ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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Sarcelles : Rachèle Bassin née en 1978n Chaldéenne

Si je veux partir, il faut que je demande à mes parents, parce que je fais partie du patrimoine de mes parents

Le lac de Sarcelles, pour certains jeunes c’est même la capitale des Assyro chaldéens.

mardi 29 juin 2010, par Frederic Praud

Rachèle Bassin

Je suis née en 1978 au sud de la Turquie, dans le village d’Ichy. Ce n’est pas le même village que celui de Nisan. Je n’ai pas de souvenirs d’enfance véritables, mais on m’a raconté beaucoup de choses. Mon prénom signifie « cadeau de Dieu », mais mon nom de famille est turc donc je ne sais pas ce qu’il veut dire. Il a été « turquifié ». Mes parents m’ont toujours dit que c’était Bassin mais je ne connais pas son origine. Je leur demanderai.

Ichy en Turquie

Dans mon village, nous vivions tous en famille dans des maisons familiales qui comptaient plusieurs générations, du grand-père jusqu’au petit-fils. Les maisons étaient en briques avec des grandes chambres partagées avec deux familles voisines. Ceux qui en avaient moins partageaient. Tout le monde se côtoyait au bord du lac, de la rivière pour les tâches ménagères, de lessive, les femmes essentiellement. Les hommes allaient à la cueillette ou alors garder les moutons. C’était des bergers. Il n’y avait pas d’heures de travail ni de repos. On cultivait toute la journée sans la notion de confort. C’est difficile pour moi de raconter ça, parce que c’est très vieux et nous n’en parlons pas tous les jours non plus. Selon les saisons, ils se déplaçaient dans les montagnes. En hiver, ils se déplaçaient dans les coins plus chauds, où ils avaient de quoi se nourrir, pour eux, mais aussi pour leurs animaux. Les femmes venaient aussi parfois.

Mes parents

Mon père est né en 1954 et ma mère en 1959. Ma mère avait dix-neuf ans lorsque je suis née. Je ne suis pas l’aînée. Je suis la deuxième fille. Ma grande sœur est née en 1976, ma mère avait dix-sept ans, elle s’est mariée à quinze ans. Elle n’a pas choisi son mari, ce sont les familles qui le faisaient. C’était différent à l’époque, c’est elle qui me l’a raconté. Mes parents ne se sont pas choisis mutuellement. Il y avait rarement des sentiments, mais ça arrivait. Les femmes pouvaient dire non si elles ne voulaient vraiment pas. Ça arrivait quelque fois. Mon père était agriculteur chez ses parents. Ma mère est venue habiter chez lui.

Les raisons d’un départ

Ils sont partis de Turquie, parce qu’ils étaient dominés par le gouvernement turc et les kurdes. Ils ne se sentaient pas assez libres de vivre leur religion sans représailles ; ils n’avaient pas de droits non plus. De plus en plus, les turcs et les kurdes leurs prenaient leurs champs et leurs femmes, donc ils avaient assez peur, ils étaient en conflit avec eux. Ils avaient peur qu’on leur tue leurs enfants, ou qu’on enlève leurs femmes chrétiennes.

L’arrivée en France

On est parti en 1982 avec d’autres familles par le biais de mon oncle, qui était déjà à Paris dans le 19ème. A cette époque, il n’y avait pas encore de grande famille. On avait fait une escale à Istanbul d’un an et on est arrivé à Paris en 1983. Mon oncle avait un petit appartement. On a vécu à trois familles dans le même appartement. Nous étions quatre enfants, il y avait une autre famille de quatre et une dernière de cinq, mais je vous parle là seulement des enfants, il faut aussi ajouter les parents après. En tout, on était une vingtaine de personnes dans un cinquante mètres carrés. Il y avait un salon plus deux chambres. C’était le temps de faire toutes les démarches. Chaque famille avait une pièce. Cela ne nous dérangeait pas parce que nous avions l’habitude, c’était les mêmes conditions que dans le village. Cela permettait de vivre ces moments là sans se préoccuper de la modernité, cela permettait d’être ensemble. Cela a duré environ un an. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs parce que je n’avais que quatre ans. Puis nous avons déménagé à Clichy-sous-bois.

