ECRIVAIN PUBLIC BIOGRAPHE - PAROLES D’HOMMES ET DE FEMMES

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VALENCE - Drôme

Madame Georgette ROVETTA

samedi 10 novembre 2007, par Frederic Praud

Je suis née le 2 septembre 1929 à Valence dans la Drôme. Mes parents étaient marchands forains sur les marchés à Valence et dans les villages alentours. Notre résidence principale se trouvait à Valence. Il n’y avait pas de voiture. Ils utilisaient ce que l’on appelait une « baladeuse » sur laquelle ils mettaient les pièces de vêtement : lingerie, bonneterie, sous-vêtements, flanelle, etc... le tout ramassé dans des malles.

De 1929 à 2003, je n’ai jamais quitté Valence jusqu’à ma venue à la maison de retraite de Donnemarie le 7 juillet 2003.

AVANT-GUERRE

École

J’ai eu une scolarité régulière. J’ai commencé en maternelle comme tout le monde et je suis arrivée tout doucement au Certificat d’Etudes que j’ai passé en 1941.

Chaque classe était séparée avec des maîtresses différentes. C’était une école libre, catholique. Des demoiselles faisaient la classe. En maternelle, j’avais Melle Jalbert. Avec Marie-France Pradon, j’en ai reçu des gifles à cause des problèmes qui ne rentraient pas ! Elle était sacrément pète sec. Le respect était très important, à l’école libre. Il ne fallait pas s’écarter de beaucoup. On ne disait jamais, jamais de vilains mots. A la maternelle, on apprenait à lire et à compter. Il fallait que nous sachions lire à six ans et nous savions ! On n’utilisait pas la méthode globale mais la méthode syllabique.

L’année de mon certificat, j’ai eu une maîtresse très gentille. Melle Coupier m’a préparée à cet examen. Je l’ai réussi mais au moment des résultats, je n’entendais pas mon nom. La personne qui lisait les résultats a répété deux fois mon nom et je ne sais pas pourquoi dans ma tête je pensais avoir échoué. Ce fut les grandes eaux… Pendant tout le trajet du retour, j’ai pleuré... Avec maman, nous sommes allées voir Melle Elise Coupier et elle m’a dit : « Mais non, Georgette, vous avez rêvé ! Vous avez réussi. » J’étais inconsolable ma mère me disait : « Mais, ce n’est pas possible que tu sois comme ça. » A la moindre bricole, je me mettais à pleurer. J’étais comme ça !

Je ne suis jamais allée à l’école publique. Je ne faisais pas de différence entre les enfants du laïc et ceux de l’école libre. Sauf que nous, bien sûr, nous apprenions la religion.

Vision de l’Allemagne avant-guerre

Papa Félix Bru était natif d’Algérie. Il a fait la guerre de 1914, aux Dardanelles. Il me racontait la guerre quand j’étais gamine, j’avais cherché le lieu sur une carte. Il a été blessé par une balle qui lui a traversé le poumon. Il était pensionné à hauteur de 10%.

L’Allemagne, c’était l’Allemagne. Par contre, pour moi, pendant la guerre, c’étaient les Boches.

Rêve d’enfant

Vers neuf ou dix ans, à partir du moment où j’ai été capable de comprendre la monnaie, j’ai aidé mes parents sur les marchés et les foires. Maman m’avait confectionné un petit sac spécial pour la monnaie, je pouvais le nouer à ma taille. Pour vendre, il fallait avoir un bon bagout et j’en avais, même aussi jeune.

Je n’avais qu’un idéal, c’était de travailler dans le commerce. L’école…

Après le certificat, j’ai dû continuer à l’école libre supérieure. Mais là, « a + b = 2ab », zéro, je ne comprenais rien. Je n’ai rien fichu cette année-là. Mais comme je n’avais pas encore l’âge de travailler, maman m’a inscrite dans une école ménagère. On apprenait tout : le repassage, la couture, le lavage, la cuisine, le français, etc.

Mais, je n’avais que le commerce dans la tête. Un grand magasin de tissu était installé là depuis des années. Ma mère m’y a présentée le 8 août 1946 et j’y suis restée douze ans jusqu’à la grossesse de ma première fille en mai 1958. J’ai eu d’autres enfants mais j’ai retravaillé quand j’ai été libérée de mes enfants et que la plus jeune avait douze ou treize ans. Quand j’y suis rentrée, je ne savais pas tenir un mètre. Je devais couper trois mètres de tissu vichy et le donner aux dames qui faisaient la queue. Mais, il fallait être physionomiste pour ne pas servir deux fois la même cliente. Maintenant, je le suis toujours, il me suffit d’une fois pour reconnaître quelqu’un.

LE CONFLIT

1939

J’avais dix ans en 1939. Je me souviens des affiches pour la mobilisation placardées dans toute la ville. Papa était trop âgé pour partir à la guerre. Il a dû aller garder les voies de chemin de fer, la nuit. Maman continuait à faire les marchés.

