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Conte

La Princesse de Pierres

Pour échapper à la cruauté de la Montagne, un prince promet d’épouser la princesse des Pierres. Mais le couple n’est pas au bout de ses peines. Ensemble, ils doivent échapper aux hommes et défier le destin...

lundi 24 août 2009, par FIROUZEH EPHREME

La Princesse des pierres vient de paraître avec la merveilleuse voix de Fabienne Prost aux éditions Caracolivres. www.caracolivres.com

La Princesse des Pierres

Dans un beau et vaste royaume, un peuple menait une vie prospère. Cependant, le pays était entouré d’une chaîne montagneuse et beaucoup d’hommes rêvaient de la franchir pour découvrir le reste de la terre. Hélas, tous ceux qui avaient tenté l’aventure y avaient laissé la vie. Sur ordre du roi, il fut donc interdit de s’approcher de la montagne et à plus forte raison de l’escalader.

Un jour, le jeune Prince, prénommé Pierre, se promenait seul près de la montagne. Il regarda le sommet le plus élevé et se dit :
« Il serait grand temps que quelqu’un prenne enfin son courage à deux mains pour franchir cet obstacle qui coupe le royaume du reste du monde. »

Il se lança dans l’aventure et commença à escalader la paroi. Mais à mi-parcours, les prises devinrent si difficiles qu’il dut se rendre à l’évidence : impossible de continuer à monter, ni même de redescendre sous peine de se briser les os. Déplorant son sort, le Prince murmura désespérément :

« Ah, Montagne, si tu pouvais m’entendre, si tu pouvais venir à mon secours, je t’accorderais ce que tu me demanderais. »

– C’est entendu !

La voix, qui lui avait répondu, venait de la Montagne. Elle poursuivit :

– Je te laisse la vie sauve, mais le moment venu, tu te marieras avec la Princesse des Pierres.

– C’est promis, accepta le Prince en tremblant, le regard tourné vers le vide.

À cet instant, quelques pierres bougèrent, un escalier se dessina et le Prince descendit sain et sauf.

Plusieurs années s’écoulèrent. Le Prince avait grandi et avait totalement oublié l’incident. C’était désormais un beau jeune homme et de nombreuses jeunes filles du pays rêvaient de l’épouser.

Un jour, le Prince accompagné de sa garde royale passa tout près de la Montagne. Soudain, la même voix qu’autrefois retentit :

– N’oublie pas ta promesse !

Effrayés, les soldats s’enfuirent à toutes jambes et le Prince lança son pauvre cheval au triple galop. Arrivé au château, il se précipita dans sa chambre où il s’enferma à double tour : portes et fenêtres verrouillées, rideaux tirés.

Plus tard, le Prince en parla à son père qui en informa son épouse. Celle-ci, se confia à ses dames de compagnie : bientôt, dans tout le royaume, on ne parlait plus que de ce désastre.

Au château, le Roi rassembla ses conseillers.

– Qu’allons-nous faire ? demanda-t-il.

– Méfiance, vigilance, prudence ! Attention, attention ! dit un vieux conseiller d’une voix sinistre, en fixant l’assemblée de ses yeux globuleux et immobiles. La Montagne est cruelle et hargneuse. Elle pourrait se venger sur nous en provoquant des éboulements. Réfléchissons à la vie des pauvres gens innocents comme moi ! Il est dans l’intérêt du royaume d’agir avec sagesse ! Nous pourrions construire un abri pour le Prince à proximité de la Montagne, ou bien encore héberger cette jeune fille et profiter de la richesse de son pays ! Après tout, nous l’aurions largement mérité. Par la suite nous aviserons… en espérant que les choses s’arrangent d’elles-mêmes.

– Et si les choses ne s’arrangent pas ? demanda la Reine.

– En tout cas, notre jeune et malheureux Prince doit prendre ses responsabilités ! Je suis certain que son geste sera apprécié de tous et qu’il en tirera une immense gloire ! Tout n’est pas perdu !
Persuadé d’être un homme plein d’expérience et de sagesse, il se leva et observa l’assemblée en attendant l’approbation de tous.

