ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Les bretons venus évangéliser le Périgord

Famille Revelen - domaine des Chaulnes

samedi 6 mars 2010, par Frederic Praud

Famille REVELEN

-  Mme Quintard née Révelen à Plounevez du Faou dans le Finistère le 1er mai 1922...
-  Marie Revelen née à Saint Astier le 16 décembre 1926...
-  Simone Cassadour née Revelen, à Saint Paul de Serre, Périgord, le 18 février 1930...

METAYERS À CHAULNES

Nos parents sont venus en Dordogne chercher fortune. Nous sommes huit enfants, quatre nés en Bretagne et quatre en Dordogne. La Bretagne était alors beaucoup trop peuplée avec peu de terre… alors qu’il y en avait trop en Dordogne.

La grand-mère maternelle était meunière. Elle avait cinq filles à caser. En 1918 deux sont mortes de la grippe espagnole. Elle nous racontait que pendant la guerre 14, les hommes étant partis, elle passait la nuit à moudre dans le moulin à eau. Quelqu’un se mettait au bout de la route pour surveiller les allées et venues car il était alors interdit de moudre la nuit. Avant de partir de Bretagne, nos parents travaillaient chez leurs parents, dans la famille. Tout le monde était très pauvre là-bas.

Notre mère était très croyante. Il fallait être religieux en Bretagne ! Un aumônier breton, l’abbé Mévelec, s’est occupé de trouver des fermes inoccupées dans le Périgord. Plusieurs familles s’étaient ainsi regroupées pour venir et il avait déjà dû faire venir d’autres avant nous.

Nous sommes venus en 1924 à Saint Astier à Laborie. Les bretons n’étaient pas très très bien accueillis. Ils n’étaient pas venus avec une fortune mais miséreux et certains le sont restés. Ils se sont beaucoup entraidés car ils étaient tous malheureux.

N’ayant pas d’argent pour payer un fermage, nos parents se sont installés en tant que métayers chez Dupuis. Marie est la première enfant née dans la Périgord à Saint Astier Les aînés étaient encore trop jeunes pour travailler. Tout le monde allait à l’école.

Nos parents ne restaient pas longtemps au même endroit car ils cherchaient toujours mieux. Nous avons habité de 1935 à 1940 à Chaulnes. Il n’y avait alors que nous comme métayer.

Nos parents sont venus en Dordogne avec leurs bêtes, leurs chevaux et quelques vaches. Nous nous faisions remarquer : « oh les bretons viennent travailler avec des chevaux » alors qu’ici tout le monde travaillait avec des bœufs. Les gens ne pouvaient pas comprendre cela.

On ne nous appelait pas par notre nom. On nous appelait les bretons, en patois « lou brétou ». Nos parents parlaient breton entre eux mais nous n’avons jamais su le parler car on nous le défendait. Nous n’étions pas venus ici pour parler breton ! Même en le pratiquant, nous aurions mieux compris le patois que le Breton…

Mme Quintard : Nous tutoyons nos parents mais le dialogue n’était pas très important. Huit enfants en train de discuter à table, cela n’aurait pas été possible. C’était défendu. Nous n’avions pas le droit de parler. Nous nous expliquions avec un coup de pied par en dessous… Mon père était au bout de la table. Il n’avait qu’à nous regarder et cela suffisait.

Au moment des battages, il fallait donner la moitié de la récolte au patron. Le régisseur contrôlait les sacs qui sortaient de la batteuse. Quand mon père le voyait arriver, il avertissait celui qui était au sac : « il arrive. Porte un sac là-bas ! » Il fallait ruser pour nourrir ses enfants, ne pas donner toute la moitié à ceux qui n’en n’avaient pas besoin à l’époque. Il cachait un sac de blé ou deux… Notre mère disait également, « nous allons cacher des lapins car le régisseur n’a pas besoin de voir qu’il y en a autant. » Les poules n’étaient pas partagées en moitié mais tout dépendait du régisseur ! Notre mère nous expliquait « si on change de régisseur, il va nous demander ci ou ça … » Monsieur Lachaud n’était pas mauvais mais son remplaçant Boche était très dur. En plus c’était un coureur…Avec lui nous retournions à l’époque de Jacquou le croquant.

