ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Secrétaire de Mairie d’un village, le périgord terre de radicalisme

Mr Peytoureau né en 1923 - domaine des Chaulnes

samedi 6 mars 2010, par Frederic Praud

J’ai assuré la fonction de secrétaire de Mairie de Grignols du 1er mai 1956 au 31 décembre 1994. Je suis né à Grignols où mes parents étaient propriétaires d’une ferme. Mon arbre généalogique remonte jusqu’à 1779 à Grignols. Mon grand père s’appelait Félix, son père Thomas, son grand père également Thomas et mon aïeul Jean en 1779. J’habite au lieu dit Varenna. Mon arrière grand père avait été propriétaire à Maisonneuve en descendant sur Bruc.

Prédestiné…

J’étais un bon élève et mon instituteur, Monsieur Lafaye, qui était alors secrétaire de Mairie avait toujours pensé que je le remplacerais à sa retraite mais il n’a pas arrêté de suite… Il ne me l’avait pas dit mais l’avait envisagé avec Monsieur Charles Mirabel, Maire de l’époque qui était lui aussi d’accord pour que je prenne la succession. Quand l’instituteur a pris sa retraite, il m’a appris le métier. J’aimais les études et j’ai suivi des formations par le biais du syndicat des communes à l’ANEM (Association Nationale des Etudes Municipales). J’ai appris la profession.

Après le certificat d’études, j’ai aidé mes parents dans leur propriété. Je voulais rester au pays. Je ne voulais rien faire de précis et n’avais jamais pensé à devenir secrétaire de mairie. J’ai fait des remplacements aux PTT, des recensements pour la commune. On me préparait.

J’ai toujours eu de bons rapports avec mon instituteur. Il avait dû arriver à Grignols en 1924 comme instituteur et ce jusqu’en 1960. Il a élevé l’ensemble des enfants des fermiers et domestiques du pays, dont ceux de Chaulnes. Il y avait alors beaucoup d’enfants et allaient tous à l’école ensemble à pied depuis Chaulnes.

Grignols

À Grignols, l’église n’est pas dans le bourg mais au village de Bruc. Le curé parlait à tout le monde l’instituteur aussi. Les mariages se passaient généralement à la mairie et l’on se rendait ensuite à l’église mais il y avait également quelques mariages civils. Depuis 1918 aucun prêtre ne s’est installé à Grignols. Le curé de Manzac s’occupait de cette paroisse.

Avant 40, il y avait six foires à Grignols, la foire de la Saint Cloud, le 7 septembre – la Saint André, le 30 novembre – la foire de Noël, le 22 décembre – la foire du Mardi gras – le mardi de Pâques et le mardi de Pentecôte. Les foires ont disparu quand les marchands de bestiaux sont directement allés acheter leurs bêtes dans les fermes.

Les foires à bœufs étaient très importantes. Les marchands de bestiaux venaient de la haute Corrèze vendre leurs bêtes. Chaque ferme avait ses bœufs de travail, la mécanisation les ont rapidement fait disparaître. Ils ont été remplacés par les vaches laitières.

Le château de Chaulnes

Enfant, on parlait du château de Chaulnes. C’était un domaine intéressant. Le vignoble produisait un vin réputé. C’était la propriété de Paul Faure, homme politique alors très connu au niveau national. Il était député vers 1930 pour devenir ministre en 1936 sous le front Populaire. C’était une personnalité de Grignols et nous avions une certaine fierté quand il est devenu ministre. Il avait été maire de Grignols de 1900 à 1907. Monsieur Lagorce, son adjoint, lui avait succédé. Il avait arrêté son mandat car il était parti en politique à Paris. Dès le début du siècle Grignols était radical-socialiste. Monsieur Charles Mirabel, puis son fils Guy Mirabel, également socialistes, se succédèrent au poste de maire de la commune.