Ce qui est dommage c’est que nous ne sommes pas allés dans des classes non francophones, nous étions dans des classes normales. J’ai fait un an de maternelle puis je suis allée à l’école. On avait des problèmes par rapport à la langue. J’ai eu des difficultés en CE2, et j’ai eu ensuite beaucoup de lacunes tout au long de ma scolarité, c’est dommage que nous soyons allés dans des classes normales. On devait prendre les cours à la maison, nous n’avions pas de suivi par rapport à ça. On devait un peu travailler tout seul. Il n’y avait pas toutes ces cellules d’accompagnement et autres, ou alors on ne les connaissait pas. On ne parlait qu’assyro. A un moment donné, cela met des freins, ça devient frustrant.

La vie à l’époque n’était pas très différente de celle que l’on a à Sarcelles aujourd’hui. Ensuite on a tous eu des appartements, nous nous prêtions de l’argent entre les familles, certains économisaient et en faisait profiter les autres. La solidarité était vraiment naturelle. Le besoin était primaire et le don naturel. Nous n’avons par contre jamais accueilli de cousins, mais il y avait des foyers pour accueillir des gens. Nous étions dans le quartier de la forestière à Clichy.

Il n’y avait pas d’Assyro dans les classes, pas beaucoup. Mais nous nous fondions dans le groupe, nous faisions abstraction de notre identité. On ne se regroupait pas ensemble parce que nous avions honte de ne pas parler français. Il y avait beaucoup de langues à Clichy, mais la notre était particulière, très peu de personnes la parlaient, c’était différent du turc par exemple. Même s’il y avait des enfants turcs dans la classe, ils ne nous comprenaient pas. Lorsqu’on est allé en Turquie, on n’est pas resté suffisamment longtemps pour bien comprendre la langue. On ne s’y est pas intégré, on n’a pas vécu là-bas. Notre langue ressemble aussi un peu à l’arabe, mais nous nous distinguons de ces populations parce que nous sommes aussi chrétiens. De toute façon à cette époque, on n’avait pas besoin de se justifier, il n’y avait pas la notion d’étranger. On n’en a pas conscience, en tout cas, enfant.

Les médias parlent beaucoup de racisme etc. La société renvoie ces images. Mais avant, il n’y avait pas ces reproches. Sarcelles et Clichy se sont beaucoup rapprochées. Ce sont deux villes avec les mêmes populations, ce sont des cités multiculturelles. Mes voisins étaient des voisins « autres ». On se côtoyait selon les besoins. Je n’avais pas de sentiment de racisme à cette époque.

Arrivée à Sarcelles

Je suis arrivée à Sarcelles en sixième. J’avais fait le CP au CM2 à Clichy. A cette époque, je devais avoir un an de retard. En plus, on ne savait pas vraiment nos âges, il n’y avait pas de médecin qui aurait pu l’inscrire sur notre carnet lors de notre naissance.

Tracasseries administratives

J’ai dû faire plein de démarches pour prouver que j’étais bien née en 1978, et non pas en 1976 ou 1974 comme c’était inscrit auparavant, je ne me souviens plus. Cela m’a bloqué durant toute ma scolarité. J’ai mis cinq ans avant de pouvoir prouver ma vraie date de naissance. Cette problématique freine pour beaucoup de choses. J’ai pas mal souffert avec ça. Mon père aussi à deux ans de moins. Ce n’est que lorsqu’on est baptisé que l’on « naît » officiellement. C’est le baptême qui fait foi. Si on veut connaître la vraie date, il faut demander au prêtre.

