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SAVINS - maire sous l’occupation

Paul ÉTANCELIN, né le 3 février 1935 à Savins

mardi 20 novembre 2007, par Frederic Praud

Paul ÉTANCELIN, né le 3 février 1935 à Savins

UNE FAMILLE ANCREE DANS LA REGION

Nous étions charrons de Père en fils.

Mon trisaïeul s’était installé comme charron à SAVINS en 1850, son fils, son petit-fils et ses deux enfants ( mon père et mon oncle ) étaient charrons. Je suis moi-même charron. Après mon certificat d’études, j’ai commencé mon apprentissage en 1949 avec mon père et mon oncle. Je suis donc le dernier de la lignée.

Nous avons travaillé tous les trois jusqu’à mon départ au service militaire le 20 décembre 1955.

Notre travail consistait surtout à fabriquer et réparer des voitures fourragères, des tombereaux avec des roues en bois cerclées de fer tirés par des chevaux, des rateliers à moutons et tout le petit matériel qui comportait du bois nécessaire à l’exploitation agricole. Nous réparions aussi les parties bois des faucheuses, moissonneuses ( timons, rabatteurs …) des batteuses à grains ( secoueurs, planchers, baleines …) des planchers de presses à balles de pailles ……

Le charron ne travaillait que pour l’agriculture . Il y avait un charron dans chaque village qui pouvait vivre de son métier .

A mon retour du service militaire début 1958, le métier était fini suite à la loi de mai 1956 qui interdisait les bandages fer sur les routes et l’évolution des méthodes d’exploitation : tracteurs et leurs nouveaux outils, les roues à pneus, ce qui a amené la disparition brutale des chevaux, le regroupement des petites exploitations et la suppression progressive des animaux dans les fermes : vaches, moutons,…

J’ai conservé le vieil atelier avec ses machines à transmission par courroies, tous les gabarits et l’outillage manuel nécessaire à ce métier dans la maison de mon trisaïeul.

Nous sommes une vieille famille de la région. Mon trisaïeul Alexis Etancelin était originaire d’Everly entre les Ormes et Gouaix. Un Etancelin a donné le terrain pour construire l’église d’Everly en 1640, c’est gravé dans la pierre de l’ébrasement d’un vitrail. En 1435, deux familles d’Etancelin étaient maréchaux ferrants à Savins : ceux d’Avelli ( maintenant Everly ) et ceux de Charlemaison ( Chalmaison ). L’origine de notre nom est liée à ce métier. Il s’écrivait à l’époque « ESTINCELLIN » qui signifie celui qui fait des étincelles.
J’ai découvert l’origine de mon nom en effectuant des recherches à la bibliothèque de Provins. Il s’agit d’un référendum où l’on demandait aux habitants du Comté de Champagne s’ils acceptaient d’être rattachés au royaume de France, les noms et les professions y sont consignés.

Ma mère, une Millard, était issue, elle aussi, d’une très vieille famille de Savins.

SAVINS

Avant guerre, Savins était un petit village de seize petits agriculteurs avec leurs commis de ferme permanents et saisonniers, dix sept artisans et commerçants et de nombreux ouvriers : ceux des glaisières, 2 exploitations sur Savins ( mines en sous-sol d’où l’on extrayait l’argile ) la grande partie travaillait à LONGUEVILLE dans les usines de tubes sans soudure : établissements Degond, usine des planches ( Gauthier-Troussel ), l’usine des eaux de la ville de Paris, la S.N.C.F., Ets Delafond entreprise de maçonnerie, la fabrique de vaseline à Courton, etc.

MOBILISATION

Mon père était né en 1901 et mon oncle en 1904. Ils ont été appelés tous les deux à la guerre en 1939.

Mon père fut incorporé au 55ème régiment d’artillerie divisionnaire hippomobile qui a payé un lourd tribut dans ce combat inégal. Ce régiment était équipé des fameux canons de 75 datant de la guerre de 14-18.

Il a été chauffeur du vétérinaire puis agent de liaison. Il a fait toute la retraite de 1940 en combattant pour finir à Pierre Buffière en Haute Vienne où il fut libéré en juillet 1940.
Je me souviens, malgré mon jeune âge, de son départ, d’une permission et de la joie de son retour.
Mon oncle fut envoyé en Corse et libéré beaucoup plus tard.

