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Sarcelles : DEF né en 1987

C’est difficile de trouver du travail quand on habite Sarcelles.

Le Sénégal est la source de mes parents.

mardi 29 juin 2010, par Frederic Praud

L’année dernière ils m’ont aidé à trouver du travail pendant un mois aux préfabriqués. Cela m’a plu. J’étais animateur rémunéré. Je jouais au pingpong avec les petits. Je faisais des sorties avec eux. Au collège je voulais être footballeur. Adolescent, on ne peut pas tout faire tout seul. On doit être accompagné de ses parents. À vingt ans, je suis sorti de l’adolescence. Adulte, on a plus de responsabilité.

DEF

Je suis né le dix-sept juillet 1987 à Gonesse. Nous habitions alors à Sarcelles à Camille Saint-Saëns. Mes parents sont venus de Dakar au Sénégal. Ils sont peuls. Je ne connais pas leur caste. Je ne suis jamais allé dans mon pays. Je pose des questions à mes parents uniquement par rapport à ma famille, moins par rapport à la culture. Mon père est né en 1947 et ma mère en 1962. Mon père est arrivé en France en premier en 1973 et ma mère est venue quelques années après par regroupement familial. Mes frères et sœurs sont nés ici.

L’arrivée en France

Je ne connais pas leurs conditions d’arrivée. Ils ont dû arriver en bateau peut être. Ils sont venus par des liens familiaux, par des frères, des cousins. J’ai un oncle âgé de soixante dix, quatre vingt ans à Sarcelles. Il a fait venir mon père en déclarant que c’était son frère. Mon père a trouvé sa maison à Clichy. Il est ensuite venu à Sarcelles dans les années 80. Je suis le plus âgé mais j’ai des demi-frères. Ma grande demi-sœur de trente trois ans est née ici. Mon frère a cherché beaucoup avant de trouver un travail. Il a logé dans des foyers.

Ma mère est une Peule et mon père est un Soninké. Ils parlent soninké au quotidien mais ma mère parle plusieurs langues. Elle a l’habitude de passer de l’une à l’autre. Je ne parle que soninké. Je n’ai jamais appris le peul. Nous n’écoutions que des chanteurs, artistes soninkés.

Mon père est chef d’entretien sur Paris. Ma mère s’est d’abord occupée de ses enfants et a ensuite trouvé du boulot dans le ménage, en dehors de Sarcelles. Mes parents partent à six ou sept heures du matin pour rentrer à dix-sept heures trente.

Souvenirs d’enfance

Je jouais au foot où était le préfabriqué actuel des Vignes Blanches. Il y avait un terrain en herbe. Entre neuf et douze ans, on faisait des matchs, des tournois, du monde venait. C’était notre terrain de jeu. On nous avait expliqué qu’ils allaient construire un préfabriqué car l’école Jean Mermoz était en rénovation, et qu’ils aménageraient un terrain de foot quand la rénovation serait terminée. Le préfabriqué n’a pas bougé. Nous l’avons mal pris. Ils nous avaient pris notre terrain !

J’étais à l’école Albert Camus. On jouait au foot à la récré avec des balles en mousse et les profs nous interdisaient parfois de jouer quand on amenait des balles en cuir. En récréation, ils ont aujourd’hui amélioré la cour, ils ont mis des cages de foot au marqueur, installé un préau, des paniers de baskets, pour nos petits frères. Ma mère m’a amené à l’école jusqu’au CP et après j’y suis allé seul. J’habitais juste à côté. Je jouais dans le bac à sable juste devant notre immeuble, vers le centre médical. On jouait au baseball, au foot, à la chasse à l’homme, à la gamelle. Mon père sortait la tête par la fenêtre et nous voyait dehors. En grandissant, nous jouions à la limite de Pierrefitte et de Sarcelles, où se trouvait un terrain, derrière Lully. Il fallait traverser une petite route mais les parents ne nous voyaient alors plus. On s’écartait un peu plus de nos parents.

