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SOGNOLLES - un réseau de résistants

Monsieur LOISEAU Bernard né le 3 avril 1930, à Pécy en Seine-et-Marne,

mercredi 21 novembre 2007, par Frederic Praud

Je suis né le 3 avril 1930, à Pécy en Seine-et-Marne, sur la route de Coulommiers. Je suis briard. Mon père est né à Sognolles. Il était cultivateur. Mon grand-père en était lui aussi originaire. D’ailleurs, lui et la grand-mère de Monsieur Mignot étaient frère et sœur. Ils sont nés tous les deux à Sognolles.

Moi, je suis né à Pécy car mon père avait dû s’expatrier. Ils étaient plusieurs frères. Le premier marié est parti dans sa belle-famille et le second est resté jusqu’à son mariage. Ensuite, il a été remplacé par mon père. Je suis donc revenu à l’âge de deux ans, lorsque mon oncle s’est marié.

L’installation de l’électricité

J’étais trop jeune quand l’électricité est arrivée, pour m’en rappeler. Je n’en ai pas gardé d’émotion particulière. Je ne me souviens pas de la disparition de la lampe à pétrole.

L’école

En 1936, il n’y avait qu’une seule classe et nous étions quarante-sept élèves. L’année suivante, cinquante-trois étaient prévus. A partir de ce moment-là, il y a donc eu deux classes.

Monsieur Brodard est arrivé fin 1933 et il est reparti en 1937. Moi, je n’ai fait qu’un an avec Brodard. Ensuite, j’ai eu Monsieur Dumont, puis Madame Dumont, Monsieur Dumont ayant été mobilisé.

On nous faisait faire des tours de cour comme punition.

Le quotidien durant « la drôle de guerre »

Mon père n’a pas été mobilisé car nous étions quatre enfants…

Travailler nous plaisait. Les grands-parents allaient dans les champs et nous les suivions.

1940 et l’exode

Nous sommes partis en exode sans mon grand-père qui est resté ici… Nous sommes allés jusqu’à Courlon, mais nous avons eu du mal à revenir, parce que le pont de Bray avait sauté. Mon grand-père, Marcellin, était resté pour garder la ferme et les animaux. Nous, nous sommes partis avec toute la famille et les chevaux, le mobilier, etc. Je n’avais pas peur. Je suivais la famille…

Un soldat a tiré sur les Allemands dans le village de Sognolles. Le gars s’était caché tout à fait en bas de la rue de Thénisy, chez un particulier, dans la ferme de Monsieur Grosnier. Mais il s’en est tiré sans dégât. Il s’est juste fait repéré.

Quand les Allemands sont venus à Sognolles, il était planqué. Alors, les Allemands ont pris des otages, dont mon grand-père, et ils ont menacé de les exécuter s’ils ne retrouvaient pas le coupable. Lorsqu’ils ont finalement pris ce soldat, il a été fusillé sur place. Il a été enterré dans la cour de Madame Marue.

Quelques années après, son corps a été déterré pour le mettre au cimetière…, parce que ce n’était pas plaisant. Nous avons appris toute l’histoire quand nous sommes revenus…

Le fil des événements a été conservé grâce à un gosse de réfugiés parisiens, qui se trouvait avec ce soldat. Un gosse de douze ans… Il a raconté par la suite ce qu’il avait vu. D’ailleurs, j’ai tout un dossier : il y a eu des lettres. Par la suite, il a écrit pour savoir ce qu’était devenu ce soldat, ce qu’on en avait fait, où il était enterré.

Il y a eu un échange de courriers entre ce gars-là, qui avait douze ans à l’époque, et le maire de Sognolles. Ce militaire avait des papiers et un livret. Tout avait été déposé à la mairie, mais il n’y avait personne et ces papiers avaient disparu. Alors, il y eut plusieurs versions ! Certains dirent qu’il s’agissait réellement d’un soldat ou d’un légionnaire ; d’autres que c’était peut-être quelqu’un qui était déguisé en soldat…

Extrait de texte relatant cette histoire

« Un soldat habillé comme un légionnaire voyait de l’endroit où il se trouvait, au 58 de la rue de Thénisy, les Allemands qui circulaient sur la route de Bray. Les arbres, à ce moment-là, n’étaient pas si hauts. Ce soldat, armé d’une mitrailleuse, tira une rafale.

Les Allemands sont alors venus à Sognolles et ont réuni sur la place de l’église quelques hommes, dont Monsieur Loiseau Marcellin, et quelques réfugiés. Ils ont menacé de fusiller ces personnes s’ils ne trouvaient pas le ou les tireurs. Le soldat français fut découvert et fut abattu d’une balle en pleine tête. D’ailleurs, son casque était traversé par la balle.