– N’oubliez pas que nous parlons de deux êtres ! insista la Reine.

– Comment ça, de deux êtres ? De qui d’autre, à part le Prince, parlez-vous ?! s’exclama le vieux conseiller d’un regard méfiant. Le prince a désobéi en ignorant la loi, il n’en a fait qu’à sa guise. Maintenant, il doit assumer les conséquences de son acte irréfléchi et néfaste !

– Et moi, j’aimerais entendre mon fils ! rétorqua la Reine avant de quitter la salle.
Médusé, les bras tendus le long du corps, le buste penché en avant, le conseiller fixa le sol, faisant rouler ses yeux globuleux comme s’il cherchait quelque chose.

De son côté, après avoir longuement réfléchi, le Prince se dit : « Je ne peux pas rester enfermé toute ma vie. Peut-être qu’après tout, la Princesse n’est pas si horrible que ça, et n’oublions pas qu’une promesse est une promesse ! »

Le Prince décida d’honorer sa promesse en épousant la Princesse des Pierres. Le lendemain, il convoqua ses parents ainsi que tous les grands du royaume pour leur faire part de sa décision. Et pendant que le pays se préparait à fêter le mariage du Prince et de la Princesse, le cortège royal se mit en route vers la Montagne. Les cavaliers avançaient en silence, les yeux rivés sur l’imposante paroi rocheuse. Un véritable adversaire dont personne n’ignorait la force. Arrivé au pied de la chaîne Montagneuse, le Prince descendit de sa monture et s’avança :

– Je reviens comme je vous l’ai promis, lança-t-il.

– Voici la Princesse des Pierres, ta future épouse, annonça la Montagne.

À cet instant, un tas de pierres semblable à une silhouette humaine se détacha du cœur de la Montagne et se dirigea vers le Prince. Sur sa tête, les neiges de haute altitude formaient un voile de mariée, et au rythme de ses pas maladroits, la terre tremblait. Pour une pierre, marcher et se comporter comme un être humain était une épreuve inimaginable, mais la Princesse était bien décidée à y mettre toute sa volonté pour y parvenir.

– La Princesse des Pierres, fille de Sa Majesté La Montagne, vous dit bonjour, dit-elle.

Elle parlait d’elle à la troisième personne, comme si elle présentait quelqu’un d’autre. Surpris, le Prince s’inclina devant elle :

– Prince Pierre vous salue, Princesse, s’exclama-t-il. Permettez-moi de vous dire... de vous dire que vous êtes... que vous êtes d’une taille peu commune !

– La Princesse des Pierres, fille de Sa majesté La Montagne vous remercie, répondit-elle. Dans ses souvenirs, vous étiez différent mais maintenant vous êtes encore bien plus beau !

– C’est très aimable à vous, conclut le Prince pour mettre un terme à l’échange de compliments.

Sans plus attendre, il monta à cheval et invita la Princesse à faire de même. D’un air perdu, elle avança brutalement vers la monture qui se cabra de peur, et la Princesse tomba en arrière. Quelques cavaliers s’élancèrent à la poursuite de l’animal. À leur retour, tous ceux qui éprouvaient un sentiment de frayeur ironisaient sur la situation, un sourire narquois au coin des lèvres face à cette masse de pierres. Ça, une Princesse ?!

– Veuillez pardonner la Princesse des Pierres, fille de Sa Majesté La Montagne. Elle ne connaît rien de votre mode de vie. Pourtant, il lui semblait facile de monter à cheval, s’exclama-t-elle.

– Ce n’est rien, répliqua le Prince qui, en outre, n’admettait pas un tel manque de respect de la part de ses hommes.

Il ordonna à tous les cavaliers de descendre de cheval et de suivre à pied la Princesse qui marchait en tête du cortège royal, suivie de près par le Prince lui aussi à pied.

Le soir même, une grande fête fut donnée en l’honneur du mariage du prince et de la princesse. Tout semblait prêt : les tables étaient dressées, les cuisiniers s’activaient, les fleurs parfumaient l’air et les lumières illuminaient le palais et toute la ville.

