ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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SAVINS - un réfractaire à la campagne

MONSIEUR HADROT Didier, né en 1922

mardi 20 novembre 2007, par Frederic Praud

MONSIEUR HADROT Didier

Je suis né en 1922, à Vieux Champagne. Mes parents étaient dans la région depuis longtemps. Je suis arrivé à Savins à l’âge de trois ans.

Ecole

Nous étions quatre-vingt-cinq élèves pour un seul maître d’école. L’instituteur avait les quatre cours. Les claques volaient. Un jour où l’on avait envoyé des boulettes de papier, il nous a fallu , comme punition, rester à genoux en tenant un brique sur le bras. On n’avait pas envie de recommencer. On jouait sur la place.

Un autre instituteur est arrivé et la classe a été coupée en deux. Une maîtresse est venue, en renfort. Il y en a eu des maîtres d’école ! Celui qui a remplacé M. Verrier s’appelait Lechêne. Puis, Barbereau est arrivé. Nous avons ensuite eu deux maîtresses : Suzanne Vic et une autre qu’on appelait « pattes de pic » parce qu’elle n’était pas grande. Elle était gentille. Elle vivait en pension chez une dame.

J’ai fini l’école avec Suzanne Vic. J’allumais le feu et je l’entretenais. Le bois était scié dans un bâtiment. Je bêchais le jardin de la maîtresse et je lui faisais tout. Je lui vidais son pot de chambre. J’allais lui ramasser les pommes. Elle me permettait de prendre son vélo pour faire un tour alors j’allais dans le pays me balader en vélo. Quand je mangeais une pomme à l’école, elle ne me disait rien mais les autres… C’était l’époque.

Situation familiale

Ma mère ne travaillait pas. On était neuf à la maison avec les parents. Mon père travaillait chez Degon à l’usine, à Longueville. Il était chaufournier. Il travaillait au four. Il y allait à pied tous les jours, quatre kilomètres aller. Il démarrait au four de bonne heure. Il fallait partir à quatre heures du matin. Il prenait une canne avec un grelot au bout. C’était comme un réveil matin pour les gens.

Le pays, Savins

Il y avait deux fabricants de cidre, des cidriers, une huilerie, un marchand de fil avec sa grosse voiture. Il faisait le tour du pays avec son cheval. Les commerçants et artisans étaient nombreux : un marchand de vin, un cordonnier, trois menuiseries, un boucher (qui avait une boutique et faisait la tournée dans le pays en voiture mais il utilisait un cheval pendant la guerre) et un maréchal-ferrant. Il y avait aussi deux cafés et une épicerie. Un café se trouvait sur la grande route et l’autre était dans le pays, à côté de l’église.

Il y avait un curé à Savins, à l’époque. Il avait de l’importance pour les croyants. Gamins, on le sifflait quand il passait devant chez nous. C’était un grand bonhomme qui n’était pas mauvais.

L’exode

A ce moment-là, je travaillais dans la ferme à côté du café sur la place. Nous avons chargé les voitures et direction le midi. Nous avions nos papiers. Arrivés à Serbonne dans l’Yonne, nous avons été bombardés par des Italiens. Il y avait tellement de monde. Puis, nous avons continué notre route. Je voyais des soldats français qui s’enfuyaient devant les Allemands. L’un d’eux avait un corbeau apprivoisé sur guidon et une musette de l’armée française.

Nous avons croisé un gars à vélo qui nous a dit de faire demi-tour parce que les Allemands étaient devant nous. La fermière est allée voir un marinier pour lui demander une barque pour faire passer son fils, parce que soi-disant les Allemands coupaient la main des garçons. C’était une fausse information mais on avait quand même le trouillomètre à zéro. J’ai sauté dans la barque avec les autres. Quand la fermière m’a demandé qui allait garder les chevaux, je lui ai dit de se débrouiller avec.

Nous avons marché toute la nuit. Nous ne passions pas sur les routes. Nous avions peur. Il y avait beaucoup d’émigrés. Le soir, nous nous sommes couchés dans une grange dans laquelle il y avait beaucoup de monde. Il fallait trouver sa place. Là, j’ai rencontré un cantonnier de Longueville. Dans la nuit, des Allemands sont venus nous découvrir pour nous regarder.

