ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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SAVINS - un mariage pendant la guerre

Mme Simone COCHET

mardi 20 novembre 2007, par Frederic Praud

Témoignage de Mme COCHET Simone

Je suis née le 1er août 1914 à Savins. Mes parents natifs de la Nièvre, sont venus travailler ici à la boulangerie. Mon père n’était pas boulanger mais porteur de pain. Tous les matins, le patron et mon père partaient avec un cheval et une voiture, porter le pain aux environs, à Longueville, même à Courton, à Jutigny, comme ça.

Je n’ai pas eu le temps de connaître beaucoup mon père

Mon père a fait la Guerre de 14. J’avais trois semaines quand il est parti mobilisé. J’avais un frère. Ma mère est alors partie dans la Nièvre. Elle m’a prise dans ses bras et on est parti via Paris pour la Nièvre où je suis restée pendant cinq ans. J’ai été élevée là-bas avec mes grands-parents. Mon père a été démobilisé en février 1919 et on est revenu à Savins.

Il n’avait pas eu beaucoup de permissions. Même ma mère est allée le voir à Craon, Je ne connaissais donc pas beaucoup, mon père…

Revenu, il a continué dans la boulangerie jusqu’en 1924 quand il est décédé de je ne sais pas de quoi. Il a toujours été dans les tranchées et il n’avait jamais été malade à la guerre ! Alors, cela n’a pas été reconnu comme suite de la guerre… Il est décédé en 24.

Ma mère a dû élever seule ses deux enfants

Mon frère avait 13 ans quand on est revenu. Ma mère a travaillé un moment à la boulangerie et puis, elle a fait des ménages comme elle a pu. Elle cousait. Elle avait appris la couture. Elle cousait beaucoup. J’ai appris la couture, la broderie. Voilà ma vie…

Jeux d’enfants

Après la guerre, il y eut beaucoup d’enfants. On était peut-être une quarantaine dans la classe. Dans la cour de l’école, on jouait au chat, ou à la une ronde et on mettait un mouchoir par derrière pour colin-maillard. On montait parfois sur le mur. On jouait à la marelle aussi et on chantait beaucoup.
En dehors de l’école, on ne sortait pas vraiment. On restait à la maison. J’avais quelques camarades. On se réunissait chez l’un, chez l’autre, comme ça et puis…

J’ai eu mon Certificat d’études à douze ans mais il fallait rester jusqu’à treize ans. Alors, je suis restée à l’école jusqu’à treize ans. Je ne pouvais rien faire du moins pas grand-chose à part apprendre aux petits. Je ne suis ensuite même pas allée en apprentissage. Ma mère ne voulait pas me laisser en apprentissage. On ne sortait pas beaucoup. Alors, je suis restée au pays !

La rencontre

J’ai commencé à travailler à la maison. J’ai toujours travaillé à la maison jusqu’à mon mariage en 1940.

J’ai rencontré mon mari à un mariage du pays. J’ai fait connaissance de mon mari qui était de Vimpelles. Né le 13 mars 1913, il était d’une famille de douze enfants et travaillait dans la culture. Il était ouvrier agricole. Les jeunes filles rencontraient leur mari dans les bals et dans les mariages. J’allais souvent aux bals. Oh, oui ! On allait souvent au bal à cette époque…

La mobilisation en 39

A l’arrière en 39, les gens croyaient que cela n’allait pas durer longtemps. Des jeunes de mon âge que je connaissais ont été mobilisés, Maurice, Marcel, Georges Rouget…. Je n’étais pas mariée. Mon mari n’était pas ici !

Mon futur mari est parti. Il a également été mobilisé à Aubagne mais n’a pas été fait prisonnier. Il est arrivé à passer la ligne de démarcation en zone libre ou il a été démobilisé.

L’exode

J’ai fait l’exode mais je l’ai fait en chemin de fer. On est parti dans notre famille dans la Nièvre un petit peu avant par le chemin de fer. Nous sommes partis avant que les Allemands n’entrent par la Belgique, avant qu’ils n’arrivent à Savins.

On avait peur… Je suis partie avec maman dans cette famille. On a emporté le plus possible de bagages qui ne sont jamais arrivés à destination. Mais ça ne fait rien… Mon neveu est venue avec nous. Mon frère qui habitait à côté de chez moi. Mon neveu avait dix ans. En partant là-bas, on ne croyait pas voir des Allemands mais on en a vu beaucoup qui ont défilé avec les réfugiés. On voyait passer beaucoup de réfugiés parce que l’on était sur une grande route. Ils allaient à la Charité vers la Loire.