Pendant ce temps, le grand couturier du royaume, un homme fort talentueux et excentrique avec une drôle de manière de parler, décida de rendre visite à la princesse. Accompagné de ses deux apprentis, il arriva au château, se dirigea directement vers la chambre de la Princesse, frappa à la porte et demanda la permission d’entrer. Au même moment, le Prince vint voir la Princesse :

– Je ne me rappelle pas vous avoir sollicité, s’exclama-t-il en voyant le couturier, et il pénétra dans la pièce suivi des trois hommes.

– Jé sais Majésté mais voyez-vous il me fallait voirrrr cette beauté dont tout tout tout le monde parrrrle ! C’est uné splendeur, une merrrrveilleuse qué jé suis sûrrrr !!! s’exclama le couturier qui heurta quelque chose au milieu de la pièce et tomba en arrière. Je ne savais pas que vous aviez changé la décoration, ajouta-t-il en cherchant ses lunettes dans sa poche, puis, il se leva.

– Voici la Princesse ! dit le Prince.

– Au moins, en ce qui concerne la grandeur, vous n’avez pas de problème, ma chère ! dit le couturier joyeux en s’approchant de la Princesse et en tournant autour d’elle pour l’observer plus attentivement, il continua : À vrrrai dirrrre, jé né suis pas trrrès fête, vous comprrrrenez. ?! Mais dès qué j’ai entendu qué ces frrrrivoles parlaient dé vous, jé mé suis dit : « voilà, enfin quelqu’un dé différrrrent !! » et mé voici ! Jé suis là ! Ah, vous, ma jolie, vous êtes comme moi, nous sommes différrrrents des autres !! Comment crrrroyez-vous qué des génies comme moi peuvent inventer des merrrrveilles ! Tout le monde n’a pas cette chance mais heurrrreusement pourrrr eux, ils n’en sont pas conscients ou pét-êtrrrre lé sont-ils mais ils sont jaloux tout simplément, jé ne sais pas, moi !!! Dans mon dos, on sé moque dé moi, mais céla m’est bien égal ! Moi, j’ai du talent et du génie ! Céci pourrrr vous dirrrre qu’on né pé pas tout avoirrrr dans la vie ! Jé suis sûrrrr et on né pé plus cerrrrtain qué vous et moi, nous pouvons nous comprendrrrre ! ajouta le couturier enthousiaste.

– La Prrrincessse dé Pierrrrres, fille de Sa Majesté La Montagne, vous dit : c’est trrrès aimable à vous, dit la Princesse en imitant le couturier et en se souvenant des compliments du Prince.

Le prince s’approcha d’elle :

– Euh, c’est très bien de vouloir imiter les humains, mais il n’est pas nécessaire de mimer la personne en face de vous. Cela peut être très gênant ! Et vous n’avez pas besoin de vous présenter à chaque fois et à la troisième personne, murmura-t-il à l’oreille de la Princesse.

Désorientée, la Princesse regarda le jeune homme :

– La Princesse des Pierres, fille de Sa Majesté La Montagne a du mal à saisir les propos du Prince.

– Si vous le permettez, nous en discuterons plus tard, dit-il avant de se retourner vers le couturier : Montrez vos talents à la Princesse.

Le couturier frappa énergiquement dans ses mains et, aussitôt, ses deux apprentis déroulèrent de somptueuses étoffes. Fascinée par tant de couleurs, la Princesse opta pour un jaune doré.

– Et moi, je vous propose une robe faite d’un bustier couleur d’ambre, selon votre souhait, et d’une jupe aux reflets multicolores. Ni trop longue, ni trop courte, conseilla le couturier.

En un rien de temps, la robe fut confectionnée. Ainsi vêtue, la Princesse s’avança, au bras du Prince, vers les invités. Pendant la fête, une curieuse ambiance régna : mal à l’aise, certains rentrèrent chez eux dès la fin de la cérémonie. D’autres, imperturbables et moqueurs, considérèrent cette fête comme une soirée au cirque, tandis qu’une partie des invités, sous le choc, ne sut que penser. Néanmoins, tous restèrent polis.