En 1936, Paul Faure reçu des menaces de l’extrême droite, des croix de feu. Ils lui avaient annoncé, « on va venir brûler ton château ». La gendarmerie et l’armée avaient été prévenues et les habitants de Grignols étaient montés à Chaulnes avec leurs fusils de chasse. Mon père y était allé avec Monsieur Guy Mirabel et bien d’autres… Finalement rien ne s’était passé.

La famille Faure venait dans le village. Paul Faure était très simple avec tout le monde ses métayers, ses fermiers. Il parlait à tout le monde, était très ouvert. Il faisait travailler les artisans de Grignols. Il venait à Chaulnes dès qu’il était libre.

En 1936, mon père et bien d’autres avaient planté un mai (un pin) pour fêter sa nomination de ministre. Il y avait eu un buffet, un vin d’honneur. Paul Faure était devenu député de la Saône et Loire. Il avait battu le maître des forges du Creusot, Schneider. Il n’a jamais été député de la Dordogne mais revenait constamment dans sa propriété.

On m’a raconté que la mère de Paul Faure, après les tempêtes, parcourait le parc et ramassait les petites brindilles pour que le parc soit toujours net.

Paul Faure n’était pas catholique mais libre-penseur. Il avait ses partisans dans le village qui venaient participer à ses réunions publiques mais il n’y avait pas de dissensions entre les habitants du village. Paul Faure est inhumé au cimetière de Douville sur le canton de Vergt, au lieu d’origine de sa famille.

De métayers à ouvriers agricoles

Mon père avait un copain métayer à Chaulnes, Monsieur Marey. Il habitait la première propriété au milieu du grand champ pas loin de la route de Saint Astier. J’y venais avec mon père. Nous connaissions bien les habitants de Chaulnes.

Monsieur Marey était venu à Chaulnes en tant que métayer puis est passé domestique à partir des années 32/33. Ils avaient alors moins de frais, étaient couverts socialement et bénéficiaient des assurances sociales.

Monsieur Paul Faure qui était quand même avancé, les avaient inscrits comme ouvriers agricoles pour leur faire bénéficier des lois sociales. L’ami de mon père, Monsieur Marey nous avait expliqué la situation. En tant que métayer, il fallait travailler comme cela se présentait mais en étant salarié, il ne travaillait plus que de telle heure à telle heure, le matin et l’après–midi… comme à l’usine.

L’intégration des Bretons

Pendant des années, les gens étant trop nombreux en Dordogne, partaient à Paris comme domestique chez les riches, chez les bourgeois, ou à Bordeaux travailler dans les chais mais surtout en Gironde travailler dans les vignes. Ils se sont dispersés dans toute la Gironde et ne sont pas revenus. Petit à petit dans le Périgord, les fermes abandonnées, les bonnes terres n’ont plus été travaillées. On a donc fait venir des Bretons pour travailler ces terres-là. Ils étaient trop nombreux en Bretagne. Un curé s’était occupé de leur installation mais il n’y eut aucune influence religieuse. Ils étaient venus là pour travailler. Je me rappelle de l’arrivée des Bretons à Grignols. Ils se sont bien intégrés. Une famille s’est installée à Chaulnes et trois autres dans Grignols, les Le Run à la Rebière, les Le Pemp au Bas Varenas, les Alano et Penven à Leymarie…Les parents parlaient le breton et les jeunes français. Leurs enfants n’ont pas tous travaillé la terre mais sont partis à l’usine ou ailleurs. Il y eut par la suite des mariages entre périgordins et bretons.

Les Bretons ont apporté leurs méthodes de culture. Ils ont produit beaucoup de sarrasin, de petits pois… Ce qui ne se faisait pas ici. On produisait bien des petits pois pour la consommation personnelle mais pas pour les vendre à l’extérieur. Ils travaillaient avec leurs chevaux alors que le périgordin travaillait avec des bœufs. Ils avaient amené leurs vaches laitières bretonnes.

Le domaine au quotidien

Monsieur Marey avait une vie tranquille. Il allait à la chasse, sortait un petit peu. Il est ensuite parti pour la région de Lalinde puis la Gironde.