La ferme

Les enfants faisaient le tour de la batteuse à vapeur et portaient à boire aux hommes. Nous étions contentes. Il y avait du monde à la maison. C’était la fête même s’il n’y avait pas grand-chose à manger ! Les anciens se contentaient de peu, du pain, un morceau de viande de cochon mais surtout du vin.

Il n’y avait pas d’électricité quand nous sommes arrivés et nous l’avons eue peu de temps après. Comment huit enfants pouvaient-ils faire leurs devoirs sans électricité, avec une loupiote qui fumait de partout. Quand l’ électricité s’est installée nous en avions peur. Les anciens nous disaient qu’il ne fallait pas allumer la lumière, qu’il ne fallait pas y toucher. Nous ne l’allumions donc pas.

Notre maison ne comprenait qu’une cuisine et deux chambres pour dix personnes. Deux lits étaient installés dans la cuisine et trois dans la chambre. Tout le monde couchait à deux par lit, les six filles et les deux garçons. Les deux aînés sont vite partis domestiques dans les fermes.

Le sol de la cuisine était cimenté et la chambre avait un plancher. Notre mère n’avait qu’une casserole, deux marmites noires, une qui se suspendait à la crémaillère et une avec des pieds, une poêle et une bassine pour mettre le lait.

Dans la cour, il y avait une grosse bûche avec une hache où l’on coupait le bois. Nous avions une étable à moutons, une grande étable à vache et une mare cimentée à côté des bâtiments. L’été, nous mettions les poules dans une maison en ruine à côté de la nôtre pour leur éviter des coups de chaleur.

Nous allions laver le linge au petit ruisseau du bas, à la belle fontaine. Une source coulait dans le lavoir. Tout était cimenté. Notre mère y allait avec sa brouette pleine de linge. Et quand le linge était lavé, il fallait remonter la brouette sur le coteau. Nous la tirions. C’était dur. Certaines fois le linge était presque sale quand il était monté mais cela ne faisait rien, il était quand même lavé ! Nous étions contentes d’aller au ruisseau là-bas, ne serait-ce que pour nous laver ! La petite bassine d’eau dans la maison ne suffisait que pour les pieds et le bout de nez… Nous avions du savon de Marseille jaunâtre que nous achetions et que ma mère coupait en morceau.

Nous n’avons jamais vu de médecin à la maison. Nous n’aurions pas pu le payer… Pour nous soigner, nous utilisions des tisanes, des cataplasmes en cas de toux, de l’huile de foie de morue (des bouteilles d’un demi-litre) qu’il fallait que tout le monde goûte. Personne n’a jamais été malade. Nous faisions du sport pour aller à l’école… quatre kilomètres le matin et quatre kilomètres le soir en sabots….

Marie : Nous avions des noyers et cassions des noix à la veillée. Une nuit d’hiver où tous les domestiques de Chaulnes étaient venus à la maison, pendant que les autres travaillaient nous étions sortis à quatre ou cinq enfants avec Gilbert. Nous avions descendu le coteau, étions remontés dans le bois pour faire peur aux enfants Marois. Gilbert était monté sur la toiture et il faisait passer des cailloux dans la cheminée.
Les enfants avaient peur car les parents étaient chez nous à casser les noix. Ils étaient sept ou huit. Au bout d’un moment nous avons tapé à la porte et tous les enfants se sont mis à crier. Nous avons vite dévalé le vallon et sommes retournés à la maison.

Nourriture

Nos parents cultivaient du sarrasin qui n’était pas partagé pour moitié car personne n’aimait ça ici. Nous faisions des crêpes bretonnes.