Le collège

Je suis allé au collège Chantereine puis j’ai changé car nous avons déménagé. J’étais sectorisé sur Chantereine. On nous envoyait là bas sans que l’on comprenne pourquoi. Des amis allaient à Evariste Gallois, d’autres à Jean Lurçat. Je l’ai mal pris. Nous avons essayé de faire des dérogations mais ils n’ont pas voulu. Lurçat était plus proche de chez moi. Nous avions plusieurs matières et il fallait changer de salle à chaque fois.

Chantereine ne m’a pas plu, j’ai fait un an là bas. Nous avons déménagé à Garges et j’ai continué au collège Henri Matisse. C’était mieux car le collège avait été refait et j’ai pu rapidement refaire des connaissances. J’habite depuis à Garges, vers la mairie.

A Chantereine, les gens étaient agressifs avec moi. Je n’avais pas trop de liens avec eux. Je ne les connaissais pas, alors qu’eux se connaissaient. J’en connaissais certains que je voyais au foot. J’ai quand même réussi à faire quelques contacts. J’aurais été mieux à Lurçat, car il y aurait eu les grands-frères, les jeunes du quartier. Je n’ai pas aimé. Après Chantereine, j’allais prendre des cours de soutien scolaire avec madame le Sauvage dans notre quartier, mais en déménageant à Garges, j’ai trouvé d’autres structures pour les aides aux devoirs. Ils m’ont aidé à faire mes devoirs. Ils m’ont appris des choses.

Déménagement à Garges

Aller à Garges n’a pas été difficile car le collège venait d’être reconstruit. Les jeunes ne se connaissaient pas trop. J’avais déjà une connaissance là-bas, un ami du foot. Il m’a présenté à des copains et ça s’est par la suite bien passé. Je revenais toujours au quartier Vignes Blanches à Sarcelles. Je n’aimais pas trop rester à Garges. Ce n’est pas pareil, j’ai grandi ici. L’ambiance n’est pas pareille. Il y a beaucoup de violences là-bas, pas comme ici. Les gens sont bizarres là-bas. Il y a trop de personnes âgées qui prennent la tête aux jeunes, leur disent de ne pas rester là, sur un lieu de foot ; ils ne veulent pas que l’on joue au foot ! Ils sont bizarres les gens là-bas. Un terrain de foot, c’est fait pour jouer au foot et les grands nous disent de ne pas jouer au foot ! Il faut aller jouer ailleurs, descendre plus bas dans une cité voisine, ça ne sert à rien ! J’ai boycotté Garges. J’y reste mais pas trop.

Le lycée

Je suis allé au lycée à la tourelle deux ans en BEP production mécanique informatisée et j’ai obtenu mon diplôme. J’ai arrêté ensuite et j’ai travaillé chez PSA, Peugeot-Citroën deux mois. Je suis en formation à l’AFPA. Je vais passer un CCP.

Tout s’est bien passé au lycée. Un lycéen est plus autonome, avec plus de choses à faire, plus de choses à accomplir, faire ses devoirs, réviser pour les contrôles. Ma grande sœur vérifiait mes devoirs de calculs, elle était bonne à l’école. Mes parents m’aidaient à réviser.

Le Mali

Ma mère a appris à parler français à Sarcelles dans un local associatif, avec l’AFASE de Mme Dembélé. J’étais avec elle au Mali en décembre dernier. Je suis allé au Mali mais jamais au Sénégal. Ils avaient monté un projet « solidarité internationale » pour construire une maternité. Tout s’est bien passé. Je m’attendais à voir la misère, mais il n’y a pas de misère. La vie est bien, les gens sont sympas. Ils nous racontent plein de chose sur l’histoire du Mali. Un monsieur nous disait de faire attention aux gens, tu crois qu’ils sont gentils mais peuvent te bouffer par derrière : « Bougez et visitez le Mali, c’est bien ! Ne croyez pas les gens. Les gens racontent des choses mais ne sont jamais venus sur les lieux ! ». C’était une occasion que j’ai saisie d’aller au Mali.