Monsieur Alphonse Lachaud avait sa propre ferme à Polignac et régissait le domaine. Il était également socialiste et allait aux réunions avec Paul Faure. Ils se tutoyaient. Paul Faure ne connaissait pas l’agriculture. Quand il arrivait au domaine, il demandait à Lachaud « combien tu as semé de blé, de maïs ? » Il lui expliquait et Paul Faure répondait « oui, ça va… » Ça allait toujours bien. Marc Lachaud venait beaucoup à Chaulnes avec son père. Monsieur Lachaud fut pendant longtemps régisseur. Il est décédé en 1938 Monsieur Gaston Eymery (épicier à Grignols) lui a succédé à ce poste.

En dehors des vignes, tout le reste était cultivé, blé maïs, céréales, polyculture. Ils travaillaient avec de bœufs avaient des moutons.

Une fois le domaine vendu, Emile et Léonie sont partis avec Monsieur Paul Faure à Rambouillet dans le domaine qu’il avait acheté en partant d’ici. On appelait Emile « Milou ».

Dans les années 40, les métayers sont partis pour prendre d’autres fermes plus importantes, en vallée et non plus en coteau. Révelen, métayer, était parti pour prendre une autre propriété à exploiter en fermage.

L’après Faure

En 1939 le domaine est mis en vente par la famille Faure. L’acheteur, Monsieur Peulevey, venait de Normandie. Il avait deux filles mariées à deux frères norvégiens, les « Zakariasen ». Les parents ont vécu ici, ainsi que leurs filles avant leur mariage. Leur régisseur s’appelait Monsieur « Gautereau ». Originaire de Vendée, il était venu avec sa femme. Il est reparti après la guerre. Les Marois et Martial avaient été remplacés par des domestiques espagnols après 40 (familles « Lagos » et « Villanueva ») et polonais (« Novicki »). Les espagnols sont restés 7/8 ans. Ils étaient là pendant la guerre. Les deux fils Villanueva jouaient au football à Villamblard. On les appelait Toni et Manolo. Édouard Novicki, un garçon de mon âge, jouait de l’accordéon à Grignols.

Pendant cette guerre, de nombreux facteurs avaient été mobilisés. Des facteurs retraités les remplaçaient et pendant leurs vacances, je faisais les tournées et portais le courrier à tous les habitants de Chaulnes. Je commençais par les Espagnols puis continuais chez les Paillet qui habitaient le petite pavillon à gauche de l’entrée de la grille. Je laissais mon vélo au pavillon, donnais le courrier aux Peulevey et redescendais aux deux fermes en bas à pied (chez les Martial et Marois) . Je profitais du paysage.

Le maquis

En 1944, un maquis s’est installé à Chaulnes dans une des deux fermes près de la route de Saint Astier. Le groupe « Ancel » de l’armée secrète y est resté pas mal de temps. Le chef, un instituteur, s’appelait Ancel Dienner. Il est devenu lieutenant dans l’armée en 39/40 puis dans l’armée d’armistice. Une fois l’armée d’armistice dissoute, il a créé son maquis dont il est devenu lieutenant puis commandant.

Ces maquisards étaient auparavant installés chez mes parents, aux Pâqueries, dans une petite maison dans les bois à l’écart de notre domicile. Ils passaient souvent à la maison et ma mère leur préparait à manger.

Ils ont été dénoncés et sont venus à Chaulnes. Ils y sont restés pas mal de temps mais ont été obligés de changer de cantonnement. Ils sont partis dans la région de Vergt et du côté de Bergerac. Ils ont combattu la division das Reich au-dessus de Lalinde et ont participé à la libération de la Dordogne puis ont poursuivi les allemands jusqu’à la mer. Ils sont ensuite revenus en Dordogne puis sont montés à Dijon où ils ont formé la brigade Alsace Loraine commandée par André Malraux. Ancel est alors passé commandant du bataillon « Strasbourg ». Ils ont participé à la bataille des Vosges, du Rhin, d’Alsace, à la libération de Strasbourg. Ils ont combattu en Allemagne jusqu’au lac de Constance.