Nous ne mangions que des pommes de terres toute l’année. La table faisait au moins deux mètres pour dix personnes. La marmite noire était installée au milieu de la table. Chacun se servait et regardait bien s’il en restait encore. Comme nous avions des vaches laitières, notre mère faisait le beurre. Elle mettait des noix de beurre sur la marmite. Quand il y avait trop de lait, elle allait vendre le beurre sur le marché de Saint Astier. Faire du beurre à la baratte était la corvée des gamines. On fuyait ! C’était une baratte en bois qu’il fallait taper… taper jusqu’à ce que le beurre arrive.

Nous avions une truie porteuse qui avait toujours des petits cochons. Nous tuions les cochons et en gardions la moitié. Le cochon était tué à la maison et pas en haut, au château. Nous n’y montions presque jamais… Il ne fallait pas empiéter…

Quand une vache vêlait et que nous tuions le veau, nous faisions venir le boucher. Nous avions droit à la tête de veau gratuite et le reste de la viande était vendu pour récupérer un peu d’argent. Nous avions des limousines, une normande et des races mélangées.

Nous avons eu des oies une seule année car elles faisaient trop du bruit. Ma mère aurait bien voulu en garder deux de plus plutôt que de les donner au régisseur. Elle disait « des oies, on va encore les entendre. » Toutes les femmes des domestiques étaient venues nous aider à plumer les 15 oies à la main.

Quand il y avait du pain nous en mangions, sinon nous n’en mangions pas ! Le boulanger, Monsieur Mirabel, nous posait les tourtes de pain dans une caisse dans le jardin. Nous faisions un échange blé/pain. Il venait deux fois par semaine et nous laissait des tourtes de 10 livres. Il fallait que ça fasse la semaine.

Nous « galopions » le bois de chauffage. Il n’y avait jamais de bois d’avance. Nous allions en chercher dans la forêt avec le cheval. Nous récupérions également des sarments de vignes. Nous n’allions pas chercher de champignons car nous ne connaissions pas ça en Bretagne. Nous en trouvions énormément sur le bord du chemin en allant à l’école mais nous les laissions. Notre mère n’en aurait jamais mangé.

En tant que métayers, nous disposions d’une vigne à part où nous n’avions rien à donner. Notre père aimait trop le vin. Notre vigne était située là-haut près de la maison, tout à fait sur le plateau. Nous faisions notre propre vendange.

Les domestiques

Martial était domestique. Il était payé. Dans leur famille, il y avait le père, la mère et la fille. La mère gardait les moutons tous les jours, chaque après-midi. Ils n’étaient pas plus aisés que nous. Nous étions très bien avec eux comme avec tout le personnel du château. Nous vivions près d’un château sans en avoir la vie…

Le four était dans la maison des Martial. Les poules couchaient au-dessus. Il n’a jamais été utilisé. Le puits était également chez martial, à côté de la grange encore debout actuellement. Nous allions tous chercher l’eau là-bas. Les domestiques gardaient les vaches du château. Dans chaque ferme, les domestiques disposaient d’étables pour les soigner.

Paillet était domestique. La famille, le père Marcel, la mère Denise et le fils Gilbert habitaient au pavillon du haut du grand bâtiment à côté de la grange à bœufs. Le fumier était sorti dans une cour extérieure. Les bœufs et les vaches sortaient également par le côté opposé à la cour centrale.

Elie Charenton venait de Toupy tailler les vignes. C’était son seul travail à Chaulnes.

Les messieurs arrivent !

Simone : Quand les messieurs venaient nous pouvions quelquefois monter au château l’été, pendant les vacances, car il y avait des enfants à occuper. Les femmes faisaient de la broderie dans le parc et nous, enfants, on jouait à cache cache. Les dames nous donnaient des gâteaux. Il y avait beaucoup de jouets alors que nous n’avions rien… des landaus, des petites poupées.

