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L’amitié entre le cheval et l’âne

mercredi 28 mai 2014, par FIROUZEH EPHREME

L’amitié entre le cheval et l’âne

Le cheval venait de s’installer dans la vallée. Il se sentait heureux : l’herbe était fraîche et les fontaines d’eau jaillissaient çà et là. Le cheval galopait dans la vaste vallée et savourait chaque instant. Toutefois, il se sentait un peu seul et la présence d’un ami lui manquait.

Un jour, alors qu’il buvait à la fontaine, il entendit une voix derrière lui :

– Que vous êtes beau, grand et élégant !

Se retournant, il aperçut un âne.

– Vous êtes bien aimable, répondit le cheval.

– Je viens de loin pour boire, ajouta l’âne haletant. Malheureusement le chemin est long.

– Où habitez-vous mon bon ami ? demanda le cheval.

– Plus bas, dans la descente, de l’autre côté, expliqua l’âne.

– Si vous voulez avec mes sabots, je pousserai ces pierres pour que l’eau puisse couler dans votre direction, proposa le cheval.

– Grand merci, s’exclama l’âne, quelle chance de vous avoir rencontré !

– Il n’y a pas de quoi. C’est avec tant de plaisir que je vous rends service.

– Ah, vous êtes beau et bon à la fois, dit l’âne avec gratitude. Je serais très honoré si vous m’acceptiez parmi vos amis. Je suis sûr que nous pourrions nous entendre à merveille, comme deux frères.

– Cher ami, l’honneur est partagé, acquiesça le cheval. Vous me considérez avec une telle gentillesse.

– Vous n’avez jamais remarqué à quel point nous nous ressemblons ! ajouta l’âne.

– Nos ancêtres devaient être de la même famille ! s’exclama le cheval.

Le cheval appréciait les animaux gentils. Toutefois il restait prudent car même les plus gentils pouvaient se révéler bien moins aimables qu’ils n’en avaient l’air au départ. Il ne voulait de mal à personne et n’admettait pas la méchanceté gratuite à son égard ou envers les autres. Le cheval menait une existence tranquille et évitait les ennuis. Avec l’âne, il espérait trouver l’ami qu’il attendait depuis si longtemps.
L’âne venait souvent lui rendre visite. Le cheval en voyant tant de gentillesse ne pouvait rester indifférent. Et bientôt, une grande amitié naquit entre eux.

Le cheval et l’âne se promenaient ensemble. Ils bavardaient chaleureusement, riaient de bon cœur, broutaient l’herbe fraîche et partageaient leurs secrets. Ils passaient la majeure partie du temps ensemble à tel point que les autres animaux les croyaient cousins. Le cheval était fier. Enfin, il avait trouvé le compagnon qui lui manquait ; l’âne était sa famille, son ami et son confident. En sa compagnie, le cheval vivait des jours heureux.

Cependant, l’âne avait le don d’attirer les animaux avec ses paroles tendres et gentilles. Puis, peu à peu, il changeait d’attitude, devenant moqueur envers certains, curieux ou jaloux envers d’autres. En présence d’autres animaux, il se montrait désormais insolent vis-à-vis du cheval. De son côté, le cheval, qui respectait et aimait l’âne, se disait : « aucun animal n’est parfait ! ». Alors, il essayait de rappeler gentiment son ami à l’ordre, en espérant que tout redeviendrait comme avant.

Le temps passait et, malheureusement, l’amitié entre les deux amis était rarement au beau fixe. L’âne se montrait de plus en plus distant. Au début, le cheval pensa que l’âne était fatigué. Après tout, son ami vivait une vie d’âne !

Avec le temps, le comportement de l’âne empira : il devint tout simplement méchant. Il passait le plus clair de son temps en compagnie des nouveaux amis qu’il venait de rencontrer. Lorsqu’il lui arrivait de croiser le cheval, l’âne faisait semblant de ne pas le voir. Le cheval était triste et en colère. Il se sentait mal dans ses sabots. Sans l’âne, l’herbe perdait son goût léger et tendre. La vallée n’était plus aussi merveilleuse que par le passé. Désormais, il galopait seul jusqu’au pied de la montagne, puis suivait le chemin menant au sommet. Il sautait d’un rocher à l’autre, parfois au risque de se casser une patte et de perdre la vie.

Un jour, le cheval rassembla son courage et partit voir son vieil ami. Il voulait savoir pourquoi l’âne ne l’aimait plus. Le cheval souffrait ! Qu’avait-il bien pu faire de mal pour que l’âne agisse de cette manière ? L’âne toujours aimable embrassa le cheval comme d’habitude. Aussitôt, le cheval se fit le reproche d’avoir douté de son ami :

– Tu sais, dit le cheval, je pensais avoir fait quelque chose de mal, et cela sans le vouloir !

– Mais non ! s’exclama l’âne. Que racontes-tu ! Tu n’as rien fait de mal. Quelle idée ! Il te faut simplement un peu de repos. Je crois que tu es un peu fatigué.

Les jours et les semaines passèrent, mais il n’y avait rien à faire : l’amitié entre le cheval et l’âne était perdue, et le cheval le ressentait. Petit à petit, le cheval retrouva son calme. Le galop, l’air pur et les petites fontaines lui procuraient désormais la même joie qu’autrefois. De nouveau, il se sentait heureux et n’hésitait plus à discuter avec d’autres animaux. Plus tard, alors qu’il bavardait avec ses nouveaux amis qui venaient de s’installer dans la vallée, l’âne rencontra le cheval. Il s’approcha timidement de lui pour le saluer :

– Je voulais venir te voir mais, vois-tu, la vie d’un âne n’est pas de tout repos, dit-il.

Le cheval se cabra :

– Mon pauvre ami, ce sont nos actes qui font de nous ce que nous sommes.

Et il s’en alla tranquillement en laissant l’âne rejoindre ses nouveaux amis qui n’allaient pas tarder à devenir d’anciens amis. Cependant, le cheval comprit également son tort : pour qu’une amitié dure, il faut être deux. Une amitié est comme une vallée qui s’épanouit en donnant une herbe tendre et des fontaines jaillissantes, même si, çà et là, on risque de voir des rochers.

Fin

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