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Périgord, Le quotidien des métayers : la famille charenton

nous gardons une part de notre coeur à Chaulnes - domaine des Chaulnes

samedi 6 mars 2010, par Frederic Praud

Famille CHARENTON

GRAND PÈRE PREMIER VALET À CHAULNES

Ont apporté leurs témoignages :

Madame Chauvin , née en 1925 à Saint Astier fille de Louise Charenton

Madame Fourgeau, né en 1927 à Saint Astier fille de Louise Charenton

Monsieur Jean Charenton, né en 1932 à Bordeaux Fils de Louis Charenton

Madame Mortemousque, né en 1921 à Neuilly sur Seine, Fille de Louis Charenton

Les autres petits enfants de Guillaume Charenton

Monsieur Joseph Charenton né en 1920, fils de Louis Charenton

Madame Ginette Dubourreau né en 1929, fille d’Albert Charenton

Monsieur Michel Neyssensas né en 1930, décédé en 1984, fils de Louis Charenton – Neyssensas


Le père de notre grand père Guillaume, « Jean Charenton » avait fait sept ans d’armée suite à un tirage au sort effectué à Grignols. Il avait alors 20 ans. Ceux qui avaient les moyens pouvaient se permettre d’acheter quelqu’un pour les remplacer mais Jean y est allé. Vers 1856 notre ancêtre a participé à la conquête d’Algérie et la guerre de Crimée. Il a ramené une médaille en remerciement de ses services rendus à Sébastopol et en Algérie. Il est revenu avec une jambe un peu raide suite à une blessure.

Il avait appris à lire et à écrire à l’armée et à son retour, grâce à l’instruction acquise, il a assumé la fonction de régisseur à Chaulnes. Jean Charenton s’est marié avec Jeanne Dufraix. Il avait mangé de la soupe de choux pendant sept ans et disait constamment à notre mère « mange là bien car pendant sept ans… C’est long ! » Un siècle plus tard, un autre Jean Charenton sera rappelé en Algérie… Les souvenirs restent ainsi dans une famille.

Depuis 1825 à Chaulnes

Jean Charenton est parti faire son service militaire de Chaulnes. Enfant il était arrivé à Chaulnes en robe, à quatre/cinq ans. On habillait les petits garçons ainsi. Son père était donc arrivé de Charente avec ses proches vers 1824/25. La famille est restée un siècle dans la même maison (99 ans). Arrivés en 1824, Guillaume Charenton « grand-père » et sa famille sont partis en 1923.

Jean Charenton a eu comme enfant Elie, Guillaume et une autre décédée à 20 ans. Guillaume a également eu plusieurs enfants qui vivaient tous sous le même toit : Louis (1892), Edmond (1895), Louise (1901) et Albert (1904). Les petits-enfants de Guillaume tous grands parents en 2001 sont venu témoigner à Chaulnes.

La personnalité de notre grand-père Guillaume a dû être légèrement estompée par la personnalité de son père qui était alors régisseur, « premier valet » à Chaulnes. Guillaume a ensuite succédé à son père comme « premier valet ». Notre grand-mère, Marie Emery, était une personne leste. Elle est un jour montée dans un cerisier pour récupérer des cerises. Elle est tombée et s’est fait mal. Notre arrière grand père, Jean, lui avait lancé, « c’est bien fait pour toi. Tu n’avais pas qu’à monter dans le cerisier ! » Le soir, il lui a donné deux Louis d’Or pour lui montrer qu’il regrettait de lui avoir parlé comme ça.

La ferme des Charentons

La famille a gardé un bon souvenir de Chaulnes. Toutes les générations étaient interdépendantes. Les grands-parents étaient aidés par leurs enfants mais ils servaient à faire la soupe et d’autres petits travaux. Les adultes travaillaient et les petits-enfants devaient supporter tout le monde.

La cohabitation familiale était déjà plus difficile dans les années 20 qu’avant la guerre 14. Les deux frères aînés, Louis et Edmond, étaient partis à la guerre. L’aîné s’était engagé en 1910. Il a fait huit ans de service. Le second, Edmond, réformé en 1914, a quand même fait trois ans de guerre à partir de 1915. Fait prisonnier, il est resté dans un camp, dans la Somme. Il aimait partager et racontait avec beaucoup d’émotion qu’il était passé près d’une femme qui lui avait tendu quelque chose dans un papier journal. Il l’a attrapé très vite. C’était un poisson entre deux morceaux de pain. Il disait toujours : « j’avais peut-être fait dix mètres et je l’avais déjà mangé. Je n’avais pas pensé à partager avec mes copains ! » Quand il est revenu à Chaulnes, quelqu’un est venu prévenir ses parents. Il leur a dit « , « vous savez, Edmond revient. Vous ne le reconnaîtrez pas ! » Louise, âgée alors de 13 ans racontait que pendant cette guerre, il ne fallait pas chanter, pas s’amuser… rien.