Mme Quintard : Je venais travailler du temps de Madame Paul Faure. Je lui lavais ses chemises. Je tirais de l’eau du puits et lavais à côté. Émile et Léonie n’arrivaient pas à tout faire l’été. On m’appelait pour donner des coups de mains, laver, faire la vaisselle. On disait « les messieurs arrivent ! ». Ils arrivaient à plusieurs. Je n’ai vu qu’une fois Paul Faure, un petit bonhomme avec un chapeau…

Les femmes des domestiques lavaient le grand linge deux fois par an. Émile apportait le linge avec le cheval à la fontaine et elles passaient toute la journée au lavoir à laver le linge du château. C’est pour ça que l’on trouvait une grande lessiveuse d’au moins 200 litres dans la grande cour.

Le parc était très propre. Émile faisait bien son travail. Léonie s’occupait d’une dame âgée et ne quittait jamais la cuisine. Elle devait la soigner. Emile et Léonie formaient un couple charmant. Ils comprenaient notre situation mieux que beaucoup d’autres.

Nous venions veiller le soir, à côté de la cheminée, et Madame Lhote, la tante de Paul Faure, nous racontait des histoires pendant que nous apprenions à tricoter. Elle était très vieille et nous venions lui tenir compagnie… Notre mère lui racontait des histoires de sa Bretagne natale. Nous l’avons toujours vue sur un fauteuil. Marcou Lachaud venait de Polignac veiller avec nous le soir. Il racontait des farces.

Le jardin d’Emile et Léonie était entouré d’un mur.

En 1936, l’extrême droite a voulu brûler le château en fin d’année. Un soir le père de Gilbert Paillet vient à la maison et dit à mon père, « dis donc Revelen ! Viens. Les Croix de Feu doivent arriver ce soir. Il faut que tu ailles mettre les barricades parce qu’ils veulent brûler le château ». Mon père était affolé. Dans nos petites têtes, on disait « on va nous brûler notre château ! Ce n’est pas possible … » Le lendemain quand nous nous sommes levées nous n’avons rien vu.

Pour nous enfants, l’élection de Paul Faure ne voulait rien dire. Nous ne savions pas ce qu’était un socialiste ! On aurait pu nous dire n’importe quoi. Ce n’était pas notre souci même si tout le pays était révolutionné… Le régisseur Monsieur Lachaud était communiste.

Quand Paul Faure a vendu le domaine, presque tout le monde est rapidement parti, les Paillet, les Marey. Les Marois ont remplacé les Marey, les "Ferré" sont arrivés. Le nouveau propriétaire était Monsieur Peuleyvé. Nous ne l’avons jamais vu.

Pendant la guerre une famille de réfugié alsacien , « les Rapp » s’est installée dans la ferme en face du jardin de Léonie, face à l’aile gauche du bâtiment. Il n’y avait jamais eu personne dans cette maison. Il y avait le père la mère, deux filles (Germaine et Maria) et un fils (Marcel). Il n’y avait rien dans cette maison, pas de lit. Ils couchaient sur des paillasses. Ils n’avaient pas d’eau et allaient le chercher à la source du rocher. Ils mettaient le seau le matin et allaient le chercher le soir. Ils n’avaient pas de puits. Ils galopaient le bois et avaient construit un four en brique pour se chauffer. Ils avaient une étable à moutons.

Nous avons accueilli deux soldats en 1940. Nous leur avions donné la chambre.

L’école

Nous allions à l’école à Grignols à pied, en sabots. Nous avions le temps de voler des cerises sur le parcours, près des chemins. Nous ramassions tous les enfants du pays et ils étaient nombreux… Nous prenions Marcou Lachaud en passant mais il était nettement plus âgé que nous.

Il fallait se dépêcher l’hiver car nous partions à la nuit et revenions à la nuit. Nous partions de l’école une heure plus tôt pour ne pas revenir trop tard. Nous amenions notre cantine. Il fallait porter la gamelle avec une soupe dedans comme entrée, hors d’œuvre, plat de résistance et dessert. Nous mangions quelques châtaignes chaudes l’hiver. Il y avait un grand poêle à bois dans l’école. Nous installions nos gamelles tout le tour de ce poêle pour manger chaud le midi.