Au château, la Princesse, dont beaucoup louaient la gentillesse, vivait mal ! À chacun de ses mouvements, le château tremblait, les précieux tableaux se décrochaient, les splendides vases volaient en éclats, les portes s’arrachaient et les murs commençaient à prendre un aspect déplorable. Certains rigolaient tout bas, et d’autres craignaient le pire.

– Ce n’est pas très grave, répétait le Prince à sa jeune épouse pour la consoler de cette pagaille.

– Je suis vraiment navrée, disait la Princesse qui, en voulant ramasser une table, brisait une armoire.

– Ne bougez pas, proposa le Prince alors qu’elle venait à nouveau de déclencher une ribambelle de catastrophes. Asseyez-vous et demandez-moi ce que vous voulez.

La Princesse fit un petit pas vers une chaise.

– Non ! s’écria-t-il de peur d’un nouvel accident. Je crois qu’il est préférable que vous preniez place sur le lit, suggéra-t-il.

La Princesse s’assit sur le lit mais à peine installée, le mobilier s’écroula. Malheureuse, elle leva les yeux vers le Prince.

– Ce n’est rien, rétorqua-t-il en se hâtant de porter secours à la Princesse qui gisait aplatie sur le sol, la moustiquaire sur la tête.

– Et maintenant ? demanda la Princesse larmoyante.

– Il n’était pas assez solide ! C’est la seule explication, argumenta-t-il en l’aidant à se relever. Allez, séchez ces larmes, je vous en prie.

De nombreuses jeunes filles du royaume, en particulier dans l’entourage du Prince, espéraient encore et attendaient impatiemment la fin de cette situation jugée aussi ridicule que désastreuse pour tenter leur chance auprès du jeune homme. Le Prince observait son épouse, un tas de pierres sans beauté ! Néanmoins, la gentillesse de la Princesse ne le laissait pas indifférent. Elle avait entendu dire que les humains raffolaient de cailloux brillants, c’est pourquoi tous les matins elle prenait le chemin de la montagne à la recherche des plus belles et des plus précieuses des pierres pour le déjeuner du prince. Lors de leurs promenades sous un soleil brûlant, elle se mettait contre les rayons du soleil pour le protéger. Et à chaque intempérie, elle l’abritait de sa main contre la pluie battante.

– Êtes-vous heureuse ? lui demanda un jour le Prince après une tempête.

La Princesse fixant le paysage lointain, resta silencieuse.

– Voilà une question absurde ! dit-il, persuadé que la conversation n’intéressait guère la Princesse.

– Aucune question n’est absurde et dans bien des cas, elle est plus importante que la réponse, s’exclama-t-elle.

– Voilà une parole sensée et intelligente, digne d’une Princesse, déclara le jeune homme.

– Avant d’être princesse, j’aimerais être moi-même, digne de la fille de Sa Majesté La Montagne, précisa-t-elle.

– Vous l’êtes ! dit le Prince. Si vous deviez choisir un prénom, lequel aurait votre préférence ?

– Emlinne ! répondit la Princesse.

Quelque temps auparavant, la Princesse avait surpris une discussion entre deux femmes. L’une avait un bébé dans les bras et l’autre s’extasiait sur la beauté de l’enfant prénommée « Emlinne ». Sans trop savoir pourquoi, la Princesse avait retenu la conversation, de même que le bonheur sur le visage paisible de sa mère.

– C’est un prénom si doux ! murmura le prince.

Silencieux, bouleversés et pensifs, ils s’en retournèrent au château.

Le temps était venu de prendre une décision ! Un beau matin, le Prince embrassa ses parents et, accompagné de son épouse, décida d’aller vivre bien loin, dans un lieu paisible. À mi-chemin, la Princesse lui demanda de la conduire au pied de la montagne. Une fois arrivés tout près des parois rocheuses, elle se tourna vers lui :

– Vous êtes libre. Je vous libère de votre promesse, dit-elle, prête à partir en regardant droit devant elle.