En 1918, ils sont tous revenus à Chaulnes mais très vite les deux aînés sont repartis. Louis s’est marié dans la région parisienne et Edmond, le second est parti dans les usines du Creusot. Il n’a pas eu d’enfant. Albert est resté à la ferme a déménagé de Chaulnes pour les Roudiers à Saint Astier en 23. Après son service militaire, il est retourné à la ferme du Roudier, s’est marié ici pour finalement s’engager dans la gendarmerie deux ans après son retour. Albert a eu une fille.

La ferme des Charentons se situe près de la grange rénovée. La ferme portait généralement le nom de ceux qui y habitaient. Une maison de deux pièces faisait face à cette grange à côté du puits. Deux lits étaient installés dans la cuisine. Cette maison disposait d’un four et d’une chaudière à l’extérieur.

La chaudière servait à faire cuire la nourriture des cochons, quelques navets, rutabagas et pommes de terre. Un lit était installé en permanence dans l’étable. Il était en partie encastré dans les murs.

Sur le coteau en face de Chaulnes se trouvait la maison où était née notre grand-mère. Notre grand père né à Chaulnes avait traversé la vallée à « Lessandie » pour y trouver son épouse Marie Eymery.

Nos parents et grands parents métayers devaient partager leurs récoltes à 50 %. Le régisseur avait un plus par rapport aux autres métayers, un morceau de terre qu’il pouvait cultiver à sa guise et en conserver la récolte en totalité. Ils faisaient de la polyculture et de l’élevage.

Les métayers n’avaient pas de vigne et le vin était produit par le château. Les domestiques du château s’occupaient uniquement dans la vigne et de l’entretien du château. Pour planter la vigne sur le plateau, à la main à 80 centimètres de profondeurs, les ouvriers étaient payés à la tache. Avant la guerre, les Faure passaient avec une canne pointue pour vérifier si c’était bien à la bonne profondeur.

Ils cultivaient des céréales, blé et seigle. Ils mettaient une barrique calée contre un mur, tapaient le seigle dessus pour faire tomber les grains sans casser la paille de seigle. La paille était mise à plat et arrosée sur la partie que l’on voulait travailler, tendre. On attachait bout à bout deux brins de seigle. Cela fait un lien d’à peu près un mètre 80 et l’on attachait une botte de blé avec ce lien.

L’herbe, le foin, était fauchée à la faux car les pentes étaient trop importantes pour faire passer les machines. Mon père, Louis, avait acheté en 1908 une faucheuse pour prairies et céréales. Ils coupaient leur foin avec dans les parties plates. Mon père allait dans toute la région faucher le blé avec sa faucheuse.

Ils cultivaient des pommes de terres, des haricots et du maïs que l’on appelait « Lou blaou d’espagnol ». Ils semaient les haricots dans le maïs qui servait de tuteur et de rame aux haricots. Quand les haricots étaient mûrs, on les arrachait avant de récolter le maïs.

Ils devaient donner la moitié de leurs récoltes y compris quand ils élevaient des cochons. Notre grand père Guillaume agrémentait la marmite familiale avec les collets. Il risquait la prison. Il ne le disait pas trop car c’était interdit. Mme Mortemousque : Nous racontions ça dans notre jeunesse mais pas avec une fierté excessive. On peut le raconter maintenant. Il y avait énormément de gibier à Chaulnes. Jean y est notamment venu chasser de 1946 à 1952.

Ils disposaient d’un petit potager privatif qu’ils ne partageaient pas. Leurs plats les plus fréquents étaient préparés aves les légumes de saisons, pommes de terre/maïs et haricots. « Les miques » étaient faites avec une peu de farine de froment mélangée à de la farine de maïs et cuites dans de l’eau bouillante. « Les poux » étaient faits dans du bouillon de légumes. La farine de maïs était à la base de la nourriture. Mme Mortemousque : Notre grand-mère disait « pour manger du pain blanc, il faut avoir les mains noires » et maintenant pour manger du pain noir, il faut avoir des mains blanches. Grand mère savait faire du pain.. Elle nous en a fait longtemps même dans son four. L’hiver, ils mangeaient des châtaignes blanchies, pelées à la main, nettoyée et cuite ensuite à l’étouffée. Quand ils vendaient un morceau de veau au boucher, ils s’en faisaient remettre une partie.