L’EXODE POUR UN ENFANT DE CINQ ANS

Nous sommes partis parce que nous avions peur des Allemands, peur communiquée et entretenue par nos anciens qui avaient connu 14-18.
Nous avons d’a bord accueillis des réfugiés de l’Est et des Ardennes avec leurs grands chariots à 4 roues tirés par des chevaux. Certains ont stationné un bon moment dans notre village. Quand le front s’est rapproché, ils sont partis vers la Loire et nous aussi. Il fallait, paraît-il, passer la Loire pour être sauvés.
Je suis parti avec mes grands-parents Millard qui étaient de petits agriculteurs. Ils avaient deux chevaux. On a chargé la voiture fourragère complète, avec ma grand-mère par-dessus. Mon grand-père marchait à pied pour conduire les chevaux. La voiture d’enfant dans laquelle je me trouvais était attachée en remorque à l’arrière, guidée par ma mère à pied.
Nous avons eu beaucoup de problèmes pour passer la Seine car presque tous les ponts avaient été détruits par les militaires français du génie afin de ralentir l’avance de l’ennemi.
Malgré que nous n’empruntions que de petites routes par sécurité, elles étaient saturées par le nombre important de gens qui fuyaient en automobile, à pied, avec des chevaux, le tout mélangé avec les militaires en retraite ou remontant vers le front
Près de CHEROY, nous avons été mitraillés par des avions. Nous étions dans un petit bois, ma mère s’est couchée sur moi pour me protéger. Il y avait des civils et des militaires. Un militaire a été tué. Dans un carrefour, à Jouy dans l’Yonne, il y avait eu des mitraillages et on trouvait des chevaux morts éventrés, des véhicules culbutés, l’odeur était infecte.
Nous sommes allés jusqu’à La Celle sur le Bied, dans le Loiret, sur la route de Montargis.
Nous étions cachés dans une cave quand les Allemands sont arrivés. Après un moment de peur, le calme est revenu, il n’y avait plus qu’à faire demi-tour et rentrer à la maison.
Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés dans une grosse ferme où il y avait déjà beaucoup de réfugiés. Le seul local disponible pour se reposer après tous ces kilomètres à pied pour mon grand-père et ma mère, c’était un ancien poulailler
qu’ils ont nettoyé sommairement pour pouvoir y dormir. Des soldats allemands sont arrivés dans la cour avec des prisonniers français : trois tirailleurs sénégalais, qui profitant d’un moment d’inattention de leurs gardiens, se sont évadés à travers les blés. Les Allemands les ont poursuivis et abattus. Ceci est resté gravé dans ma mémoire de gosse.
Quand nous sommes revenus, nous n’avons pas tout retrouvé dans la maison, mais le pillage était limité. Mon grand-oncle qui se sentait trop vieux pour partir était resté pour surveiller et refermer les portes qui chaque jour étaient forcées.
Avant de partir en exode, nous avons vu passer dans le village un convoi de bus parisiens vides, conduits par des militaires français en direction de Saint Loup de Naud.

OCCUPATION

Lorsque les Allemands sont arrivés à Savins en 1940, le Maire en place s’est suicidé. Il n’y avait pas de candidat pour reprendre la succession ( ce n’était pas comme actuellement ). Mon père, à son retour de la guerre, en tant que conseiller municipal déjà élu, repris cette lourde charge avec tous les risques que cela comportait.
En 1940-41, un officier allemand logeait chez ma grand’mère paternelle.
Mon père étant maire, nous avions souvent l’occasion de les voir à la maison. Au moindre problème, il allait au château où se trouvait la Kommandantur. Ils étaient là mais pas trop embêtants, mais j’ai peu de souvenirs de ce début de l’occupation.
Nous n’avons pas très bien vécu cette période. Mon père était toujours pris entre ses administrés pas satisfaits du système, la gendarmerie française, la police allemande…
La police allemande est venue plusieurs fois le chercher à six heures du matin pour l’emmener à Melun. On ne savait pas pourquoi. Elle le ramenait parfois que le lendemain matin. Nous nous demandions s’il reviendrait. C’était très angoissant.