On en discutait avec les camarades d’école.

Il n’y a pas eu de réfugiés par chez nous. Jusqu’en octobre 1942, nous n’avons pas vu de soldats allemands ou Italiens. Les Italiens portaientt une plume à leur chapeau, un grand panache de plume pour les chefs italiens. On appelait ça « le bersagliero » ;

Occupation

Les Allemands sont alors arrivés dans la ville et ensuite nous avons eu les Italiens. Les femmes allemandes (moi, je suis comme une écrevisse) étaient toutes très grosses et ma mère les avaient baptisées les cateau..

A l’école, on ne chantait pas grand-chose. Nous apprenions quand même « Maréchal, nous voilà ». J’étais à l’école de La Visitation mais il a fallu en changer parce qu’elle a servi d’infirmerie pour les blessés allemands. Le Sud a été touché plus tard que la région de Donnemarie.

On habitait dans la basse ville près du Rhône mais on ne sortait pas beaucoup parce que l’on avait peur des Allemands. Je me souviens que quelqu’un dans la rue a asséné plusieurs coups de balai derrière la nuque d’un Allemand ; Il est mort cent ou cent cinquante mètres plus bas. Nous avions ensuite peur que les Allemands ne viennent se venger. On avait une sacrée peur de la répression qui aurait pu suivre.

Pendant la guerre, mes parents n’avaient pas beaucoup de marchandises mais on le leur faisait payer. Ma mère avait une petite brassière en jersey sur son étale, l’Allemands voulait l’acheter. Elle lui a dit : « Pas de ticket, pas de marchandise. » Le Boche est reparti la tête baissée. Il est revenu pour insister mais ma mère n’a pas cédé. Les cheminots qui étaient habillés en bleu marine, venaient pour les maillots de corps sans manche. Mais, le système était le même : sans ticket pas de marchandise.

Je ne sortais pas pendant mon adolescence en période d’occupation. Par contre, après la Libération,… La première fois, j’ai dansé avec un Noir, il était bel homme ! Je ne savais pas valser mais j’ai appris sur le tas. Et maintenant, je danse encore…

Restrictions

Les Allemands nous ont fait crever de faim. Mes parents se privaient pour que je mange mieux. Quand j’allais chez mon oncle, dans l’Ardèche, il fallait faire dix kilomètres à pied pour se rendre à sa ferme. Une fois, en arrivant, j’ai mangé cinq grosses tartines de pain avec une belle épaisseur de miel en brèche. Nous sommes ensuite allés chez une parente de mon oncle dans une petite ferme plus loin. Quand je l’ai vue casser autant d’œufs dans la poêle, je me suis dit : « Mais ce n’est pas vrai, comment se fait-il qu’elle ait autant d’œufs ? »

J’étais considérée comme J1, J2 et J3, là j’avais beaucoup plus de nourriture. Mais, avec quatre-vingt-dix grammes de viande pour une semaine, une fois que l’on avait mangé une côtelette de veau, c’était fini pour la semaine. On n’avait pas de beurre, c’est pour cette raison que nous allions dans l’Ardèche. Nous utilisions une valise qui dix ans après sentait encore le beurre, tellement on a charrié. Ma tante s’était collée une barde de lard à même la peau pour pouvoir la transporter. Nous avons aussi, descendu une grande quantité de fourmes des fermes dans l’Ardèche où l’on allait se ravitailler. Nous trouvions du « chocolat » avec une crème blanche au milieu, ça avait autant goût de chocolat que le bout de mon nez ! Un jour, un Polonais qui parlait très bien français m’a glissé une barre de vrai chocolat. Mon dieu, comme j’ai pu le remercier ! J’étais contente !

Pour remplacer le pain, nous utilisions un ersatz à la farine de maïs dont la mie était jaune et restait collée au couteau.

1944

Quand les Américains ont voulu bombarder le pont, ils l’ont raté et les bombes sont tombées sur un moulin. Mon père était parti juste un peu plus loin ramasser un sac d’herbes pour ses lapins (nous étions bien contents de les avoir). Quand mon père a vu les bombes se décrocher, il s’est protégé la tête avec son sac d’herbe ce qu’il lui a évité d’être touché par un gros éclat de bombe. Cet éclat est d’ailleurs resté longtemps sur la cheminée ! Nous étions seules avec ma maman, nous nous faisions beaucoup de souci pour mon père. Nous étions en train de pleurer avec maman. Quand il est rentré, je ne vous raconte pas la joie !

D’autres bombes sont aussi tombées sur l’hôpital en plein sur la maternité ainsi qu’au centre ville. Il y avait un trou de bombe dans la rue des Boucheries, rue Laennec. Les Américains ont détruit beaucoup de maisons dans la ville.

J’ai le souvenir des Américains au bistrot sur l’avenue de la gare. Ils mettaient les pieds sur la table. C’était décontracté ! Les Américains passaient en camion. Nous étions gamines, nous les suivions pour leur faire au revoir.