Quand nous sommes sortis, nous avons vu passer les camions allemands. Nous avons alors fait demi-tour. Arrivés à Moussolibré, il fallait voir tous les émigrés qu’il y avait là ! On ne pouvait pas passer sur le pont car il était coupé. Un pont provisoire était en train d’être construit. Nous avons attendu son ouverture le lendemain matin.

Des chevaux morts, des soldats français,… les corps étaient gonflés. Il y avait des tentes des Ormes jusqu’à Lysines. Des chars avaient brûlé. Beaucoup de gens ont perdu leurs chevaux. Il y avait des troupeaux de moutons et de vaches sur la route. Certains, partis avec des vaches ou des moutons, sont revenus sans rien. Un gars était parti avec un cheval. Il est revenu avec trois. Une bonne femme en passant sur la route a reconnu sa jument mais l’autre n’a rien voulu savoir. Leur histoire a fini en justice. Cet homme n’avait pas volé la bête. Elle était abandonnée.

Quand nous sommes rentrés, ceux qui étaient restés s’étaient servis ! C’était le système D.

Occupation

La kommandantur était installée au château de Savins. Nous n’avons été occupés qu’un an. Il ne fallait pas sortir après le couvre-feu sinon on entendait la mitraillette. Ils ont arrêté des femmes pour éplucher les patates ou cirer des chaussures. Les gars en stationnement là partaient après sur le front russe. Ils étaient en repos, en attendant. La sévérité faisait marcher la troupe… Un gars qui refusait d’obéir, l’officier le descendait. Pendant l’exode en 44, un Allemand qui n’était pas plus couillon qu’un autre a dit à son officier qu’il fallait se rendre. Il est enterré à l’entrée de Paroy.

Savins a été occupé de 1940 à 1941. En 1941, il n’y avait plus d’Allemands à Savins mais il en restait à Lysines. Il y avait même un mirador, au quatre routes près du château d’eau. Des vieux le gardaient, à cause des avions. Un jour, deux Allemands de là-bas sont venus à la ferme bourrés comme des coings. Ils ont demandé que l’on attelle le cheval pour les ramener à Lysines.

Quand les Allemands sont arrivés, ils étaient peut-être cent ou cent cinquante. On les voyait se réunir sur la place avec les officiers. Les Schleus étaient en ordre le long des arbres et d’un seul coup un deux avions américains passent. On les a vus se planquer sous les arbres. Ils se baignaient dans la fontaine. Ils avaient mis une baignoire sur la terrasse du château mais l’eau coulait dans le bâtiment. Les propriétaires l’ont retrouvé dans un drôle d’état.

Il ne fallait pas trop déconner ou critiquer les Allemands parce que certains étaient pour eux dans le village.

Dans la ferme où je travaillais, on était en train de biner une vigne au mois de juin. Je tenais le cheval et un autre gars menait la bineuse. Il avait fait la guerre de 1914 et avait été gazé. Il en avait pris un coup. Les Américains passaient pour aller bombarder en Allemagne. Des centaines d’avions passaient, pas d’un seul coup évidemment. Je lui dis : « Qu’est-ce qu’ils vont prendre sur la gueule les Boches. »
Ce commis de mon patron me répond : « Tu vas te taire ou je te fais prendre… »
Pourtant, le vieux avait été gazé pendant la guerre de 1914 ! A la Libération, j’étais revenu dans cette même ferme. Je regardais les Américains qui arrivaient. Je vois le vieux qui crie : « Ah, les Américains ! Les Américains ! »
De rage, je l’ai menacé avec ma fourche et les américains sont intervenus…

Travail pendant la guerre

J’ai commencé à travailler à onze ans dans les fermes. Certains n’étaient pas trop regardants pour faire travailler les jeunes mais la paie, c’était autre chose. On donnait notre salaire à nos parents. On gagnait 60 francs par mois en commençant à cinq heures du matin et en finissant à sept heures du soir. Même le dimanche, on aidait à soigner les bêtes. Il fallait y aller. Je remontais les betteraves de la cave tout seul, avec un grand panier. Le fermier était tellement fainéant qu’il avait un moteur électrique pour couper les betteraves. Quand je suis parti, il est venu chez la mère pour me récupérer. Je lui ai dit : « Te fatigues pas mon pote ! » Je n’y suis resté que six mois.