Nous prenions le petit chemin qui passe près de l’aile gauche du grand bâtiment. Nous récupérions Yvette et Georgette Marey. Nous passions devant la dernière maison du domaine et nous coupions à travers les vignes. Nous traversions la route et descendions ensuite à Toupy. Nous remontions et nous retrouvions sur la route. Nous étions quatre Revelen à partir, Gilbert Paillet qui habitait au pavillon du haut, Yvette et Georgette.

Nous arrivions toujours à l’heure. La classe pour les tout petits de cinq ans était dans le bourg de Grignols. Monsieur et Madame Lafaye étaient nos instituteurs. Leurs deux classes comprenaient chacune trois divisions. On les respectait beaucoup. On les craignait. Nous étions timides et ne disions rien. Après le départ de Chaulnes Simone a passé son certificat d’études à Saint Astier.

Marie : En allant à l’école, nous rencontrions les cantonniers sur la route. Comme Monsieur Lafaye allait chercher sa fille à l’école de Saint Astier, il nous prenait dans son auto. On suivait la route et on ne se retournait jamais pour savoir s’il allait s’arrêter. Il s’arrêtait uniquement l’hiver quand il faisait nuit, froid et mauvais. Nous montions dans son auto et il nous laissait au bout de l’allée. Nous ne disions pas un mot, simplement merci. Les enfants le craignaient.

Il n’y avait pas de différence entre l’éducation des filles et des garçons. Madame Lafaye nous faisait quelques fois des cours de chant et de couture pendant que Monsieur Lafaye était avec les garçons à faire d’autres cours. Tout le monde avait des poux à l’école. Tout le monde était sur le même pied d’égalité.

Pendant les vacances, nous avions le droit d’aller garder les vaches et les moutons, c’est tout… Les jeudis d’école également mais Yvette et Georgette Marey venaient avec nous. En gardant les vaches, nous faisions du feu et nous nous amusions à faire de la cuisine. Mais souvent les vaches s’en allaient boire et quand elles avaient soif, elles partaient en courant en bas. Il fallait alors laisser le feu s’éteindre.

Catéchisme

Nous allions au catéchisme à Bruc. Le vieux curé venait de Manzac et il était souvent absent car sa moto ne démarrait pas le matin. Il nous faisait le catéchisme avant l’école. C’était un vieux curé qui passait sur beaucoup de choses. Il n’était pas à cheval sur le règlement ! Nous avons tous fait notre communion.

Il fallait aller à Manzac pour faire sa communion car les communes de Grignols et de Manzac étaient regroupées. La tante de Tours, une sœur de mon père plus aisée que nous, nous avait envoyé la toilette de communion de sa fille, une robe en organdi blanc. Elle a servi à toute la famille.

Mme Quintard : Il ne faisait pas jour quand je suis partie au mois de mai faire ma communion. Je n’avais pas déjeuné et tout à coup j’ai tourné de l’œil dans l’église. J’étais debout depuis six heures du matin et j’avais fait une dizaine de kilomètres…

Marie : La communion était importante pour les bretons et tout le monde. Il n’y avait pas d’âge fixe car j’ai fait ma communion avec une autre sœur pour limiter les frais. Gilbert Paillet ne l’a pas faite mais les Marey l’ont faite avec nous, le même jour. Ma mère avait donné une poule à deux vieilles demoiselles de Manzac pour que l’on ne revienne pas manger. Cela commençait à huit heures le matin. Elles nous avaient fait la soupe à midi. Nous avions mangé là-bas car nous devions assister ensuite aux vêpres à trois heures. Nous n’avions pas le temps de revenir à Chaulnes et de repartir. Nous nous étions déshabillés pour manger mais en nous rhabillant, j’avais changé de dessous de robe avec ma sœur. J’avais donc la combinaison qui passait dessous la robe, cela se voit encore sur les photos.

Simone : J’ai fait ma communion à Saint Germain de Salandre pendant la guerre. C’était déjà un peu mieux.