Je suis allé trois semaines au Mali. On a fait de la colle, du ciment, du parpaing. On a creusé la terre. Ils ont posé les parpaings, la plomberie. Je me suis senti utile car on a fait beaucoup de travail. On travaillait sérieusement le matin. Nous étions une dizaine de jeunes de Sarcelles (quatre filles et cinq garçons) et deux animateurs de l’AFASE. Nous avions vu une affiche dans la maison de quartier de Vignes Blanches et on a téléphoné. Elle nous a dit de passer et on l’a rencontrée. Elle nous a dit : « il y a de la place, il n’y a pas de problèmes mais il faut être sérieux. On vous inscrit ». On a commencé à faire des réunions pour voir comment était le Mali. On nous a donnés des documents. On y est ensuite allés.

Le Sénégal

Ne pas connaître mon pays, le Sénégal est un manque, là où mes parents ont vécu avant de venir en France. Le Sénégal est la source de mes parents. Je veux savoir comment ils ont vécu, comment ils ont grandi, comment la vie est dure, qu’il ne faut pas la prendre à la légère. Ils ont sué pour avoir ce qu’ils ont maintenant.

Mon père est d’un village et ma mère de la grande ville. Il m’a raconté un peu comment il cultivait. Nos parents nous ont appris beaucoup de choses ; à ne pas gaspiller la nourriture, ils ont sué pour l’avoir. On ne la trouve pas par terre !

Loisirs, vacances

Je revenais de Garges pour voir mes copains dans la maison de quartier, les préfabriqués. Nous l’utilisions comme un centre de jeu. Il y avait des loisirs, des sorties organisées pour les jeunes. Elles étaient affichées sur des panneaux. Pendant les vacances nous n’allions qu’au centre ; il y avait beaucoup de sorties : parc Astérix, Disneyland. La première fois que nous sommes partis en vacances en dehors de Sarcelles, on était partis camper dans le sud de la France. Toujours avec le centre, du côté de perpignan ; on est partis plusieurs fois à la mer, faire du char à voiles. On a grandi avec les animateurs. Ils nous voient comme des petits frères.

Vers l’animation

L’année dernière ils m’ont aidé à trouver du travail pendant un mois aux préfabriqués. Cela m’a plu. J’étais animateur rémunéré. Je jouais au pingpong avec les petits. Je faisais des sorties avec eux. Au collège je voulais être footballeur. Adolescent, on ne peut pas tout faire tout seul. On doit être accompagné de ses parents. À vingt ans, je suis sorti de l’adolescence. Adulte, on a plus de responsabilité.

Le quartier ici est plus calme qu’à Garges où tu peux t’accrocher avec quelqu’un pour rien du tout, pour un regard. Abdel, l’animateur d’ici était aux Chardo, ce qui fait que l’on a eu des contacts avec des jeunes de là bas, de bonnes connaissances. On ne met jamais les pieds au village en passant ; je connais Théodore Bullier mais pas le village. Je passe beaucoup aux Flanades. On peut y croiser beaucoup de monde. On sort en dehors de Sarcelles, au cinéma à Saint Denis, ou en boîte place Clichy, au karting à Compiègne. Je suis en train de passer mon permis.

Je suis rentré à PSA par piston. C’est difficile de trouver du travail quand on habite Sarcelles. J’ai envoyé mon CV à plusieurs entreprises. Ils m’ont dit, manque d’expérience, or je pense que j’aurais pu avoir ce travail car des gens qui n’ont pas d’expérience y sont rentrés. A mon avis c’est le nom Sarcelles qui ne plait pas.

Le stage afpa est un stage bâtiment, mais en passant le CCP à la fin, on choisit une formation. Je choisirai électricité…

L’âme de sarcelles

L’âme de Sarcelles, c’est les Flanades car on y rencontre tout le monde…Garges, Sarcelles ce n’est pas la même chose du tout. J’ai mes amis d’enfance à Sarcelles …

Message aux aînés

On peut remercier la génération de nos parents. Ils ont eu beaucoup de courage. Ils ont eu des moments difficiles.

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