entendu pas parler des débarquements en France, de la fin de la guerre. Je n’ai entendu parler de tout ça qu’une fois adulte.

Récit collecté par :

frederic.praud@wanadoo.fr

parolesdhommesetdefemmes@orange.fr

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Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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