Le bal

Mme Quintard : Notre seul plaisir était d’aller au bal. C’est tout ce qu’il y avait pour les jeunes filles. Ma mère me dit vers le soir, « je vais t’accompagner au bal à Montrem. » Il fallait descendre un coteau, remonter l’autre et prendre la route qui va à Manzac. Il y avait une maison seule dans un coin perdu, un tout petit bistrot où il y avait bal. Toutes les vieilles étaient assises autour en train de regarder les filles, voir s’il n’y en a pas une qui va danser avec celui-là, embrasser celui-ci. Ce bal fut ma première sortie. J’y suis allée deux fois.

Je dansais tellement que le soir est arrivé mais il me fallait remonter en vélo à Chaulnes, la nuit ! Je montais la côte à pied car je n’y arrivais pas en vélo. Je me suis retrouvée dans le noir tout en haut de la côte…. Et à la maison, il y en a une qui m’attendait…. « D’où tu viens. Il fait nuit ! »

Marie : Nous allions au bal à Grignols, Bruc avec Marcou, tantôt chez Pareuil…. Tantôt chez Torino. Un dimanche chez l’un, un dimanche chez l’autre. Notre mère ne nous accompagnait pas à Grignols car nous y allions l’après-midi.

Premiers emplois

Il nous a toutes fallu travailler dès le certificat d’études. Huit enfants sans argent…. Notre rêve était alors de gagner de l’argent…

Mme Quintard : J’ai quitté l’école de bonne heure. Mon instituteur m’avait dit « Toi tu ne seras jamais bachelière. Tu n’y arriveras jamais alors je vais te garder chez moi ». Il m’a donné mon premier emploi chez lui. J’y suis restée deux ans. Il fallait bien décongestionner notre grande famille de 8 enfants à nourrir avec un père très dur, aimant boire et impossible à vivre. Il a vite fallu partir de la maison dès que nous l’avons pu pour aller gagner notre pain ailleurs. Je suis partie de Chaulnes en 1937. J’ai travaillé par la suite dans un hôtel à Neuvic. En 1945, nous n’avions le droit qu’à huit jours et la patronne me disait « oh, la la ! Tu t’imagines ? Il faut qu’on te paye des vacances… mais je ne pourrais jamais tenir. Il va falloir que l’on vende le restaurant ! Est-ce que je prends des vacances moi ! Je ne suis jamais partie… » Elle ne voulait pas nous donner de congés. Elle ne nous les a donnés que contrainte et forcée. Je suis allée en Bretagne pour mes premières vacances.

Marie : Après le certificat, je suis restée deux ans à la maison à garder les vaches et les moutons dans les prés du fond, pas loin de la fontaine. Il n’y avait pas de clôture. Sur le penchant du coteau, on trouvait les pers, les parties cultivées. Les bêtes appartenaient pour moitié à nos parents. Je suis partie de Chaulnes en 1940. J’ai ensuite travaillé dans un hôtel à Neuvic quand nous nous sommes installés à Saint Astier. On ne me payait pas quand j’ai débuté, à 15 ans. On m’avait embauché en 1941 pour garder les petites de l’hôtel. J’y ai travaillé jusqu’à mon mariage pour ensuite prendre un poste au château de Neuvic.

Simone : Je suis allée à l’école jusqu’en 1944 jusqu’à 14 ans. En partant de Grignols je suis allée à l’école à Saint Astier et ensuite à Saint Germain. Je n’ai pas eu mon certificat d’études. Je suis rentrée à l’usine Georges en 1945 et j’ai fait des chaussures jusqu’en 1951. Il y avait du chômage et je suis partie à bordeaux chez un médecin. J’y suis restée deux ans. Je suis revenue à Neuvic et je m’y suis mariée. J’ai ensuite travaillé 27 ans chez un médecin de Neuvic jusqu’à ma retraite.