Transmission des valeurs chaldéennes

Mes grands-parents sont arrivés en 1985. Ils ont vécu avec deux de leurs fils, ils avaient une maison à part. Petit à petit tout le monde est arrivé, s’est fait sa place, a été aidé. Ma grand-mère transmettait la prière qu’elle faisait plusieurs fois par jour. J’ai appris avec elle la spiritualité, l’importance des dons, j’ai compris ce qu’elle vivait à son époque. Elle se remémorait toujours les souvenirs du village. Elle m’a appris son vécu, son histoire, ses valeurs, celles des Chaldéens ; à garder les valeurs de la famille, penser aux frères plus petits, aux parents, penser aux autres, être solidaires, le sens du repas, proposer naturellement un plat aux gens que l’on accueille.

Pendant très longtemps, c’est elle qui transmettait les savoirs, la culture et l’identité. J’ai l’impression d’avoir vécu beaucoup de choses à travers elle. Tous les jours elle m’en parle. Et quand elle en parle, elle y tient, c’est ses racines. Elle y tient. Et pourtant elle ne vit pas en France, elle est de là-bas. Elle allait à la messe tous les jours.

Des loisirs familiaux

On est arrivé à Garges lès Gonesse en 1992, puis ensuite à Sarcelles. Mais mes parents n’ont pas eu de domicile à Sarcelles. Les loisirs étaient très familiaux. Il y avait beaucoup de cérémonies, de fêtes religieuses. Tout ce qui se passe, tous nos loisirs étaient familiaux, donc en dehors des cours, nous étions pratiquement tout le temps à Sarcelles. Sur le temps du week-end on était avec les grands-parents.

Le lac de Sarcelles, c’est le lieu d’été où tout le monde se rencontre. Toutes les générations se revoient, pendant les vacances d’été. Pour certains jeunes c’est même la capitale des Assyro chaldéens.

Rêve d’adolescente

A cette époque, j’avais quatorze ans, je voulais faire du secrétariat, parce que le fait de traduire tous les papiers, dès que j’étais toute petite, ça me faisait rêver ; ou interprète, mais je me suis rendu compte que c’était très difficile d’être interprète dans cette langue là. Finalement j’ai fait du secrétariat, puis de l’animation qui est un métier de bavardages et de projet.

Les associations AACF et UACF

J’ai appris beaucoup de choses sur mes origines en voyant l’exposé photo proposée par ces associations, des choses que je n’avais pas vues. Les deux associations ne font pas le même travail. L’AACF travaille plus sur l’histoire, ils font plus d’exposés sur les villages, plus de travaux que l’UACF. Leur rôle est de développer la culture et de faire s’intégrer les Assyro chaldéens au pays d’accueil, avec les traductions, les conditions de travail, l’intégration au quotidien pour interpréter la langue. Ils s’occupent des démarches administratives, d’être à proximité des populations. L’UACF possède un grand club sportif, elle s’occupe plus du côté intégration tandis que l’AACF travaille plus sur l’histoire, la culture.

Les deux ont le même but mais en fonction de leurs activités n’ont pas les mêmes conséquences. Les jeunes se retrouvent selon les projets, lors des activités, comme les vacances au ski ou lors de différents exposés. Les deux associations se retrouvent dans ces séjours. Les jeunes aident aussi lors des exposés.

Ces associations sont aussi liées aux villages d’origines. Les membres de l’UACF sont plutôt originaires du village d’Ichy, tandis que pour l’autre association, c’est encore deux autres villages. Notre communauté est très grande puisqu’elle comporte douze mille personnes. Il y a donc de nombreuses opinions politiques différentes ; comme ça il y a des divergences, c’est bien, cela permet aux gens d’avoir le choix. Pour les jeunes, ces différences entre les associations permettent de travailler sur différents aspects qui ne sont pas les mêmes, de travailler plus, de rechercher l’autre. Que l’UACF soit plus sportive et que l’autre association travaille plus sur la culture à travers l’histoire, cela s’équilibre et permet d’avoir des repères et des pouvoirs distincts. Cela fait une compétition et permet des comparaisons. C’est intéressant, tout le monde recherche. Mais ils ont aussi des projets communs. Par exemple la construction de l’église Saint Thomas, la stèle. Les jeunes se retrouvent lors de concerts, de mariages, d’événements communs.

