ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Périgord : L’installation de l’adduction d’eau

Monsieur Henri Gouly né en 1923 - domaine des Chaulnes

samedi 6 mars 2010, par Frederic Praud

L’ADDUCTION D‘EAU À CHAULNES

Travaillant à l’entreprise Vaudou à Saint Astier, mon atelier s’est pratiquement toujours occupé de l’adduction d’eau à Chaulnes et j’étais en grande partie chargé de ce domaine. L’alimentation en eau était assurée depuis un captage situé en bas du champ à côté de la route de Manzac. Monsieur Beffara avait fait installer ce captage pour monter l’eau à Chaulnes en 1954/55 juste avant mon arrivée dans cet atelier en 56.

De Gonesse à Saint Astier

Je suis originaire de la région parisienne. J’habitais à Garges les Gonesse et suis venue en Dordogne en 1936, à 13 ans, dans la maison où j’habite encore à Leguillac de l’Auche. Pour sa retraite, mon père avait acheté une petite ferme comme il y en avait des quantités industrielles dans le secteur. Il n’y avait rien de grand… à part Chaulnes. Mon père était ouvrier Boulanger. Je suis resté dans ce pays. On ne faisait pas grand-chose dans notre petite propriété. Nous tirions plutôt la langue. J’ai donc été journalier dans les fermes. Je suis parti aux chantiers de jeunesse en 1943 mais j’ai pris la tangente pour intégrer plus tard les FFI et l’armée de la libération.

Démobilisé en 45, j’ai travaillé dans une entreprise de luminaire sur la commune de Saint Astier, à quatre/cinq kilomètres. J’y suis resté onze ans. Cette entreprise est partie à Périgueux. J’ai alors travaillé sur les chantiers de l’armée de l’Air avant d’intégrer en 1956, cette entreprise artisanale d’adduction d’eau et me suis retrouvé à travailler à Chaulnes.

Les histoires d’eau de Chaulnes

Je suis venu pour la première fois à Chaulnes en 1956. La pompe du bas était toujours en panne. Elle utilisait un moteur Bernard qu’il fallait quand même savoir faire démarrer. Un fois mis en route, il fonctionnait très bien…Les pépins ont commencé du temps de Beffara et ont continué avec les sœurs Eloire. Mon parton m’envoyait à Chaulnes en vélo. Je passais très souvent par le chemin de la route de Manzac et ne montais même pas au domaine.

J’apprends un jour que Monsieur Beffara avait vendu le domaine. Monsieur Avrilleau notaire à Saint Astier qui habitait en face de notre atelier, nous avait mis au courant que des demoiselles venant des Ardennes allaient s’installer à Chaulnes. Monsieur Eloire, père, avait acheté le domaine. Monsieur Avrilleau avait demandé à mon patron, « mademoiselle Eloire arrive à la gare avec son solex, pourriez-vous la récupérer ». Nous disposions de véhicules. Monsieur Vaudou, mon patron, a donc récupéré la première demoiselle Eloire à Saint Astier et l’a emmené à Chaulnes.

Il y avait toujours des bricoles à faire dans le domaine. Les demoiselles étaient tributaires du système d’eau et il avait dû se passer un certain temps entre la vente du domaine et son habitation par la famille Eloire. L’entretien n’avait pas été effectué.

Derrière la cuisine, sur le côté extérieur près du pavillon gauche, Beffara avait fait bâtir un château d’eau sur pilotis. Je suis monté plus d’une fois car j’apercevais ma maison de la haut. Il faisait au moins six mètres de haut. Il était approvisionné par la pompe du bas qui alimentait le château d’eau, puis les habitations y compris les étables des bêtes situées plus haut. Les soeurs Eloire s’en sont toujours servies.

Le fameux moteur Bernard fonctionnait à l’essence mais les sœurs ont calculé qu’elles feraient des économies avec un moteur électrique. Nous avons donc installé des poteaux et tiré une ligne électrique jusqu’en bas. Les contacteurs, le tableau de commande se situait près de l’étable à cochon. La ligne alimentait le moteur qui entraînait la pompe pour monter l’eau dans le réservoir. Le niveau d’eau dans la source baissait parfois sérieusement.
Nous avions mis en place un système de flotteurs jumelés et tributaires l’un de l’autre, un en bas et un dans le réservoir. S’il n’y avait plus assez d’eau en bas ou trop d’eau dans le réservoir, la pompe coupait. L’installation fut épuisante car il fallait monter à pied voir si l’eau coulait, redescendre puis remonter…

L’élevage de cochonglier…

Chez les demoiselles, l’aînée Anne-Marie s’occupait des cochons et Marie Aimée s’occupait des vaches. Chacune avait son domaine d’activité. Leurs parents âgés vivaient avec elles.

