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guerre 39/45

Les artistes juifs déportés de l’École de Paris

mardi 28 septembre 2010, par Frederic Praud

L ’exposition « Artistes déportés » a fermé ses portes le 2
octobre dernier. Cette exposition organisée par Lydie
Lachenal, au musée du Montparnasse, sous le
patronage de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
rassemblait les oeuvres de 170 artistes qui ont été déportés
et dont la plupart sont morts dans les camps
d’extermination nazis. Dès l’entrée, un
message de Madame Simone Weil accueillait
le visiteur ; il se concluait par : « Le musée du
Montparnasse ne rend pas seulement compte
de l’importance de l’École de Paris et de
Montparnasse, qui n’est plus à démontrer,
mais il nous fait mesurer la richesse et la
diversité artistique dont nous avons été privés
à cause de l’entreprise nazie.
C’est en prenant conscience de l’oeuvre
accomplie, mais aussi de celle qu’ils auraient
pu accomplir, que l’on mesure à quel point la
destruction de tous ces artistes a constitué
une perte irrémédiable pour l’humanité ».

Qu’était donc l’École de Paris ?

A l’occasion d’un article paru en 1925 dans le journal
COMOEDIA un journaliste rassemble sous l’appellation « École de Paris » les artistes étrangers venus
travailler à Paris.
Il note : « L’École de Paris existe ; plus tard les historiens
pourront mieux en définir le caractère et étudier les éléments
qui la composent ; mais nous pouvons toujours affirmer son
existence et sa force attractive qui faisait venir chez nous les
artistes du monde entier. On sait la part qui
revient dans l’art moderne à des Picasso,
des Foujita, Chagall, Van Dongen,
Modigliani, Galanis, Marcoussis, Juan Gris,
Kisling, Lipchitz, Sabbagh, Pascin ». En
1928, la Biennale de Venise a consacré une
salle à« l’Ecole de Paris ».
Une solidarité chaleureuse unissait les
artistes étrangers de Paris. Lors de
l’exposition : « Les heures chaudes de
Montparnasse » en 1995 un article raconte :
« Ce qui frappe c’est l’amitié dont certains
faisaient un art à l’égal de leurs oeuvres ».
En 1940, Harold Rosenberg, un poète et
critique américain, déclare : « Paris était
alors (1904-1929) le lieu unique où l’on
pouvait fondre les diverses tendances et les
mener à maturité, où l’on pouvait agiter le
cocktail moderne de psychologie viennoise,
de sculpture africaine, de roman policier américain,
de néo catholicisme, de technique allemande, et de
nihilisme italien. Paris était l’internationale de la culture ».
Une autre personne précise quant à elle : « Le lien qui unit les
peintres de l’Ecole de Paris, c’est l’atmosphère de Paris, une
haute température de l’esprit propice à la création artistique.
Dans aucune autre ville du monde n’existe une telle passion
de la culture ».

Ce qui attire les peintre juifs, c’est en partie le besoin de se
libérer des dogmes de la religion et aussi de fuir les
pogromes ou pour le moins les mesures législatives contre
les Juifs, mais surtout c’est l’attraction extraordinaire
qu’exerce Paris à cette époque, dans le monde entier pour les
artistes de toutes disciplines. Paris était la capitale du monde
artistique. Chagall, se présente comme captif de la
communauté juive de Vitebsk. Tout au long de son oeuvre, il
illustrera toutefois sa nostalgie de cette communauté.
Kikoïne et Soutine ont étudié ensemble à Minsk puis à Vilno
où ils ont rencontré Kremegne. Tous trois viendront à Paris en
raison des pogromes et aussi pour se libérer des interdits
religieux, enfin pour étudier à proximité des musées et auprès
des « grands » peintres.Archipenko déclare en 1909 : "Ma
véritable école a été le Louvre, j’y allais tous les jours". Outre
le Louvre, Paris offrait de nombreuses académies. En 1868
Rodolphe Julian a ouvert un atelier où Maurice Denis,
Bonnard, Vuillard, et Matisse pour les français et Vallotton,
Frank Weston Benson, futur chef de file de l’Ecole de Boston,
Augusto Giacometti, oncle d’Alberto, Marcoussis, Lipchitz,
Cevchenko pour les étrangers, en furent des
élèves.

Tous ces peintres étudiants étaient en lutte
contre l’académisme officiel. Ce qu’ils voulaient
c’était un art moderne et vivant. Paris était pour
eux le foyer de l’art actif, progressiste. Un des
rôles important qu’aient joué ces académies a
également été de permettre l’accès des
femmes à la peinture. L’école des beaux arts
leur a été interdite jusqu’en 1890.
Aujourd’hui les artistes travaillent de façon
isolée, individuelle. Au début du 20eme siècle,
les artistes s’entraidaient, ils travaillaient au
sein d’ateliers communs. Ces ateliers étaient
installés dans des bâtiments aménagés à cet
effet. Les plus connus sont le Bateau Lavoir à
Montmartre et la Ruche à Montparnasse. Modigliani
peint le portrait de tous les artistes de Montparnasse ; il
peint aussi les marchands de tableaux, certains clients et
bien entendu ses modèles.

Ils se retrouvaient pour boire et échanger des idées, des
théories dans les cafés où ils rencontraient des écrivains, des
poètes, des critiques. La Coupole, La Rotonde, Le Dôme
étaient des cafés artistico-littéraires, rendez-vous des
peintres de Paris ainsi que des poètes
comme Appolinaire, Max Jacob, Jean
Cocteau, André Salmon, Jacques Prévert,
Desnos, Blaise Cendrars, tous ceux qui
défendaient l’art moderne. L’Ecole de Paris
ne regroupe pas uniquement des peintres
mais également des sculpteurs, des
décorateurs, des photographes. Parmi les
sculpteurs réputés figurent : Brancusi, Chana
Orloff, Modigliani, Zadkine, Lipchitz,
Archipenko, et Czaki.

Dans les années 20, la photo devient un art
à part entière. Il naît une connivence entre
peintres et photographes. Parmi les grands
noms de la photographie de cette époque on
retient Man Ray, Brassaï, Kertesh, Germaine
Krull, et Florence Henri.
Tous les styles se sont développés au sein
de l’Ecole de Paris :
Le Cubisme avec ses symboles, pour la sculpture :
l’éventail et l’accordéon, pour la peinture : arlequin et
la guitare, la diffraction de la lumière avec Alexandra Ekster,
la synthétisation de l’architecture avec Juan Gris, le début de
l’abstraction avec Kupka, Mondrian, et Sarah Sterne dite
Sonia Delaunay, l’Expressionnisme avec Van Dongen et
Soutine, le Futurisme avec les représentations de l’industrie
et de l’architecture métallique.Il est important de préciser que
si cette période a été le creuset qui a permis un
développement inouï de l’art dont le berceau fut Paris, elle a
également été une période difficile pour les artistes étrangers
en général et pour les Juifs en particulier en raison d’une
minorité active, xénophobe et antisémite qui sévissait en
France. Signalons pour conclure, ce qui concerne
particulièrement notre Union, que de très nombreux artistes
juifs dont les plus connus sont, entre autres : Kisling et Kupka,
se sont engagés volontairement dans l’armée en 1914 afin
disaient-ils : "de combattre pour défendre le droit et la
civilisation, c’est-à-dire pour les principes universels. Il faut
payer une dette à l’égard d’un pays d’asile menacé. Devenir
des Français

article paru dans : http://www.combattantvolontairejuif.org/Notre_Volonte/notre_volonte_30.pdf

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