Les danses assyro

Ces danses très longues, permettent de faire totalement disparaître les classes sociales. Que ce soit les ouvriers ou les cadres, tout le monde danse ensemble. Tous les âges dansent également. Ce n’est pas moi qui ai fait la remarque, mais un jeune non chaldéen était invité. Tout le monde sert la main de l’autre, on apprend en dansant. Du plus petit au plus âgé, selon leur rythme, tout le monde peut danser. Il y a par contre une différence entre les sexes, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. De toute façon, le rythme n’est pas le même, une fois en groupe, les hommes aiment danser ensemble. Au départ, il faut de bons danseurs pour pouvoir lancer la danse.

Les jeunes apprennent les danses dans les mariages, mais pas dans des cours particuliers. Il y a beaucoup de mariages, pratiquement toutes les semaines, donc ils apprennent là-bas. La communauté compte douze mille personnes rien que dans le Val d’Oise, centrées sur Sarcelles. Il y a donc beaucoup de fêtes. Maintenant nous avons aussi nos propres salles de mariage, dans la zone industrielle.

De même ils portent les costumes uniquement lors de ces fêtes. Mais ces tenues ne sont pas typiquement assyro, elles sont turques et kurdes. Nos traditions sont plutôt orientales, comme la nourriture, l’éducation, à travers le rôle de l’homme et de la femme.

L’encadrement des jeunes

Les garçons sont beaucoup plus considérés que les filles. Cela compte comme un plus grand patrimoine, car il va porter le nom de la famille. Leur parole est prise en compte, elle est plus importante que celle des filles, ils ont plus d’initiative et de liberté, on leur reproche moins de choses. Aujourd’hui c’est moins comme ça, mais toujours un petit peu. Les filles ont gagné en autonomie. Dans certaines familles ou villages plus ouverts, certaines communautés, les adolescentes sont comme les Françaises.

Etre assyro chaldéenne aujourd’hui

C’est quelque chose de difficile. Je le vois à travers les différentes associations, mais comme je vis dans ma famille, mon peuple, je peux dire beaucoup de choses sur lui, mais il me manque du recul. Même d’un simple point de vue géographique, j’ai du mal à nous situer, je sais que c’est entre le Tigre et l’Euphrate et entre l’Oural et la Turquie. L’histoire est riche, mais du fait d’être à l’intérieur, j’ai du mal à prendre du recul et à pouvoir voir.

Je suis assyro chaldéenne de part la langue araméenne, mais je ne peux pas développer plus, je sais que nous sommes un peuple de Mésopotamie. On hérite d’une langue proche de l’hébreu. C’est un peuple de la bible, etc. Je pourrais dire beaucoup de choses mais je manque de recul. Il y a pas mal d’écrits sur notre communauté. Une étudiante a fait un grand mémoire sur notre peuple. En bibliothèque, on peut trouver beaucoup d’informations. En faisant des recherches, en s’approchant de cette culture que l’on ne connaît pas, par l’écriture, la lecture et le livre, on peut trouver beaucoup d’écrits et d’éléments intéressants. Parce qu’on est un peuple mélangé avec les Assyriens, une communauté araméenne aussi. On est assyriens avant d’être chaldéens. C’est assez complexe. Mais c’est aussi en étant ici que l’on apprend à savoir qui on est, à connaître notre identité. Cela permet de nous voir et de dire qui on est par rapport aux livres, aux témoignages et aussi aux autres Chaldéens dans le monde.