Je suis ensuite allé dans une grosse ferme à Bouy. Je travaillais mais c’était déjà plus cool. Ils n’étaient pas toujours sur mon dos. Je me souviens une fois en mangeant, la fermière m’a dit : « Maintenant tu as grandi, tu peux te servir tout seul. » C’était parfois bon, de la poule au riz… Je gagnais un peu plus.

J’ai travaillé dans une ferme à Vendilé parce que mon père avait fait la guerre avec le père du fermier. Nous étions sept dans la chambre. J’étais près de la fenêtre et il n’y avait pas de feu, alors, l’hiver… Quand j’y suis rentré, j’étais l’homme de bricole. J’allais chercher l’herbe pour les vaches. L’été, on allait dans les champs avec la voiture pour charger les bottes de paille. J’avais la figure toute rouge ! Un jour, j’ai fichu une botte en l’air. On m’a averti : « Ne recommence pas ça ou on va te foutre une trempe. »

Le matin, les charretiers se levaient et : « Aller, commis debout ! »
J’étais crevé. Le patron s’amenait et me le foutait un seau d’eau sur la gueule. Je sautais haut comme ça. Je ne disais rien, mais…

J’ai ensuite commencé à l’usine de glaise. La paie était bien meilleure. J’y ai fait mon apprentissage pendant la guerre, en 1941. L’usine tournait quand même mais pour les Allemands. Quand on partait travailler, je passais devant le château. Nous étions payés à la tâche, au mètre cube. On utilisait un crochet et un fil, comme un fil à couper le beurre, pour extraire la glaise. Il y avait des mauvais passages quand des gars n’étayaient pas bien. Quand on avançait, il fallait boiser. Dans certains terrains, il était possible d’avancer trois mètres sans poser de bois et d’autres qui s’écroulaient au bout de quatre-vingts centimètres. On utilisait des « boquets » d’acacia de vingt centimètres d’épaisseur pour étayer. Il y eut des morts. La décomposition du bois générait du gaz. On ne sent pas en perçant mais on s’évanouie. Cela m’est arrivé une fois. Il a fallu attendre deux jours pour que le gaz s’évacue. Les gens qui ne s’en rendaient pas compte y restaient. Là, j’ai quand même eu un salaire régulier.

STO, une vie itinérante

J’ai été appelé au STO en 1943. J’ai été requis sur place parce que l’entreprise travaillait pour les Allemands. J’étais dans les affectés spéciaux. Quand j’ai été convoqué, nous étions gardé par des collabos qui s’étaient engagés auprès des Allemands. Il n’y en avait pas à Donnemarie. A Donnemarie, ils étaient dans la Résistance.
Nous sommes allés à Provins avec un copain. Il y avait tout le canton. On avait mis nos vélos au café d’en face. Je voulais me tirer parce que j’avais vu un gars qui sortait et il devait aller en Allemagne. Je ne voulais pas partir mais je me suis enfui à pied.

Les affectés spéciaux ne risquaient rien mais, j’avais quitté la mine de glaise. Il fallait quand même manger… J’allais donc travailler dans les fermes pour manger autre chose que des rutabagas.

J’étais recherché donc je voyageais. Les gendarmes de Donnemarie venaient me voir au café pour me prévenir de me tirer. Ils m’ont rendu service. Certains gendarmes ont été vendus et ils sont partis dans des camps. J’ai gardé mon identité mais j’allais de fermes en fermes où je restais un mois. Je faisais un tour en passant par l’Yonne mais je ne restais jamais longtemps. Je trouvais toujours du travail parce que l’on manquait d’hommes.

J’allais chercher des chevaux en Normandie. Je travaillais pour le boucher de Savins qui était aussi marchand de chevaux. La première fois, je suis allé à côté de Chartres. Si on les transportait en train, on en retrouvait deux ou trois de crevés à cause des bombardements. J’y allais en train mais je revenais à pied. J’en ramenais jusqu’à quinze de Normandie. Ils étaient attachés en file indienne. Le premier était le porteur mais je ne montais pas tout le temps dessus. Je marchais souvent. Quand je m’arrêtais, je les détachais pour qu’ils puissent manger. Le soir, je restais dans les fermes où je mangeais avec les ouvriers. J’avais mes bonnes places.
J’avais 40000 francs pour faire ça. Je donnais la pièce au gamin de la ferme. J’achetais également d’autres chevaux pour des gens sur la route. Les chevaux manquaient partout. J’utilisais des faux bons de transports pour les bêtes. Si j’étais arrêté, je présentais mes bons. Cela ne m’est arrivé qu’une fois. Quand j’arrivais à une heure du matin, que je déboulais de Milly-la-Forêt, les fermiers étaient déjà là pour acheter. Je faisais un voyage toutes les semaines. Certains chevaux se vendaient entre 100 et 150 mille balles !