– Je souhaite vraiment vivre avec vous ! déclara-t-il d’une voix sincère, en lui tendant la main.

– En êtes-vous sûr ? Nous devons être sincères l’un envers l’autre avant que les mensonges brisent nos cœurs ! répondit la Princesse, le regard toujours fixé droit devant elle.

– J’en suis certain, Emlinne ! En est-il de même pour vous ?

Pour toute réponse, elle se retourna et saisit la main tendue vers elle. Heureux, ils étaient prêts à reprendre leur route. La Princesse leva la main vers les siens en signe d’au revoir, tandis que le Prince s’inclina devant la Montagne. Peu à peu, les animaux qui peuplaient la Montagne, des sommets les plus hauts jusqu’au sol, sortirent de leur refuge pour les accompagner : aigles royaux, mésanges et perdrix dans le ciel mais aussi chevreuils, bouquetins, cerfs, renards et lynx sur la terre. Tous descendaient de la montagne et rejoignaient le cortège.
– Que se passe-t-il ? s’étonna le Prince.

– Ils souhaitent nous escorter, répondit-elle sereinement, touchée par la gentillesse des animaux.

– Il est vrai que vous ne connaissez pas les coutumes des hommes, mais vous en savez grandement sur la vie, s’exclama Pierre.

Et tandis que les lézards les suivaient, sauterelles, criquets et grillons s’organisaient pour mettre en œuvre une symphonie, cela avant que le lynx ne se retourne en grognant les pattes sur les oreilles :

– Non mais ce n’est pas bientôt fini ce boucan !!!

– Brute ! Lança Grillon… Brute et fort, continua-t-il en direction du Lynx avec un sourire soudain.

– Et toi, tu es bruyant mais infatigable, répliqua Lynx, prompt à retourner le compliment.

Ensemble, ils continuèrent leur chemin.

– Merci, dit la Princesse joyeuse. Je tiens à vous remercier au nom du Prince et de moi-même. Vous pouvez regagner la Montagne. Au revoir.

– Si vous avez besoin de nous, nous ne serons jamais très loin, précisa Lynx. Au revoir, Princesse.

Dans la forêt, tout près d’une rivière, le Prince bâtit leur chaumière. Petit à petit, la Princesse prit goût à sa nouvelle vie. Elle apprit à faire la cuisine. Très vite, elle comprit que le Prince ne pouvait pas se nourrir de pierres, quand bien même elle les choisissait une par une parmi les plus précieuses.

Souvent, elle se promenait pendant de longs moments au bord de la rivière. Mais un jour, alors qu’elle se regardait dans l’eau, son visage devint si triste qu’un gros poisson, qui nageait tout près, lui demanda :

– Pourquoi ce chagrin, Princesse ?

– Je ne ressemble à aucune des femmes que j’ai pu voir jusqu’à présent, répondit-elle. Je suis horrible !

– Moi, je vous trouve très belle ... Mais si réellement vous êtes décidée à leur ressembler, peut-être qu’il existe un moyen !

– Comment ? demanda-t-elle hâtivement. Dis-moi que dois-je faire ?

– Mais attention, c’est très dangereux ! expliqua le poisson. Disons que dans votre cas, c’est presque impossible !!! poursuivit-il d’un ton alarmant et presque découragé.

– Peu importe ! Je l’accepte volontiers. Je suis forte, je suis grande… Je peux réussir, implora la Princesse.

– Justement ! répliqua le poisson. Pourquoi s’obstiner et courir ce risque inutilement ?! Il vaut peut-être mieux réfléchir d’abord.

– S’il te plaît, dis-le-moi, insista-t-elle. Je peux y parvenir.

– Voilà, dit le poisson tout en marquant une hésitation, si vous réussissez à nager dans la profondeur de la rivière et à revenir à la surface, alors le Courant sera en mesure d’exaucer votre souhait.

– Nager en profondeur ! répéta la Princesse, stupéfaite. Mais je coulerai aussitôt ! As-tu oublié que je suis en pierre ?!