Les papiers dont il était porteur ne permirent jamais par la suite de découvrir son identité exacte. Il demeure donc un soldat inconnu. Il est actuellement enterré dans le cimetière de Sognolles. Son casque troué a été placé sur sa tombe. »

Extrait d’une lettre du jeune témoin, âgé de douze ans à l’époque des faits

« En 1940, c’est la débâcle de l’armée française qui s’enfuit devant les panzers divisions de la Wehrmacht. C’est l’exode des populations civiles à travers un pays ravagé par une guerre que personne ne comprend, tant la douleur est immense dans le monde entier devenu fou. 1940, c’est un légionnaire qui tombe sous les balles allemandes dans la cour d’une ferme à Sognolles en Montois. J’ai apprécié l’héroïsme de cet homme qui m’a peut être sauvé la vie, lorsqu’il m’a dit de fuir en voyant les soldats allemands qui arrivaient à la ferme. Il a tiré sur eux. Il a perdu le combat et la vie.

Quarante années sont passées depuis. Et pourtant le 3 août 1980, avec ma femme, ma sœur et son mari, nous sommes revenus dans ce pays, dans ce village, dans cette ferme. Nous avons revu les lieux où ce drame s’est passé. Nous avons rencontré des gens qui se sont souvenu de cet événement. Nous sommes allés au cimetière. Et comme me l’avait décrit la mairie de Sognolles, nous avons trouvé la tombe de ce soldat et son casque percé d’une balle. Sous une croix de Lorraine, une plaque rappelle au visiteur : ‘‘Soldat inconnu, mort pour la France, à Sognolles en Montois, 15 juin 1940’’.

Or, le 15 juin 1940, je me souviens que mon père avait rassemblé les papiers militaires de cet homme et les avait portés à la mairie de Sognolles. Cet homme s’appelait Antoine Godfred. Que s’est-il passé pour que cet homme demeurât un soldat inconnu pour l’éternité ? Nous ne le saurons jamais… »

La mairie de Sognolles a fait des recherches un peu partout. Elle est tombée sur un Antoine Godfred en Alsace, mais il vivait toujours. Ils ont retrouvé un Godfred en Belgique, mais ce n’était pas lui non plus…

L’organisation et l’action de la Résistance locale

Dans la région de Sognolles, il n’y a pas eu un mouvement, mais des mouvements de résistance. Si l’on parle de l’un et pas de l’autre, ça ne va pas. Ces divers mouvements ne se sont entendus que très rarement. Il y avait entre eux une certaine rivalité et ils ont souvent agi séparément. Parmi ces mouvements, il y avait principalement celui qui était le plus connu à Sognolles : « Vengeance ». Il a été et reste encore le plus connu.

Monsieur Armel Thomas a fondé ce mouvement le 3 mars 1943. Sur le plan local, son chef a toujours été Monsieur Charles Frémont, qui a d’ailleurs écrit un livre sur la Résistance, Histoire d’un corps franc. Parmi les adhérents, on peut citer : Monsieur Raymond Deschansiaux (un oncle de Pierrette), Pierre Martineau, Marcel Longuet, et Pierre Demange, alias Sébastien. Il a fait des allers-retours faramineux entre Sognolles et Lagny ! Parce que là-bas, il y avait le responsable régional de la Résistance, qui est d’ailleurs devenu le responsable régional des FFI.

Dans ce mouvement, il y avait également : Monsieur Chousenoux, Monsieur Viennot, Monsieur Pierre Bléry qui était quartier de la rue de la Cordonnerie à Provins, Monsieur Petit, boulanger à Sognolles... Il y en avait d’autres ! Mais on ne peut pas les nommer tous...

Le mouvement « Libération » était dirigé par Monsieur Jean-Paul Mirandel. Les fermiers doivent aussi connaître le mouvement « Front National », car il avait envoyé à tous les paysans de la région un tract, pour leur demander de cesser tous les battages, sous peine de voir leurs batteuses détruites. Je n’en vois pas l’utilité… Le responsable de ce mouvement était Monsieur Lucas Robert.