Quand les ouvriers du S.T.O. ( service du travail obligatoire ) venaient en permission, certains ne repartaient pas en Allemagne, les gendarmes de Donnemarie venaient pour les chercher. Lorsqu’ils arrivaient à la maison, mon père qui connaissait leur planque, envoyait ma mère les prévenir. Le père du Maire actuel de Longueville a été sauvé comme cela de justesse.
Puis le drame familial. Mon cousin qui habitait Noisy le Sec est arrêté par la gestapo le 5 novembre 1943 à l’âge de 18 ans pour faits de résistance. Tout le groupe a été arrêté, ils avaient été infiltrés et dénoncés. Mon cousin est porté décédé au camp de concentration de Buchenwald le 13 avril 1944. Ses parents et nous-mêmes n’étions pas au courant de ses activités de résistance.

Un petit groupe de résistants existait à Savins, mais il n’y a pas eu d’arrestations. En tant qu’enfant je ne savais rien, même mon père, au début ne le savait pas.

L’ECOLE

Il y avait deux classes tenues par un couple d’instituteurs : M. et Mme LEGUEUX qui étaient d’excellents maîtres qui maintenaient une bonne discipline.

L’hiver, après la classe, corvée de petit bois pour 2 filles et gros bois pour 2 garçons, il fallait alimenter le gros poêle au centre des 2 classes. Malgré les hivers rigoureux de l’époque, nous n’avons jamais eu froid en classe.

L’été, il y avait la fameuse corvée des doryphores dont il fallait débarrasser les champs de pommes de terre. Chacun y allait avec sa petite boite en fer.

En fin de période scolaire, lorsqu’il faisait beau et chaud, nous allions en promenade dans les bois étudier la nature.

L’école accueillait des enfants de réfugiés de la région parisienne et même de Longueville qui fuyaient les bombardements. Aucun enfant juif n’est venu se cacher ici.

Pendant les hivers, qui étaient rigoureux à cette époque, nous faisions de la luge dans les rues en pente. Deux grandes pistes bien verglacées dans le bas de la Fontaine à Minost attirèrent même les adultes. Sinon, nous jouions à la maison, entre copains, au meccano ou aux jeux classiques. Nous avons beaucoup joué aux soldats après la libération, récupérant ici, un vieux casque, là un calot, des cartouches qui traînaient dans les bois, etc.

Dès que nous rentrions de l’école, nous devions travailler au jardin ou à la vigne, nourrir les lapins, aller glaner au moment des moissons, nous étions occupés en permanence en plus de nos devoirs.

RAVITAILLEMENT ET TICKETS DE RATIONNEMENT

Les prélèvements pour l’occupant dans nos villages concernaient les agriculteurs. Ils avaient un quota de blé par hectare cultivé à fournir aux réquisitions. Cela pénalisait fortement les petites fermes qui n’avaient pas de bonnes terres. Certains ne pouvaient pas assurer totalement cette dîme. Quelques-uns, plus importants acceptaient de livrer le complément pour assurer le quota communal.
Les quintaux de blé disponibles étaient vendus au prix fort aux habitants qui le faisait concasser pour le tamiser en cachette. La précieuse farine recueillie servait à faire du pain pour la famille. La quantité de pain autorisée par les tickets n’était pas suffisante. Les transports particuliers se faisaient la nuit en brouette dont la roue cerclée de fer était emballée avec de vieilles toiles pour éviter le bruit.

Pour les cochons, il y avait deux choses :
L’abattage familial qui tolérait que les particuliers élèvent un cochon par an par famille
L’élevage agricole pour les fermes qui le pratiquaient, il devait être déclaré en mairie pour approvisionner l’office du ravitaillement. Comme la commune n’avait jamais de déclaration de ce genre, les inspecteurs du ravitaillement venaient à six heures du matin chercher le maire pour aller contrôler les fermes. Mon père les conduisait chez les agriculteurs qui n’avaient pas de cochon et ma mère partait dans l’autre sens prévenir ceux qui en avaient pour qu’ils puissent les cacher. A Savins, durant toute l’occupation aucun porc n’a été livré.