Ils avaient également quatre ou cinq vaches et au minimum quatre bœufs pour travailler. Les vaches ne sortaient pratiquement pas. Elles étaient nourries à la crèche. Il n’y avait pas de prairie de pacage. La terre devait être cultivée sauf peut–être dans la partie très pentue… Ils n’avaient pas de brabant, charrue réversible qui est apparue bien plus tard. Ils avaient une charrue simple, une araire. L’araire était composée d’un timon en bois avec un soc que l’on ne pouvait pas régler ni en largeur, ni en profondeur. L’homme devait diriger avec un simple manche. Un bon laboureur ne fatiguait pas son attelage. Il maintenait une profondeur constante, ne donnait pas d’accoups. Quand on voulait aller plus profond, on levait un peu et inversement. Pour aller à gauche, il fallait pencher la charrue sur la droite et inversement. Pour les labours d’hiver, on mettait quatre bœufs. On en mettait deux pour les labours de surface.

Les femmes travaillaient la terre comme les hommes. Elles allaient sarcler, faner. Les enfants suivaient dans les terres dans un panier en osier. Ils ne restaient pas à la maison. Elles étaient également chargées de la lessive et du reste. Louise partie à 23 ans de Chaulnes a connu ça. Elles lavaient le linge une fois par an.
Elles faisaient bouillir les draps dans des grands chaudrons et mettaient de la cendre pour blanchir le linge. Elles allaient ensuite au lavoir en bas du coteau. Des femmes qui habitaient dans le village venaient les aider et descendaient au lavoir avec une pleine charrette de draps. Les vêtements n’étaient pas lavés toutes les semaines.

Mme Chauvin : On avait fait faire à ma mère (Louise) les vestons des hommes. On lui avait acheté une machine à coudre à cette fin. Elle confectionnait les vestons, pantalons de tous ses frères et de son père.

Les métayers s’entendaient très bien entre eux. Des veillées étaient organisées entre voisins quand il fallait dénoiser, casser les noix. L’huile de noix fabriquée servait à assaisonner les mets. Ils ramassaient les récoltes ensemble, tuaient le cochon… une vie de village.

Pour faire monter l’eau au château, on utilisait un système de bélier. Le poids de l’eau faisait fonctionner une pompe qui montait selon la hauteur, le tiers ou le quart du volume d’eau qui coulait. Ce système fonctionnait uniquement pour le château. Les fermes allaient chercher de l’eau à pied.

Vie sociale

Le docteur de Saint Astier venait avec son cheval. Nos grands parents ne payaient pas le docteur mais donnaient un peu de la récolte, comme pour le vétérinaire. Le vétérinaire était souvent hongreur. Les hongreurs castraient les animaux et assuraient les fonctions d’un vétérinaire sans véritablement l’être. Ils avaient appris leur métier sur le tas.

Edmond avait été tellement malade enfant, qu’il était passé pour mort dans le pays. Son père a dormi contre la porte de sa chambre toute une nuit en se disant « demain, il ne sera plus de ce monde. » Il s’en est sorti mais, rachitique, il a eu des problèmes toute sa vie. Il était très maigre.

Il n’y avait pas de réelle différence d’éducation entre une fille et un garçon mais un fils était quand même plus prisé qu’une fille et les choses ont changé.

Mme Mortemousque : j’ai eu six enfants, cinq fils. À la naissance de mon quatrième fils, personne n’est venu me voir. À la naissance de la cinquième, tout le pays est venu me voir.

Mme Fourgeau : Maman (Louise) nous a souvent dit qu’elle partait pour aller au bal avec les autres jeunes du village. Les filles étaient alors accompagnées de leur mère.

Les enfants allaient tous les matins à pied à l’école à Grignols, dans des sabots de bois avec l’hiver des châtaignes dans la poche pour se réchauffer les doigts… Louis, l’aîné partait en sifflant et jetait des cailloux, heureux de vivre. Edmond partait en pleurant… Il avait toujours une mauvaise santé.

Quand leurs parents allaient au marché à Saint Astier tous les enfants en profitaient pour casser des œufs, faire de grosses omelettes. Les enfants devaient porter au patron, Pierre Faure, les premières cerises et les premières fraises.