Un de mes demi-frères est revenu d’Allemagne en échange de deux gars qui ont dû y partir. Les gens le traitaient de collaborateur mais, c’était la loi qui était comme ça.
Marché noir

Les gens de Paris venaient chercher de la nourriture à vélo avec des pneus fait avec des tuyaux d’arrosage. Je les voyais passer dans les fermes. Ils venaient parfois pour une douzaine d’œufs.

Alors que je voyageais pour aller chercher des chevaux, j’avais acheté de belles chaussures de femme à un gars qui les avait laissées tombées devant moi. Je les lui ai payées soixante francs. Bloqué sur la route par des Allemands, je suis allé déjeuner chez un fermier qui me les a rachetées pour 100 francs. C’était comme ça le commerce…

Système D

Dans toutes les fermes, il y avait des cochons. Il fallait les déclarer. Ils en déclaraient un mais ils en avaient plus. Mes parents faisaient pareil pour pouvoir continuer à toucher les tickets de viande. Cela faisait un petit supplément. On conservait le cochon au sel. Le jour où on le tuait, c’était la fête du boudin. On agissait en douce, pendant la nuit. Pourtant, l’odeur aurait pu nous trahir… Les Italiens, à côté de chez nous, faisaient la même chose mais leur charcuterie était meilleure. A Savins, il y avait quatre-vingts Italiens. Ils étaient venus pour creuser les tranchées faire passer les tuyaux d’eau qui alimentaient la ville de Paris. Ils étaient arrivés en 1921 ou 1922. Certains sont restés et se sont adaptés. Après, ils travaillaient à la glaise ou à l’usine. Beaucoup habitaient à « Four » qu’on appelait « le boulevard des Italiens ».

Bals clandestins

Les bals, pendant la guerre, n’avaient pas lieu au café. Un marchand de meuble possédait avec un grand bâtiment avec un grenier avec un sol plat en ciment. Alors, on gambillait là-dessus. Moi, je faisais la buvette. Ça y allait. Il y avait une cinquantaine de personnes. Et, d’un seul coup, le sol a lâché et tout le monde est tombé d’un étage. J’ai un voisin qui a eu la jambe cassée. Cela ne s’est pas ébruité. Il y avait accordéon, jazz, tout. Les bals n’étaient pas fréquents et ne venaient que des gens du pays. C’était gai ! Quand c’était fini, on disait : « Tiens, on les a eus ! »

Réquisitions

Le blé et la paille étaient réquisitionnés. Des affiches informaient la population. On devait amener le fourrage à Vimpelle. Des entreprises de battage venaient faire le fourrage.

Après la guerre, on avait envoyé du fourrage en Bretagne qui était sinistrée. Les soldats français s’occupaient du chargement des wagons. Ils étaient malins. Ils ouvraient les wagons et tassaient les ballots devant les portes puis les fermaient. Les gars en Bretagne, ils devaient faire une drôle de tête quand ils voyaient arriver les wagons parce qu’ils étaient presque vides. Ils ont dû mettre un officier pour surveiller.

Résistance

Mon frère est rentré dans la Résistance par l’intermédiaire d’un copain, un soldat avec lequel il avait gardé les Arches. A l’arrivée des Allemands, le chef de la Résistance de Provins s’est sauvé presque avant que la guerre ne finisse. Il fallait qu’il se tire de Provins parce qu’ils étaient venus pour l’arrêter. Ils ont arrêté sa femme mais ils l’ont relâchée. Il était fleuriste et possédait des serres dans lesquelles des armes étaient cachées. Quand ils sont venus pour l’arrêter, ils ont tout fouillé mais n’ont rien trouvé parce qu’il les avait retirées. Il est venu habiter chez mon frangin au hameau, « Four ». Je ne le savais pas même si de temps en temps, j’allais chez le frangin.
Un jour, en rentrant dans la cuisine je vois M. Froment. Ma belle-sœur est venue me demander de me taire mais je savais ce que j’avais à faire. C’était comme ça : on vivait caché. On vivait méfiant. On se méfiait même entre frères et sœurs. Il y avait des trucs qu’on ne disait pas. Nous n’étions que deux ou trois dans le secret car une parole de lâchée et c’était fini. Le maire n’était pas au courant.

