ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

Accueil > MEMOIRES CROISÉES : La Mémoire source de lien social > Associations et Partenaires > Réseaux - anniversaires - commémorations > Et la résistance naissait en Europe > Union des engagés volontaires, Anciens combattants juifs 1939/1945 > Henri Weller : quelques souvenirs de résistance

ancien combattant juif 1939/1945

Henri Weller : quelques souvenirs de résistance

mardi 28 septembre 2010, par Frederic Praud

Soldat du 22° R.M.V.E. j’ai été fait prisonnier avec mon régiment le 6 juin 1940. Avec un autre groupe de combattants, j’ai été dirigé vers le camp XVII A, non loin de Vienne (Autriche). Là on a demandé que les juifs sortent des rangs. je suis sorti, ainsi que beaucoup d’autres. Après nous avoir insultés, menacés d’être tous bientôt fusillés, on nous a poussés dans la baraque 26, dénommée "baraque internationale", car là-dedans se trouvaient des Chinois,des Sénégalais, des Juifs belges et nous…Vers le mois de septembre, il est arrivé une commission de "savants" autrichiens pour étudier les races, et nous Juifs, étions au premier rang.

Le "professeur" suivi de sa clique, passait devant chacun de nous en expliquant les signes distinctifs des Juifs ; arrivé devant les frères Rozenker, il s’est arrêté un peu plus longuement cherchant à définir leur qualité de Juif, mais la race, sur ces visages-là, était difficile à déceler, car ces derniers, blond, yeux bleus, petits nez, petites bouches, petites oreilles, ne correspondant plus du tout à sa théorie. Les explications farfelues qu’il donnait à son entourage ont fait éclater de rire notre camarade Laufer qui, ne pouvait se contenir, dans un allemand parfait, a osé rétorquer à ce grand "Herr Professor" : "Regardez donc vos collaborateurs et vous même dans un miroir et vous y trouverez tous les signes que vous énumérez".

Le professeur, interloqué, a commencé avec Laufer une discussion sur place et, sans doute intéressé par les connaissances de notre camarade, l’a invité dans son bureau pour continuer la discussion. Vers le mois de novembre 1940, ils nous ont formés en plusieurs petits commandos et envoyés à la montagne près de Volsberg, en affectation au stalag XVIII A. Nous sommes arrivés vers minuit dans un petit hameau à 1800 mètres d’altitude et avons dormi dans une étable qui devait devenir notre demeure pour plusieurs mois… Notre premier repas se composait uniquement de pommes de terre pourries et le paysan qui nous logeait a ajouté qu’il ne donnerait pas ça à ses cochons mais que pour des juifs c’était encore trop bon… Le contremaître qui nous commandait nous avait surtout recommandé d’éviter de mettre de la terre gelée sur les accotements et nous avait expliqué qu’avec la fonte des neiges, la route serrait emportée. Que croyez-vous que nous fîmes ?

Notre résistance à nous, avec nos faibles moyens, fut justement, dès que le contremaître relâchait sa surveillance, de remplir nos brouettes avec de la neige et de la terre gelée, que nous recouvrions de bonne terre et le tour était joué…Mais, au mois de mai, avec le soleil qui chauffe très fort en altitude, tout a dégelé et par endroit, la route fut emportée. Tout était à refaire… C’était en mars 1945. Nous étions affectés à la centrale électrique de Ternitz pour nettoyer la rivière qui alimentait la centrale, il y avait un petit pont qui la traversait et c’était l’époque ou les troupes allemandes se retiraient du front. Une partie devait passer dans notre région, il fallait donc remplacer le vieux pont et nous fumes désignés pour ce travail. Notre camarade René Israël qui était à ce moment notre homme de confiance, nous suggéra alors de démonter le vieux pont très vite, mais de chercher tous les prétextes pour le remonter le plus lentement possible. ainsi fut décidé et réalisé. nous travaillons avec tant d’ardeur à le démonter que les responsables allemands, pour nous prouver leur satisfaction, firent tuer un cheval et nous donnèrent sa viande à manger. Une fois le vieux pont démoli ?

Nous mîmes notre plan de résistance à exécution…Tous les moyens étaient bon, pour perdre du temps, toutes les astuces des maladies imaginaires employées…Cela a duré jusqu’à la fin avril. Quand les troupes allemandes se replièrent dans notre coin, elle ne purent utiliser le pont inachevé et le 7 mai à l’arrivée des Anglais, se furent les allemands qui avaient été fait prisonniers, qui finirent le pont.

Extrait des souvenirs de Henri Weller, parus dans, " Le Combattant Volontaire Juif 1939-1945"

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.