Religion

La religion était assez importante pour les Charentons. Le grand père Jean allait à la messe tous les dimanches avec les sabots sur l’épaule pour ne pas les user.,. En 1906 il y eut la confiscation des biens de l’église. Les curés sont passés maison par maison pour savoir qui leur donnerait quoi et comment, « pour qu’ils survivent ». Ils étaient passés à Chaulnes. S’ils n’avaient pas suffisamment de promesses, ils seraient partis de Bruc. Entre la génération de Jean Charenton et de son fils Guillaume, on a senti que la religion était moins essentielle.

La mairie avait pris le pas sur l’église dans les mariages, cérémonies et naissances. Les enfants étaient d’abord déclarés à la mairie de Grignols alors que dix ans auparavant on ne les déclarait qu’une fois baptisés.

Nos parents ont fait leur communion à Bruc. Louis et Louise étaient très pratiquants et croyants. Edmond pas du tout et Albert entre les deux. Edmond avait toutefois un respect des choses religieuses. Louise Charenton allait à la messe à Bruc et aux vêpres.

Mme Mortemousque : Dans les années 50, alors que nous passions avec Edmond à Bruc, nous nous sommes arrêtés et sommes entrés dans l’église. Très ému, Edmond est allé s’asseoir à une place très précise, la place où il était lors de sa communion solennelle. Il avait les yeux pleins de larmes.

Le Puits

Nos parents ont connu le couple qui a creusé le puits de 45 mètres de profondeur, au début du siècle. Il fut creusé par un homme seul… avec l’aide de sa femme qui le descendait dans le puits dans un genre de panier. Il se cramponnait ! Il allait allumer la mèche au fond et sa femme le remontait. On lui avait demandé de faire un puits mais « où faut-il le faire ? » « Où vous voudrez, il y a de l’eau partout ! ». Le travail a duré, selon nos parents, presqu’un an pour creuser 45 mètres de profondeur. Quand nous étions gamins, nous venions ici et nous nous amusions à prendre un caillou et à le lancer dans ce puits. On écoutait le caillou tomber.

Il y avait cinq métairies, plus le château et la vigne.

Mme Fourgeau : Les Fraigneaux habitaient déjà à Chaulnes car maman (Louise) en parlait tout le temps.

Famille Faure

Nos grands parents parlaient des De la Bastide avec déférence, peut être plus qu’avec la famille Faure.

Jean Charenton : La famille Faure que mon père (Louis) avait très bien connue menait un train de vie royal par rapport aux métayers installés sur la propriété de l’époque. Il n’y avait alors que des métayers. Edmond m’a toujours raconté que le père Faure, avant la guerre de 14, avait un cheval mais devait se faire conduire car il n’y voyait plus rien. Il chassait sans trop y voir et se faisait accompagner par les gamins mais il n’était pas sourd et quand quelqu’un passait à côté, il demandait à mon oncle « qui c’est qui passe ? » « Je ne le connais pas ! » « Tu connais personne alors. »

Malgré ses idées Paul Faure n’a pas fait changer les conditions d’existences des métayers. La ferme restait la même. Son père, Pierre Faure dirigeait toujours le domaine. Paul Faure donnait la possibilité aux autres d’évoluer mais ailleurs que chez lui.

Paul Faure avait commencé sa politique avant la guerre. Il venait à Chaulnes et a participé à l’émancipation de mon père (Louis). Né en 1892, Louis a fait partie de cette catégorie d’enfant pour lequel l’instituteur est venu trouver les parents en disant, « il ne faut pas qu’il reste à la terre. Il faut qu’il fasse des études ! » mais il fallait payer… Il a donc travaillé ici comme métayer après avoir obtenu son certificat d’études à 12 ans. Il est resté ici jusqu’à 18 ans. Il devait avoir des conversations avec Paul Faure qui lui a conseillé « il ne faut pas rester là ! » Mon père s’est donc engagé dans l’armée en 1910. Il est parti dans l’artillerie à Toulouse. Notre père a connu notre mère en région parisienne, une fille d’un gros fermier de l’île de France. Il était soldat quand il l’a rencontrée. Il s’est marié en 1919 là-bas et personne de sa famille n’est venu. Il n’avait comme « pays » que Paul Faure en tant que témoin de son mariage.

Notre père (Louis) a été soucieux des études de ses enfants. Il disait à notre frère devenu par la suite vétérinaire « qu’est ce que tu veux… Si tu ne travailles pas bien, tu iras labourer derrière les vaches ! » C’était resté important pour lui.