Margotini était le chef de la Résistance à Savins. Il travaillait à la glaise comme moi. Je l’ai appris trois jours avant la Libération. Il m’a dit : « Aller vient, on va te donner une machine à secouer le paletot. » Ils avaient la trouille.

Roger Désiré alias Totor était un maçon, il faisait partie du réseau. Il était parti travailler en Allemagne d’où il s’était évadé.

Servio Scassia, boulanger à Lysines, venait livrer le pain par ici. Il faisait partie d’un réseau mais pas le même parce qu’il y avait des réseaux différents dans chaque village. A l’époque, on ne le savait pas. On se méfiait les uns des autres.

Robert Rigaud faisait partie du réseau.

Bella, la fille de Margotini, la sœur d’Edouard, était dans le réseau. Elle portait les plis.

Tozi était un neveu de Margotini. Il faisait des conneries. Il dévalisait les bureaux de tabac avec un fusil de guerre en mettant ça sur le dos de la Résistance. C’était dangereux.

Sur la route entre Savins et Sognolles, j’ai un jour trouvé un chargeur de mitraillette américaine que j’ai mis dans ma poche. Il venait de faire un parachutage. Marcel m’a dit : « Heureusement que c’est toi qui l’a trouvé. » Et, c’était vrai parce que rien qu’avec ça on pouvait savoir qu’il y avait eu parachutage. A cette époque-là, la Résistance commençait déjà à s’organiser.

La débâcle allemande

Gervais travaillait à l’usine des eaux de Longueville pour la ville de Paris. Je le connaissais bien mais on n’abordait pas ces sujets-là. A la Libération, une auto allemande se sauvait avec trois soldats allemands et une femme soi-disant interprète, une collaboratrice. Ils s’étaient arrêtés pour manger et sur une table à côté, ils avaient posé leurs armes. J’ai proposé « Aller, on saute là-dessus. On va les faire prisonnier. »
Mais, mon chef, m’a répondu : « Laisse les, on va avoir des ennuis. »
C’est ce qui s’est passé à Chaleautre où il y eut quatorze civils de fusillés. A bien y réfléchir, il avait raison. On ne savait pas s’ils étaient encore sous le contrôle de leur chef. Ils ont eu des ennuis plus loin sûrement. La guerre n’était pas finie mais elle était bien avancée.
On sentait la fin de la guerre venir parce que l’on écoutait la radio en cachette. Les Allemands ont été surpris par le débarquement parce qu’ils ne s’attendaient à ce qu’il ait lieu à cet endroit.

On a appris la prise d’otages des hommes de Donnemarie. On avait peur. A mon avis, ils n’ont pas été fusillés grâce à l’arrivée des Américains.
L’exécution de Chaleautre, ils ont tué quatorze hommes, des vieux et des jeunes. Un vieux de 76 ans a sauvé la vie d’un jeune home de quatorze ans en le protégeant de son corps. Il y est resté. Un gars s’en est sorti avec une oreille coupée. Un officier allemand voulait l’achever d’un coup de revolver dans la tempe mais il a bougé la tête. L’officier l’a cru mort.

Libération

J’ai appris le débarquement à Savins. Je ne travaillais plus. Je bricolais. On attendait l’arrivée des Alliés parce que les avions étaient très actifs. La radio nous conseillait de ne pas sortir dans les champs parce que les Ricains mitraillaient tout ce qu’ils voyaient. Je me souviens d’un gars qui était dans un champ avec ses chevaux, il n’a pas mis longtemps pour rentrer dans le bois. On faisait la moisson dans le bois au château. C’était la dernière voiture où l’on avait installé « la clé du champ de moisson », une couronne de blé avec des fleurs. On venait de planter la couronne sur la dernière voiture et on était assis sur les cordes. Les chevaux marchaient tout seuls. Un avion est arrivé. Il est passé à ras, on a senti le vent. Je me suis dit qu’il nous avait identifiés. Mais, quand on l’a entendu revenir par derrière, on n’en menait pas large.