– C’est pourquoi c’est dangereux, insista le poisson en fixant la Princesse. Hélas, c’est la seule solution. Si vous souhaitez trouver une apparence humaine, vous devez réussir l’impossible !

– C’est entendu, accepta-t-elle.

– Alors revenez demain, dit le poisson avant de disparaître dans les abysses de la rivière.

Le Prince était de retour de la chasse avec un faisan, lorsque la Princesse arriva à la chaumière, l’air préoccupé.

– Je dois m’absenter demain, l’informa-t-elle.

Et elle raconta en détail sa rencontre avec le poisson. Puis elle pria le Prince de libérer le faisan :

– Laisse-le s’en aller. Rends-lui sa liberté.

Le Prince détacha le gibier.

– Me voilà sans dîner ! dit-il.

Et il sortit de sa poche quelques cailloux bien appétissants pour sa jeune épouse.

Cette nuit-là, le Prince resta éveillé et réfléchit. Quand l’aube commença à poindre, il s’endormit, épuisé de fatigue, en se promettant de protéger la Princesse contre tout danger. Aux premières lueurs du jour, la Princesse s’en retourna au bord de la rivière. Le Courant, dans toute sa splendeur, était au rendez-vous. Elle se mit à l’eau et se dirigea vers l’endroit le plus profond.

– Emmy !!! Non ! Reviens, cria le Prince qui venait d’arriver au bord de la rivière.

Mais la Princesse ne l’entendit pas et continua d’avancer vers le Courant. Le Prince se jeta à l’eau et plongea dans la profondeur de la rivière. Quelques secondes plus tard, il refit surface en tenant la main de la Princesse. Puis ils regagnèrent le rivage.

– Pourquoi as-tu fait une chose aussi insensée ? demanda le Prince, épuisé et en colère, en se laissant tomber sur la terre ferme.

– C’est pour moi... et c’est pour toi, répondit-elle d’une voix basse et tremblante. Ah ! Sans toi, j’aurais pu y rester…

Il se retourna vers elle et l’observa avec le plus grand étonnement.
– Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.

– Regarde ! C’est extraordinaire ! s’exclama le Prince en la conduisant au bord de la rivière.

Le visage de la Princesse se refléta dans l’eau. Elle était toujours en pierre, mais elle était devenue gracieuse et belle avec ses longs cheveux semblables au sable doux.

– Tu es magnifique ! admira le Prince.

Depuis lors, le Prince espérait qu’un jour son épouse trouverait une apparence humaine. Un autre miracle devait se produire et cette fois-ci, il était bien décidé à lui donner toute sa chance.

Un matin, le Prince était assis sous le plus vieil arbre de la forêt lorsqu’il entendit une voix :

– À quoi songez-vous ? lui demanda l’Arbre.

Le Prince raconta toute son histoire et lui parla de son souhait.

– Êtes-vous vraiment prêt ? Car une fois décidé, vous ne pourrez plus revenir en arrière et changer d’avis, prévint l’Arbre.

– Je le sais ! dit le prince.

– Donc vous ne rentrerez plus chez vous. Restez ici et attendez, lui ordonna l’Arbre.

– Puis-je vous demander une faveur ? questionna le jeune homme.

– Que pouvez-vous désirer de plus que votre vœu ?

– J’ai un message pour les animaux : en mon absence, ils doivent protéger ma bien aimée, la fille de Sa Majesté La Montagne, la plus tendre des princesses.

– Soit ! accepta l’Arbre. Votre message sera entendu.

Le lendemain, la Princesse inquiète de l’absence de son bien aimé partit à sa recherche.

– Où es-tu ? cria-t-elle dans la forêt.

Mais, toujours pas de réponse. Au milieu de la journée, elle rencontra le faisan et lui demanda :

– Je cherche le Prince. Sais-tu où je pourrais le trouver ?

– Les animaux racontent qu’ils l’ont vu partir très loin, mais aussi qu’il vous a laissé une broche au pied du grand Arbre.