J’ai vu un très bon documentaire sur Géo, il disait que nous étions environ vingt mille en France, et plusieurs millions dans le monde. Aux Etats-Unis par exemple, ils sont américains culturellement. Ils sont là-bas depuis plus de cinquante ans. Nous avons la nationalité, mais ne sommes pas tout à fait intégrés culturellement, nous ne sommes pas individualistes. Nous ne le recherchons pas non plus. On ne peut pas faire autrement de toute façon puisque nous ne sommes pas à des lieux géographiques éloignés.

L’appartenance à la communauté

D’un côté cela apporte beaucoup de richesse mais c’est aussi un peu pesant parfois. On est tout le temps remis en cause par la communauté parce qu’on est encore enfant, ce n’est pas facile. Si je veux partir, il faut que je demande à mes parents, parce que je fais partie du patrimoine de mes parents. Si je demande mon indépendance, ce serait un scandale, cela ne fait pas partie des mentalités. Je peux, mais je dois rompre le dialogue et instaurer un conflit. Il va nous falloir encore du temps pour que ça change.

Il doit y avoir une différence avec les jeunes nés ici. Pourtant la très forte majorité des femmes de vingt deux ou vingt trois ans, est mariée. Moi j’ai trente ans, mais je ne le suis pas encore, c’est dramatique pour ma famille. On me le reproche toujours. On me demande toujours pourquoi je ne suis pas mariée. On est toujours remis en cause quand on fait quelque chose de différent par rapport à la communauté. On ne doit pas gêner l’image de nos parents ou de la communauté. Si on le fait, on prend « le risque de ».

Par exemple, je suis avec un non Chaldéen, ma famille l’a accepté, mais parce que d’autres ont déjà franchi cette étape. Donc l’image a changé. On ne les montrera plus du doigt. Ils acceptent mais, je n’étais pas la première. Il a fallu qu’une dizaine de couples de ce genre se fasse, pour que ce soit accepté. Mais c’est dur quand même. Maintenant cela devient de plus en plus normal, même si ce n’est pas facile. Il faut préparer les deux côtés.

Je suis avec quelqu’un d’origine française. Nous n’avons pas la même perception de la personne. Ils ne sont pas obligés de céder quelque chose, alors que nous si. Lui est une personne indépendante, moi je suis toute ma communauté ; je ne suis pas une personne seule et libre, je suis à la fois ma famille, ma religion, et moi.

« Moi, je suis nous »

Je ne suis pas une personne seule, je suis ma communauté. Moi je suis nous. C’est difficile pour lui. Pour moi c’est encore plus dur. Après il faut se préparer parce qu’on se demande, qu’est-ce qu’il va se passer.

La vie sentimentale n’est pas naturelle. Je l’ai choisi, mais en prenant le risque que mes parents ne l’acceptent pas. Qu’est-ce que j’aurais pu faire s’ils ne l’avaient pas accepter ? J’ai eu de la chance qu’ils l’acceptent. C’est l’image qui compte. Si j’avais été la première à faire ça, ils n’auraient pas accepté, c’était comme aller face à un mur.

Parfois, les filles qui veulent épouser des non Chaldéens se sentent obligées de partir, de fuir. Pour les garçons ça arrive aussi, mais c’est très rare. Le fait que nous soyons occidentaux nous rapprochent des Français mais nous ne sommes pas encore prêts totalement d’un point de vue culturel.

Aujourd’hui les mariages ne sont plus arrangés. Mes parents se sentent chez eux ici. De par les maisons, les propriétés qu’ils acquièrent dans le pays, ils ont renoncé à revenir. Même si on n’a pas de terre, on est un peuple, on a une culture et une religion, une communauté, donc la terre n’est pas très importante. La symbolique du retour ou du non retour n’est pas très importante.