Nous avons été libérés, après Paris, en septembre. La Résistance s’est rassemblée à partir de ce moment-là. Nous avons été réunis dans un grand hôtel à Donnemarie. Nous étions bien quatre-vingts. Nous nous disions que les Boches allaitent dérouiller mais nous n’avions que des fusils de la guerre de 1914. Nous devions monter au front sur Colmar où il y avait une division de chars allemands. Nous sommes partis dans deux grandes remorques bourrées à craquer. Arrivés au pied du pont de Montereau, les Américains le gardaient.

Une grosse mémère au café d’en face nous a demandé où nous allions. Quand elle a appris que l’on allait à Colmar, elle avait les larmes aux yeux. Les Américains ont dit à nos chefs de faire demi-tour car ils allaient mettre des tanks et puis l’aviation. Nous sommes rentrés. Pourtant, on en voulait !

Je n’oublierai jamais l’arrivée des Américains. Ils étaient à Sognolles, ils venaient ici au café. Les Ricains draguaient. Les gonzesses montaient sur les chars.

Après, leur arrivée, il y a eu des bals importants. La salle du café était grande mais il n’y avait pas de place pour tout le monde.

Sous les drapeaux

Raymond Casagrande était mineur et faisait partie du réseau. Nous nous sommes engagés ensemble à la caserne de Reuilly. De là, nous sommes allés à la caserne de Vincennes puis nous sommes restés en cantonnement du côté de Milly-la-Forêt. Puis, nous avons été envoyés dans la Vienne où nous avons pris le train direction l’Allemagne.

J’ai fait l’occupation en Allemagne. C’est la première classe qui été appelée. Je me suis tapé deux ans. Un an et demi en Allemagne. La vie était belle. Les plus mauvais, c’était les jeunes allemands de quinze ou seize ans. C’étaient des fanatiques. Ils avaient eu le crâne bourré à l’école. Autrement, les vieux, ça allait. On couchait chez l’habitant. On était jeune et les Allemandes aussi… Un jour, j’ai dit à mon lieutenant qui était commandant de batterie et que j’allais chercher tous les jours : « Il faut que j’aille voir le docteur. J’ai mal pour uriner. » Il se met à rire et il me dit : « Alors, on se défend ! »
J’avais une chaude-pisse ! Ce lieutenant m’a proposé de partir avec lui, à Draguignan où il était muté.

Je répondais facilement donc j’ai fait cent quatre-vingts jours de centre de police et cent jours de prison. On ne faisait pas de prison mais des corvées. Un jour, j’ai entendu le capitaine dire au sergent-chef à propose de moi : « Ça, c’est une sacrée tête mais on peut avoir confiance en lui pour le travail à faire. »
Au moment du rassemblement, on me faisait choisir mes camarades de corvée. Je leur disais qu’il fallait bosser avant de penser à la bulle.
Mme Hadrot : Dans ma famille, quand nous étions punis, nous étions interdit de sortie pendant trois semaines. Pour être puni, il suffisait de ne pas avoir fait quelque chose dans l’idée des parents.

Mr Hadrot : Même après notre mariage, le père de ma femme avait voulu la frapper. Son père aimait bien recevoir mais les enfants étaient mis au lit sans même un gâteau ; alors que les adultes buvaient un coup en mangeant des pâtisseries.

Mme Hadrot : Je me suis mariée à 22 ans. Je suis née en 1928. J’ai quitté l’école quand mon mari est arrivé. Mon père m’avait dit que je devais ramasser les betteraves. La vie était dure. C’était difficile d’apprendre pour les jeunes parce qu’ils devaient travailler dès la fin de leur journée de classe. La situation était la même pour tous les enfants. Même les enfants dont les parents n’étaient pas cultivateurs allaient travailler dans les fermes.

Messages

  • bonjour , je suis emu du temoignage de didier hadort , ce monsieur est mon grand pere maternel le pere de ma maman , je ne savais pas son histoire , il m’en avait parle vaguement qu’il allait a pied dans le nord quand moi je ne voulait pas aller en stop a longueville lol !!! il sait jamait plein mes grands parents !!!! respect a eux !! le les adorent ! sebastien guerin

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