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Nous n’avons rien vu... Montbouillon, Doubs

MADAME MARIE GUYON NEE EN 1912...

dimanche 9 décembre 2007, par Frederic Praud

texte Frederic Praud


Je suis née en 1912 à Rosny-sous-Bois mais j’ai été élevée chez mes grands-parents à Montbouillon, à côté de Besançon.

J’ai obtenu mon certificat d’études avant d’arrêter l’école pour rester chez mes grands-parents. J’étais très heureuse. Je suivais mon grand-père partout. Une vie tranquille à la campagne…

Je n’avais aucune envie particulière et je ne voyais pas mon avenir.

A vingt et un ans, âge de la majorité d’alors, mes grands-parents m’ont demandé de suivre mon propre chemin. J’ai commencé comme serveuse dans un restaurant à Besançon avant de travailler en usine. Je suis restée seize ans dans la même maison, Longchamp, une usine de pièces détachées automobiles. Je faisais de l’emballage, des paquets qui partaient tous les vendredis chez Peugeot, Citroën. Je vivais avec des amies.

Pour mes premières vacances en 1936, je suis allée en Bretagne où j’ai bien vécu. J’étais très souriante et aimable. Travaillant dans la restauration comme bonniche, on me réclamait tout le temps, "Mimi" par ici ou par là… J’étais très gracieuse.

Je me suis mariée après la guerre de 39/45.

Il n’y a pas eu d’exode dans notre région. Les gens sont restés chez eux et ont vu les Allemands arriver. La guerre ne me touchait pas. Je travaillais du matin au soir. Je mangeais à l’usine en une heure avant de reprendre le travail jusqu’à six heures. Je n’ai pas été malheureuse. J’étais en dehors du conflit. L’usine a toujours continué à travailler mais pour les Allemands. Les contremaîtres étaient français mais ils ne connaissaient rien à notre travail. Ils venaient vérifier si tout fonctionnait bien. Ils venaient contrôler le temps que je mettais pour ficeler les paquets. Aucun ouvrier n’est parti pour le STO (service du travail obligatoire) en Allemagne.

J’habitais toujours Montbouillon, une petite ville, à dix minutes de mon travail. J’allais à pied de la ferme au travail par des sentiers. Je ne rencontrais personne. Nous ne nous rendions même pas compte qu’il y avait la guerre. Personne de ma famille n’a été touché. Mon père était peintre et ma mère serveuse dans un grand restaurant du matin jusqu’au soir, les deux sur la région parisienne.

Les Allemands qui occupaient le village ont été très gentils avec nous. Nous n’avions rien à manger et ils nous en ont donné ! Il n’y avait pas de pression sur la population. Nous avions la paix.

On aimait cela. Une fois par mois, on passait notre journée à faire les courses. Nous allions nous ravitailler dans les fermes. On rapportait de la bonne crème, des œufs, des bons gâteaux faits par les fermiers. Nous allions aux noix, aux noisettes. Nous allions chercher les fruits de saison. Nous mangions des bonnes soupes aux lards…Nous mangions bien. La Haute-Saône a été épargnée.

Certains ouvriers ont été obligés de porter l’étoile jaune dans l’entreprise. Il fallait faire avec car nous étions sous la coupe des allemands.

La libération s’est passée aussi tranquillement que la guerre. Nous n’avons rien vu !

Message aux jeunes :

La jeunesse est trop égoïste. Il faut penser aux autres et s’occuper des personnes âgées…


Voir en ligne : La Bande Dessinée : Les Migrants

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