Quand on rencontre un problème, tout le monde en souffre. Si un enfant devient délinquant, cela fait souffrir toute la famille. Le problème est que nous n’accueillons pas de personnes extérieures. Les hommes règlent ces problèmes en général avec une gifle, ils n’osent pas en parler ; les femmes en parlent par contre. Quand une fille va avec un non croyant, un non Chaldéen, elle s’en va, elle est partie. La mère en souffre, la fille vit sa vie et la mère en souffre, il n’y a pas de travail recherché sur la communication.

Valorisation de l’individu

Des enfants veulent quitter l’école très tôt, vers treize ans. Les parents veulent qu’ils continuent, mais parfois cela ne suffit pas. Cela vient de la perception de la réussite. Nous travaillons beaucoup sur la réussite à l’association. Pour les parents, c’est en général de fonder une famille. La réussite professionnelle, c’est beaucoup moins important. Que l’on travaille bien ou mieux que les autres, ce n’est pas vraiment valorisé.

A l’association, on a mis en place pour ça un accompagnement scolaire. Pour leur faire découvrir la réussite. On le fait auprès des parents aussi. Depuis quelques années, on a des parents et des enfants réguliers. Ils commencent à se rendre compte qu’il faut essayer de trouver un métier etc. Mais c’est un travail difficile et de longue haleine. Parfois je me retrouve toute seule, donc ça fait beaucoup de travail.

Ceux qui arrêtent leurs études sont minoritaires, mais par contre ils sont nombreux à se diriger vers des BEP ou des voies professionnelles, des métiers manuels. Ils arrêtent l’école sans avoir de projet, ni la possibilité de se projeter dans une carrière longue ; ils voient ce qu’il y a dans l’immédiat mais pas plus loin. Le fait que le travail soit aussi familial, dans la restauration par exemple, n’aide pas. Cela ne donne pas l’idée de l’initiative, de fabriquer ses propres rêves.

Des générations différentes, une même culture ?

Cependant, je ne connais pas d’universitaires assyro travaillant sur notre culture, faisant des recherches dessus. A ma connaissance, il n’y en a pas. Les universitaires sont plus centrés sur le marketing, comment gagner sa vie etc. Mais pas dans les métiers de la culture.

L’idée de créer un centre culturel vient des anciens, c’est leur moyen de montrer leur culture. Il n’y a pas de jeunes, étudiant véritablement notre culture. On ne sait pas exactement comment passer le relais. Ce travail est très difficile puisqu’il n’y a pas d’étudiants qui se dirigent vers ces filières. Il y a beaucoup de travaux à faire, mais nous manquons de personnes pour le faire. Les anciens sont contents de voir les enfants mais ils ne témoignent pas devant eux. Ils ont plus un sentiment de dominer la culture mais moins de transmettre. Pour eux cela se fera comme cela se fera. Je suis venue à l’association pour ça aussi, parce qu’il n’y avait pas de diplômés. Je travaille avec mes moyens.

La place des femmes

Beaucoup de choses ne se font pas dans la communauté, c’est comme la place de la femme, elle ne peut pas faire ce qu’elle veut, par respect pour la communauté et les traditions. Les sentiments de honte et de respect sont particuliers. Il y a différentes choses que l’on doit respecter. La femme a sa place dans la communauté, mais même si les femmes actives sont de plus en plus nombreuses, elles se refusent à faire certaines choses.

Le message aux jeunes

Je me sens sarcelloise. Je suis animatrice à la ville de Sarcelles. A l’association je ne suis que bénévole. Il faut se connaître soi, mais aussi ses racines pour pouvoir se donner à la culture française, mais aussi pour découvrir les autres.

J’ai connu quelques problèmes de banlieue à Sarcelles, j’ai eu peur parfois, des voleurs de voitures etc. J’avais peur des guerres de gangs, qui se battaient pour les territoires etc. J’ai connu tout ça, les bandes dans les cages d’escalier jusqu’à trois ou quatre heures du matin etc.

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