Mon frère réquisitionné

Mon frère est resté à Savins parce qu’il était obligé de rester à l’usine, chez Foulleret, une usine électrique à côté de Courton. Il a été requis après en 1943. Il fallait qu’il aille travailler en Allemagne. Il est né en 1907.
Il est parti neuf mois en Allemagne chez Schneider, dans les usines Schneider mais il n’est pas retourné après sa permission. Il est allé travailler du côté de Villeneuve les Bottes. Les personnes à Savins demandaient toujours : « Il est reparti Octave ? ». On répondait : « Oui, oui ! Il est reparti en Allemagne. On le l’a jamais vu. » Je n’ai jamais vu les gendarmes. La population demandait toujours s’il était reparti en Allemagne et puis c’est tout… Il n’a pas été recherché officiellement.

Retour à Savins occupé

Quand on est revenu, Savins était occupé. Les Allemands étaient corrects avec nous et tout le monde… On prenait la chose comme elle arrivait. Ils venaient de bonne heure le matin.. Ils venaient de bonne heure le matin, des fois à six heures du matin, aux pêches dans nos pêchers devant la maison. Ils ne disaient rien et nous non plus.

Un mariage sous l’Occupation

Je me suis mariée en septembre 40, juste en revenant d’exode. Mon mari a été démobilisé en août. Mais, on devait se marier en 1939. Les invitations avaient déjà été faites en août. Alors, on n’avait pas de publication à faire ! Tout était fait pour se marier. Les bancs avaient été publiés en 1939, avant qu’il soit mobilisé. Il est venu travailler dans la culture à Savins chez Monsieur Guillory.

C’était un mariage normal. Je n’avais pas une robe blanche mais une robe claire que j’avais mise à des mariages précédents. On était peut-être vingt personnes quand même. Il fallait demander l’autorisation, pour avoir le soir quand on sortait, un laissez-passer. Pour l’autorisation, très bien. Pas trop de problèmes.

Monsieur Millard était maire à cette époque là. C’était le père de Monsieur Millard, le propriétaire du café. Il s’est pendu, en 1941. Monsieur Chopinet l’a remplacé. Plus tard, quand ma fille est née en 43, c’était Monsieur Etancelain, le grand oncle de Monsieur Chopinet resté un an et demi. Monsieur Chopinet travaillait à Longueville à l’usine Des Planches.

Les Allemands faisaient les honneurs. Nous nous sommes mariés à l’école. Ils n’ont pas voulu que nous nous mariions à la mairie. Ils ont fait les honneurs avec trois soldats de chaque côté quand nous sommes arrivés. Alors, cela fait un drôle d’effet quand même ! Mais ils étaient bien corrects ! Voilà, mon mariage…

Nous sommes ensuite allés à l’église, dans notre église toute démolie. On ne pouvait pas y entrer. Nous avons fait une bénédiction devant les fonds baptismaux à l’entrée, pour dire que l’on s’était marié à l’église et c’est tout… On ne pouvait plus rentrer à l’église à partir de 1929. Je n’allais plus au catéchisme à cette époque là. L’église s’est effondrée au fil du temps. Ce n’est pas à cause de la guerre mais parce que l’on n’a pas continué à l’entretenir. Tout le fond s’est effondré. Alors, on y allait plus.

A mon mariage, nous sommes donc restés devant, dans un petit coin. Je ne pas sais d’où venait le prêtre, le père Bijan de Mons.

Après l’église, il n’y avait pas de salle des fêtes. Avec quoi ? Tout était vide ! On a quand même fait un petit repas le soir. Mon mari travaillant dans la culture, a dû trouver quand même un peu pour faire à manger… Il n’y avait pas de musicien. Rien du tout ! On ne pensait pas aux réjouissances en septembre 40, mais je me souviens que l’on a mangé des sardines… une boîte que l’on a rapportée de la Nièvre. En revenant de la Nièvre en train, des Allemands nous donnaient toutes sortes de choses, notamment une boîte de conserve de sardines. Mais grande ! Une grosse ! Une grosse comme ça ! On l’avait conservée et on l’a mangée au mariage…

La Résistance à Savins

Je ne savais pas qu’il y avait un réseau de résistants à Savins. On n’en parlait pas. Je ne savais pas. Mon mari, je ne sais pas s’il savait mais il ne me disait jamais rien. On en parlait comme ça un peu de Margotini…. On disait que Ribella était allé à Bicyclette porter un message à Provins. La population était au courant des parachutages. On le disait mais sans plus de détails.