Lors d’une photographie de famille dans les années 30, notre grand-père Guillaume est arrivé avec une faux et un marteau… Les fils lui ont demandé de laisser ça… Les enfants ne comprenaient pas…

Mme Fourgeau : Louise venait jouer dans la cour du château avec les enfants de la famille Faure. Monsieur Paul Faure avait conseillé la même chose à notre mère (Louise). Il voulait l’amener à Paris mais elle n’a pas voulu partir. Elle ne voulait pas laisser ses parents. Elle nous a souvent dit, « j’étais bête... quand même. »

Mme Chauvin : ma mère (Louise) a habité ici jusqu’à 22 ans en 1923. Elle s’est mariée en 1924 et je suis née en 1925. Ils n’étaient pas trop heureux à Chaulnes.

Le château ne comptait pas pour nos parents. Ils étaient chez eux dans leur métairie. Ils parlaient très peu du château. Ce n’était pas leur milieu.

Les roudiers

Guillaume est devenu propriétaire aux Roudiers. Leurs deux aînés partis, Albert reste quelque temps et Louise se marie. Ils se sont vite retrouvés seuls. Tous ces métayers qui avaient vécu dans l’économie avaient fait des pécules et au lendemain de la première guerre, il y eut une dévaluation alors, beaucoup ont acheté des petites propriétés, les « Limousi », les « Charenton ». Et certains n’ont eu qu’un enfant pour ne pas partager.

Nos parents avaient une dizaine d’hectares. Ils ont continué dans la polyculture. Il n’y avait pas d’amélioration nette de leur vie mais « ils étaient libres ».

Edmond avait passé sa vie à mettre de l’argent de côté. Il a été ouvrier au Creusot puis au chemin de fer. Il a acheté une petite propriété qu’il a fini de payer 20 ans après, en 1940. Il a profité de l’inflation de 40 pour vendre un hectare de terrain et régler ses dettes. Louise est toujours restée à Saint Astier. Son mari travaillait aux usines à chaux.

Nous avons le souvenir de la déclaration de guerre de 39. Les cloches ont sonné à cinq heures de l’après-midi. Jean Charenton : J’étais devant la ferme du Roudier. Madame Fourgeau : C’était un vendredi. Jojo nous aidait à entrer le tabac chez mon oncle Edmond. Il a dit « ceux-là quand même ont une drôle d’idée de se marier un vendredi ! » Madame Mortemousque : « j’étais à Paris dans le métro et j’entendais, « on va se faire casser la gueule pourquoi ? On n’a rien à défendre… »

Chaulnes toujours présent chez les Charentons

Notre famille est attachée à cette terre de Chaulnes car le cœur de notre grand mère était à Chaulnes et pas à Saint Astier. Elle parlait de Chaulnes avec beaucoup d’émotion, « nos voisins de Chaulnes, nos voisins de Polignac… » C’était sa vie de jeune femme, sa vie de mère, sa vie de femme de la terre. Elle a aimé Chaulnes. Ils ont été heureux à Chaulnes…

Nous sommes également toujours revenus au cours de ce siècle. On ne parlait jamais du domaine des Chaulnes mais de « Chaulnes ».

En 1948/49, la famille Charenton a hésité à acheter Chaulnes quand Messieurs Peulevey ont voulu vendre le domaine. C’était déjà un peu à l’abandon. Il y avait des ronces partout. Les bâtiments étaient en mauvais état… Il n’y avait que le château de potable. La maison de nos ancêtres était encore debout.

Mme Chauvin : Dans les années 60, nous venions à Chaulnes acheter des cochons moitié sanglier. Tout était entretenu par deux vieilles filles. Je les plaignais quand je venais acheter ces cochons. Ils étaient tous en liberté. Quand on en voulait un, il fallait courir après dans les bois pour ensuite l’enfermer. Les demoiselles travaillaient dur et ne pouvaient pas entretenir ce grand domaine. Nous nous rencontrions une fois par an. Nous étions toujours bien reçu chez elles. Il y avait une grosse armoire dans la cuisine. Les demoiselles disaient, « on ne peut pas la sortir, elle est trop grosse ». Je les rencontrais également à Saint Astier quand elles venaient à pied de Chaulnes. Elles avaient une vieille voiture qui ne tenait pas debout. Huit jours avant de partir, elles m’ont dit « oh , On ne regrettera pas Grignols. ».

Vous pouvez retrouver l’intégralité des témoignages sur le domaine de Chaulnes dans un ouvrage pdf à cette adresse internet :
http://www.lettresetmemoires.net/domaine-chaulnes-histoire-perigord.htm


Voir en ligne : Ouvrage Domaine de Chaulnes

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