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"Une éternité à Tanger"candidat à l’immigration clandestine

Édition Lai−Momo dans la Collection Africa Comics

samedi 26 juin 2010, par PHF Rédacteur

"Cette fiche fait partie du répertoire de la bande dessinée migrante créé par Paroles d’Hommes et de Femmes. Ce répertoire est destiné aux enseignants, éducateurs, associations, collectivités qui souhaitent utiliser la BD ayant pour thèmes la migration, l’altérité, l’intégration, comme une source de lien social et d’action éducative"


Auteur : TITI Faustin ; NGANGUÈ Eyoum

Éditeur : Lai−Momo - Africa e Mediterraneo

Collection : Africa Comics

Pagination : 48 en couleurs

Parution : 2004

Thématique : Migration

Résumé : Une éternité à Tanger, bande-dessinée de Faustin Titi (Côte d’Ivoire) et Eyoum Nganguè (Cameroun), inaugure la prometteuse Collection Africa Comics lancée par l’association italienne Africa e Mediterraneo. Un album d’une très belle tenue graphique qui raconte le périple d’un jeune Africain vers l’Europe.

« Tanger ! A l’horizon, Tarifa, l’Espagne, l’Europe ! Ces trente-trois petits kilomètres qui bloquent Gawa. » Gawa est un jeune Africain originaire de Gnasville, une ville imaginaire du continent noir, sur sa côte atlantique. Il est à Tanger, dernière ville marocaine avant l’Europe. Face à la mer, surplombant la ville, il a le regard sombre et l’air soucieux. Pourra-t-il traverser le détroit de Gibraltar, ce bras de mer sans que celui-ci se referme sur son corps et le broie ? Gawa sait que ces 14 km de mer sont plus durs à traverser que les 3 000 km de désert qu’il a parcouru pour arriver jusqu’ici...

Comment fera-t-il pour rejoindre Mbengué (l’Occident) ? La bande-dessinée ne le dit pas, laissant ouverte la porte de tous les possibles. Passera-t-il « une éternité à Tanger » ? Finira-t-il dans la misère « en face de la forteresse européenne » ? Retournera-t-il au pays ? Pour le moment, Gawa ne pense même pas à cette éventualité, racontant au cours de la bande dessinée les difficultés qu’il a rencontré pour faire des études, les brutalités policières, la course au visa légal qui se termine toujours dans la poussière. Il se souvient comment Mopao, le chef de famille, a récolté les économies de tous pour lui permettre de quitter le pays. « Béni » par le guérisseur, il était parti après avoir payé son passeur et dit au revoir à sa fiancée.

Le périple du clandestin

L’histoire du jeune homme est celle que vivent tous les candidats à l’émigration clandestine. Son périple est celui qu’ils effectuent avec plus ou moins de peine. Traversée du fleuve, de la brousse, de la ville, des postes frontières et, enfin, du désert... Les passeurs véreux et cruels, la police des frontières, les arnaques, la faim, la peur... Mêmes espoirs, mêmes désillusions. L’histoire, si elle n’est pas originale, touche pourtant le lecteur par bien des aspects. Et d’abord parce-que Gawa est attachant, notamment grâce au dessin de Faustin Titi, diplômé de l’École des Beaux-arts d’Abengourou, en Côte d’ivoire. Son trait réaliste colle parfaitement au thème de la BD. Cet auteur de BD de 34 ans a travaillé à Abidjan puis en Europe et a été nommé au Festival de BD d’Angoulême (France) en 2000. Il a choisi de dessiner les scènes de flash-back en noir et blanc. Elles contrastent avec les tons pastel utilisés pour évoquer Tanger et les ruelles de sa Casbah.

Bravo aussi à Eyoum Nganguè, son scénariste attitré. Ce journaliste camerounais de 37 ans a notamment écrit le scénario de la BD Le flic de Gnasville qui a remporté le Premier Prix du concours Africa e Mediteranneo, édition 2003-2004 dans la catégorie Droits de l’Homme. L’album Une éternité à Tanger inaugure d’ailleurs la Collection Africa Comics, publication des meilleures productions sélectionnées par le « Prix panafricain Africa e Mediterraneo pour la meilleure BD inédite d’auteur africain ». L’association italienne Africa e Mediterraneo explique dans la préface : « Cette histoire nous rappelle les liens qui unissent l’Europe au continent africain. Des liens qui nous sont racontés de l’intérieur, à partir d’une histoire particulière et concrète, emblématique du drame de tant de personnes qui frappent aux portes de l’Europe ».

Olivia Marsaud

Source : http://www.afrik.com/article8728.html

L’Ivoirien Titi Faustin est né en 1971. Il a étudié la peinture au centre artistique d’Abengourou (Côte d’Ivoire) et a travaillé pour l’agence de communication Nelson McCann. Il a contribué à plusieurs magazines et journaux ivoiriens. Il a obtenu le Prix Calao en 1990, le Prix du Festival Cocobulles en 1999 (organisé en Côte d’Ivoire) pour la meilleure histoire BD "Gris-gris d’amour" , sur un scénario de Christophe N’galle Edimo.
Son histoire "Le flic de Gnasville" (scénario d’Eyoum Ngangué) a gagné l’édition 2003-2004 du Prix Africa e Mediterraneo, section "Droits de l’Homme". En 2005 il a publié l’album ’’Une éternité à Tanger’’ dans le cadre du projet européen Valeurs Communes.

Sa B.D. , Une éternité à Tanger :

Les planches originales ont été présentées à la 52e Exposition Internationale d’Art de la Biennale de Venise "Pensa con i sensi senti con la mente l’arte al presente". Venise, Corderie dell’Arsenale 10 juin - 21 novembre 2007
Titi et Ngangué se mesurent avec esprit aux sphères conflictuelles et stimulantes de la vie quotidienne en Afrique. Cependant ils adoucissent le choc potentiel de leurs thèmes, illustrés dans les moindres détails, par une aquarelle apaisante. Une éternité à Tanger se place dans la tradition de la bande dessinée en la renversant de l’intérieur. La BD relate l’expérience tragique de la migration des africains contraints de quitter leur pays pour se soustraire aux souffrances économiques, politiques ou sociales. Le récit plein d’imagination et de réalisme à la fois, livre l’histoire d’un jeune homme, Gawa. Ayant quitté sa ville, l’imaginaire Gnasville, à la recherche d’un futur meilleur, il se trouve finalement confiné à Tanger, où il évoque les espoirs et les désappointements de sa traversée africaine.

En parlant de l’Afrique dans une perspective africaine, cette œuvre fournit un contrepoint aux images imprégnées d’exotisme et de stéréotypes de beaucoup de bandes dessinées, comme ’’Tintin au Congo’’ d’Hergé par exemple.

L’album a été traduit en suédois par les édition Trasten, et a été présenté au Serieteket à Stockolme en mars 2007.

Source : http://www.africacomics.net/fra_coll_faustin.shtml


Avis de Florian Grand : Cette BD permet de mieux cerner le problème de la migration et de son lien avec l’Europe. Cette histoire nous montre la difficulté que rencontrent les migrants dans leur voyage. Ainsi il nous est plus facile de comprendre son pourquoi, et quels sont les problèmes liés à leur périple. Ainsi la relation qui se crée entre Gawa et le lecteur permet à ce dernier de réfléchir quant à la situation de vie en Afrique, et donc de s’ouvrir à ce continent qui est si étranger à de nombreux européens.


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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