Quarante ans après certains sont venus me voir. Mon père étant décédé ils ont donné un diplôme à ma mère car mes parents avaient pris des risques en cachant ce groupe de résistant. Ce diplôme était signé par André Malraux. Monsieur Mirabel qui était également en liaison avec eux à l’époque avait reçu une médaille de commémoration.
Les résistants de ce groupe venaient d’un peu partout notamment quelques jeunes de la région. Quelques jeunes de Grignols avaient pris le maquis et rejoint différents groupes.

J’ai été réfractaire. Je devais rejoindre le maquis de Villamblard aux beaux jours. En attendant je restais à Mussidan où je faisais la liaison entre la résistance de Mussidan et les maquis de la Double. J’ai été pris dans une rafle le 26 mars 1944 par les SS de la division Brenner puis déporté en Allemagne. J’étais à 30 kilomètres de Leipzig dans un commando qui dépendait de Buchenwald. J’ai travaillé dans une usine chez IG Farben, les marchands d’esclaves…Je suis rentré le 26 mai 1945. Je suis passé par la Hollande, la Belgique et les Ardennes. Les formalités de libération ont été accomplies à Charleville sur la place Ducale.

Une fois rentré j’ai continué à travailler avec mes parents, pour les PTT. Je faisais des petits boulots de remplacement. On me faisait faire des recensements pour la mairie, des petits travaux secondaires. On me préparait…Je suis rentré à la Mairie à 33 ans.

Un industriel propriétaire

Monsieur Beffara a racheté le domaine à la famille Peulevey. Il possédait une usine à Chamiers, à côté de périgueux. Je l’ai connu quand il venait à la Mairie mais il avait peu de relation avec les gens de la commune.

Presque tous les hommes du pays ont travaillé à un moment ou un autre sur le domaine. Monsieur Beffara employait des journaliers de Grignols, des saisonniers pour la vigne et travaux des champs notamment Charles Bécu, Yves Mathieu.

Pour toucher une prime à l’arrachage, il avait fait arracher toutes les vignes du domaine. Il n’a rien replanté et a cultivé des céréales à la place. Il a également fait arracher la plantation de pommiers pour toucher une prime. Il y avait une superbe entrée en pierre sculptée. Elle a été démontée.

Les cultivateurs du pays n’ont pas apprécié la destruction du vignoble. Ils disaient « oh quand même… Arracher ce beau vignoble ! » Car on y vendangeait 8 à 10 jours avec de nombreuses équipes de vendangeurs comme en Gironde. Cela faisait vivre le pays. On entendait les jeunes de Grignols dire, « on va vendanger à Chaulnes pendant dix jours ! » Ils étaient nourris et touchaient une petite somme une fois la vendange terminée.

Monsieur Beffara a beaucoup été critiqué par les gens du pays qui regrettaient la destruction d’un si joli emplacement. Ils aimaient le domaine. On parlait du château de Chaulnes et il faisait un peu partie du patrimoine commun.

Un patrimoine commun peu commun

Il y a bien un autre château à Grignols, le château des Talleyrand Périgord. Celui-ci date de l’époque féodale en 1099. Sa construction a duré un siècle. Il fut en partie détruit sous les guerres de religion. Pendant la fronde, le capitaine Balthazar n’avait pas pu le prendre. Il était allé chercher des canons à Montanceix et les a fait porter à la ferme de Pontout au-dessus du château. Il l’a bombardé et le château a été détruit, et jamais reconstruit. Le château a été pris deux fois, une fois par trahison et l’autre par l’artillerie. Les Anglais n’ont jamais pu le prendre. Ils avaient donc enlevé les paysans et les ont pendus au chêne de Pontout. Pendant la guerre de 100 ans, le château étant frontalier, les comtes de Talleyrand passaient des alliances avec les français ou les Anglais selon la nécessité. Les croquants du Périgord avaient attaqué le château sans pourvoir le prendre mais ils avaient battu le comte de Talleyrand du côté de Vergt.