« Vengeance », le mouvement le plus connu à Sognolles, avait trois réseaux. Un réseau renseignement d’abord, qui se révéla très utile pour la Résistance et précieux pour le commandement allié. Il signalait les mouvements de troupes. Il évitait les bombardements désordonnés.
Les responsables, uniquement les responsables, avaient à leur disposition des postes radio. Mais, dès qu’ils les utilisaient, il fallait immédiatement qu’ils se déplacent d’au moins dix kilomètres, pour ne pas se faire repérer ! La centralisation se faisait à Lagny, chez le responsable du secteur Nord-Est, Monsieur Piétri, alias Pasteur pour la Résistance.

Le réseau « Évasion » servait lui au passage de la ligne de démarcation pour les prisonniers évadés. Il était utile aussi aux aviateurs alliés qui étaient tombés. En 1944, à Rumilly sur Seine, il y avait comme un barrage d’artillerie allemand pour les avions. Celui-ci se déplaçait non pas du Nord au Sud, mais d’Ouest en Est. Lorsqu’ils avaient tirés pendant longtemps, ils avançaient de cinq kilomètres à l’Est ou à l’Ouest, pour ne pas tomber sous les bombardements alliés.

Enormément d’aviateurs, vingt au moins, ont été sauvés par le réseau « Vengeance » à Sognolles. De là, ils étaient dirigés sur la Bretagne pour regagner l’Angleterre en bateau ou en avion, par parachutage. « Evasion » servait aussi à faire passer en Angleterre des volontaires désireux de gagner Londres, ainsi qu’à camoufler ceux qui étaient requis pour le STO, en leur trouvant des maisons où ils pouvaient se cacher. Le réseau « Vengeance » a pris en charge sept cents requis qui devaient partir en Allemagne.

Il y avait enfin le réseau « Action », qui ne recevait que rarement des ordres. Les actions qu’il entreprenait et qui se révélaient utiles, étaient principalement d’assurer les déplacements de personnalités politiques gradées.

Pour accomplir ces tâches, il recevait des armes par parachutage, sur des lieux bien définis par Londres et par un responsable de la Résistance. Il y en eu un à Sognolles. Il a tout d’abord était annulé. Tous les résistants étaient prêts et avaient balisé le terrain, mais le parachutage n’a pas eu lieu… Quand il a finalement eu lieu, le message codé était : « Le soleil se lèvera trois fois ».

De l’autre côté de Meignieux, il y en a eu beaucoup. Le responsable du parachutage pour « Vengeance » s’appelait Monsieur Marcel Germane. Il a été tué à Provins avec Monsieur Chaumeton. Monsieur Germane était pour le réseau « Vengeance », chef du BOA (Bureau des opérations aériennes).

Au mois de mai 1944, le commandant Vulcain a été chargé par le général Koenig depuis Londres, de fédérer tous les différents mouvements dans un ensemble FFI. Le membre fédérateur pour la Seine-et-Marne était le commandant Coret, avec sous ses ordres, le capitaine Moulin pour notre région.

Or, Monsieur Moulin et Monsieur Frémont, le responsable du réseau « Vengeance », ne se sont jamais mis d’accord sur aucun sujet. Ils ne pouvaient pas se voir, ce qui a été préjudiciable, surtout pour les parachutages, parce que ces derniers ne pouvaient se faire qu’au nom des FFI. Le réseau « Vengeance » n’était pas connu pour les parachutages.

Le 16 juillet 1944, Monsieur Pierre Bléri qui tenait un café, a indiqué à Frémont un lieu de rassemblement idéal : les carrières de Sognolles. A cet endroit, les résistants se rencontraient, y compris de hauts responsables. Ces carrières, qui se trouvent dans la montagne, sont ainsi devenues pendant un mois, la plaque tournante du mouvement. Cela a duré jusqu’au 18 août 1944.

Ce jour-là, Monsieur Petit qui était boulanger à Sognolles, devait conduire un ami, Max Néroud, l’adjoint du capitaine Moulin. Il devait le conduire à Lagny, chez les responsables, dont Piétri, alias Pasteur. Mais ils ont été arrêtés par les Allemands à Mortcerf sur la route de Lagny.

Petit avait des papiers en règle. Les Allemands l’ont donc laissé partir et il est rentré à Sognolles. Par contre, dans le portefeuille de Max, ils ont trouvé des documents compromettants, notamment la liste des chefs de groupe. Quand Max a été prié de descendre de la voiture, ils ont trouvé un revolver sous son siège. Alors, Max a été abattu sur le champ… En rentrant à Sognolles, Petit a tout raconté à Frémont, qui a immédiatement fait évacuer la carrière. Tout le monde s’est ainsi retrouvé dans la ferme du Père Lelu.