Nous avons toutes travaillé chez les autres comme bonnes

Départ de Chaulnes

Simone : nous avons déménagé avec la charrette et les vaches. Nous avons mis les meubles sur les charrettes des vaches, les armoires, les buffets, les bancs et les cinq lits. Nous avions des lits à paillasse, fabriqué avec de la panouille de maïs, de la balle d’avoine et des « couattes » en plume. Nous étions contentes de partir car nous allions à Saint Astier… Nous allions en ville. Nous sommes allés habiter au lieu dit « le sol » près du bourg. Nous n’avions donc pas beaucoup de chemin pour aller à l’école. Notre maison était plus grande, plus jolie, plus moderne. C’était déjà mieux…

Marie : il a fallu attraper toutes les poules et les attacher deux par deux car il n’y avait pas de cages. Nous avions mis la vaisselle dans la lessiveuse.

Le passage à Chaulnes a marqué notre existence. Nous aimons y revenir.

Mariage

Simone : J’ai trouvé mon mari à Neuvic et une de mes sœurs, Thérèse, a épousé le frère de mon mari. J’habitais à Bordeaux, mon mari travaillait en Algérie chez Bata. Ma sœur habitait à Paris et son futur mari était au Sénégal. Nous avons réussi à nous rencontrer à Neuvic ! Pierrot le futur mari de Thérèse était venu en vacances à Neuvic chez ses parents et a rencontré ma sœur. Je suis venue aux fiançailles de ma sœur et j’ai alors rencontré mon mari venu aux fiançailles de son frère… J’ai connu mon mari après Thérèse et je me suis mariée avant. Pierrot avait dû retourner deux ans au Sénégal chez Bata. Nous habitons toujours tout près l’une de l’autre…

Mme Quintard : j’ai également connu mon mari à Neuvic. J’ai épousé un gars du Nord qui avait quitté sa région pour venir s’occuper d’une maison de repos à Manzac, destinée aux silicosés de la mine. Je travaillais à l’hôtel et les bretons avaient un mariage à faire à Manzac. Ils ont invité mon mari qui était directeur du château et m’ont invité avec Marie au mariage de leur fils. On m’a alors donné mon futur mari comme cavalier. J’étais serveuse de restaurant et il était directeur d’une maison de repos. J’ai pensé « ce gars-là ne sera pas pour moi… » Marie travaillait avec moi à l’hôtel et nous avions une patronne qui ne voulait pas nous lâcher. Nous faisions son affaire… elle me disait « ce type-là n’est pas pour toi. Il va te faire marcher ! » J’avais envie de partir, de sortir de la galère, d’arrêter de travailler de l’aube au crépuscule, les dimanches et les fêtes…Nous avons été pas mal exploitées. J’ai finalement décidé de partir et nous nous sommes mariés à Manzac à cinq heures du soir… La mine ne pouvant conserver le château mon mari a quitté son travail. Nous nous sommes installés commerçants à Périgueux ou j’ai tenu un café-restaurant pendant 28 ans. Mon mari était représentant de commerce.

Nous avons toutes des enfants mariés et des petits-enfants… Personne n’est jamais retourné vivre en Bretagne…

Vous pouvez retrouver l’intégralité des témoignages sur le domaine de Chaulnes dans un ouvrage pdf à cette adresse internet :
http://www.lettresetmemoires.net/domaine-chaulnes-histoire-perigord.htm

Messages

  • superbe et très émouvant à lire car mes grand parents étaient métayers en Bretagne dans le finistère et je me suis amourachée du Périgord ou j’ai acheté une vieille ferme qui raconte à elle même son histoire.

  • Bonjour.
    Je relève cette phrase dans votre article fort intéressant

    Nous sommes venus en 1924 à Saint Astier à Laborie.

    On m’a toujours dit qu’un frère de mon grand-père a quitté le Finistère et est venu s’installer à Saint-Astier.

    Avez-vous eu connaissance d’une famille CALVEZ (Pierre ou Jean) ?

    J’ai rencontré François Mévellec à plusieurs reprises, j’étais employé de l’abbé MALLET (Bergerac), ancien curé de Saint-Astier. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais mentionné ce nom CALVEZ ou LE CALVEZ.

    Aurais-je davantage de chance près de vous ?
    Cordialement

    ycz

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