– S’il te plaît, conduis-moi là-bas, supplia la Princesse.

Et le faisan l’y conduisit.
Juste au pied du vieil Arbre, comme le gibier le lui avait indiqué, la Princesse vit scintiller une broche. Elle s’approcha et après l’avoir touché, elle tomba à terre et perdit connaissance. Lorsqu’elle revint à elle, elle avait changé d’apparence : elle s’était transformée en une belle et ravissante jeune femme. Mais pour l’heure, sa seule préoccupation consistait à retrouver son Prince ! Elle accrocha la broche à sa robe, sur son cœur, et se mit à la recherche du Prince.
Pendant de longs jours, puis des semaines et des mois, elle traversa des villes, des villages et des chemins perdus jusqu’à atteindre la barrière montagneuse.

– Bonjour, dit-elle face à la Montagne.

– Bonjour et bienvenue chez toi, répondit la Montagne d’une voix grave et chaleureuse. J’attendais ton retour !

– Je ne puis rester ! Veuillez me pardonner. Je dois partir et j’ai besoin de votre aide pour poursuivre mon chemin.

– Pourquoi ?

– Pour retrouver le Prince.

– Et s’il ne désire pas te revoir, ou pire, s’il est mort ?! dit la Montagne.

– S’il est mort, je pleurerai, répondit-elle. S’il ne désire plus me revoir qu’il me le dise, dans tous les cas, je dois le savoir.

– Pour quelle raison devrais-je te laisser partir ? Reste, tu nous manques ! Tu me manques tant ! dit la Montagne.

– Je dois partir avant que mon cœur d’humain perde la raison et que mes pieds me conduisent là où je serai en plus grand danger encore. Mère, je vous demande de me comprendre là où la logique humaine voudrait me dissuader et me commanderait de m’arrêter. Mère, j’ai besoin de votre aide.

– Tu peux poursuivre ton chemin, acquiesça la Montagne, mais permets-moi de prendre soin de toi, et promets-moi de revenir quoi qu’il en soit. Il y a certaines choses que même la montagne a de la peine à comprendre et à accepter. Reviens-moi saine et sauve ! Avant de disparaître, le Prince avait demandé aux animaux de veiller sur toi. Qu’il en soit ainsi !

– Merci, je reviendrai !

Et pour la première fois dans l’histoire du royaume, quelqu’un escalada la Montagne. Une fois parvenue de l’autre côté, la Princesse traversa les rivières et voyagea dans divers pays. Afin de veiller sur elle, les animaux la suivaient de près.

Tous ceux qui venaient à sa rencontre étaient fascinés par sa beauté et sa gentillesse et la priaient de rester mais elle espérait retrouver enfin son Prince.
Cependant personne ne pouvait la renseigner : c’était comme si son époux n’avait jamais existé.
Un jour, elle retourna à la chaumière dans la forêt. Les animaux des sous-bois avaient pris soin du lieu en l’absence de ses occupants. Le lendemain de son arrivée, elle décida d’aller à la rivière pour se baigner. Elle enleva la broche et sa robe et les déposa sur une rocher. Un oiseau qui passait, saisit la broche dans son bec et s’envola vers l’autre rive. Arrivé au dessus de la rivière, il ouvrit le bec et lâcha le bijou. Prise de panique, la Princesse se jeta à l’eau et plongea dans la profondeur pour la récupérer. À peine eut-elle touché la broche qu’elle reconnut sous ses doigts la main du Prince.

Ils sortirent de l’eau.

– Où étais-tu ? Je t’ai cherché partout, s’exclama la Princesse.

– J’étais avec toi pendant que tu veillais sur la broche, sur nous. Il n’y avait pas d’autre solution que ton amour pour pouvoir me libérer, répondit le Prince.

– Pourquoi as-tu fait une chose aussi insensée ? demanda-t-elle.

– C’était pour toi, pour nous, répondit-il.

Main dans la main, sur le chemin de la chaumière, ils décidèrent de retrouver le royaume et ses habitants qui les attendaient depuis bien longtemps.

Fin

***

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