Le château n’était plus habité depuis Louis XIV. Ce n’était qu’une ruine. Le dernier comte de Talleyrand-Périgord avait fait donation de la halle à Grignols. Il est mort en 1882. Il avait également comme titre, Duc du Périgord, grand d’Espagne de première classe, chevalier de Saint Louis, Pair de France et Grande Croix de la Légion d’Honneur. Le Maire de Grignols de l’époque s’appelait Monsieur Labat, agriculteur. Les hospices de Chalais en Charente avaient acheté le château. Grignols avait droit à deux lits pour les indigents.

En 1905 Maître Johannel, un avoué de Bergerac, qui faisait partie de la société historique et archéologique du Périgord l’a acheté et l’a restauré pendant 50 ans. Il l’a restauré avec ses faibles moyens. Il a employé des artisans de Grignols, des maçons. Le château a ensuite été acheté et encore restauré par un médecin originaire d’Algérie. Vint alors Monsieur Sagne qui possédait une usine à La Réole en Gironde. Il fabriquait des cuisines et employait 125 ouvriers. Il a continué la restauration de l’intérieur et de l’extérieur du château. Il l’a vendu pour acheter le château de Toulouse Lautrec en Gironde où il a trouvé énormément de vieilles bouteilles de vins. Le château de Grignols s’est ensuite vendu et revendu.

Ce château était bien au-dessus du bourg de Grignols mais on parlait bien plus du château de Chaulnes. Les habitants ne faisaient pas de cas du château de Grignols mais le domaine de Chaulnes représentait quelque chose de plus fort et de plus présent. Seuls quelques intellectuels s’intéressaient au château fort.

La famille de la Bastide était sous Louis Philippe propriétaire des Chaulnes. Ils étaient également maires de Grignols. Ils étaient nommés par le Préfet. Les De la Bastide avaient une concession de six places au cimetière de Grignols. Nous avions le doit de la reprendre au bout de 100 ans. Nous avons attendu quand même 120 ans et avons contacté la famille vers 1980. Nous les avons finalement retrouvés à Amiens dans la Somme. Un De la Bastide avait été maire d’Amiens sous l’étiquette communiste. Ils nous ont donc donné l’autorisation d’enlever la concession.

Le Périgord était devenu une terre de radicalisme car les habitants avaient soutenu la révolution en réaction contre ces grandes familles. Au château de Grignols, il y a d’immenses cheminées avec des rosaces de toute beauté. Sous la révolution, les habitants de Grignols sont montés au château et ont martelé les rosaces qui représentaient la monarchie.

Le secrétaire de Maire

J’ai commencé en 1956 comme Secrétaire de Mairie « Rural ». Dans une petite commune comme la nôtre, le secrétaire de Mairie faisait tout, l’Etat civil, la comptabilité, l’administration générale, l’aide sociale, le courrier, le téléphone, les relations avec le maire, les renseignements….

Tout le monde me connaissait et je connaissais tout le monde. J’étais de la vieille école des Secrétaires de Mairie. Je faisais beaucoup de papier pour les personnes âgées, les personnes peu instruites. Je rendais beaucoup de petits services. J’ai fait beaucoup d’aide sociale, de dossiers d’aides hospitalières, de demandes d’aide sociale à domicile, aide aux personnes âgées, aux personnes handicapées… Quand les personnes seules ne pouvaient pas payer le médecin ou l’hôpital, nous les aidions.

Avec le temps, il y eut de plus en plus de travail à faire, de charge administrative. J’ai toujours été le seul employé dans le secrétariat. Dans la comptabilité, il fallait s’occuper des mandats de paiement, enregistrer les recettes, contacter la perception, la trésorerie générale de la Dordogne. Dans l’administration générale, je m’occupais des permis de chasse, des certificats de naissance, mariage, décès… L’état civil était très important.