Une existence presque normale sous l’occupation

J’ai eu mes enfants pendant l’Occupation. Le docteur est venu de Donnemarie, le docteur Debert.

Je continuais un petit peu la couture mais avec deux enfants, il y avait bien du travail ! Ils n’avaient que deux ans de différence. On n’avait pas grand-chose à leur mettre. On tachait avec des vieilles choses, de refaire des vêtements pour leur mettre, de tricoter quand même. J’avais trouvé de la laine au marché noir. Alors, je tricotais. On ne les habillait pas comme maintenant ! On faisait comme on pouvait…

J’allais laver le linge au lavoir. On allait au lavoir…

Pour la couture, je trouvais des clients, des personnes de Savins qui ne savaient pas coudre. On raccommodait beaucoup. Il fallait bien mettre des pièces ! J’arrivais toujours à trouver de l’activité et j’aidais quand même mon mari dans le jardin pour faire des légumes. On ne vivait que sur les légumes et quand même un peu de volaille. On avait acheté une chèvre. Il fallait faire un peu de fromage, toutes sorte de choses…

Nous étions en dehors du conflit. On continuait à vivre normalement, tout en se privant, tout en travaillant…. On continuait à vivre au quotidien. Il y avait quand même des privations pour la nourriture,. Même si on était à la campagne, on ne mangeait quand même pas toujours bien… Il fallait faire de la farine. Il fallait moudre dans le moulin à café. On avait acheté un moulin à café (Duval) pour que ça aille plus vite. Il fallait ensuite tamiser et faire du pain ! on n’avait pas du pain à volonté ! C’était tout le travail quotidien. Le quotidien prenait le dessus sur le reste.

Je ne sais pas à quelle époque on a eu le poste de radio, vers 1943. Alors, on prenait un peu les nouvelles, quand on pouvait. Connaître les nouvelles, était quand même une nécessité. On aimait bien…

Je ne sais pas combien il y avait encore d’Allemands à la fin. Il en restait quatre ou cinq à Lizines peut-être.

Les otages pris par la division Das Reich à Donnemarie

J’en avais entendu parler à ce moment-là. On avait même dit qu’il y avait le docteur Debert qui était dedans. Il avait été pris. Il n’y avait pas de gens de Savins. Ce n’étaient que des gens de Donnemarie. J’avais entendu dire qu’ils avaient été enfermés. Je ne sais même pas pour quelle raison. Qu’est ce qu’il y a eu ? Ils ne savent pas non plus…

Je ne savais pas que les gendarmes de Donnemarie avaient été pris par les Allemands pour acte de résistance. Je ne me souviens pas de ça.

L’arrivée des Américains et la Libération

Ici à la Libération, il n’y a rien eu de particulier avec les Allemands. A l’arrivée des Américains, je me souviens que l’on a dit : « Tiens ! Les Américains arrivent ! » Tout le monde avait mis des drapeaux et puis une heure après on a dit : « Ah bah non ! Ce n’est pas eux ! Ce sont encore les Allemands qui s’en vont ! ». Tout le monde a retiré les drapeaux. En effet, les Allemands s’en allaient. Les Américains, on les avait vus. Ils étaient arrivés à Nangis…

Quand ils sont arrivés, on a remis les drapeaux ! On leur a demandé s’il n’y avait plus d’Allemands encore par derrière…

Il n’y a pas eu de fête particulière, de manifestation particulière. Ca dansait le soir comme ça… C’est comme au bal de Savins, on n’était pas allé chez Monsieur Bertrand quand le parquet s’est effondré. Je n’y étais pas. J’avais deux enfants moi… Ca devait être en 1943.

L’après guerre

Après la guerre, le quotidien était quand même différent par rapport à l’avant guerre. L’évolution de la vie se faisait petit à petit. La vie des villages n’a pas changé du jour au lendemain. Cela a changé petit à petit.

J’ai voté pour la première fois en 45. On aimait bien y participer mais pas plus que ça.

Pendant un bon moment, il fallait encore laver les couches en bas, à la source jusqu’au moment où j’ai eu ma machine à laver vers 1970. On est allées longtemps au lavoir ! Comme j’habitais à côté…

Message aux jeunes

Je souhaite aux jeunes qu’ils aient le bonheur de connaître la paix, le temps de leur existence et qu’ils se rappellent des guerres que l’on a vécues…

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