ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

Accueil > MEMOIRES CROISÉES : La Mémoire source de lien social > Mémoires Croisées de Sarcelles > Mémoires Croisées - Avenir Partagés > A mon âge je préfère m’occuper de moi que de Sarcelles

Sarcelles : Morgane Moreno née en 1980

A mon âge je préfère m’occuper de moi que de Sarcelles

Le fait qu’il y ait un grand nombre de communautés, ça aide à partir, du moins dans sa tête.

lundi 5 juillet 2010, par Frederic Praud

... justement ma grande sœur voulait être avocate. Elle est arrivée jusqu’à la fac, elle est tombée amoureuse de son copain et elle a eu un enfant à l’âge de vingt-trois ans, ce qui a gâché entièrement ses études ! Et c’est de ça dont j’ai peur….

Morgane Moreno

Je suis née le 5 janvier 1980. Je suis française, d’origine italo-espagnole. Mon père est espagnol et ma mère italienne. Mon père est né en 1957 et ma mère en 1958. Mes deux arrières-grands-pères sont nés, l’un en Espagne, l’autre en Italie.

Origines hispano-italiennes

Mon grand-père né en Espagne est resté en Espagne et a immigré en 1936, et celui qui est né en Italie, est parti en France, à l’âge de trois ans, avec ses parents ; ils l’ont immédiatement fait naturaliser français. Mes grands–parents, je ne les connais pas du tout. Ils sont morts du côté de mon père espagnol et, du côté de ma mère, ma grand-mère maternelle est morte en 1974. Le grand-père est mort d’un cancer généralisé du sang, de la peau, des os, en 1992. Il m’a connu. Du côté de ma mère, mon grand-père maternel a épousé une Française en seconde noce. Elle est vivante et je la vois, elle habite à Chantepie. Elle venait me chercher à l’école. Elle me donne ses souvenirs et parfois me parle de la guerre et ça me saoule ! Elle dit : « ça ne devrait pas apparaître dans les livres d’histoire ».

Vivre à Sarcelles

La guerre mondiale, ils n’ont même pas connu ! Mais c’est un grand mouvement. On doit le savoir. J’adore écouter l’histoire. Pendant la guerre, elle habitait Groslay c’est à côté. Elle est d’ici. Ma grand-mère s’appelait Delamare, c’est bien français et maintenant elle s’appelle Trena. Delamare ça me fait plus sourire que Trena. Delamare c’est moche. Moi je m’appelle Moreno, ça veut dire grande en espagnole.

La mère de mon père a environ quatre-vingt ans. Elle habite aux Lochères. Mes deux grands-mères habitent Sarcelles. Elles sont survivantes. J’ai un demi-frère, mais pour moi, ce n’est pas vraiment ma famille. Mon père s’est marié avec une Portugaise.

L’autre grand-mère qui habite aux Lochères, est trop âgée pour se déplacer. Je n’aime pas les gens qui y vont. C’est que des racailles ! Je n’aime pas les racailles. Chantepie je pourrais y vivre, mais pas à Lochères !

Ma mère est de Groslay près de Sarcelles. Ma mère ne m’a pas raconté la construction de Sarcelles lorsqu’elle était enfant, puisque je m’en foutais un peu de savoir comment Sarcelles était avant, et aujourd’hui aussi ! J’ai essayé de voir des photos, ça ne m’a pas intéressée. Je suis au village et je n’aime pas aller à Lochères ! Ce n’est pas parce que j’ai peur… Et pourtant selon Pierre il y a plus d’agressions au village qu’aux Lochères ! A mon âge je préfère m’occuper de moi que de Sarcelles ; je n’attends rien de Sarcelles ! Je ne leur ai rien demandé.

Ping-pong !

Mes parents se sont connus à Sarcelles. L’école Marcel Lelong, c’était un collège et un lycée avant. Ma mère était collégienne là-bas ; mon père faisait très bien du ping-pong, c’est là qu’ils se sont rencontrés ; au ping-pong, c’est tout con ! Moi, je ne sais pas si je serais tombée amoureuse d’un garçon parce qu’il fait du ping-pong ! Ma mère était athlétique, elle avait seize ans, elle avait des boutons, elle n’avait pas de copain, elle se sentait seule, et c’est là qu’elle a rencontré mon père. Elle a eu sa relation sexuelle, elle est tombée enceinte à seize ans et demi ! Elle a eu ma sœur Aurélia et maintenant on est quatre.

On n’a pas toujours habité Sarcelles. Je suis née à Meru. Ma sœur Aurelia est née à Montmorency, Laurie je ne sais vraiment pas, et ma sœur Lindsay non plus. Moi, je préfère être méruvienne que sarcelloise et je ne sais pas pourquoi.

Vision de Sarcelles

Sarcelles pour moi, c’est une petite boîte dont on ne sort jamais ! On voit les mêmes personnes. Toujours la même ambiance. On va de temps en temps au village. Pour moi, Sarcelles c’est ennuyeux ! J’aurais aimé vivre là-bas, à Méru ! À la campagne, parce que c’est calme, parce ce n’est pas l’endroit où l’on vient te faire chier ! Maintenant, ça a changé, il y a de la drogue.

Mère…galère ?

Avant, ma mère voulait être professeur de gym, et vu qu’elle est tombée enceinte, elle ne pouvait plus poursuivre ses études. Maintenant elle est câbleuse en aéronautique. Elle fait des avions de guerre…. ! (Grimace). Parce que ma mère est quand même bien conservée, musclée, et pourtant elle est très fatiguée ! Elle travaille à la chaîne à Argenteuil chez Dassault, et je n’aimerais pas être à sa place !

Faut voyager un peu partout en Amérique, en Chine, en Espagne, en Italie ! Je l’ai dit à ma mère qui répond : « non ! Non ! ». Il y a encore une de mes sœurs qui n’a pas de travail et deux enfants à la maison. Ce sont mes deux petits neveux. C’est une grande galère.

Rêve et frustrations d’adolescente

Mon rêve, c’est partir et voyager. Le fait qu’il y ait un grand nombre de communautés à Sarcelles, ça aide à partir, du moins dans sa tête. J’ai envie de partir d’ici, j’ai envie de rencontrer d’autres personnes. A Sarcelles, je ne sais pas si c’est possible, et puis il y en a qui sont froids, méchants… Sarcelles, ce n’est pas un pays joyeux ! Ce n’est pas une petite ville joyeuse. Il faut toujours se méfier, moi je me méfie toujours… surtout dans le collège…je me méfie des gens de ma classe. C’est tous des faux-culs ! C’est insupportable dans une classe !

Changement de quartier

Je n’ai pas habité dans une cité lorsque je suis allée à Chantepie, mais dans une maison juste à côté. J’avais été voir l’allée du jeu de boules. Pour moi j’ai toujours considéré que c’était mieux que dans une cité. Maintenant je préfère être toute seule, indépendante.

Ambitions

Au début je voulais être comédienne, guide touristique, et hôtesse de l’air. J’adore voyager. Je connais l’italien, mais pas l’espagnol. Il faut que je passe par le BEP vente, puis le bac, puis le BTS communication, puis un an d’université… puis après je me marie ! J’ai l’ambition de continuer.

Admettons que je rencontre quelqu’un, si je tombe folle amoureuse, et que j’arrête mes études pour lui… justement ma grande sœur voulait être avocate. Elle est arrivée jusqu’à la fac, elle est tombée amoureuse de son copain et elle a eu un enfant à l’âge de vingt-trois ans, ce qui a gâché entièrement ses études ! Et c’est de ça dont j’ai peur….


Texte réalisé par Frederic Praud


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.