Les vieilles personnes n’avaient pas droit au ticket de lait et certains agriculteurs refusaient de leur en vendre au tarif normal, ils préféraient le vendre au marché noir. Mon père en a donc émis des faux à rapporter à la mairie en fin de mois où ils étaient immédiatement détruits, le problème était réglé.
L’huile de cuisine était rare. Beaucoup d’habitants avaient un petit champ où ils cultivaient de l’oeillette dont les graines servaient à faire de l’huile. Nous en faisions aussi avec des amandes de noix. Pour se rendre à l’huilerie du Père Delettre à Thénisy, les gens partaient et revenaient souvent de nuit avec leurs brouettes chargées par le chemin tout juste empierré. Lorsque les parents rapportaient un morceau de tourteau de la première presse, nous en apportions à l’école et tous les gamins mangeaient du pain d’oeillette ou de noix.

Proche de la libération, il y avait beaucoup de coupures d’électricité. Le boulanger n’avait plus de farine, il fallait aller en chercher chez les meuniers de Provins. L’approvisionnement était difficile, les routes peu sûres avec la retraite allemande et les mitraillages des avions alliés.
Il n’y avait plus de pain, le Maire devant cette situation a réuni tous les agriculteurs. Plusieurs se sont portés volontaires et sont partis très tôt le matin avec leurs chevaux et des voitures fourragères chargées de blé par les chemins de traverse en direction de Provins ( 10 km ). Ils ne sont rentrés que dans le milieu de la nuit avec de la farine. Ce fût une journée angoissante. On a craint qu’ils se soient fait arrêter ou mitraillés.

Pour travailler, ce n’était pas toujours facile vu le manque de matières premières ; pour avoir des boulons, des pointes, de la tôle, il y avait des « bons matières » insuffisants. Nous essayions de réutiliser au maximum les pièces démontées. Il y avait des bons pour les chaussures, les pneus de vélos…

Une seule personne au village avait un laissez-passer pour les transports automobiles : le café épicerie, Raoul Millard avec sa vieille Berliet et quelques rares bons d’essence.
L’électricité était installée depuis 1924 et l’eau courante depuis 1937.

LA VIE SUIT TOUT DE MEME SON COURS.

L’hiver certaines soirées étaient bien occupées. Mon grand-oncle venait dans la journée casser les noix et le soir au coin du feu, nous étions dix ou douze, membres de la famille, amis et voisins rassemblés pour « delire » les noix cassées : séparer les amandes des coquilles pour pouvoir faire de l’huile, le tout en papotant.
Pendant ce temps-là, ma mère faisait des crêpes ou des gaufres qu’accompagnait le cidre du pays. Quand nous avions terminé chez nous, nous allions aider les voisins.

Mon oncle qui était musicien, participait, dans plusieurs communes avoisinantes, à des soirées au profit des prisonniers de guerre. Sa spécialité était les monologues en patois briard. A l’occasion, il animait les repas de noces.

LE RESEAU CATHOLIQUE.

Le curé de CESSOY avait la charge de cinq ou six communes dont SAVINS. Il nous faisait le catéchisme. A certains moments, il était absent. Nous avons appris après la libération qu’il était dans un service de renseignements.

Les curés de la région étaient tous engagés. Celui de Maison Rouge était spécialisé dans la radio. Il a été arrêté. Le prêtre de LUISETAINES s’occupait de l’armement et des parachutages. L’abbé Evrart était prêtre à Nangis et chef de la résistance locale. Je l’ai connu beaucoup plus tard dans un groupe d’archéologie. Après la guerre, il a été aumônier dans la coloniale. Un vrai baroudeur !

A CHALMAISON, l’abbé Menardet était au château de TACHY, où il organisait des fêtes énormes au profit des prisonniers de guerre, grâce à ses nombreuses relations dans le monde du spectacle parisien. Son frère Dranem était un chansonnier fort connu. Il a caché des juifs chez lui. Il a même réussi à faire manger à la même table des Allemands et des Juifs. Il allait solliciter les Allemands pour avoir des tôles pour abriter soi-disant des réfugiés alors qu’elles étaient destinées aux résistants.