Avant la guerre, il y avait une caserne de marocains avec des murs d’une hauteur incroyable mais à la Libération, nous n’avons vu que des Américains.

Rêves au moment de la Libération

Nous n’étions plus sous le joug des Allemands. Nous n’avions plus la crainte de manquer de nourriture.

J’ai pu sortir. Je ne me plains pas car j’en ai bien profité. Ma mère me disait : « Il faut apprendre à danser. » Que ce soit dehors ou à la salle des fêtes, ma mère restait jusqu’à deux heures ou deux heures et demie voire trois heures. Je suis sortie au bal, accompagnée de maman jusqu’à mes vingt et un ans, âge de la majorité à l’époque.

J’avais envie de travailler, j’ai commencé à dix-sept ans.

MESSAGE AUX JEUNES

Il faut que les jeunes apprennent un boulot et qu’ils se mettent à travailler dès qu’ils sont en âge de le faire. Il faut travailler pour gagner sa vie. Ils n’ont pas vécu la guerre ni les bombardements ni les restrictions ; ils ont tout ce qu’ils veulent sans rien demander. Nous n’avions pas de télé mais qu’un poste de radio et on s’en contentait. Maintenant, ils ont des ordinateurs et des jeux, il ne faut pas rester devant trop longtemps. Ma fille le dit souvent à son fils qui a neuf ans.

Je souhaite aux jeunes de travailler.

Messages

  • bonjour Madame
    au hasard de recherche sur le site internet,ou je cherchais mon école,j’ai vue votre annonce,alors je me permet de vous envoyez ce petit méssage.
    car moi aussi je suis une encienne élève de lécole de la visitation,mes je suis née en 1948,j’ai eu aussi comme maîtresse Melle jalbert,Melle Coupier,Melle Ladreyt,Melle Roissard,,et notre mère supperrieur Soeur Marie- Eugénie.
    mes soeurs qui son de 15ans mes ainnées,était elles aussi à cette école,une est de 1933,et l’autre de 1935,et elles ont eu les memes Maîtresse, mes moi j’étai pas une trés bonne élève,j’étais souvant punie,sur tout pour le cathéchisme,ou je me trouver avec mon livre pendant la récréation,(à présent sa fait trois ans que je suis animatrice de Catéchèse dans le petit village d’étoile surRhône,ou vie une de mes filles.
    - oui les maîtresses n’était pas souple,et personne se se plaignait aux parents.
    moi j’ai quitter l’école à 14ans,et le lendemain j’étais en usine,et bien plus tard j’ai était Gerante en hottellerie.
    - je n’ais pas connue la guerre,mes tant enttendu parler par mes parents et mes soeurs,nous habitions à la chamberlière ou autre fois c’été la campagne,ou un éclat d’obu server d’abrovoire aux chèvres,mes il n’y avait pas de bus pour aller à l’école j’y allait à pied jusqu’a la rue farnerie,je manger à la cantine,et remonter que le soir chez moi à 17h.
    j’ai vue aussi que vous habitier la basse ville,j’ai était marié avec une personne de la rue StMartin (famille Coche)dont j’ai divorcée aprés mon troisième enfants il y a 30ans.
    - aujourd’hui,je vais avoir 60ans en Mars prochain,j’ai trois enfants à dorable et six petits enfants que j’aime tendrement.
    - si mes calculs sont bon vous avez 79 ans,et sa ma fait tout drole devoir les choses que vous avez d’écrit,car certaine je les ai vécue,et d’autre enttendue par ma famille,qui mon bercée mon enfant.
    c’est trés bien ce que vous avez fait sur ce site je vous en félicite,j’espère avoir des nouvelles de vous.
    j’ai oublier de mettre mon nom de famille:Mme Munier Gabrielle(nom de fille)

  • Je suis née en 1961 et suis arrivée à valence la même année.
    Mes parents étaient des "pieds noirs".
    l’école de la visitation est ma première école j’y suis entrée en1967au CP.

    Ma maîtresse était Melle Roissart:elle était adorable avec moi.
    humaine,patiente j’étais très timide,dans mes rêves d’enfant elle était jolie et gentille ;

    Puis ce fut Melle Jalbert .Je crois qu’elle détestait les pieds noirs et me le faisait payer.
    mon année de CE1fut épouvantable,elle me harcelait de réflexions,de tiens toi droite,j’ai le souvenir d’une femme destabillisante pour un enfant.
    j’étais la meilleure élève CP et une des dernières en CE1.

    La directrice de mon époque était soeur Paule Andrée son bureau était à droite en entrant.

    J’ai également connue Elise Coupier en CM2.Elle était dans ces dernières années d’enseignement.C’était une très bonne maîtresse,pointilleuse, dure mais humaine.
    Ce qui m’aurai intérrêsser c’ est de savoir qu’elles étaient leurs positions durant la guerre.
    Comment ce comportaient t’elles .l’école recevait t’elle des enfants juifs ;
    Je trouve dommage qu’il n’y ait pas de témoignages la dessus.

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