Le 14 juillet 1944, une tragédie a eu lieu, à la suite d’une désertion et d’une trahison. Le 6 juin 1944, au nord de Meaux, trois officiers venant de Londres avaient été parachutés, dont Piétri, alias Pasteur, qui dépendait directement du colonel Chaban-Delmas. Mais les deux autres ne remplirent pas leur mission. Ils avaient de l’argent plein les poches et que les filles les intéressaient.

L’un d’eux a été arrêté par la gestapo et pour retrouver la liberté, a accepté de lui servir d’agent indicateur, tout en conservant ses fonctions d’agent BOA. Il a donc vendu tout le monde.

L’autre a été lui aussi arrêté par la gestapo dans un bordel et il a livré tous ceux qu’il connaissait sur la région de Provins. C’est à ce moment là que Marcel Germane et Gilles Chaumeton ont été surpris au domicile de ce dernier. Lorsqu’ils ont vu les Allemands arriver, ils ont ouvert une fenêtre de derrière et ils ont sauté sur un toit. Mais ils ont été abattus… Aujourd’hui, il y a une rue Chaumeton à Provins.

Evidemment, à ce moment-là, tout le monde se camouflait et il n’y avait plus de mouvement, plus rien… Raymond Deschanssiaux a été prévenu juste à temps. Il a réussi à déménager et à sauver son dépôt d’armes, c’est-à-dire un sac qui en contenait cinquante kilos !

Il a dû passer la ligne de chemin de fer avec son sac, mais de l’autre côté, il est tombé dans des résidus de raffinerie. Alors, il en avait presque jusqu’aux épaules ! De l’autre côté de cette voie ferrée, il s’est camouflé dans une baraque en bois qui se trouvait là. Il a été ravitaillé par la garde-barrière pendant plusieurs jours, jusqu’au moment où on est venu le chercher. Il est revenu à Sognolles, chez Monsieur Viennot, parce qu’il ne pouvait pas rentrer chez lui à cause de son nom, pour éviter les rapprochements…

Il faut quand même reconnaître que si beaucoup sont entrés dans la Résistance, il y en a peu qui y sont restés. Il faut dire aussi que ça ne devait pas être marrant… Une région comme la notre, une région de plaine, n’est pas propice à la formation de maquis. Parce qu’à chaque coup dur ou à chaque dénonciation, il fallait se cacher ! Si quelqu’un était pris, les Allemands lui faisaient dire n’importe quoi, par des menaces de mort…

Il y a une anecdote que je n’ai pas citée : le coup d’Armel Thomas pris par les Allemands. Ils voulaient le forcer à dire quelque chose, mais il n’a jamais rien révélé. Ils ne l’ont relâché qu’à condition qu’il serve d’agent de renseignement pour eux, sous peine d’être fusillé. Seulement, pour ne pas vendre les autres, il a monté tout un stratagème.

La Résistance s’est arrangée pour que Monsieur Armel Thomas soit capturé, comme l’aurait été un vendu. Des résistants se sont présentés à la gare de Provins et l’ont capturé, comme si c’était un traître au service des Allemands. Ils l’ont embarqué en lui disant : « Espèce de vendu, on va t’en faire voir ! » Ils l’ont donc emmené comme dans une rafle. Mais évidemment, il a ensuite été caché et c’est ainsi qu’il réussi à survivre pendant toute la guerre.

En 1944, les deux traîtres qui l’avaient vendu n’ont pas été fusillés à l’issue de leur procès. La Résistance en a eu gros sur la patate ! L’un d’eux a été condamné à mort, mais n’a jamais été exécuté. Trois ans après, alors qu’il avait vendu au moins une dizaine de personnes, il a été gracié par Vincent Auriol et a pu récupérer tous ses biens, tout… L’autre a été jugé par la justice française et a lui aussi été condamné à mort, mais il n’a jamais été fusillé. Il a été gracié par la suite, cinq ou six ans après la Libération…

La Libération

A l’heure actuelle, que reste-t-il dans l’esprit des foules de ce moment délirant que fut la Libération ? Il n’en reste pas grand-chose…, sinon le souvenir d’un jour de liesse. La Résistance n’a été que l’idole d’un jour sans lendemain. Qui va dire maintenant : « J’ai été résistant » ? Ce n’est plus un titre de gloire…

La 2ème DB est restée dans les environs pendant plusieurs mois. Après la prise de Strasbourg, elle était au repos… Un régiment de chars est venu ici. Il s’agissait du 11ème cuirasser. Le 501ème était du côté de Montereau. Moi qui étais du RMT (régiment de marche du Tchad), j’ai été envoyé à Royan, parce qu’il restait là-bas une poche de résistance.

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