LA PROGRESSION DES ALLIES

Mon père avait affiché, sur le mur de la cuisine, des cartes géographiques, pour suivre la progression des troupes alliées. Par sécurité et quand il n’y avait pas d’électricité, nous écoutions la radio sur le poste à galène.

SAVINS était assez protégé. Mais, dès 1943, on voyait les avions anglais ou canadiens, venir bombarder le viaduc de Longueville en plein jour. Quand ils viraient sur Savins dans l’après-midi, et que nous étions à l’école, on se mettait debout sur les tables pour mieux les suivre et voir les bombes se décrocher des ailes. Souvent, le matin, les vagues de bombardiers de retour de mission sur l’Allemagne, nous survolaient.

A partir du 6 juin 1944, la pression de l’occupant s’est fait sentir. Tout le monde était excité. Nous avons appris la prise d’otages à Donnemarie. Mon parrain, boulanger, faisait partie de la rafle.

Mon père ne voulait pas semer la panique dans la famille. Il ne nous communiquait jamais ses craintes. Il nous protégeait. Nous en avons reparlé après guerre.
Sa plus grande peur était de se faire arrêter, parce qu’il était, en tant que maire, responsable, vis à vis du gouvernement en place et de l’occupant, des actions, bonnes ou mauvaises, de ses administrés. Il y avait aussi le souci de se faire voler les tickets d’alimentation lorsqu’ils arrivaient en fin de mois en mairie. Ceci était assez fréquent à l’époque, soit par la résistance, soit par ( ce qui était le plus souvent le cas ), des bandits pour alimenter le marché noir.

LA LIBERATION

Lors de la retraite de l’armée allemande, une compagnie s’est cantonnée dans Savins, pour quelques jours, la roulante était dans la cour de mon grand-père. Il y avait eu un tué qui était dans un camion, ils sont partis un jour pour l’enterrer. A cette époque, ils étaient très nerveux.
Le premier camion, G.M.C. américain, que j’ai vu un soir sur la place du village avait des balles piquées dans les pneus. Le sergent, un noir, m’a donné 1 galon et 1 petit paquet de 4 cigarettes Camel, une chose qui, pour moi, marque la libération.
Le lendemain, étaient stationnés sur toute la route du Perré, des véhicules américains. Les villageois se relayaient pour sonner la cloche de l’église, c’était la fête.
Sur la place, tout le monde était rassemblé, les F.F.I. en armes ont défilé. Chez « Raoul », le café, on buvait gratis et nous les gamins, nous y étions avec les adultes.

UN PARCOURS EXEMPLAIRE

J’ai commencé à bricoler dès l’âge de 10 ans. Après mon certificat d’études à 14 ans, j’ai fait mon apprentissage et travaillé avec mon Père et mon Oncle de 1949 à 1955, date à laquelle je suis parti à l’armée.
Quand je suis rentré début 1958, mon oncle ne pouvait plus travailler ayant eu une angine de poitrine, il ne supportait plus la poussière. Mon père était tout seul, démoralisé. Le charronnage était fini. Nous nous sommes lancés dans la menuiserie. J’ai repris l’entreprise de mon père en 1966. Nous étions quatre à y travailler.

Quand j’ai vu l’industrialisation de la menuiserie, je me suis réorienté vers la charpente. Je suis allé, pendant trois hivers de suite suivre les cours du compagnonnage à Paris. Je me suis associé ensuite avec un compagnon charpentier. Nous avons transformé l’entreprise. Nous travaillions sur de gros chantiers de restauration, des églises… car nous étions agréés par les monuments historiques. Je m’occupais personnellement de la menuiserie. Nous étions quinze quand des difficultés sont apparues. Je suis parti.
Après différentes péripéties, je me suis retrouvé sans rien. J’ai alors commencé à donner des cours dans un lycée technique. J’ai passé le concours d’entrée à l’École Normale à quarante sept ans et je suis devenu professeur d’enseignement technique.

MESSAGE AUX JEUNES

Ils sont habitués à être trop assistés par leur famille. Il faut qu’ils soient plus combatifs car ce sont ceux-là qui réussiront. Avec le chômage actuel, leur vie professionnelle sera difficile. Ils devront être polyvalents. Dès 1982, à l’École Normale, on nous a dit que nous ne devions pas former que des spécialistes mais des adaptables.

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