Il y avait à peu près 500 habitants à Grignols. La population a petit à petit diminué dans les années 80 puis est remontée à 543 Actuellement. Les fils d’agriculteurs étaient partis travailler en ville. Avec Monsieur Mirabel, nous avions beaucoup encouragé la construction. Les gens se sont ainsi fait bâtir des maisons individuelles et la population est revenue. Même si cela peut ressembler à des cités dortoirs, ils vivent là et travaillent dans les alentours, Saint Astier Périgueux.

Le saccage

Toutes les transactions de vente du domaine, les « passements » (actes notariés) du pays ont en principe été effectués par Maître Avrilleau, notaire à Saint Astier.

Après Monsieur Beffara, une entreprise forestière des Landes a acheté Chaulnes. Ils ont saccagé la forêt. Il a fallu que les Eaux et Forêts s’en mêlent car ils coupaient les arbres à hauteur de la taille d’un homme ce qui n’était pas la mode du pays. Ici on coupait à la hache mais à ras du sol.

Des ouvriers bûcherons étaient venus à Chaulnes, des landais, des espagnols, des italiens. Ils ne sont restés qu’un an. Ils avaient commencé à couper l’allée de sapin, les sapinettes, les beaux noyers. Ils commençaient à couper les beaux chênes et les beaux pins, les Eaux et Forêts sont intervenus pour arrêter le massacre.

On remarquait de jolis ormeaux dans le parc. L’un d’eux était immense. Il fallait être plusieurs personnes pour l’entourer et il a été abattu comme les autres arbres.

Une famille ardennaise

La famille Eloire avait une propriété dans les Ardennes qui avait été coupée par l’autoroute. Ils l’ont vendue et ont acheté le domaine. Ils faisaient un élevage de vaches, de moutons et employaient des personnes en tant que journaliers.

Les parents Eloire ont été inhumés à côté du bâtiment et de l’ancien jardin, près du grand arbre. Ils avaient demandé à être enterrés ici. Étant secrétaire de Mairie, il a fallu faire des dossiers conséquents pour avoir l’autorisation d’inhumation. Le préfet les a autorisés. Quand le domaine a été vendu, leurs corps ont été transférés au cimetière de Vergt en la présence du Maire, de la gendarmerie et une délégation de la préfecture.

La famille Eloire comptait les parents, les deux filles, Anne-Marie et Marie Aimée, les frères Pierre et Jean-Marie. Ce dernier s’est marié et est allé exploiter une propriété sur la commune de Vergt. Il habite en bas de Montpont sur commune du Pisoux. Toute la famille s’était installée ici. Les garçons sont vite partis et les filles sont restées avec les parents.

Leur intégration s’est passée normalement. Ils étaient en bons termes avec tout le monde et les filles venaient faire leurs courses dans le bourg de Grignols. Les filles étaient très ouvertes, conviviales très polies. Les parents ne descendaient pas au bourg. Monsieur Eloire avait dans les 80 ans. J’avais inscrit les demoiselles Eloire sur les listes électorales et elle y ont voté souvent

Le lycée agricole

À un moment donné, une société fictive du Libéria a failli acheter Chaulnes. Une société anonyme anglaise voulait prendre possession de Chaulnes sous le couvert du Libéria. Nous ne savions pas ce qu’ils voulaient en faire. Monsieur Mirabel le Maire de Grignols eut vent de l’affaire et a empêché la transaction. Il a contacté le lycée Agricole qui a finalement acheté le domaine.

Vous pouvez retrouver l’intégralité des témoignages sur le domaine de Chaulnes dans un ouvrage pdf à cette adresse internet :
http://www.lettresetmemoires.net/domaine-chaulnes-histoire-perigord.htm


Voir en ligne : Ouvrage Domaine de Chaulnes

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