ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Femmes d’ici et d’ailleurs

jeudi 26 mars 2015, par FIROUZEH EPHREME

Femmes d’ici et d’ailleurs

À l’heure de notre rencontre, votre professeur, M. Pietrzykowski, a évoqué la discussion entre des élèves au sujet des filles et des garçons. Humblement, j’ai pensé écrire quelques mots sur la place des femmes, mais j’avoue que j’ai eu du mal à rassembler mes idées. Avec mes filles, nous parlons souvent, et j’ai l’habitude de prendre des notes et d’écrire.

Les femmes représentent la moitié de la population de la Terre, et appartiennent à toutes les couches et catégories économiques et sociales. Nous entendons souvent que derrière chaque grand homme, il y a une femme, mais le contraire n’est pas toujours vrai. Cependant, il en existe beaucoup plus que nous le croyons.

Merci pour votre accueil.


Ma fille,

Je te confie ce que ta grand-mère m’a enseigné. Je suis partie d’Iran relativement jeune. Tu n’as pas suffisamment entendu la poésie que toutes les mères chantent à leurs filles, mais tu la connais :

« J’ai une fille que le roi m’envie, elle a un visage plus beau que la lune. Plus tard, je n’accorderai pas sa main à n’importe qui, pas à celui qui l’emmènera loin, pas à un vieillard, mais à celui qui portera des habits en soie. Le roi viendra avec son armée, entouré des princes pour demander sa main en faveur du plus jeune prince du royaume. Peut-être que je la lui accorderai, peut-être pas. »

Ceci n’est pas une simple poésie ! Je te le confie à toi et à ta sœur pour la génération suivante, pour les petites filles qui viendront au monde. Ces mots appartiennent à la mémoire de l’humanité.

Nous vivons dans un monde incertain, et n’oublie pas qu’à partir du moment où un humain est piétiné, nous devons nous poser la question.
Il est dit qu’il ne faut pas toucher un homme dans sa fierté et une femme dans son cœur. La femme et l’homme possèdent chacun ses particularités mais avant tout, nous sommes des êtres humains. J’entends dire que l’Occident et l’Orient ne partagent pas les mêmes valeurs, mais c’est surtout qu’on a oublié la notion de l’être humain. On parle du choc de civilisation. Notre ignorance nous aveugle, et nous nous étouffons dans nos propres bêtises. Les femmes en sont parmi les premières victimes.

La grossesse d’une femme en dehors du mariage compte pour un crime dans un endroit, et peut passer inaperçu dans un autre. Il suffit de prendre une petite pilule, sans que la mère ou un proche soit au courant. Si seulement, dans ce premier lieu, on criait que c’est absurde et barbare, et si on disait dans le second qu’il faudra plus qu’une pilule pour répondre aux questions d’une adolescente car l’acte n’est pas anodin.

Ou encore, les femmes afghanes privées de tout droit qui crient qu’elles sont des êtres humains, qu’elles ne doivent pas avoir honte de leur corps, de leur beauté et de leurs cheveux longs.

Ma belle chérie, si seulement, nous, les humains, avions la chance d’être plus sages, ou d’être sourds pour ne pas tout entendre et répéter. Si seulement pour savoir l’exactitude d’une parole ou d’un acte, nous apprenions à les juger avec des yeux humains. Si seulement nous apprenions que l’autre a autant de droits, et que c’était peut-être nous qui avions tort !!! Si on répétait plus souvent qu’un homme qui lève la main sur une femme n’est pas un homme, et qu’une personne (homme ou femme) qui ment est à éviter, de même qu’il faut rester éloigné des individus médiocres. Être bon est un devoir, et tendre la main à autrui est humain. Le plus grand exploit n’est pas de conquérir une planète lointaine mais de devenir un être humain.

Je ne sais pas si je t’ai raconté l’histoire des grenouilles ?! Un jour, alors que des grenouilles traversaient une forêt, deux entre elles tombèrent dans un puits. Paniquées, les autres criaient que les deux malheureuses étaient condamnées et qu’elles allaient mourir. Une des deux grenouilles arrêta ses efforts et perdit la vie, mais l’autre essaya sans cesse et remonta la pente ! En fait, cette dernière était sourde, et prenait le découragement de ses congénères pour de l’inquiétude.

Ma fille, on ressent le fait d’être une femme dans les moments de grâce mais aussi dans les moments difficiles. Alors, une robe ou du maquillage ne feront pas d’une femme un être humain, pas plus qu’une obéissance aveugle pour la rendre meilleure. Les femmes transmettent la mémoire d’une génération à l’autre.

On raconte qu’un jour, un homme se rendit chez un sage et demanda : « Quelle note attribuez-vous à un individu de valeur ? » Le sage répondit : « Un. » L’homme demanda : « Et si cette personne a fait des études, est riche et belle, a un bon emploi, une maison, une famille etc ? » Le sage dit : « Pour chaque point positif, j’ajouterai un zéro après un, mais si je supprime le un pour être humain, les zéros ne serviront à rien. »

De ma mère, je retiens sa rigueur que je ne comprenais pas toujours, et sa persévérance. Quand j’étais enfant, elle disait que l’échec doit nous rendre tenace et qu’il faut frapper à mille portes pour que l’une d’elles s’ouvre. Elle employait un proverbe qui disait ceci : « On me demande d’être aveugle et sourde pour ne pas voir ni entendre, mais je refuse d’être stupide. » Elle défendait l’indépendance financière de la femme et son droit à l’éducation. Plus tard, j’ai compris ce qu’elle voulait dire lorsqu’elle prononçait la phrase suivante : « Un être humain est plus résistant qu’une montagne et plus fragile qu’un pétale de rose. » Mon père disait que la femme est la lumière de la maison. D’ailleurs, le mot « Khnoum » en persan, qu’on pourrait traduire par « madame », vient probablement du mot « Khan », d’origine mongole, qui a pris place dans notre langue. Mais il existe également le mot « Banou » qui signifie « lumière », d’origine avestique, ancienne religion des Perses dans laquelle la femme et l’homme sont égaux. Le mot « Banou » est équivalent du « Lady » anglais.

Au seuil du XXIe siècle, l’école reste le seul moyen pour comprendre le monde. L’éducation est la liberté même qui, telle une lanterne, se bat face à l’ignorance. L’école nous offre la chance de nous intéresser au monde et de le connaître. Ce monde est vaste, et l’équilibre est le mot d’ordre dans tout l’univers, y compris pour les hommes.

Les gens stupides donnent des leçons de vie et imposent leurs points de vue, parfois avec violence, mais sans s’engager. L’attitude de ces derniers se différencie de l’amour et du le respect envers sa famille et la société dans laquelle on vit. Ils sont persuadés d’avoir tout compris, comme si on avait la naïveté de croire que les réseaux sociaux peuvent remplacer l’amitié et la famille.

Il est dit qu’il ne faut pas toucher une femme dans son cœur. Veillons à traverser le monde élégamment et avec délicatesse. Beaucoup de femmes travaillent comme médecins, infirmières, artisans, etc., et la majorité d’entre elles sont aussi des mères. Donnons-nous la chance de progresser par notre soif d’apprendre en honorant l’école.

Ma chérie, peut-être qu’on ne sera jamais la personne que l’on voudrait ni que l’on doit être, mais on se rappelle ses rêves et ses idéaux, tel un bel envol. Rien n’est impossible.

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