Comme elles avaient de plus en plus de cochons dans les parcs, elles m’ont demandé, « nous sommes embêtées car nous n’avons plus assez d’eau pour les animaux, les parcs à cochons. Nous avons un puits dans une des métairies au milieu des bois. Vous devriez aller voir car il doit y avoir de l’eau ». Nous allons donc sonder ce puits avec mon patron. Nous trouvons 25 mètres d’eau pour une profondeur de 45 mètres. Un homme et sa femme avaient creusé et maçonné ce puits au début de ce siècle.

Nous proposons donc de mettre une pompe immergée pour puits profond mais il fallait la descendre ! Nous installons donc une chèvre, un palan et descendons la pompe et les tubes. Nous mettons à côté une tonne de 1000 litres. Elles ont fait faire un branchement forain au pylône situé à proximité, pour brancher l’électricité. Nous avons donc alimenté cette tonne puis, à l’aide de tuyaux, emmené l’eau dans les parcs… La tonne n’a pas servi à grand-chose car, peu de temps après, un orage a pulvérisé le branchement électrique et tout en est resté là. Cela commençait à être la débandade notamment après le décès de Monsieur Eloire.

Les parcs à porcs étaient installés près de la route de Saint Astier, en lisière et dans la forêt. Il y avait juste trois piquets et un fils de fer qui ne pouvaient naturellement pas empêcher les cochons de passer. Les cochons étaient partout… même sur les routes. Ils étaient bien nourris car les vendeurs d’aliments pour bétail en livraient constamment. Dans les derniers temps durs, elles se faisaient livrer un sac de son par Monsieur gaillard Boulanger de Saint Astier.

À l’origine, elles élevaient et faisaient du porc gras. Par la suite, suivant des conseils assez mal venus mais écoutés elles se sont mises à élever du « nourain », porc à demi verrat puis du porcelet. J’ai toujours pensé que le croisement des porcs et des sangliers avait pour origine Chaulnes car les sœurs me disaient, « vous savez… Les sangliers viennent voir les truies dans les parcs… Cela ne fait rien… »

J’ai effectué pas mal de travaux dans les étables aux cochons situées près du premier pavillon de l’aile gauche, poser des robinets et autres diverses réparations. Des parcs fermés avaient été installés dans cette étable. Les sœurs ont voulu prendre un chef de culture. Il fallait lui aménager une salle d’eau dans l’étable. Nous avions fait ce que nous devions puis elles ont demandé à Farloube de venir lui bricoler des cloisons. Nous avions aménagé un petit coin mais cela ne fut jamais terminé. Il y avait une cinquantaine de chats parfois faméliques à l’intérieur des bâtiments.

Elles avaient laissé le droit de chasse au cabinet Maigne/Parade, le marchand de bien qui leur avait vendu le domaine à condition… qu’ils ne tuent pas les renards. Ils s’étaient donc réservé le droit de chasse. Elles me disaient, « vous comprenez… Les renards sont si gentils, si vaillants. Ils vont chercher leur pitance si loin. » Je leur répondais « même dans mon poulailler ! »

Les deux parcelles sous l’aile centrale du domaine étaient ensemencées de céréales pour donner de la nourriture aux cochons. Les prés sous le domaine étaient destinés aux vaches mais il aurait fallu entretenir les bordures car la nature gagne toujours…

Il n’existait pas de portail à l’entrée de la cour depuis Beffara. Les soeurs nous ont demandé d’en refaire un, celui qui est utilisé actuellement. Il a été plié et les journaliers, Messieurs Chaminade et Bécu, l’ont redressé avec un tracteur. Monsieur Bécu travaillait quasiment en permanence dans le domaine.

Elles avaient acheté un beau tracteur, un Fordson Major. Elles l’avaient laissé pratiquement neuf dans le chemin à côté des étables. Il a descendu la pente seul et s’est retrouvé à mi-chemin entre le haut et le bas du champs coupé en deux. Elles étaient désolées. Un marchand de bétail « Truffy » avait récupéré ce tracteur. Il leur avait donné une pièce !

La chapelle servait d’étable aux moutons. On avait demandé à Monsieur Farloubet de venir la restaurer pour qu’elle puisse accueillir le corps de Madame Eloire. Elle avait été précédemment enterrée près de l’arbre à l’extérieur face au pavillon gauche.

J’ai travaillé à Chaulnes presque jusqu’à leur départ. Elles sont venues à l’atelier pour me faire faire des piquets en fer à T, peu de temps avant leur départ définitif.


Vous pouvez retrouver l’intégralité des témoignages sur le domaine de Chaulnes dans un ouvrage pdf à cette adresse internet :
http://www.lettresetmemoires.net/domaine-chaulnes-histoire-perigord.htm


Voir en ligne : Ouvrage Domaine de Chaulnes

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